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LIVRES

Salut les matraques dans le cul,

Aujourd’hui, c’est les vacances et qui dit vacances dit TEMPS LIBRE et qui dit TEMPS LIBRE dit retour des LISTES DE LIVRES sur ce blog.

Avant de commencer, il faut que je fasse un mea culpa. Moi qui étais un lecteur compulsif, alias le roi de la bibliothèque, ma liste de bouquins terminés ces derniers mois frôle dangereusement le zéro. A ma décharge, j’ai tenté de lire des croûtes qui me sont tombées des mains (oui Guillaume Meurice, c’est de toi dont je parle, je t’aime bien mais tu es quand même plus rigolo à la radio que quand tu te lances dans la poésie), et puis, bah j’ai eu beaucoup de travail car que voulez-vous, c’est la start-up nation ici (hashtag renard au turbin).

Tout ceci explique que je n’ai que trois bouquins à vous présenter mais ne vous inquiétez pas, ils sont cool. Et si vous lisez jusqu’à la fin, je vous annonce la couleur: il y aura du bonus BRÂME!

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Je ne sais pas vous mais moi en voyant cette couverture je me sens aussitôt transporté dans la chambre poussiéreuse d’un mâle adolescent des années 80 fan de science-fiction. Autant vous dire, donc, que la nuit des temps de Barjavel n’était pas sur mon top 10 des lectures a priori les plus excitantes de l’été mais j’ai envie de vous dire: ERREUR. Ce bouquin est d’une modernité incroyable, j’en veux pour preuve ce passage où il est ni plus ni moins question de revenu universel et d’intelligence artificielle:

« Il n’y avait pas de pauvres, il n’y avait pas de riches, il n’y avait que des citoyens qui pouvaient obtenir tous les biens qu’ils désiraient. Le système de la clé permettait de distribuer la richesse nationale en respectant à la fois l’égalité des droits des Gondas, et l’inégalité de leurs natures, chacun dépensant son crédit selon ses goûts et ses besoins. Une fois construites et mises en marche, les usines fonctionnaient sans main-d’oeuvre et avec leur propre cerveau. Elles ne dispensaient pas les hommes de tout travail, car si elles assuraient la production, il restait à accomplir les tâches de la main et de l’intelligence. Chaque Gonda devait au travail la moitié d’une journée tous les cinq jours, ce temps pouvant être réparti par fragments. Il pouvait, s’il le déisrait, travailler davantage. Il pouvait, s’il le voulait, travailler moins ou pas du tout. Le travail n’était pas rétribué. Celui qui choisissait de moins travailler voyait son crédit diminué d’autant. A celui qui choisissait de ne pas travailler du tout, il restait de quoi subsister et s’offrir un minimum de superflu ».

(bon, après avoir fini le bouquin, à la question « le revenu universel est-il une bonne idée? », je dirais moyen bof)

Il y a des passages un peu énervants dans ce livre (i.e: à peu près tous les passages où le narrateur, Simon, est tout dégoulinant de niaiserie quand il parle d’Elea, la meuf congelée qui a 900 000 ans. Voyez par vous même via l’utilisation de métaphores top patriarcales à la clef du style « Elea… tu es belle, rien n’est aussi beau que toi… l’enfant nu, le nuage… la couleur, la biche… la vague, la feuille… la rose qui s’ouvre… l’odeur de la pêche et toute la mer…« . Jesus).

Il y a également des éléments de narration peu crédibles (peut-on me dire comment Elea va survivre dans le futur si personne ne s’est occupé de ranger dans un sac à l’abri sa machine qui lui prépare à bouffer?)

MAIS c’est quand même un super roman qui mélange à la fois l’archéologie et la science-fiction, et donc, je ne vous spoile pas l’histoire mais lisez-le.

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Le meilleur livre (écrit par l’ONG Public Eye) pour comprendre la Suisse (vous aussi, de passage à l’aéroport de Genève, vous vous êtes déjà vaguement demandé ce que c’était que ce pays de zinzin qui semblait vouer un culte aux montres de luxe et aux fonds d’investissements pour riches oligarques?).

Le-monde-libre

Livre écrit par Aude Lancelin, alias la meuf de Frédéric Lordon (ce qui fait d’elle, avouons-le, notre idôle à tous).

Le bouquin raconte son licenciement de l’Obs pour « divergences politiques », à peu près au même moment où le mouvement Nuit Debout a été lancé par son compagnon (elle officiait auparavant comme responsable de la rubrique Vie des idées au sein du journal). Comme elle n’a pas pu citer les noms exacts des personnes qu’elle charge, elle a utilisé des surnoms plus ou moins débilous (l’obs devient l’obsolète, xavier niel l’ogre des telecoms, etc). Au début c’est pénible et ensuite on s’y fait, surtout que c’est vraiment bien écrit.

Car Aude Lancelin est véritablement un top grugru de qualité. Elle n’a pas son pareil pour dire en quelques tournures de phrases assassines tout le mal qu’elle pense des gens médiocres. On trouvera donc dans ce livre des expressions du style « l’antitotalitarisme mondain » (pour décrire BHL) ou des passages comme celui-là pour décrire le genre d’ambiance qui règne dans les rédactions parisiennes:

« Quand, par extraordinaire, on arrivait à arracher à Jean Joël une définition de la gauche, il s’en tirait avec une phrase énigmatique, tantôt attribuée à Foucaut, tantôt à Sartre: « La gauche existe, mais elle ne sait pas qui elle est ». Poussé dans ses retranchements, le fondateur pouvait aussi à l’occasion en venir à évoquer évasivement « la défense des humiliés », sans renseigner son interlocuteur davantage. Du côté du nouveau directeur de la rédaction de l' »Obsolète », l’exercice pouvait donner lieu à des résultats plus réjouissants encore. Etre de gauche, c’était avant tout ne pas être de droite, pour ce garçon peu porté sur la spéculation. « Chacun comprend cela, pontifiait-il d’une voix ralentie, comme artificiellement posée. Tout le monde connaît les engagements de l’Obsolète ». Ce genre d’évocation vague suffisait selon lui à clôre l’affaire, le reste n’étant que discussion sur le sexe des anges destinée à divertir quelques universitaires. Lorsque, sommé d’aller plus loin, il tentait néanmoins de pousser les gaz, cela pouvait donner dans ses éditoriaux des choses comme celles-ci… être de gauche, « c’est penser l’infiniment grand en trouvant des solutions qui améliorent l’infiniment petit, c’est-à-dire le quotidien des gens ». Le genre de phrases qui aurait peut-être convenu à une réclame de compagnie d’assurances ».

C’est un livre à la fois optimisme sur le plan politique (son licenciement a marqué la cassure qui s’était opéré entre la gauche type Valls / Hollande / Macron et la gauche des Insoumis, Lancelin ayant d’ailleurs rejoint la rédaction du Média par la suite). Mais c’est aussi, souterainement, un livre empreint de nostalgie pour le journalisme, pour ce métier qui existait encore il n’y a pas si longtemps et qui se dilue dans le capitalisme cool et les logiques managériales:

« Fini le temps de la stabulation libre, des cafés qui s’allongeaient dans l’après-midi, des rencontres imprévues d’où sortaient les seules idées qui vaillent, des matinées chez soi à lire pour forger un style et nourrir un début de pensée. »

Tiens, rien que pour ça, et je serais à deux doigts de braver mon aversion viscérale pour Sophia Chirikou et de m’abonner au Média, rien que pour écouter l’émission de débat d’Aude Lancelin.

BONUS LIVRE NUL A CHIER

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Oulalalala les amis, ce livre est véritablement le scandale du mois.

Afin de resituer le contexte & car je suis un renard transparent au niveau de mes conflits d’interêt, je dois avouer que j’ai pour Caroline Franc, alias la personne qui a pondu ce roman, une dent tenace. Dent qui remonte à la publication de ce post, juste après les attentats de Charlie Hebdo, intitulé « Not Afraid« .

On y voit Caroline Franc brandir sa carte de presse place de la république, totale grandiloquence et hystérie collective en mode « à travers Charlie Hebdo c’est moi et le journalisme tout entier qu’on assassine ».

Ne pouvant laisser passer une telle récupération narcissique, j’ai laissé un commentaire où je m’étonnais qu’une personne dont le blog est rempli de posts sponsorisés pour des sandales la redoute puisse se considérer sérieusement comme journaliste au même titre que ceux de Charlie Hebdo, joignant une citation volontairement farceuse de Pierre Desproges (je ne la retrouve plus mais il y était question d’un journaliste radio venant interviewer Desproges dans sa loge et se voyant qualifier de « mammifère mou qui fait des flatulences dans un micro »).

Bref, croyez-le ou pas, la meuf a supprimé ma remarque (alors qu’elle geignait ouin la défense de la liberté d’expression deux minutes avant). Et dans les commentaires, c’est parti en totale quéquette (quand j’y repense, ça annonçait avec un peu d’avance le délire collectif qui s’est plus tard emparé de la France quand à son obsession pour le « je suis Charlie »). Un mec a même posté ça:

« J’ai eu les larmes aux yeux hier en entendant un journaliste égyptien de confession musulmane présenter ses excuses pour cet acte horrible commis au nom de sa religion. J’ai eu les larmes aux yeux en écoutant Patrick Pelloux parler de ses amis. J’ai eu les larmes aux yeux en te lisant, en lisant aussi le magnifique texte de Sophie Fontanel sur le DailyElle. J’ai eu les larmes aux yeux au boulot quand ce matin j’ai vu le drapeau en berne puis quand à 12h00 tout le monde était au garde-à-vous dans la caserne pour la minute de silence. J’ai serré les poings en lisant le commentaire de RENARDEAU qui, comme les affreux qui ont tiré hier, ne voit pas plus loin que le bout de son museau. Mais comme je suis Charlie je garde la foi. »

Complètement zinzin non?

Enfin bref, suite à cet épisode, le Caroline Franc a vécu sa vie, et moi la mienne, jusqu’au jour où je suis tombé nez à nez avec MISSION HYGGE.

Je dois dire que le destin est taquin car il se trouve que le concept du « hygge » doit être la chose contre laquelle j’ai le plus grogné à l’époque où j’habitais au Danemark. Le « hygge », pour résumer, c’est un mot qui ne veut rien dire et que les danois aiment bien utiliser pour tout et n’importe quoi (un brunch, des bougies, un coussin en peau d’ours, des gateaux trop sucrés que quelqu’un a amené au travail, etc). Etre « hyggeligt » ça veut dire, en gros, larver toute la journée comme un mollusque devant Netflix en legging léopard, un verre de coca à la main, et ne pas se sentir coupable de le faire. L’équivalent anglais serait peut-être « chill ». Les danois sont en quête perpétuelle du « hygge », c’est à dire de cette zone un peu béate, très blogueuse mode, où tout l’univers autour d’eux est édulcoré et stylisé comme sur un filtre instagram, et où il ne se passe absolument rien de clivant (autant vous dire que le concept du « hygge » ne s’applique pas aux débats politiques à table en famille en France).

Si le « hygge » m’énerve autant, c’est parce que c’est un concept individualiste. Il sous-entend que si vous êtes malheureux, ce n’est pas à cause de la société (le chômage, la pauvreté, la pollution, votre travail à la con, que sais-je) mais tout simplement parce que vous ne vous êtes pas accordé assez de temps pour vous. Et si vous preniez un bain moussant avec des huiles essentielles qui sentent bon, tout en mangeant du chocolat? Le « hygge », c’est cette croyance débile, qu’on trouve excessivement dans la presse féminine, qui consiste à penser que le « cocooning » est la solution à tous les problèmes.

Alors que si le Danemark est un pays où les gens sont plus heureux qu’en France… c’est parce que c’est un pays qui est très égalitaire (au sens politique du terme). Tout dans la société, au niveau des lois et de la pression sociale que les individus s’infligent les uns aux autres, est fait pour tendre vers l’égalité (système scolaire, fiscalité, rapports hommes-femmes etc). Rien à voir avec le hygge donc. Si les danois sont plus contents que les français, c’est parce qu’ils n’ont pas de Bernard Arnault qui vient les narguer à la télé en leur disant de travailler plus, bande de feignasses, et pendant que vous me regardez ma fortune a encore triplé.

Le livre de Caroline Franc m’a vraiment tendu le coussinet car non seulement c’est un ramassis de clichés sur le Danemark (rien que le nom du lieu où se déroule l’histoire, Gilleleje, sonne faux, et je ne vous parle pas des pseudos proverbes danois tels que « vis comme si demain il n’y avait plus de café ») mais aussi parce que cette lecture a pour moi été l’occasion de me rendre compte que parfois, il suffisait d’avoir un peu de « notoriété » dans le monde des médias pour se faire publier tranquillou, même si on écrit des trucs vraiment nuls. Je dois l’avouer, je suis un renard idéaliste et je pensais encore naïvement que la complaisance envers les textes vraiment mal écrits, ça n’existait pas. Et pourtant… pas plus tard qu’il y a deux semaines, Géraldine Dormoy, du blog Café Mode, a publié ce post sur instagram. Tous les commentaires négatifs sur le bouquin ont été supprimés au fil de la journée.

Pour ceux que ça intéresse, le New York Times a publié début juillet un papier très fouillé sur les dernières lois « identitaires » qui ont été passées au Danemark récemment, notamment au sujet du quartier de Norrebro (je suis particulièrement sensible à ce quartier parce que j’y ai vécu). C’est de ça dont j’aimerais qu’on me parle dans un roman sur le Danemark. Le but de la littérature, c’est de dire la vérité. De faire sentir à celui qui n’y est pas comme c’est, d’être dans la peau de quelqu’un d’autre, d’habiter ailleurs. Vivre au Danemark, en 2018, ça n’a rien à voir avec les tribulations de Chloé, l’héroine du roman de Caroline Franc. Et si identité danoise il y a, ce n’est pas cette identité apaisante et heureuse qu’on nous vend trop souvent dans les médias quand on parle des pays nordiques.

BREF, vous l’aurez compris, je suis NRV.

 

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Salut les femmes enceintes,

Aujourd’hui je suis content car c’est le retour des listes de livres (je sais que ça vous avait manqué).

 (pour fêter ça, une photo floue & mal cadrée en direct-live de ma bibliothèque)

Ces derniers temps j’ai lu et aimé:

BD écrite par Antonio Altarriba au sujet de son père, qui s’est suicidé, en maison de retraite, à l’âge de 90 ans, en sautant par la fenêtre du 4e étage (père qui, on le notera, s’appelait aussi Antonio Altarriba. je trouve que c’est pratique cette idée d’avoir le même prénom que son fils. si j’ai des gosses c’est évident que je les appellerai tous renardeau: renardeau 1, renardeau 2, renardeau 3 etc). Oui donc le truc plutôt intéressant avec Antonio Altarriba père, c’est qu’il a vécu à peu près tous les événements marquants du XXe siècle: la guerre d’Espagne, les camps de réfugiés en France, la seconde guerre mondiale, la dictature franquiste. Et le bouquin, tout naturellement, retrace toutes les étapes de sa vie, en les reliant aux événements historiques que je viens de citer.

Alors il faut que je vous prévienne: ce n »est pas la BD la plus joyeuse de la terre (la vie d’Antonio Altarriba père est ponctuée d’échecs et de désillusions). Mais c’est un ouvrage qui a le mérite d’éclairer de manière très simple et très limpide les raisons profondes pour lesquelles l’Espagne est au bord de la crise de nerfs en ce moment avec cette histoire de Catalogne (en gros tout un tas d’hommes, comme Antonio Altarriba, ont dû taire toute leur vie leur engagement passé en faveur du communisme ou de l’anarchisme pour réussir à survivre dans l’Espagne de Franco. Forcément, cette absence de reconnaissance des souffrances passéss laisse des traces, à l’échelle d’un pays).

Il y a de ça quelques semaines, je me suis retrouvé tout seul dans une grande ville en sortant d’un train, avec 2h de temps à tuer avant que quelqu’un vienne enfin me chercher (c’est l’histoire de ma vie). Et comme il faisait froid à se geler les couilles, j’ai fait ce que tout renard sensé fait dans ces cas-là: je suis aller zoner à la fnac. Mon objectif principal était évidemment de me réchauffer, mais j’avais également un objectif alternatif, à savoir, voler un carnet moleskine (oh ça va hein, qui n’a jamais volé un carnet moleskine à la fnac?) (en + j’en avais grave besoin pour me faire des to-do lists). Bref, mais comme je suis un renard prudent, je me suis dit qu’il fallait que j’achète un bouquin pour brouiller les pistes (rapport au vol du carnet moleskine). Je me suis donc dirigé vers le rayon BD, et c’est comme ça que je suis tombé sur Spinning.

Je suis très content d’avoir acheté cette BD, même si ce n’est pas du tout le genre de chose que je lis d’habitude, car c’est un livre qui parle de deux thèmes qui m’intéressent et qui ne sont usuellement jamais traités ensemble: l’adolescence et le patinage.

A ce moment-là de l’histoire, il faut que je vous fasse un aveu: quand j’étais un jeune renardeau, je faisais de la danse sur glace. Je crois d’ailleurs que c’est à cause de cette histoire de danse sur glace que j’ai développé une aversion importante pour tout ce qui touche au maquillage et que c’est pour ça que maintenant je mors les fesses des blogueuses mode. Ma vie au patin a été une succession d’échecs. Déjà il faut dire que je n’étais pas aidé par la nature parce ma génitrice n’en avait rien à battre de la fougère du patin. J’ai retrouvé une photo d’un gala qui datait d’au moins 1996 – gala qui avait pour thème « les aristochats ». On y voit une rangée de mignonnes petites filles déguisées en mignons petits chats, moustaches élégamment dessinées par leurs mamans avec du crayon noir. Et, au milieu, RENARDEAU. Renardeau qui n’a pas de moustache, mais un immonde grabouillage dégueu sur le museau qui le fait ressembler à un pédophile de 67 ans, rapport au fait qu’il a dû se maquiller tout seul (je me rappelle de ce jour comme si c’était hier: renard-mère avait refusé de me maquiller parce qu’il trouvait que c’était dégradant pour l’image de la femme). Au patin, j’étais donc moche, mais en plus il y avait les compètes. Je détestais les compètes, l’odeur des vestiaires, les cris hypocrites qu’il fallait pousser pour encourager les autres, les envois de peluches sur la glace à la fin de la prestation de chacune, les petits bouts de neige que notre prof nous collait dans le dos juste avant notre entrée en piste pour nous réveiller, et qui nous dégoulinaient jusqu’aux fesses, les tuniques moches qu’on devait porter (avec interdiction de mettre une culotte en dessous parce que sinon ça faisait des plis), l’odeur de la laque, les épingles à chignon qui faisaient mal à la tête, les patins neufs qui faisaient mal au pied de fou (j’ai retrouvé une ancienne paire qui avait encore des traces de SANG à l’intérieur), les remarques de notre prof (« renardeau, tu ressembles à un poireau dans le vent quand tu patines ». « et la musique, c’est pour les cochons?!? »), les meufs persuadées qu’elles allaient devenir championnes olympiques alors que maintenant elles sont secrétaires médicales et qu’elles ont épousé un dentiste… BREF: lire le livre de Tillie Walden (qui est un récit autobiographique: elle y raconte ses années lycée en sport-études et comment elle a pris la décision d’arrêter le haut niveau) m’a rappelé tout un tas de choses, et ça m’a bizarrement fait du bien. Je me suis dit: « quelqu’un a eu les couilles de parler de tout ça », j’ai refermé le bouquin avec un sentiment de travail accompli, et je suis allé manger du beurre de cacahuètes.

J’avais entendu parler de la sortie du dernier livre en date de Philip Pullman mais je ne voulais pas le lire parce que je garde dans mon cœur un souvenir trop ému des royaumes du nord et que j’avais peur que ce nouvel opus fasse tout foirer. Bon, après il se trouve que quelqu’un m’a offert ce bouquin (et je lis toujours les bouquins qu’on m’offre). Hé bah figurez-vous que cette lecture a vraiment été la bonne surprise du mois de février. C’est vraiment le livre idéal à lire par temps pluvieux et froid, quand vous vous sentez déprimé et que vous avez besoin de réconfort. je ne vous en dis pas plus, mais si vous êtes à la recherche d’une bonne fan fiction bien régressive de base, alors ce livre sera pour vous.

Sur ce j’espère que vous regardez les jeux olympiques (moi j’ai pris comme résolution 2018 de devenir top grugru comme martin fourcade)

Salut les premiers de cordée,

Ce blog étant sponsorisé à 100% par l’ennui au travail, les articles se sont faits rares ces derniers temps (en effet en tant que chômeur j’étais plus occupé à faire de la permaculture sur mon balcon, lire des BDs sous ma couette et radicaliser politiquement mon entourage pour voter François Ruffin qu’à poursuivre la politique éditoriale de cet espace numérique). MAIS comme je suis néanmoins un blogueur qui a une âme (hé oui…) j’ai pensé à vous en cette période de fêtes de Noël et c’est pourquoi je reviens aujourd’hui avec une liste TOP RONRON de BDs à offrir aux gens que vous aimez bien (et à ceux que vous aimez pas aussi).

1.FRANCIS LE BLAIREAU FARCEUR

Francis est un blaireau vraiment bête qui aime se promener dans la campagne, et c’est pour cela que nous l’apprécions.

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2.PASCAL BRUTAL

Car Pascal est tout simplement notre idéal de virilité à tous.

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3.LES VIEUX FOURNEAUX

Je pourrais vous parler des vieux fourneaux pendant des heures tellement c’est ma BD TOP FAVORITE de 2017 (devant le grand méchant renard, c’est vous dire) mais je ne veux pas vous spoiler l’histoire. Disons que c’est labellisé « passion vieil anarchiste ».

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4.TULIPE

Si le membre de votre entourage que vous targuettez pour un cadal ne comprend pas l’humour bête, la virilité ou les blagues de gauche, peut-être sera-il plus réceptif à l’univers poétique de Tulipe (Tulipe, c’est l’ours. Crocus, c’est le serpent).

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Capito?!? Sur ce je vous souhaite un joyeux noël au coin du feu et nous nous retrouverons certainement en 2018 avec du BREAKING NEWS (si tout se passe comme prévu, je vais quand même recommencer à travailler hein)

Salut les gigots,

Récemment, c’était mon anniversaire. Et on m’a offert le livre le plus COOLOS qui puisse exister:

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C’est difficile de résumer l’histoire de ce bouquin car il n’y en a pas. En gros on suit Sophie, une jeune chômeuse lyonnaise qui essaye d’écrire un livre mais qui se fait régulièrement déconcentrer par Lorchus (son diable personnel), Hector (son ami obsédé qui la tanne pour qu’elle lui écrive une scène de sexe) et sa mère (qui commente tout ce qu’elle écrit en direct). Le livre raconte les efforts de Sophie pour poursuivre son travail d’écrivain tout en essayant de boucler les fins de mois avec le peu d’argent qui lui reste (Sophie a perdu ses droits au RSA à cause d’une sombre erreur administrative).

Ce livre m’a tellement enthousiasmé que je l’ai lu en passant mon temps à faire des sauts de cabri sur place et à glapir de joie. J’ai corné pratiquement toutes les pages (on s’est même foutu de ma gueule parce qu’à un moment dans l’histoire, Hector envoie à Sophie un mail dont l’objet est « Salut. », et que j’ai surligné ce passage) (moi aussi j’envoie des mails à objet « Salut. »). Je crois que ça m’a fait du bien de lire ce livre car pour une fois ce qui comptait, ce n’était pas le réalisme de l’intrigue. Sophie Divry n’en a rien à foutre que ça parte en quéquette. Dès qu’elle veut faire une digression sur un truc, elle le fait. C’est comme ça par exemple qu’au milieu de nulle part, on se retrouve avec des longs apartés gratuits, du genre celui-là:

« Je n’aime pas les hommes qui se sont vraiment découverts en allant passer une semaine dans le désert, Il faut vivre ça au moins une fois dans ta vie, ça m’a tellement apporté; je n’aime pas les hommes qui remplissent d’office votre verre de vin; je n’aime pas les hommes parfumés; je n’aime pas les hommes avec de grosses cuisses; je n’aime pas les complotistes ni les lecteurs de livres ésotériques; je me méfie de ceux qui aiment trop le jazz; je n’aime pas les mauvais pères; je n’aime pas les hommes qui ont des problèmes de parking; je n’aime pas les hommes qui redoutent sans cesse de se faire arnaquer; je n’aime pas les hommes qui vocifèrent pendant les grèves SNCF; je n’aime pas les hommes qui appellent par leur prénom des gens qui, eux, leur donnent du monsieur; je n’aime pas les hommes qui sont mal à l’aise dans un PMU crade; je n’aime pas les hommes qui font de la photo, Tu fais quoi, toi? Moi, je fais de la photo; je n’aime pas les hommes qui ne mangent rien au petit déjeuner »

J’ai bien aimé aussi le coté « roman en train de se construire ». En ce moment (je suppose qu’il fallait bien finir par l’avouer à un moment ou à un autre) j’essaye d’écrire, et je n’arrête pas de buter sur les mêmes problèmes: quelle est la place du narrateur? comment raconter une histoire en gardant le suspense quand l’auteur et le narrateur se confondent et qu’on sait à l’avance comment ça va se terminer? comment écrire les transitions? comment caser des passages loufoques? QUID du RÉALISME?. Dans ce bouquin, tous les problèmes sont réglés par le fait que le Sophie s’autorise tout. En lisant ce livre on a l’impression de lire un journal de travail. Avec des petits grabouillages de bas de page (il y a tout un travail sur la typo qui est très chouette, avec des tâches d’encre au milieu des pages, ou bien un passage où le diable (Lorchus) dessine une bite au milieu du texte), des jeux de mots, des rimes, des mots inventés, des conversations enregistrées au dictaphone et intégralement recopiées dans le texte…

Il y a tout un tas de passages qui m’ont fait hurler de rire et que j’aurais aimé vous copier-coller (le passage où Sophie parle avec « Patriciamiam-miam » sur un tchat sexy, ou alors le passage où Sophie fait du covoiturage et tombe sur un fan de serpents (« Mate, lui c’est Half. Il mange du vivant. L’autre, c’est Jeyson, je lui donne des souris congelées, parce qu’une fois il s’est fait mordre par une souris, depuis il a peur, ce con, alors je lui donne des souris congelées« ) mais je terminerai avec un extrait des élucubrations du personnage de Lorchus:

« -Faut réseauter, y’a que ça qui compte ré-seau-ter. On voit bien que tu n’as pas l’esprit d’entreprise, toujours le salariat, toujours l’assistanat… Incapable de performer. Tu ne connais pas le bonheur de faire quatre-vingt-dix pour cent de marge sur un produit. Ce sont de grandes joies. Bon, après, dit-il en se touchant les cornes, après il faut placer l’argent, c’est sûr…

Lorchus se tut un moment, perdu dans d’helvétiques et antifiscales pensées. Je me bouchai le nez et dis que tout ça n’était pas de mon ressort, j’étais une fille honnête. Lorchus me tira violemment par l’oreille.

-Gnnnnn…

-Je n’ai pas fini la leçon, microbe! Achète du pain en donnant un billet de dix euros, demande la monnaie sur vingt. Ça marche un coup sur deux. Tu passes ton temps à traîner en bibliothèque, dérobes-y des ordinateurs. Tu les revendras à prix cassé. Au bar, fais-moi plaisir, vole le sac des fumeurs sortis s’en griller une…

Lorchus se promenait de long en large, ses pieds fourchus laissaient des traces gluantes sur mon petit plancher.

-Attaque ton prochain! rugit-il, énervé par mon silence. Libère ton potentiel! Je ne vais pas non plus tout lucifaire à ta place. Tu penses trouver de l’argent par miracle? Fais-toi pute, là ça rapporte. Ou mendiante… Ben voilà, on n’a pas envie, on a – comment tu dis, déjà? – sa dignité.

Mes parents ne m’avaient pas éduquée comme ça. Autant mourir de faim.

-Comme tu veux, mais va falloir faire un choix, ma petite. Ou tu es du côté des winners qui rebondissent toujours, ou du côté des microbes sous perfusion qui pleurent à chaque facture et s’enfoncent dans la mouise chaque jour un peu plus. Remets en cause tes valeurs. Libère-toi. L’honnêteté, le partage, la sobriété, tout ça c’est pets de poule. Tu vas écouter ta mère toute ta vie? Deviens toi-même. Be yourself! »

On dirait un jeune avec Macron, pas vrai?

PS: en fouinant sur internet j’ai appris que Sophie Divry avait reçu le prix trop virilo pour ce bouquin. Le prix virolo est un prix parodique du prix femina, qui récompense chaque année « la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de l’année, c’est-à-dire un roman ou essai qui place l’homme, ou plus précisément le machisme, au centre de sa problématique. Un prix Trop Virilo est à la fois Trop Virilo et content de l’être« . Je sais que vous frétillez tous comme des poulets rôtis désormais hinhin

allez bye

Salut les insoumis,

En ce moment, je suis très content:

a) Jean-Luc est en hausse dans les sondages;

b) je vis désormais dans un terrier équipé de la bibliothèque la plus coolos de la terre:

Screenshot from 2017-04-16 14-04-08

le livre de cuisine c’est pour faire genre je suis un cordon bleu, en vrai je sais faire cuire que des pâtes

Pour fêter l’amélioration présente et peut-être future de mes conditions de vie, j’ai lu Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.

Michel-Houllebecq

coucou Michel

Bon alors ce livre a été une révélation, et ce dès le premier chapitre (ce fameux premier chapitre où le héros, bourré, s’affale derrière un canapé lors d’une fête organisée par son travail et écoute, ennuyé, les conversations débiles des « deux boudins du service » en pestant intérieurement contre le féminisme). En effet j’ai découvert que, comme Michel, j’étais un gros macho. J’ai passé une bonne partie de la lecture a ricaner bêtement et à surligner des passages, tels que:

« Catherine Lechardoy était à ses côtés. De temps en temps elle acquiesçait d’un: « Oui, ça c’est important ». Elle avait du rouge sur sa bouche et du bleu sur ses yeux. Sa jupe atteignait la moitié de ses cuisses, et ses collants étaient noirs. Je me suis dit subitement qu’elle devait acheter des culottes, peut-être même des strings; le brouhaha dans la pièce devint légèrement plus vif. Je l’imaginai aux Galeries Lafayette, choisissant un string brésilien en dentelle écarlate; je me sentis envahi par un mouvement de compassion douloureuse ».

Il y a aussi tout un tas de passages très rigolos sur l’absurdité du travail salarié:

« Dans l’après-midi, je devais voir le chef du service « Études informatiques ». Je ne sais vraiment pas pourquoi. Moi, en tout cas, je n’avais rien à lui dire. J’ai attendu pendant une heure et demie dans un bureau vide, légèrement obscur. Je n’avais pas vraiment envie d’allumer, en partie par peur de signaler ma présence ».

Mais le top grugru d’Extension du domaine de la lutte, c’est évidemment la critique que fait le livre du libéralisme – ou comment le libéralisme a les mêmes effets délétères sur l’économie que sur les relations humaines. C’est un truc auquel je pense souvent et que la plupart des membres de mon entourage ne comprend pas, du coup j’étais assez content de trouver ENFIN quelqu’un sur la même longueur d’onde (même si la personne en question sent un peu le moisi et n’a plus de dents à cause de son hygiène de vie déplorable).

Il y a de ça quelques années était sorti un sondage qui tentait de relier convictions politiques et pratiques sexuelles. Les résultats étaient assez étonnants. On y apprenait que les électeurs du FN et du Front de gauche, qui pourtant défendaient une approche très « régulatrice » de l’économie (protectionnisme, régulation de la finance, mise en place de normes accrues pour préserver les salariés ou l’environnement etc.) étaient également les plus « libéraux » dans leur vie sexuelle (plus grande tolérance à l’infidélité, nombre plus important de partenaires sexuels au cours de la vie, etc). Je trouve ça hyper bizarre, ce manque de cohérence. Comment peut-on dénoncer les méfaits du libéralisme dans la sphère économique sans se rendre compte que les effets sont les mêmes sur les relations de couple ou la sexualité? Ou pour le dire autrement: comment peut-on encore se dire « de gauche » quand on chope sur Tinder, alors que cette application n’est rien d’autre qu’un supermarché du sexe? (c’est le moment où vous allez sortir votre gourdin pour me l’écraser sur la tête si vous avez eu plus de trois partenaires sexuels dans toute votre vie, dont un trouvé sur Tinder. Mais je m’en fous car j’ai le crâne dur).

« Véronique appartenait, comme nous tous, à une génération sacrifiée. Elle avait certainement été capable d’amour; elle aurait souhaité en être encore capable, je lui rends ce témoignage; mais cela n’était plus possible. Phénomène rare, artificiel et tardif, l’amour ne peut s’épanouir que dans des conditions mentales spéciales, rarement réunies, en tout points opposées à la liberté de mœurs qui caractérise l’époque moderne. Véronique avait connu trop de discothèques et d’amants; un tel mode de vie appauvrit l’être humain, lui infligeant des dommages parfois graves et toujours irréversibles. L’amour comme innocence et comme capacité d’illusion, comme aptitude à résumer l’ensemble de l’autre sexe à un seul être aimé, résiste rarement à une année de vagabondage sexuel, jamais à deux. En réalité, les expériences sexuelles successives accumulées au cours de l’adolescence minent et détruisent rapidement toute possibilité de projection d’ordre sentimental et romanesque; progressivement, et en fait assez vite, on devient aussi capable d’amour qu’un vieux torchon. Et on mène ensuite, évidemment, une vie de torchon ».

Cet article était sponsorisé par l’association « tous en burka & mort au travail ».

Allez bye

Salut les poux,

Je sais que vous en avez tous marre de la vie politique française donc exceptionnellement cette semaine, pas de lobbying pour Philippe Poutou mais une liste de livres à la place. Ces derniers temps, j’ai lu 4 bouquins plutôt coolos (avec des réserves pour les deux derniers de la liste – je suis une blogueuse mode intègre et j’essaye de ne pas tout trouver fantastique):

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« J’ai seulement compris alors pourquoi il était toujours tellement facile de frapper autrui. C’était parce que je n’avais aucune imagination. Le chemin qui mène à la sympathie ou à l’empathie n’est pas de tout repos, mais c’est le seul que nous ayons. Pour comprendre les conséquences de nos actes, nous devons faire appel à notre imagination. Nous décidons qu’assommer quelqu’un avec une bouteille est une mauvaise idée, parce que nous nous mettons à la place de ce type et comprenons que, si on devait nous assommer avec une bouteille, bon dieu, ça ferait un mal de chien! On échange les rôles. Si vous faites ça – si vous pouvez faire ça – alors la violence devient pour vous une hypothèse de moins en moins probable. Vous collez le canon de votre arme contre le crâne d’un type. Si vous pouvez vous représenter ce que votre balle fera à ce crâne, alors il vous est littéralement impossible d’appuyer sur la détente. J’avais joyeusement tabassé des gens parce que je n’avais pas d’imagination ».

Je vous l’annonce tout net: ce livre m’a prouvé une fois de plus que j’étais un être insupportable et que malgré mes efforts pour lutter contre mes biais cognitifs, j’avais encore tout un tas d’idées reçues sur des sujets que je ne connaissais pas bien. Que je vous explique: de base, j’avais acheté ce bouquin parce que je savais que l’action se déroulait à Belfast, pendant les dernières années de la guerre civile. Pour moi, l’affaire était pliée: les anglais (et par extension: tous les protestants) étaient des colons et étaient donc forcément dans leur tord; les catholiques subissaient tout un tas d’injustices et c’était donc pas étonnant que l’IRA mène des actions terroristes en leur nom (hashtag « le vent se lève » de Ken Loach).

Sauf que dès les premières pages du livre, je me suis rendu compte que l’auteur ne partageait pas du tout ce point de vue. Il avait l’air de trouver tout le monde pénible (autant les républicains, les nationalistes, les loyalistes que les unionistes). Ça m’a étonné. Au début je l’ai soupçonné de d’être qu’un vil mou du genou apolitique (sens de la mesure, toujours). Et puis, à travers le personnage de Jack (celui qui parle dans la citation que je vous ai recopiée un peu plus haut), j’ai compris ce qu’il voulait dire. Et je me suis sentie honteux d’avoir eu une opinion aussi tranchée sur ce qui s’était passé en Irlande du Nord alors que je n’ai jamais mis un coussinet là-bas au moment des Troubles.

Bon sinon. Dans ce livre, vous trouverez: un chat obèse qui fait genre « je suis si mal nourri » pour apitoyer les passants, un Gavroche irlandais (le personnage de Roche, un gamin de 12 ans qui passe son temps à insulter tout le monde, ce qui donne lieu à des dialogues vraiment jouissifs), des tags mystérieux sur les murs, une chouette histoire d’amour et également une méthode radicale pour vous enrichir rapidement (indice: cela nécessite l’achat d’un godemichet géant). Il y a aussi de très belles pages sur Belfast, et sur l’attachement qu’on peut avoir pour l’endroit dans lequel on vit.

Seul bémol dans ce livre qui était quand même super chouette: la dernière partie (et globalement toute l’histoire centrée sur Chuckie, le gros protestant capitaliste) part un peu trop en quéquette à mon goût. J’ai eu l’impression que l’auteur s’est dit « mon livre est grave bien jusqu’ici, je vais lâcher les chevaux et raconter tout et n’importe quoi dans les dernières pages, mon éditeur n’y verra que du feu ».

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« Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu’on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu’on se mettait dans sa peau. Il m’avait suffi de me tenir sur la véranda des Radley. La bruine qui tombait rendait indistincte la lumière des réverbères. En rentrant à la maison, je me sentis très vieille mais, lorsque je regardai le bout de mon nez, je vis de fines perles de brume, malheureusement loucher ainsi me donna le vertige et j’arrêtai. En rentrant à la maison, je pensai à tout ce que j’aurais à raconter à Jem le lendemain. Il serait tellement furieux d’avoir raté tout ça qu’il ne m’adresserait pas la parole pendant plusieurs jours. En rentrant à la maison, je pensai que Jem et moi allions encore grandir, mais qu’il ne nous restait pas grand chose à apprendre, à part l’algèbre, peut-être ».

Grand classique (je suis sûr que la moitié d’entre vous ont déjà lu ce bouquin, j’arrive donc après la bataille). Ce livre, c’est un peu comme l’attrape-coeurs: je regrette de ne pas l’avoir lu avant. L’attrape-coeurs était le livre parfait pour adolescent grugru: j’aurais adoré lire, enfant, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

L’histoire est racontée à la première personne par Jean Louise (alias Scout). Scout a 6 ans et vit dans le Sud des Etats-Unis au moment de la Grande Dépression. Son père, Atticus, a été désigné avocat commis d’office pour défendre un homme noir soupçonné de viol. L’histoire s’étend sur 3 ans (des 6 aux 9 ans de Scout). Scout est vraiment une chouette gamine; j’avais l’impression d’être dans sa tête et de revivre, à travers elle, mon enfance (il y a une scène, assez drôle, où sa tante lui reproche de ne porter que des salopettes et pas de robes. Sa tante lui dit qu’elle doit devenir une « dame » pour être un « rayon de soleil » dans la vie de son vieux père fatigué. Scout répond qu’on peut être un rayon de soleil en salopette). Il y a de jolies pages sur la relation parent-enfant (Atticus répond toujours avec sérieux aux questions existentielles de Scout. Il m’a fait penser au père dans le film Captain Fantastic). Ou sur la relation frère-soeur (le frère de Scout, Jem, devient adolescent au moment où l’histoire de déroule). L’intrigue est sacrément bien tournée, à tel point qu’à la fin, je me sentais tout nostalgique et la larme à l’œil (les dernières pages sont quand mêmes sacrément cool).

C’est vraiment un sacré bon livre.

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« Nous discutâmes ainsi pendant au moins une heure. Étrangers au brouhaha de dialecte grossier autour de nous, nous nous sentions uniques, lui et moi, avec notre italien recherché et nos discours qui étaient importants pour nous et pour personne d’autre. Mais que faisions nous, en réalité? Était-ce vraiment une discussion? Un entraînement afin de pouvoir nous mesurer, dans l’avenir, à d’autres personnes ayant appris à manier le langage comme nous? Était-ce un échange de signaux destinés à nous prouver que les fondements d’une amitié longue et fructueuse existaient? Ou encore une manière cultivée de dissimuler nos désirs sexuels? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que je n’avais aucun intérêt particulier pour ces questions ni pour les faits ou personnes auxquelles elles renvoyaient. Tout cela ne faisait partie ni de mon éducation ni de mes habitudes, mais comme toujours je m’efforçais de ne pas faire piètre figure. J’eus l’intuition que je devais être attentive à dire ce qu’il voulait que je dise, lui cachant à la fois mon ignorance et le peu de choses que je savais et pas lui ».

OUI: je me suis tapé le tome 1 et le tome 2 de la saga d’Elena Ferrante (car a) je suis une blogueuse mode qui se respecte et b) j’avais besoin d’un truc facile à lire pendant les vacances).

Je ne sais pas trop si je devrais vous conseiller cette série de bouquins car honnêtement pas mal de trucs m’ont gonflé. Déjà la liste de personnages à rallonge. Ça m’a rappelé l’Idiot de Dostoïevski, où tu es obligé de te faire une fiche de lecture avec le nom complet des personnages (surnom inclus), les liens de parenté et les métiers de tout le monde pour comprendre un minimum de quoi on cause. On veut des intrigues simples! Merde! (message sponsorisé par le lobby des renards lecteurs). Ensuite, il y a le problème du « page turner » (oui j’utilise des expressions anglaises pour me la péter). Le principe du page turner est simple: l’histoire t’énerve tellement que tu lis compulsivement jusqu’à 3h du matin pour connaître le dénouement, et à la fin tu es encore plus dégoutté car CLIFFHANGER: il faut acheter le bouquin suivant pour connaître la suite. Moi j’ai une règle dans la vie: je n’achète que des livres de poche (mon côté radin, doublé de mon coté « je fais du vélo & et ne veux pas me trimballer un sac de 110 kilos tous les jours merci »). Du coup quand j’ai fini le tome 2, j’ai évidemment pas pu lire le tome 3 (vu qu’il vient de sortir) et je me suis senti aigri.

Le pitch, vous connaissez certainement alors je vous la fais courte. En gros l’histoire est centrée autour de deux amies, Elena et Lila, qui habitent dans un quartier pauvre de Naples, dans les années 50. Le premier tome raconte leur enfance. Le second tome est centré sur leur adolescence. C’est un peu bizarre parce que je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages. Lila est objectivement pète-couilles (c’est le genre de personne que, dans la vraie vie, je fuis comme la peste. Dans la catégorie « amie qui se définit comme hyper proche de toi mais qui passe son temps à te pourrir »). Et Elena est mou du genou. On a envie de la secouer et de lui dire d’arrêter de se poser 30 000 questions sur la vie (et de draguer des mâles qui sentent des pieds sous prétexte qu’ils se la jouent engagés en politique & poète incompris).

Moralité: ce livre m’a saoulé mais je lirai le tome 3 car je suis un renard curieux. Et aussi parce que trouve cool qu’Elena Ferrante veuille protéger son anonymat.

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Je voulais terminer cette liste de livres avec un peu de littérature de puriste (Kawabata a reçu le prix nobel de littérature en 1968). Ce bouquin (appartenant au mâle, qui est très japonisant), traînait dans la bibliothèque depuis un bon bout de temps. Je m’étais fait la promesse d’arrêter de lire des auteurs japonais car je trouve qu’ils ont un problème avec les femmes et que c’est énervant à la longue (prenez Murakami: ses héros sont systématiquement des mâles japonais mous du genou d’une trentaine d’années, vaguement dépressifs et indécis dans la vie qui, pour une raison incompréhensible, attirent dans leur lit tout un tas de femelles énamourées). Mais ce bouquin était court (à peine 200 pages) et parfois il faut se sortir de sa zone de confort donc je me suis dit: pourquoi pas.

J’ai râlé en continu tout au long des 200 pages.

(ce qui m’a valu un débat enragé avec le mâle, celui-ci soutenant qu’on ne pouvait pas adopter de position morale face aux œuvres d’art (je boycotte Polanski et Woody Allen depuis les histoires de pédophilie les concernant)).

Que je vous explique. L’histoire de Tristesse et beauté est la suivante: quand il avait 30 ans, Oki a eu une liaison extra-conjugale avec une jeune fille de 16 ans, Otoko. Otoko est tombée enceinte, mais a perdu l’enfant à la naissance. Elle a ensuite été internée en hôpital psychiatrique, et Oki l’a quittée. Par la suite, Oki a écrit un livre sur leur histoire d’amour, qui est devenu un best-steller. Il n’a jamais revu Otoko. Alors qu’il approche de la cinquantaine, il décide de la revoir (vous le sentez venir, le mec relou?). Otoko ne s’est jamais mariée. Elle est devenue peintre et vit en couple dans son atelier avec son apprentie (vous le sentez venir, le gros cliché de la lesbienne?).

Alors il y a pas à chier: ce bouquin est un petit chef d’œuvre de pureté stylistique (les descriptions de phénomènes naturels rendent jaloux devant tant de précision et de travail acharné pour trouver les mots exacts). Et le livre aborde la question de la vengeance, de la jalousie et de la possession, de manière intéressante. MAIS. Comme je m’en doutais, il y a un gros problème avec les femmes. Je pense que c’est vraiment lié à la culture japonaise, qui fait que la psyché féminine est complètement inaccessible aux mâles (à force d’être un pays complètement inégalitaire, on oublie vite à quoi ressemble la vie des dominés car comme dirait l’autre, l’histoire est écrite par les vainqueurs).

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Un passage en particulier m’a fait hurler plus fort que les autres:

« Il était encore tôt quand Oki ouvrit, vers quatre heures et demie, le paquet d’Otoko. Il contenait un assortiment de mets préparés à l’occasion du Nouvel An, ainsi que des boules de riz modelées avec soin, qui lui paraissaient traduire les sentiments d’une femme. Sans nul doute, Otoko les avait elle-même confectionnées à l’intention de celui qui avait, autrefois, détruit sa jeunesse. Tout en mâchant de petites bouchées de riz, Oki pouvait sentir sur sa langue et entre ses dents la saveur du pardon d’Otoko. Non, ce n’était pas son pardon, mais plutôt son amour, un amour encore bien vivant dans son cœur »

(elle ne t’a pas fait des boulettes de riz parce qu’elle t’aime en secret mec. C’est juste que c’est une femme japonaise disciplinée et qu’elle avait pas le choix que de te préparer ton putain de repas)

Salut les poux lumineux,

Les vacances de Noël sont finies et nous rentrons dans le mois le plus déprimant de l’année, à savoir le mois de Janvier. Pour vous remonter le moral, je vous ai concocté une liste de livres à lire de derrière les fagots (je sais que c’est vos articles pref sur ce blog). Garanti 100 % top chouchou (sauf le dernier pour lequel j’ai de petites réticences mais je vous expliquerai pourquoi).

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« Je déambulais dans les rues désertes, je montais puis descendais des escaliers. J’ai alors croisé une vieille qui promenait un chien minuscule. Ce petit chien portait un manteau molletonné, mais il tremblait de froid. Il tremblait encore plus fort quand il s’est accroupi pour faire ses besoins. Je me suis arrêté pour l’observer. Pendant que la petite merde sortait, tout le petit corps frémissait, comme parcouru par un courant électrique. Quand la petite merde est finalement sortie, le tremblement s’est apaisé et le chien s’est mis à gratter le sol avec ses petites pattes. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Cette petite merde, me suis-je dit, a suffi à faire trembler ce chien. La vieille m’a lancé un regard sévère, probablement parce qu’elle m’avait entendu rire. Je me suis senti mal à l’aise, mais c’était vraiment comique. J’ai pensé alors à ce qui arriverait au chien le jour où la petite merde ne sortirait plus. Je l’ai imaginé dans une petite chaise roulante. Puis je me suis dit que je devrais quand même contrôler ma consommation d’alcool et laisser les bourbons tranquilles pour quelque temps. »

J’avais acheté ce bouquin sur un coup de tête car je partais en vacances au bord du lac de Côme (comme George Clooney) et que j’aime bien faire mon touriste bobo, à savoir, lire des bouquins en rapport avec l’endroit où je voyage.

Et alors, je vous le dis tout net, ce livre est fantastique. Je pense qu’il se classe sans problème dans le top 10 de l’année (merci de ne pas faire remarquer que l’année vient de commencer). Le narrateur, c’est l’auteur lui-même, Srdjan Valjarević. Alors que son pays natal (la Serbie) est enlisé en pleine guerre des Balkans, il obtient plus ou moins sur un malentendu une bourse de la part de la fondation Rockefeller pour résider pendant un mois dans une villa d’intellectuels au bord du lac de Côme et y écrire un bouquin. A l’intérieur de la villa, l’ambiance est exactement comme on pourrait se l’imaginer : il y a de bons vins, de la nourriture délicieuse, les draps sont moelleux ET les autres résidents sont insupportables (dans le genre « nous sommes l’élite de l’élite de l’élite, prout et clarinette »). Srdjan Valjarević décide alors de faire ce que nous aurions tous fait à sa place, à savoir, ne rien glander et profiter de la vie. Bon alors il a pas non plus rien glandé parce qu’au final il a écrit ce bouquin. Mais ça sonne plus comme une provocation qu’autre chose (et c’est ça qui est rigolo). Le livre est divisé en 30 chapitres : à chaque fois Srdjan y décrit sa journée, et à chaque fois il se passe à peu près la même chose :

  • il fait des grasses mat
  • il s’habille de manière moche, avec un pull en laine vert troué par les mites
  • il va marcher dans les collines qui surplombent le lac et observe les oiseaux, les couleurs, la lumière
  • il grogne contre les autres pensionnaires, qui sont vieux, riches et pénibles et tente par tous les moyens de fuir les obligations sociales
  • il se bourre la gueule
  • il essaye de pincer les fesses d’Alda, la serveuse du bar local

(toute ressemblance avec un certain renard au chômage est bien sûr totalement fortuite)

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« Je proposai d’acheter cent places pour un des concerts symphoniques de Rochester. Nous choisirions un concert de musique particulièrement douce. Trois heures avant le concert, aux cent Noirs qui auraient les tickets pour s’y rendre, on servirait un dîner : des haricots – rien d’autre – qu’ils auraient à ingurgiter en grandes quantités. Ils se rendraient alors au concert et on devine la suite. Imaginez un peu le tableau quand l’action commencerait. Le concert serait terminé avant même le premier mouvement ! (Il y a du Freud là-dedans, mais après tout!). Analysons cette tactique à la lumière des concepts que nous avons déjà mentionnés. La confusion provoquée sortirait entièrement du cadre de l’expérience de la « bonne «  société qui s’attendait au truc classique : réunions de masse, manifestations de rues, confrontations, marches. Même en imaginant le pire, ils n’auraient jamais pensé qu’on pût s’attaquer à leur joyau culturel, leur fameux orchestre symphonique. Deuxièmement, l’ensemble de l’action ridiculiserait la loi et il n’en existera jamais qui interdise les fonctions naturelles. Ici vous aurez un mélange de bruits, mais aussi d’odeurs, qu’on pourrait appeler des bombes puantes naturelles. Les bombes puantes habituelles sont illégales et peuvent faire arrêter immédiatement leur utilisateur, mais rien ici ne permettrait à la police ou aux huissiers ou à quiconque de réagir. La police se trouverait complètement paralysée. Les gens se mettraient à raconter l’histoire du concert et tous ceux qui l’apprendraient éclateraient de rire. Cet incident ferait apparaître l’orchestre symphonique sous un jour ridicule. Les pouvoirs publics n’auraient aucun recours pour réagir devant cette situation ou empêcher qu’une attaque de ce genre ne se reproduise. Que pourraient-ils faire ? Exiger que les gens ne mangent pas de haricots avant d’aller au concert ? Ordonner aux gens de se retenir pendant toute la durée du concert, même si c’est urgent ? Faire une déclaration publique aux termes de laquelle les concerts ne peuvent pas être interrompus par des dégagements d’odeurs corporelles ? Une déclaration de cette nature signifierait, à l’avenir, la ruine du festival. Imaginez un peu la tension dans la salle de concert au moment de l’ouverture ! Imaginez le sentiment du chef d’orchestre au moment de lever sa baguette ! Cette opération aurait aussi, à coup sûr, des retombées le matin suivant au petit déjeuner. Les femmes de cadres, à qui le festival apporte l’une de leurs principales fonctions sociales, accrocheraient leurs maris (cadres supérieurs ou jeunes cadres) en leur disant : « John, nous n’allons tout de même pas laisser ces gens-là ruiner notre festival. Je ne sais pas ce qu’ils veulent, mais quoi que ce puisse être, il faut absolument faire quelque chose pour empêcher qu’un tel scandale ne se reproduise. »

Pendant les vacances de Noël j’ai lu le journal Fakir pour la première fois de ma vie et c’était vachement bien. Pour les gens de droite du groupe qui ont encore rien suivi parce qu’ils étaient trop occupés à attendre la prochaine vente privée sur internet, Fakir c’est le canard fondé à Amiens par François Ruffin, le mec qui a fait le film « merci patron » (qui a ensuite été plus ou moins à l’origine de nuit debout). J’aime bien ce que fait Fakir parce qu’ils poursuivent deux objectifs :

  • sortir les gens de l’indifférence
  • montrer qu’il est possible d’agir localement (on a pas besoin d’avoir toute la France derrière soi pour faire changer les choses à son échelle)

Ce livre, « l’art de la guérilla sociale », tombait donc à pic. Assez court (140 pages), il se propose de vulgariser les thèses de Saul Alinsky, qui était un militant américain des années soixante, et qui a gagné plein de combats locaux à son époque en utilisant je cite « le rire comme arme, la ruse à la place de la force et le pragmatisme roublard ». Et franchement c’est hyper bien. Pour tout ceux qui comme moi sont un peu rétifs au militantisme « traditionnel » à base de saucisses grillées dans la rues et slogans de la CGT hurlés au microphone, ce livre vous ouvrira plein de perspectives nouvelles. Le parfait petit manuel pour faire chier, en somme (et 100 % garanti histoires de prout).

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(PS : pour ceux qui cherchent une idée de cadeau de naissance qui déchire sa race, Fakir propose un abonnement à vie pour la somme de 180 euros) (franchement si c’est le prix à payer pour être moins con, bah c’est pas si cher que ça)

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Pour rentrer en France pour les vacances de Noël, mon avion a eu la masse de retard et je me suis retrouvé à court de livres. L’inquiétude était palpable (on sait tous qu’un renard qui s’ennuie est un renard pénible), mais heureusement je suis miraculeusement tombé, au point presse du coin, sur ce bouquin de Mike Horn et c’était SUPAIR (j’ai aussi acheté « le liseur du 06h27 » et ce livre était une grosse daube. Je vous en parle même pas tellement c’était neuneu).

J’adore les histoires d’aventure. Sûrement parce que je suis l’animal le plus trouillard de la terre et que ma passion, dans la vie, c’est de vivre tout un tas de dangers par procuration, enroulé dans ma couette au coin du feu. Dans ce livre, Mike Horn fait chier sa femelle et tout son entourage décide de partir faire le tour du monde à pied, en vélo et en bateau, en s’imposant de rester dans une bande de quarante kilomètres autour de l’équateur. Je vous mets une carte pour que vous voyiez mieux à quoi ressemble son itinéraire :

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Bon alors c’est pas de la grande littérature, mais ça se lit vite et bien et en bonus vous emmagasinerez tout un tas de « survival tips » hyper utiles si tout à coup la civilisation s’effondrait.

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Je vous le dis tout net : j’avais de grands espoirs pour ce livre. Déjà à cause du titre : on aurait dit qu’il était fait pour moi. Ensuite à cause du pitch : un homme, déjà au chômage, se fait expulser de son appartement et décide de vivre dans sa voiture. Volontairement désœuvré, il arpente les rues de Paris à la recherche de signes d’une révolution à venir – signes qui vont se manifester sous la forme de tags bizarres sur les murs. Sur le papier tout y est : la critique du travail salarié, l’émergence d’un mouvement révolutionnaire type nuit debout qui inclurait les plus pauvres et pas seulement les gros bobos, etc. Sauf que passé les premiers chapitres, enthousiasmants, ça part en couille. Pour vous le dire simplement : je me suis mis à ne rien comprendre de ce qui écrivait l’auteur. Alors soit c’est vraiment de la poésie et je suis trop con pour saisir, soit à un moment Yannick Haenel s’est relâché le coussinet et a arrêté de tenir les fils de son intrigue (on ne sait pas). Par exemple si quelqu’un a une explication au sujet du passage suivant, qu’il n’hésite pas à se manifester dans les commentaires : « Privé de destin, le monde ne vaut pas mieux qu’une algue ou un tesson. C’est pourquoi la moindre occasion de déranger son ordre est si bouleversante: ceux qui se faufilent entre la fuite et le refuge ont deviné que la présence n’est qu’un exil, que rien d’autre n’existe que cet exil où les animaux, en effet, nous précèdent.«