LES LIVRES A LIRE AU MOIS DE JUIN

« Qu’y a-t-il de vraiment important dans une journée ? Quelles sont les heures, les minutes, les secondes, qui ont une importance ? Et quel est le temps perdu, celui qui ne sert à rien, qu’on ne retrouvera pas ? Cela n’a pas besoin d’être forcément nécessaire, spectaculaire, inouï. Jouer avec un chat, oui, ça c’est important, préparer à dîner pour des personnes qu’on aime, lire des histoires à des enfants, penser à son amoureuse, se demander où elle est, ce qu’elle fait, envoyer des mots doux, même des mots ridicules, idiots, écrire une petite chose pour faire rire un ami, travailler quand on aime son travail, s’appliquer, faire au mieux, jouer aux cartes (canasta ou tarot, pas poker, pas d’argent), regarder un bon film, écouter un bon disque, lire une belle chose, évidemment, belle et intelligente, voir une belle pièce, belle et intelligente, qui nous élève, jouir et faire jouir, faire un bon feu, se battre, être en colère, boire un cognac, regarder une image, un tableau… »

Diastème, toutes les choses importantes sont bleues

93a20e40fce17ce4975101aa5b8806ecSalut les crotales,

Ouai je sais ça fait deux articles à la suite parlant de littérature et vous préféreriez que je vous ponde des articles sur le caca mais ce mois-ci j’ai lu des trucs biens alors je me suis dit que j’allais partager ça avec vous (je me sens so blogueuse mode en écrivant ça, j’ai l’impression de faire un haul… émotion & clarinettes).

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« JE SUIS PANIQUE DE DEVENIR STERILE A CAUSE DE LA PILULE DU LENDEMAIN QUE J AI PRIS 4 FOIS MERCI D ME REPONDRE JE SUIS EN DETRESSE »

« Bonjour, j’aurais une question quant aux hymens dits « élastiques »… Est-il normal d’avoir toujours un hymen quasi intact même après plusieurs rapports sexuels? Est-ce ce que l’on appelle un hymen élastique? Se déchirera-t-il un jour? Merci d’avance, j’espère que vous serez en mesure de répondre à ma question (ou plutôt à mon inquiétude….) »

Bon alors il s’avère que la gynécologie, c’est un peu ma passion – et dieu sait que le sujet est vaste entre les mycoses et les pilules vade retro satanas de 3e génération. C’est pourquoi je ne suis que joie & excitation depuis que j’ai découvert le site de Martin Winckler, et que j’ai lu ce livre.

Bon alors c’est l’histoire de Jean Atwood, brillante major de promo, qui se destine à la chirurgie et qui pour valider ses études de médecine doit passer 6 mois dans un service de gynécologie généraliste, et que du coup elle est pas contente car c’est pas assez bling bling pour elle (un peu comme si vous rêviez de faire un stage au Louvre et qu’à la place vous vous retrouviez au musée de la charentaise). Ce qui est cool dans ce livre, ce n’est pas l’intrigue (qui est cousue de fil blanc), mais les ANECDOTES. Par exemple je ne savais pas qu’il existait des stérilets qu’on pouvait garder pendant douze ans. Ou que c’était possible de tomber enceinte même sans avoir oublié sa pilule (ça peut arriver que l’ovulation ne soit pas bloquée si on a moins de 25 ans et qu’on prend une pilule mini-dosée). Ou que la meilleure position pour accoucher, c’est en chien de fusil et pas forcément les pattes en l’air dans des étriers (bien sûr je dis ça mais je n’ai jamais accouché;  je suppose que quand ça arrivera la meilleure position consistera certainement à mordre les sages-femmes à quatre-pattes). Et puis je ne suis pas un animal facilement impressionnable mais il y a pas mal de passages assez glaçants sur l’avortement ou autres, qui ont fait que j’étais à deux doigts de verser une larme (à ne pas lire en période d’ovulation donc).

Sur une note plus joyeuse mais toujours dans le même thème, je vous mets une vidéo TED qui m’a fait beaucoup rire récemment hinhin.

32129413_7047943Je ne sais pas trop si j’ai aimé ce livre ou pas mais en tout cas j’y ai pensé longtemps après l’avoir terminé, ce qui est plutôt bon signe. C’est le récit autobiographique de l’enfance et de la jeunesse de la comédienne Darina Al-Joundi au Liban. Il y a des passages super glaucus dans le genre sexe, drogues & guerre civile, mais il y a aussi pas mal de moments poétiques et drôles, comme ce passage sur la religion:

« A 16 heures au moment de me rendre à la chapelle pour mon cours de catéchisme, sœur Marie-Thérèse m’a arrêtée:
– « Tu vas où comme ça? »
– « Au catéchisme, ma sœur! »
– « Tu es quoi? »
Je n’ai pas compris. Je ne m’étais jamais posé la question, mes parents non plus. Je suis restée interdite. La sœur était sur les nerfs. J’ai répondu:
– « Je ne sais pas, ma sœur. »
Elle était surprise, même entièrement déroutée par ma réponse:
– « Comment tu ne sais pas ce que tu es? Tes parents ne t’ont rien dit? »
– « Dit quoi, ma sœur? »
– « D’où tu étais. »
Mon visage s’est illuminé, je commençais à comprendre:
– « Si, je suis de Beyrouth. »
– « Je ne parle pas de ça, ils ont bien dû te dire à quelle Église tu appartenais. »
J’ai fait signe que non de la tête. Elle a eu pitié de moi.
– « Ils sont morts? Ils sont sourds-muets? »
– « Non, ma sœur, ils parlent, ils sont vivants. »
A ce moment, j’ai compris que j’étais vraiment un hiéroglyphe aux yeux de la bonne sœur qui s’est mise à crier:
– « Comment tu ne sais pas, tu es au Liban, chacun sait d’où il vient, à quelle communauté il appartient, nous en avons dix-sept dans notre pays, est-ce que tu es arménienne, grecque orthodoxe, grecque catholique, syriaque, maronite, même les chats connaissent la confession des maisons où ils sont, même un chien sait au flair s’il est tenu en laisse par un Grec catholique ou un Grec orthodoxe. Dis-moi, d’où vient ton père? »
– « Il vient de Syrie, ma sœur. »
Elle a serré sa croix au creux de sa main, avant de poursuivre l’interrogatoire:
– « Et ta mère, elle vient d’où? »
– « De Beyrouth-Est. »
Elle a souri:
– « Et tes grands-parents, ils sont d’où? »
– « De Ghandouriyeh, ma sœur. »
Elle a embrassé sa croix en murmurant « Doux Jésus, une musulmane ». Elle m’a pris par le col de ma petite robe blanche:
– « Allez, suis-moi, va jouer dans la cour avec les autres. Tu n’as pas droit au catéchisme. Tu es musulmane. »
Et moi, plongée dans ce gouffre auquel je ne comprenais rien, je me suis accrochée à sa robe:
– « Je vous en prie, sœur Marie-Thérèse, ne me privez pas de catéchisme, j’avale toutes les hosties à moi seule, je connais par cœur toutes les histoires, j’aime la messe, ne me chassez pas. »
J’ai vu dans son regard bleu un sentiment de pitié. Elle m’a caressé les cheveux en me posant la question avec une voix très douce:
– « Pourquoi tu aimes tant le catéchisme, mon enfant? »
Dans un élan de vérité rare, j’ai répondu:
– « Pour l’histoire de la pute, j’adore les histoires de putes. »
Elle a embrassé sa croix en marmonnant « Seigneur, on ne les changera jamais » avant de me crier au visage:
– « Allez ouste! »
J’ai rarement ressenti si fort l’injustice. J’ai attendu la fin de la messe. Pour me venger, je me suis glissée dans la chapelle. Je suis montée sur une chaise et j’ai fait pipi dans le bénitier. La porte s’est ouverte d’un coup. Sœur Emmanuelle m’a surprise, la culotte baissée, la robe relevée. Elle m’a bouché les tympans avec de la Vache qui rit avant de m’enfermer dans la cellule des rats. J’y ai passé des heures. Seulement cette fois-ci je n’ai pas attendu l’arrivée de Jésus-Christ. »

tumblr_m6sw0q0MNW1rabqoco1_500Ce livre de bobo parisien est un peu comme un pastille magique qui vous redonne foi en la civilisation quand vous rentrez du travail et que personne n’a eu la bonne idée de vous préparer à manger. C’est une série de courtes nouvelles (pas plus de deux ou trois pages à chaque fois) dans lesquelles l’auteur décrit les choses qu’il aime dans la vie. Pour moi qui suis amateur de listes, de trucs old school et d’écossage de petits pois, ce livre est une MERVEILLE.

Bon alors j’ai corné tellement de pages que je ne sais où donner de la truffe mais pour vous donner un petit aperçu:

« Le croissant du trottoir

On s’est réveillé le premier. Avec une prudence de guetteur indien on s’est habillé, faufilé de pièce en pièce. On a ouvert et refermé la porte de l’entrée avec une méticulosité d’horloger. Voilà. On est dehors, dans le bleu du matin ourlé de rose: un mariage de mauvais goût s’il n’y avait le froid pour tout purifier. On souffle un nuage de fumée à chaque expiration: on existe, libre et léger sur le trottoir du petit matin. Tant mieux si la boulangerie est un peu loin. Kerouac mains dans les poches, on a tout devancé: chaque pas est une fête. C’est du temps pur, cette maraude que l’on chipe au jour quand tous les autres dorment.

Presque tous. Là-bas, il faut bien sûr la lumière chaude de la boulangerie – c’est du néon, en fait, mais l’idée de chaleur lui donne un reflet d’ambre. Il faut ce qu’il faut de buée sur la vitre quand on s’approche, et l’enjouement de ce bonjour que la boulangère réserve aux seuls premiers clients – complicité de l’aube.

– Cinq croissants, une baguette moulée pas trop cuite!

Le boulanger en maillot de corps fariné se montre au fond de la boutique, et vous salue comme on salue les braves à l’heure du combat.

On se retrouve dans la rue. On le sent bien: la marche du retour ne sera pas la même. Le trottoir est moins libre, un peu embourgeoisé par cette baguette coincée sous un coude, par ce paquet de croissants tenu de l’autre main. Mais on prend un croissant dans le sac. La pâte est tiède, presque molle. Cette petite gourmandise dans le froid, tout en marchant: c’est comme si le matin d’hiver se faisait croissant de l’intérieur, comme si l’on devenait soi-même four, maison, refuge. On avance plus doucement, tout imprégné de blond pour traverser le bleu, le gris, le rose qui s’éteint. Le jour commence, le meilleur est déjà pris. »

Sur ce, j’espère que vous avez profité comme il se doit des nombreux ponts de mai pour faire l’école buissonnière et vous vernir les griffes en prévision de l’été qui s’annonce!

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5 commentaires
  1. lagarde a dit:

    Tout Martin Winckler est à lire. La Maladie de Sachs il y a n années à changé ma vie de soignante. Le Chœur des femmes m’a fait me sentir moins seule. Cet homme sait de quoi il parle et le dit bien.
    Un détail cependant : on ne mord pas la sage-femme quand on accouche, ça lui fait mal parce que la sage-femme est un être humain. Si on peut, on mord plutôt le gynéco quand il y en a un : comme il se prend pour dieu, il ne sent rien.

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    • Maud a dit:

      Haha génial à vous deux le coup de la sage femme/gynéco !

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    • mei culpi c’est ces histoires de vagins recousus post accouchement qui m’ont rendu agressif (je mordrai la fesse du gynéco promis 🙂

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  2. spam a dit:

    juste pour dire je te suis depuis le début, j’attends chacun de tes posts en bavant.
    Je suis a ccroc! je me poil de rire à m’exploser le bide.
    xoxox

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    • je suis content d’avoir un effet sur les glandes salivaires! j’essaye de pondre un post par semaine mais c’est difficile (je suis un être désorganisé…)

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