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Archives Mensuelles: mai 2017

Salut les gigots,

Récemment, c’était mon anniversaire. Et on m’a offert le livre le plus COOLOS qui puisse exister:

9782882503848

C’est difficile de résumer l’histoire de ce bouquin car il n’y en a pas. En gros on suit Sophie, une jeune chômeuse lyonnaise qui essaye d’écrire un livre mais qui se fait régulièrement déconcentrer par Lorchus (son diable personnel), Hector (son ami obsédé qui la tanne pour qu’elle lui écrive une scène de sexe) et sa mère (qui commente tout ce qu’elle écrit en direct). Le livre raconte les efforts de Sophie pour poursuivre son travail d’écrivain tout en essayant de boucler les fins de mois avec le peu d’argent qui lui reste (Sophie a perdu ses droits au RSA à cause d’une sombre erreur administrative).

Ce livre m’a tellement enthousiasmé que je l’ai lu en passant mon temps à faire des sauts de cabri sur place et à glapir de joie. J’ai corné pratiquement toutes les pages (on s’est même foutu de ma gueule parce qu’à un moment dans l’histoire, Hector envoie à Sophie un mail dont l’objet est « Salut. », et que j’ai surligné ce passage) (moi aussi j’envoie des mails à objet « Salut. »). Je crois que ça m’a fait du bien de lire ce livre car pour une fois ce qui comptait, ce n’était pas le réalisme de l’intrigue. Sophie Divry n’en a rien à foutre que ça parte en quéquette. Dès qu’elle veut faire une digression sur un truc, elle le fait. C’est comme ça par exemple qu’au milieu de nulle part, on se retrouve avec des longs apartés gratuits, du genre celui-là:

« Je n’aime pas les hommes qui se sont vraiment découverts en allant passer une semaine dans le désert, Il faut vivre ça au moins une fois dans ta vie, ça m’a tellement apporté; je n’aime pas les hommes qui remplissent d’office votre verre de vin; je n’aime pas les hommes parfumés; je n’aime pas les hommes avec de grosses cuisses; je n’aime pas les complotistes ni les lecteurs de livres ésotériques; je me méfie de ceux qui aiment trop le jazz; je n’aime pas les mauvais pères; je n’aime pas les hommes qui ont des problèmes de parking; je n’aime pas les hommes qui redoutent sans cesse de se faire arnaquer; je n’aime pas les hommes qui vocifèrent pendant les grèves SNCF; je n’aime pas les hommes qui appellent par leur prénom des gens qui, eux, leur donnent du monsieur; je n’aime pas les hommes qui sont mal à l’aise dans un PMU crade; je n’aime pas les hommes qui font de la photo, Tu fais quoi, toi? Moi, je fais de la photo; je n’aime pas les hommes qui ne mangent rien au petit déjeuner »

J’ai bien aimé aussi le coté « roman en train de se construire ». En ce moment (je suppose qu’il fallait bien finir par l’avouer à un moment ou à un autre) j’essaye d’écrire, et je n’arrête pas de buter sur les mêmes problèmes: quelle est la place du narrateur? comment raconter une histoire en gardant le suspense quand l’auteur et le narrateur se confondent et qu’on sait à l’avance comment ça va se terminer? comment écrire les transitions? comment caser des passages loufoques? QUID du RÉALISME?. Dans ce bouquin, tous les problèmes sont réglés par le fait que le Sophie s’autorise tout. En lisant ce livre on a l’impression de lire un journal de travail. Avec des petits grabouillages de bas de page (il y a tout un travail sur la typo qui est très chouette, avec des tâches d’encre au milieu des pages, ou bien un passage où le diable (Lorchus) dessine une bite au milieu du texte), des jeux de mots, des rimes, des mots inventés, des conversations enregistrées au dictaphone et intégralement recopiées dans le texte…

Il y a tout un tas de passages qui m’ont fait hurler de rire et que j’aurais aimé vous copier-coller (le passage où Sophie parle avec « Patriciamiam-miam » sur un tchat sexy, ou alors le passage où Sophie fait du covoiturage et tombe sur un fan de serpents (« Mate, lui c’est Half. Il mange du vivant. L’autre, c’est Jeyson, je lui donne des souris congelées, parce qu’une fois il s’est fait mordre par une souris, depuis il a peur, ce con, alors je lui donne des souris congelées« ) mais je terminerai avec un extrait des élucubrations du personnage de Lorchus:

« -Faut réseauter, y’a que ça qui compte ré-seau-ter. On voit bien que tu n’as pas l’esprit d’entreprise, toujours le salariat, toujours l’assistanat… Incapable de performer. Tu ne connais pas le bonheur de faire quatre-vingt-dix pour cent de marge sur un produit. Ce sont de grandes joies. Bon, après, dit-il en se touchant les cornes, après il faut placer l’argent, c’est sûr…

Lorchus se tut un moment, perdu dans d’helvétiques et antifiscales pensées. Je me bouchai le nez et dis que tout ça n’était pas de mon ressort, j’étais une fille honnête. Lorchus me tira violemment par l’oreille.

-Gnnnnn…

-Je n’ai pas fini la leçon, microbe! Achète du pain en donnant un billet de dix euros, demande la monnaie sur vingt. Ça marche un coup sur deux. Tu passes ton temps à traîner en bibliothèque, dérobes-y des ordinateurs. Tu les revendras à prix cassé. Au bar, fais-moi plaisir, vole le sac des fumeurs sortis s’en griller une…

Lorchus se promenait de long en large, ses pieds fourchus laissaient des traces gluantes sur mon petit plancher.

-Attaque ton prochain! rugit-il, énervé par mon silence. Libère ton potentiel! Je ne vais pas non plus tout lucifaire à ta place. Tu penses trouver de l’argent par miracle? Fais-toi pute, là ça rapporte. Ou mendiante… Ben voilà, on n’a pas envie, on a – comment tu dis, déjà? – sa dignité.

Mes parents ne m’avaient pas éduquée comme ça. Autant mourir de faim.

-Comme tu veux, mais va falloir faire un choix, ma petite. Ou tu es du côté des winners qui rebondissent toujours, ou du côté des microbes sous perfusion qui pleurent à chaque facture et s’enfoncent dans la mouise chaque jour un peu plus. Remets en cause tes valeurs. Libère-toi. L’honnêteté, le partage, la sobriété, tout ça c’est pets de poule. Tu vas écouter ta mère toute ta vie? Deviens toi-même. Be yourself! »

On dirait un jeune avec Macron, pas vrai?

PS: en fouinant sur internet j’ai appris que Sophie Divry avait reçu le prix trop virilo pour ce bouquin. Le prix virolo est un prix parodique du prix femina, qui récompense chaque année « la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de l’année, c’est-à-dire un roman ou essai qui place l’homme, ou plus précisément le machisme, au centre de sa problématique. Un prix Trop Virilo est à la fois Trop Virilo et content de l’être« . Je sais que vous frétillez tous comme des poulets rôtis désormais hinhin

allez bye

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