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LIVRES

Salut les gigots,

Récemment, c’était mon anniversaire. Et on m’a offert le livre le plus COOLOS qui puisse exister:

9782882503848

C’est difficile de résumer l’histoire de ce bouquin car il n’y en a pas. En gros on suit Sophie, une jeune chômeuse lyonnaise qui essaye d’écrire un livre mais qui se fait régulièrement déconcentrer par Lorchus (son diable personnel), Hector (son ami obsédé qui la tanne pour qu’elle lui écrive une scène de sexe) et sa mère (qui commente tout ce qu’elle écrit en direct). Le livre raconte les efforts de Sophie pour poursuivre son travail d’écrivain tout en essayant de boucler les fins de mois avec le peu d’argent qui lui reste (Sophie a perdu ses droits au RSA à cause d’une sombre erreur administrative).

Ce livre m’a tellement enthousiasmé que je l’ai lu en passant mon temps à faire des sauts de cabri sur place et à glapir de joie. J’ai corné pratiquement toutes les pages (on s’est même foutu de ma gueule parce qu’à un moment dans l’histoire, Hector envoie à Sophie un mail dont l’objet est « Salut. », et que j’ai surligné ce passage) (moi aussi j’envoie des mails à objet « Salut. »). Je crois que ça m’a fait du bien de lire ce livre car pour une fois ce qui comptait, ce n’était pas le réalisme de l’intrigue. Sophie Divry n’en a rien à foutre que ça parte en quéquette. Dès qu’elle veut faire une digression sur un truc, elle le fait. C’est comme ça par exemple qu’au milieu de nulle part, on se retrouve avec des longs apartés gratuits, du genre celui-là:

« Je n’aime pas les hommes qui se sont vraiment découverts en allant passer une semaine dans le désert, Il faut vivre ça au moins une fois dans ta vie, ça m’a tellement apporté; je n’aime pas les hommes qui remplissent d’office votre verre de vin; je n’aime pas les hommes parfumés; je n’aime pas les hommes avec de grosses cuisses; je n’aime pas les complotistes ni les lecteurs de livres ésotériques; je me méfie de ceux qui aiment trop le jazz; je n’aime pas les mauvais pères; je n’aime pas les hommes qui ont des problèmes de parking; je n’aime pas les hommes qui redoutent sans cesse de se faire arnaquer; je n’aime pas les hommes qui vocifèrent pendant les grèves SNCF; je n’aime pas les hommes qui appellent par leur prénom des gens qui, eux, leur donnent du monsieur; je n’aime pas les hommes qui sont mal à l’aise dans un PMU crade; je n’aime pas les hommes qui font de la photo, Tu fais quoi, toi? Moi, je fais de la photo; je n’aime pas les hommes qui ne mangent rien au petit déjeuner »

J’ai bien aimé aussi le coté « roman en train de se construire ». En ce moment (je suppose qu’il fallait bien finir par l’avouer à un moment ou à un autre) j’essaye d’écrire, et je n’arrête pas de buter sur les mêmes problèmes: quelle est la place du narrateur? comment raconter une histoire en gardant le suspense quand l’auteur et le narrateur se confondent et qu’on sait à l’avance comment ça va se terminer? comment écrire les transitions? comment caser des passages loufoques? QUID du RÉALISME?. Dans ce bouquin, tous les problèmes sont réglés par le fait que le Sophie s’autorise tout. En lisant ce livre on a l’impression de lire un journal de travail. Avec des petits grabouillages de bas de page (il y a tout un travail sur la typo qui est très chouette, avec des tâches d’encre au milieu des pages, ou bien un passage où le diable (Lorchus) dessine une bite au milieu du texte), des jeux de mots, des rimes, des mots inventés, des conversations enregistrées au dictaphone et intégralement recopiées dans le texte…

Il y a tout un tas de passages qui m’ont fait hurler de rire et que j’aurais aimé vous copier-coller (le passage où Sophie parle avec « Patriciamiam-miam » sur un tchat sexy, ou alors le passage où Sophie fait du covoiturage et tombe sur un fan de serpents (« Mate, lui c’est Half. Il mange du vivant. L’autre, c’est Jeyson, je lui donne des souris congelées, parce qu’une fois il s’est fait mordre par une souris, depuis il a peur, ce con, alors je lui donne des souris congelées« ) mais je terminerai avec un extrait des élucubrations du personnage de Lorchus:

« -Faut réseauter, y’a que ça qui compte ré-seau-ter. On voit bien que tu n’as pas l’esprit d’entreprise, toujours le salariat, toujours l’assistanat… Incapable de performer. Tu ne connais pas le bonheur de faire quatre-vingt-dix pour cent de marge sur un produit. Ce sont de grandes joies. Bon, après, dit-il en se touchant les cornes, après il faut placer l’argent, c’est sûr…

Lorchus se tut un moment, perdu dans d’helvétiques et antifiscales pensées. Je me bouchai le nez et dis que tout ça n’était pas de mon ressort, j’étais une fille honnête. Lorchus me tira violemment par l’oreille.

-Gnnnnn…

-Je n’ai pas fini la leçon, microbe! Achète du pain en donnant un billet de dix euros, demande la monnaie sur vingt. Ça marche un coup sur deux. Tu passes ton temps à traîner en bibliothèque, dérobes-y des ordinateurs. Tu les revendras à prix cassé. Au bar, fais-moi plaisir, vole le sac des fumeurs sortis s’en griller une…

Lorchus se promenait de long en large, ses pieds fourchus laissaient des traces gluantes sur mon petit plancher.

-Attaque ton prochain! rugit-il, énervé par mon silence. Libère ton potentiel! Je ne vais pas non plus tout lucifaire à ta place. Tu penses trouver de l’argent par miracle? Fais-toi pute, là ça rapporte. Ou mendiante… Ben voilà, on n’a pas envie, on a – comment tu dis, déjà? – sa dignité.

Mes parents ne m’avaient pas éduquée comme ça. Autant mourir de faim.

-Comme tu veux, mais va falloir faire un choix, ma petite. Ou tu es du côté des winners qui rebondissent toujours, ou du côté des microbes sous perfusion qui pleurent à chaque facture et s’enfoncent dans la mouise chaque jour un peu plus. Remets en cause tes valeurs. Libère-toi. L’honnêteté, le partage, la sobriété, tout ça c’est pets de poule. Tu vas écouter ta mère toute ta vie? Deviens toi-même. Be yourself! »

On dirait un jeune avec Macron, pas vrai?

PS: en fouinant sur internet j’ai appris que Sophie Divry avait reçu le prix trop virilo pour ce bouquin. Le prix virolo est un prix parodique du prix femina, qui récompense chaque année « la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de l’année, c’est-à-dire un roman ou essai qui place l’homme, ou plus précisément le machisme, au centre de sa problématique. Un prix Trop Virilo est à la fois Trop Virilo et content de l’être« . Je sais que vous frétillez tous comme des poulets rôtis désormais hinhin

allez bye

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Salut les insoumis,

En ce moment, je suis très content:

a) Jean-Luc est en hausse dans les sondages;

b) je vis désormais dans un terrier équipé de la bibliothèque la plus coolos de la terre:

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le livre de cuisine c’est pour faire genre je suis un cordon bleu, en vrai je sais faire cuire que des pâtes

Pour fêter l’amélioration présente et peut-être future de mes conditions de vie, j’ai lu Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.

Michel-Houllebecq

coucou Michel

Bon alors ce livre a été une révélation, et ce dès le premier chapitre (ce fameux premier chapitre où le héros, bourré, s’affale derrière un canapé lors d’une fête organisée par son travail et écoute, ennuyé, les conversations débiles des « deux boudins du service » en pestant intérieurement contre le féminisme). En effet j’ai découvert que, comme Michel, j’étais un gros macho. J’ai passé une bonne partie de la lecture a ricaner bêtement et à surligner des passages, tels que:

« Catherine Lechardoy était à ses côtés. De temps en temps elle acquiesçait d’un: « Oui, ça c’est important ». Elle avait du rouge sur sa bouche et du bleu sur ses yeux. Sa jupe atteignait la moitié de ses cuisses, et ses collants étaient noirs. Je me suis dit subitement qu’elle devait acheter des culottes, peut-être même des strings; le brouhaha dans la pièce devint légèrement plus vif. Je l’imaginai aux Galeries Lafayette, choisissant un string brésilien en dentelle écarlate; je me sentis envahi par un mouvement de compassion douloureuse ».

Il y a aussi tout un tas de passages très rigolos sur l’absurdité du travail salarié:

« Dans l’après-midi, je devais voir le chef du service « Études informatiques ». Je ne sais vraiment pas pourquoi. Moi, en tout cas, je n’avais rien à lui dire. J’ai attendu pendant une heure et demie dans un bureau vide, légèrement obscur. Je n’avais pas vraiment envie d’allumer, en partie par peur de signaler ma présence ».

Mais le top grugru d’Extension du domaine de la lutte, c’est évidemment la critique que fait le livre du libéralisme – ou comment le libéralisme a les mêmes effets délétères sur l’économie que sur les relations humaines. C’est un truc auquel je pense souvent et que la plupart des membres de mon entourage ne comprend pas, du coup j’étais assez content de trouver ENFIN quelqu’un sur la même longueur d’onde (même si la personne en question sent un peu le moisi et n’a plus de dents à cause de son hygiène de vie déplorable).

Il y a de ça quelques années était sorti un sondage qui tentait de relier convictions politiques et pratiques sexuelles. Les résultats étaient assez étonnants. On y apprenait que les électeurs du FN et du Front de gauche, qui pourtant défendaient une approche très « régulatrice » de l’économie (protectionnisme, régulation de la finance, mise en place de normes accrues pour préserver les salariés ou l’environnement etc.) étaient également les plus « libéraux » dans leur vie sexuelle (plus grande tolérance à l’infidélité, nombre plus important de partenaires sexuels au cours de la vie, etc). Je trouve ça hyper bizarre, ce manque de cohérence. Comment peut-on dénoncer les méfaits du libéralisme dans la sphère économique sans se rendre compte que les effets sont les mêmes sur les relations de couple ou la sexualité? Ou pour le dire autrement: comment peut-on encore se dire « de gauche » quand on chope sur Tinder, alors que cette application n’est rien d’autre qu’un supermarché du sexe? (c’est le moment où vous allez sortir votre gourdin pour me l’écraser sur la tête si vous avez eu plus de trois partenaires sexuels dans toute votre vie, dont un trouvé sur Tinder. Mais je m’en fous car j’ai le crâne dur).

« Véronique appartenait, comme nous tous, à une génération sacrifiée. Elle avait certainement été capable d’amour; elle aurait souhaité en être encore capable, je lui rends ce témoignage; mais cela n’était plus possible. Phénomène rare, artificiel et tardif, l’amour ne peut s’épanouir que dans des conditions mentales spéciales, rarement réunies, en tout points opposées à la liberté de mœurs qui caractérise l’époque moderne. Véronique avait connu trop de discothèques et d’amants; un tel mode de vie appauvrit l’être humain, lui infligeant des dommages parfois graves et toujours irréversibles. L’amour comme innocence et comme capacité d’illusion, comme aptitude à résumer l’ensemble de l’autre sexe à un seul être aimé, résiste rarement à une année de vagabondage sexuel, jamais à deux. En réalité, les expériences sexuelles successives accumulées au cours de l’adolescence minent et détruisent rapidement toute possibilité de projection d’ordre sentimental et romanesque; progressivement, et en fait assez vite, on devient aussi capable d’amour qu’un vieux torchon. Et on mène ensuite, évidemment, une vie de torchon ».

Cet article était sponsorisé par l’association « tous en burka & mort au travail ».

Allez bye

Salut les poux,

Je sais que vous en avez tous marre de la vie politique française donc exceptionnellement cette semaine, pas de lobbying pour Philippe Poutou mais une liste de livres à la place. Ces derniers temps, j’ai lu 4 bouquins plutôt coolos (avec des réserves pour les deux derniers de la liste – je suis une blogueuse mode intègre et j’essaye de ne pas tout trouver fantastique):

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« J’ai seulement compris alors pourquoi il était toujours tellement facile de frapper autrui. C’était parce que je n’avais aucune imagination. Le chemin qui mène à la sympathie ou à l’empathie n’est pas de tout repos, mais c’est le seul que nous ayons. Pour comprendre les conséquences de nos actes, nous devons faire appel à notre imagination. Nous décidons qu’assommer quelqu’un avec une bouteille est une mauvaise idée, parce que nous nous mettons à la place de ce type et comprenons que, si on devait nous assommer avec une bouteille, bon dieu, ça ferait un mal de chien! On échange les rôles. Si vous faites ça – si vous pouvez faire ça – alors la violence devient pour vous une hypothèse de moins en moins probable. Vous collez le canon de votre arme contre le crâne d’un type. Si vous pouvez vous représenter ce que votre balle fera à ce crâne, alors il vous est littéralement impossible d’appuyer sur la détente. J’avais joyeusement tabassé des gens parce que je n’avais pas d’imagination ».

Je vous l’annonce tout net: ce livre m’a prouvé une fois de plus que j’étais un être insupportable et que malgré mes efforts pour lutter contre mes biais cognitifs, j’avais encore tout un tas d’idées reçues sur des sujets que je ne connaissais pas bien. Que je vous explique: de base, j’avais acheté ce bouquin parce que je savais que l’action se déroulait à Belfast, pendant les dernières années de la guerre civile. Pour moi, l’affaire était pliée: les anglais (et par extension: tous les protestants) étaient des colons et étaient donc forcément dans leur tord; les catholiques subissaient tout un tas d’injustices et c’était donc pas étonnant que l’IRA mène des actions terroristes en leur nom (hashtag « le vent se lève » de Ken Loach).

Sauf que dès les premières pages du livre, je me suis rendu compte que l’auteur ne partageait pas du tout ce point de vue. Il avait l’air de trouver tout le monde pénible (autant les républicains, les nationalistes, les loyalistes que les unionistes). Ça m’a étonné. Au début je l’ai soupçonné de d’être qu’un vil mou du genou apolitique (sens de la mesure, toujours). Et puis, à travers le personnage de Jack (celui qui parle dans la citation que je vous ai recopiée un peu plus haut), j’ai compris ce qu’il voulait dire. Et je me suis sentie honteux d’avoir eu une opinion aussi tranchée sur ce qui s’était passé en Irlande du Nord alors que je n’ai jamais mis un coussinet là-bas au moment des Troubles.

Bon sinon. Dans ce livre, vous trouverez: un chat obèse qui fait genre « je suis si mal nourri » pour apitoyer les passants, un Gavroche irlandais (le personnage de Roche, un gamin de 12 ans qui passe son temps à insulter tout le monde, ce qui donne lieu à des dialogues vraiment jouissifs), des tags mystérieux sur les murs, une chouette histoire d’amour et également une méthode radicale pour vous enrichir rapidement (indice: cela nécessite l’achat d’un godemichet géant). Il y a aussi de très belles pages sur Belfast, et sur l’attachement qu’on peut avoir pour l’endroit dans lequel on vit.

Seul bémol dans ce livre qui était quand même super chouette: la dernière partie (et globalement toute l’histoire centrée sur Chuckie, le gros protestant capitaliste) part un peu trop en quéquette à mon goût. J’ai eu l’impression que l’auteur s’est dit « mon livre est grave bien jusqu’ici, je vais lâcher les chevaux et raconter tout et n’importe quoi dans les dernières pages, mon éditeur n’y verra que du feu ».

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« Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu’on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu’on se mettait dans sa peau. Il m’avait suffi de me tenir sur la véranda des Radley. La bruine qui tombait rendait indistincte la lumière des réverbères. En rentrant à la maison, je me sentis très vieille mais, lorsque je regardai le bout de mon nez, je vis de fines perles de brume, malheureusement loucher ainsi me donna le vertige et j’arrêtai. En rentrant à la maison, je pensai à tout ce que j’aurais à raconter à Jem le lendemain. Il serait tellement furieux d’avoir raté tout ça qu’il ne m’adresserait pas la parole pendant plusieurs jours. En rentrant à la maison, je pensai que Jem et moi allions encore grandir, mais qu’il ne nous restait pas grand chose à apprendre, à part l’algèbre, peut-être ».

Grand classique (je suis sûr que la moitié d’entre vous ont déjà lu ce bouquin, j’arrive donc après la bataille). Ce livre, c’est un peu comme l’attrape-coeurs: je regrette de ne pas l’avoir lu avant. L’attrape-coeurs était le livre parfait pour adolescent grugru: j’aurais adoré lire, enfant, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

L’histoire est racontée à la première personne par Jean Louise (alias Scout). Scout a 6 ans et vit dans le Sud des Etats-Unis au moment de la Grande Dépression. Son père, Atticus, a été désigné avocat commis d’office pour défendre un homme noir soupçonné de viol. L’histoire s’étend sur 3 ans (des 6 aux 9 ans de Scout). Scout est vraiment une chouette gamine; j’avais l’impression d’être dans sa tête et de revivre, à travers elle, mon enfance (il y a une scène, assez drôle, où sa tante lui reproche de ne porter que des salopettes et pas de robes. Sa tante lui dit qu’elle doit devenir une « dame » pour être un « rayon de soleil » dans la vie de son vieux père fatigué. Scout répond qu’on peut être un rayon de soleil en salopette). Il y a de jolies pages sur la relation parent-enfant (Atticus répond toujours avec sérieux aux questions existentielles de Scout. Il m’a fait penser au père dans le film Captain Fantastic). Ou sur la relation frère-soeur (le frère de Scout, Jem, devient adolescent au moment où l’histoire de déroule). L’intrigue est sacrément bien tournée, à tel point qu’à la fin, je me sentais tout nostalgique et la larme à l’œil (les dernières pages sont quand mêmes sacrément cool).

C’est vraiment un sacré bon livre.

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« Nous discutâmes ainsi pendant au moins une heure. Étrangers au brouhaha de dialecte grossier autour de nous, nous nous sentions uniques, lui et moi, avec notre italien recherché et nos discours qui étaient importants pour nous et pour personne d’autre. Mais que faisions nous, en réalité? Était-ce vraiment une discussion? Un entraînement afin de pouvoir nous mesurer, dans l’avenir, à d’autres personnes ayant appris à manier le langage comme nous? Était-ce un échange de signaux destinés à nous prouver que les fondements d’une amitié longue et fructueuse existaient? Ou encore une manière cultivée de dissimuler nos désirs sexuels? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que je n’avais aucun intérêt particulier pour ces questions ni pour les faits ou personnes auxquelles elles renvoyaient. Tout cela ne faisait partie ni de mon éducation ni de mes habitudes, mais comme toujours je m’efforçais de ne pas faire piètre figure. J’eus l’intuition que je devais être attentive à dire ce qu’il voulait que je dise, lui cachant à la fois mon ignorance et le peu de choses que je savais et pas lui ».

OUI: je me suis tapé le tome 1 et le tome 2 de la saga d’Elena Ferrante (car a) je suis une blogueuse mode qui se respecte et b) j’avais besoin d’un truc facile à lire pendant les vacances).

Je ne sais pas trop si je devrais vous conseiller cette série de bouquins car honnêtement pas mal de trucs m’ont gonflé. Déjà la liste de personnages à rallonge. Ça m’a rappelé l’Idiot de Dostoïevski, où tu es obligé de te faire une fiche de lecture avec le nom complet des personnages (surnom inclus), les liens de parenté et les métiers de tout le monde pour comprendre un minimum de quoi on cause. On veut des intrigues simples! Merde! (message sponsorisé par le lobby des renards lecteurs). Ensuite, il y a le problème du « page turner » (oui j’utilise des expressions anglaises pour me la péter). Le principe du page turner est simple: l’histoire t’énerve tellement que tu lis compulsivement jusqu’à 3h du matin pour connaître le dénouement, et à la fin tu es encore plus dégoutté car CLIFFHANGER: il faut acheter le bouquin suivant pour connaître la suite. Moi j’ai une règle dans la vie: je n’achète que des livres de poche (mon côté radin, doublé de mon coté « je fais du vélo & et ne veux pas me trimballer un sac de 110 kilos tous les jours merci »). Du coup quand j’ai fini le tome 2, j’ai évidemment pas pu lire le tome 3 (vu qu’il vient de sortir) et je me suis senti aigri.

Le pitch, vous connaissez certainement alors je vous la fais courte. En gros l’histoire est centrée autour de deux amies, Elena et Lila, qui habitent dans un quartier pauvre de Naples, dans les années 50. Le premier tome raconte leur enfance. Le second tome est centré sur leur adolescence. C’est un peu bizarre parce que je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages. Lila est objectivement pète-couilles (c’est le genre de personne que, dans la vraie vie, je fuis comme la peste. Dans la catégorie « amie qui se définit comme hyper proche de toi mais qui passe son temps à te pourrir »). Et Elena est mou du genou. On a envie de la secouer et de lui dire d’arrêter de se poser 30 000 questions sur la vie (et de draguer des mâles qui sentent des pieds sous prétexte qu’ils se la jouent engagés en politique & poète incompris).

Moralité: ce livre m’a saoulé mais je lirai le tome 3 car je suis un renard curieux. Et aussi parce que trouve cool qu’Elena Ferrante veuille protéger son anonymat.

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Je voulais terminer cette liste de livres avec un peu de littérature de puriste (Kawabata a reçu le prix nobel de littérature en 1968). Ce bouquin (appartenant au mâle, qui est très japonisant), traînait dans la bibliothèque depuis un bon bout de temps. Je m’étais fait la promesse d’arrêter de lire des auteurs japonais car je trouve qu’ils ont un problème avec les femmes et que c’est énervant à la longue (prenez Murakami: ses héros sont systématiquement des mâles japonais mous du genou d’une trentaine d’années, vaguement dépressifs et indécis dans la vie qui, pour une raison incompréhensible, attirent dans leur lit tout un tas de femelles énamourées). Mais ce bouquin était court (à peine 200 pages) et parfois il faut se sortir de sa zone de confort donc je me suis dit: pourquoi pas.

J’ai râlé en continu tout au long des 200 pages.

(ce qui m’a valu un débat enragé avec le mâle, celui-ci soutenant qu’on ne pouvait pas adopter de position morale face aux œuvres d’art (je boycotte Polanski et Woody Allen depuis les histoires de pédophilie les concernant)).

Que je vous explique. L’histoire de Tristesse et beauté est la suivante: quand il avait 30 ans, Oki a eu une liaison extra-conjugale avec une jeune fille de 16 ans, Otoko. Otoko est tombée enceinte, mais a perdu l’enfant à la naissance. Elle a ensuite été internée en hôpital psychiatrique, et Oki l’a quittée. Par la suite, Oki a écrit un livre sur leur histoire d’amour, qui est devenu un best-steller. Il n’a jamais revu Otoko. Alors qu’il approche de la cinquantaine, il décide de la revoir (vous le sentez venir, le mec relou?). Otoko ne s’est jamais mariée. Elle est devenue peintre et vit en couple dans son atelier avec son apprentie (vous le sentez venir, le gros cliché de la lesbienne?).

Alors il y a pas à chier: ce bouquin est un petit chef d’œuvre de pureté stylistique (les descriptions de phénomènes naturels rendent jaloux devant tant de précision et de travail acharné pour trouver les mots exacts). Et le livre aborde la question de la vengeance, de la jalousie et de la possession, de manière intéressante. MAIS. Comme je m’en doutais, il y a un gros problème avec les femmes. Je pense que c’est vraiment lié à la culture japonaise, qui fait que la psyché féminine est complètement inaccessible aux mâles (à force d’être un pays complètement inégalitaire, on oublie vite à quoi ressemble la vie des dominés car comme dirait l’autre, l’histoire est écrite par les vainqueurs).

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Un passage en particulier m’a fait hurler plus fort que les autres:

« Il était encore tôt quand Oki ouvrit, vers quatre heures et demie, le paquet d’Otoko. Il contenait un assortiment de mets préparés à l’occasion du Nouvel An, ainsi que des boules de riz modelées avec soin, qui lui paraissaient traduire les sentiments d’une femme. Sans nul doute, Otoko les avait elle-même confectionnées à l’intention de celui qui avait, autrefois, détruit sa jeunesse. Tout en mâchant de petites bouchées de riz, Oki pouvait sentir sur sa langue et entre ses dents la saveur du pardon d’Otoko. Non, ce n’était pas son pardon, mais plutôt son amour, un amour encore bien vivant dans son cœur »

(elle ne t’a pas fait des boulettes de riz parce qu’elle t’aime en secret mec. C’est juste que c’est une femme japonaise disciplinée et qu’elle avait pas le choix que de te préparer ton putain de repas)

Salut les poux lumineux,

Les vacances de Noël sont finies et nous rentrons dans le mois le plus déprimant de l’année, à savoir le mois de Janvier. Pour vous remonter le moral, je vous ai concocté une liste de livres à lire de derrière les fagots (je sais que c’est vos articles pref sur ce blog). Garanti 100 % top chouchou (sauf le dernier pour lequel j’ai de petites réticences mais je vous expliquerai pourquoi).

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« Je déambulais dans les rues désertes, je montais puis descendais des escaliers. J’ai alors croisé une vieille qui promenait un chien minuscule. Ce petit chien portait un manteau molletonné, mais il tremblait de froid. Il tremblait encore plus fort quand il s’est accroupi pour faire ses besoins. Je me suis arrêté pour l’observer. Pendant que la petite merde sortait, tout le petit corps frémissait, comme parcouru par un courant électrique. Quand la petite merde est finalement sortie, le tremblement s’est apaisé et le chien s’est mis à gratter le sol avec ses petites pattes. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Cette petite merde, me suis-je dit, a suffi à faire trembler ce chien. La vieille m’a lancé un regard sévère, probablement parce qu’elle m’avait entendu rire. Je me suis senti mal à l’aise, mais c’était vraiment comique. J’ai pensé alors à ce qui arriverait au chien le jour où la petite merde ne sortirait plus. Je l’ai imaginé dans une petite chaise roulante. Puis je me suis dit que je devrais quand même contrôler ma consommation d’alcool et laisser les bourbons tranquilles pour quelque temps. »

J’avais acheté ce bouquin sur un coup de tête car je partais en vacances au bord du lac de Côme (comme George Clooney) et que j’aime bien faire mon touriste bobo, à savoir, lire des bouquins en rapport avec l’endroit où je voyage.

Et alors, je vous le dis tout net, ce livre est fantastique. Je pense qu’il se classe sans problème dans le top 10 de l’année (merci de ne pas faire remarquer que l’année vient de commencer). Le narrateur, c’est l’auteur lui-même, Srdjan Valjarević. Alors que son pays natal (la Serbie) est enlisé en pleine guerre des Balkans, il obtient plus ou moins sur un malentendu une bourse de la part de la fondation Rockefeller pour résider pendant un mois dans une villa d’intellectuels au bord du lac de Côme et y écrire un bouquin. A l’intérieur de la villa, l’ambiance est exactement comme on pourrait se l’imaginer : il y a de bons vins, de la nourriture délicieuse, les draps sont moelleux ET les autres résidents sont insupportables (dans le genre « nous sommes l’élite de l’élite de l’élite, prout et clarinette »). Srdjan Valjarević décide alors de faire ce que nous aurions tous fait à sa place, à savoir, ne rien glander et profiter de la vie. Bon alors il a pas non plus rien glandé parce qu’au final il a écrit ce bouquin. Mais ça sonne plus comme une provocation qu’autre chose (et c’est ça qui est rigolo). Le livre est divisé en 30 chapitres : à chaque fois Srdjan y décrit sa journée, et à chaque fois il se passe à peu près la même chose :

  • il fait des grasses mat
  • il s’habille de manière moche, avec un pull en laine vert troué par les mites
  • il va marcher dans les collines qui surplombent le lac et observe les oiseaux, les couleurs, la lumière
  • il grogne contre les autres pensionnaires, qui sont vieux, riches et pénibles et tente par tous les moyens de fuir les obligations sociales
  • il se bourre la gueule
  • il essaye de pincer les fesses d’Alda, la serveuse du bar local

(toute ressemblance avec un certain renard au chômage est bien sûr totalement fortuite)

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« Je proposai d’acheter cent places pour un des concerts symphoniques de Rochester. Nous choisirions un concert de musique particulièrement douce. Trois heures avant le concert, aux cent Noirs qui auraient les tickets pour s’y rendre, on servirait un dîner : des haricots – rien d’autre – qu’ils auraient à ingurgiter en grandes quantités. Ils se rendraient alors au concert et on devine la suite. Imaginez un peu le tableau quand l’action commencerait. Le concert serait terminé avant même le premier mouvement ! (Il y a du Freud là-dedans, mais après tout!). Analysons cette tactique à la lumière des concepts que nous avons déjà mentionnés. La confusion provoquée sortirait entièrement du cadre de l’expérience de la « bonne «  société qui s’attendait au truc classique : réunions de masse, manifestations de rues, confrontations, marches. Même en imaginant le pire, ils n’auraient jamais pensé qu’on pût s’attaquer à leur joyau culturel, leur fameux orchestre symphonique. Deuxièmement, l’ensemble de l’action ridiculiserait la loi et il n’en existera jamais qui interdise les fonctions naturelles. Ici vous aurez un mélange de bruits, mais aussi d’odeurs, qu’on pourrait appeler des bombes puantes naturelles. Les bombes puantes habituelles sont illégales et peuvent faire arrêter immédiatement leur utilisateur, mais rien ici ne permettrait à la police ou aux huissiers ou à quiconque de réagir. La police se trouverait complètement paralysée. Les gens se mettraient à raconter l’histoire du concert et tous ceux qui l’apprendraient éclateraient de rire. Cet incident ferait apparaître l’orchestre symphonique sous un jour ridicule. Les pouvoirs publics n’auraient aucun recours pour réagir devant cette situation ou empêcher qu’une attaque de ce genre ne se reproduise. Que pourraient-ils faire ? Exiger que les gens ne mangent pas de haricots avant d’aller au concert ? Ordonner aux gens de se retenir pendant toute la durée du concert, même si c’est urgent ? Faire une déclaration publique aux termes de laquelle les concerts ne peuvent pas être interrompus par des dégagements d’odeurs corporelles ? Une déclaration de cette nature signifierait, à l’avenir, la ruine du festival. Imaginez un peu la tension dans la salle de concert au moment de l’ouverture ! Imaginez le sentiment du chef d’orchestre au moment de lever sa baguette ! Cette opération aurait aussi, à coup sûr, des retombées le matin suivant au petit déjeuner. Les femmes de cadres, à qui le festival apporte l’une de leurs principales fonctions sociales, accrocheraient leurs maris (cadres supérieurs ou jeunes cadres) en leur disant : « John, nous n’allons tout de même pas laisser ces gens-là ruiner notre festival. Je ne sais pas ce qu’ils veulent, mais quoi que ce puisse être, il faut absolument faire quelque chose pour empêcher qu’un tel scandale ne se reproduise. »

Pendant les vacances de Noël j’ai lu le journal Fakir pour la première fois de ma vie et c’était vachement bien. Pour les gens de droite du groupe qui ont encore rien suivi parce qu’ils étaient trop occupés à attendre la prochaine vente privée sur internet, Fakir c’est le canard fondé à Amiens par François Ruffin, le mec qui a fait le film « merci patron » (qui a ensuite été plus ou moins à l’origine de nuit debout). J’aime bien ce que fait Fakir parce qu’ils poursuivent deux objectifs :

  • sortir les gens de l’indifférence
  • montrer qu’il est possible d’agir localement (on a pas besoin d’avoir toute la France derrière soi pour faire changer les choses à son échelle)

Ce livre, « l’art de la guérilla sociale », tombait donc à pic. Assez court (140 pages), il se propose de vulgariser les thèses de Saul Alinsky, qui était un militant américain des années soixante, et qui a gagné plein de combats locaux à son époque en utilisant je cite « le rire comme arme, la ruse à la place de la force et le pragmatisme roublard ». Et franchement c’est hyper bien. Pour tout ceux qui comme moi sont un peu rétifs au militantisme « traditionnel » à base de saucisses grillées dans la rues et slogans de la CGT hurlés au microphone, ce livre vous ouvrira plein de perspectives nouvelles. Le parfait petit manuel pour faire chier, en somme (et 100 % garanti histoires de prout).

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(PS : pour ceux qui cherchent une idée de cadeau de naissance qui déchire sa race, Fakir propose un abonnement à vie pour la somme de 180 euros) (franchement si c’est le prix à payer pour être moins con, bah c’est pas si cher que ça)

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Pour rentrer en France pour les vacances de Noël, mon avion a eu la masse de retard et je me suis retrouvé à court de livres. L’inquiétude était palpable (on sait tous qu’un renard qui s’ennuie est un renard pénible), mais heureusement je suis miraculeusement tombé, au point presse du coin, sur ce bouquin de Mike Horn et c’était SUPAIR (j’ai aussi acheté « le liseur du 06h27 » et ce livre était une grosse daube. Je vous en parle même pas tellement c’était neuneu).

J’adore les histoires d’aventure. Sûrement parce que je suis l’animal le plus trouillard de la terre et que ma passion, dans la vie, c’est de vivre tout un tas de dangers par procuration, enroulé dans ma couette au coin du feu. Dans ce livre, Mike Horn fait chier sa femelle et tout son entourage décide de partir faire le tour du monde à pied, en vélo et en bateau, en s’imposant de rester dans une bande de quarante kilomètres autour de l’équateur. Je vous mets une carte pour que vous voyiez mieux à quoi ressemble son itinéraire :

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Bon alors c’est pas de la grande littérature, mais ça se lit vite et bien et en bonus vous emmagasinerez tout un tas de « survival tips » hyper utiles si tout à coup la civilisation s’effondrait.

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Je vous le dis tout net : j’avais de grands espoirs pour ce livre. Déjà à cause du titre : on aurait dit qu’il était fait pour moi. Ensuite à cause du pitch : un homme, déjà au chômage, se fait expulser de son appartement et décide de vivre dans sa voiture. Volontairement désœuvré, il arpente les rues de Paris à la recherche de signes d’une révolution à venir – signes qui vont se manifester sous la forme de tags bizarres sur les murs. Sur le papier tout y est : la critique du travail salarié, l’émergence d’un mouvement révolutionnaire type nuit debout qui inclurait les plus pauvres et pas seulement les gros bobos, etc. Sauf que passé les premiers chapitres, enthousiasmants, ça part en couille. Pour vous le dire simplement : je me suis mis à ne rien comprendre de ce qui écrivait l’auteur. Alors soit c’est vraiment de la poésie et je suis trop con pour saisir, soit à un moment Yannick Haenel s’est relâché le coussinet et a arrêté de tenir les fils de son intrigue (on ne sait pas). Par exemple si quelqu’un a une explication au sujet du passage suivant, qu’il n’hésite pas à se manifester dans les commentaires : « Privé de destin, le monde ne vaut pas mieux qu’une algue ou un tesson. C’est pourquoi la moindre occasion de déranger son ordre est si bouleversante: ceux qui se faufilent entre la fuite et le refuge ont deviné que la présence n’est qu’un exil, que rien d’autre n’existe que cet exil où les animaux, en effet, nous précèdent.« 

Salut les croustillants,

Je sais pas vous mais chez moi & comme tous les ans, le mois de décembre est placé sous le signe du drama des cadeaux de noël.

13-compress« Mais j’aime pas Noël !! ça me gonfle ! groaaaarrr »

Et j’avoue que cette année je suis particulièrement excité du bulbe parce que je trouve le principe du cadal de noël encore plus absurde et grotesque que d’habitude. Je vais pas vous faire le laïus écolo, tout le monde le connaît (si, avec le degré d’information auquel vous avez accès, vous préférez continuer à surconsommer, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Faudra pas venir pleurer le jour où l’espèce humaine s’éteindra par votre FAUTE). Il y a le coup de la Syrie aussi. Alors je veux pas me faire accuser d’être un sale bobo gauchiste bien-pensant hein : je sais que des drames affreux, il y en a tous les jours dans le monde, mais sérieusement, ce qui se passe à Alep en ce moment ne vous empêche pas de dormir ? Vous allez sérieusement ouvrir vos cadeaux de merde avec joie en oubliant ce que notre pays a contribué à faire là-bas ? C’est un putain de scandale, qui va nous revenir à la figure un de ces quatres vous verrez, et faudra pas venir se plaindre que « oh bah qu’est-ce qui se passe que de violence gratuite je comprends pas, vraiment ».

BREF, si comme moi Noël vous donne des crises de sébum pires que celles de Manuel Valls, j’ai trouvé la solution pour vous : le trolling littéraire. Alors ok, un livre c’est fait avec du papier et quelque part c’est mal (rapport à la déforestation etc). Mais l’avantage d’un bouquin, c’est qu’il peut radicaliser votre entourage pour pas cher et pratiquement sans danger (la NSA ne viendra pas vous espionner pendant que vous tournerez les pages) (bonus : vous pourrez même inciter l’heureux destinataire à offrir le livre à quelqu’un d’autre après lecture afin de poursuivre la radicalisation à L’INFINI).

Du coup je vous ai préparé une petite liste de bouquins dont on a jamais parlé ici mais qui peut-être feront chier votre entourage (et tout le monde sait que l’exaspération est le début du changement).

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« Après avoir survécu aux secousses de l’enfance, après avoir acquis l’habitude de la réflexion, il m’arrivait de méditer sur l’étrange absence de bonté véritable chez les Nègres, de réaliser combien notre tendresse était inconstante, combien nous manquions de passion vraie, combien nous étions vides d’espoirs exaltants, combien notre joie était timide, nos traditions pauvres, notre mémoire creuse, combien nous manquions de ces sentiments intangibles qui lient l’homme à l’homme et combien notre désespoir même était superficiel. Après avoir connu d’autres modes d’existence, je réfléchissais à l’ironie inconsciente de ceux qui trouvaient que les Nègres avaient une vie si passionnelle ! Je découvrais que ce qu’on avait pris pour notre force émotive était fait de notre désarroi négatif, de nos dérobades, de nos angoisses, de notre colère refoulée. Chaque fois que je pensais à l’aspect essentiellement morne de la vie noire en Amérique, je me rendais compte qu’il n’avait jamais été donné aux Nègres de saisir pleinement l’esprit de la civilisation occidentale ; ils y vivaient tant bien que mal, mais n’en vivaient pas. Et quand je songeais à la stérilité culturelle de la vie noire, je me demandais si la tendresse pure, réelle, si l’amour, l’honneur, la loyauté et l’aptitude à se souvenir étaient innés chez l’homme. Je me demandais s’il ne fallait pas nourrir ces qualités humaines, les gagner, lutter et souffrir pour elles, les conserver grâce à un rituel qui se transmettait de génération en génération ».

Le livre idéal à offrir à son petit cousin à la place du traditionnel Tom Sawyer. Pas de panique : on reste dans le même genre de littérature jeunesse car Richard Wright y raconte son enfance dans le Sud des Etats-Unis au siècle dernier – on y parle donc des eaux jaunes et endormies du Mississipi, de l’odeur de la poussière d’argile battue par la pluie fraîche, des jeux auxquels il s’adonnait avec les autres enfants, de la vie du quartier, de ses bêtises sévèrement punies par sa mère, sa tante et sa grand-mère… Sauf que ça ne se passe pas chez les Blancs mais chez les Noirs. Du coup l’impression qu’on tire du bouquin est très différente de la lecture des aventures d’Huckleberry Finn. Ici, les conséquences de la ségrégation ont un impact direct sur le développement de Richard : pauvreté, faim, absence d’affection, manque d’éducation, la violence. Bref j’en dis pas plus mais lisez et faites lire ce livre et ensuite vous y repenserez à deux fois quand vous nous sortirez le laïus du mérite et de la valeur travail.

Ce qui me fait penser que si vous n’êtes pas branché « achat de livres » (mais qui ne l’est pas?), offrir un abonnement à hors-série c’est cool aussi. Pour 30 euros par an vous avez accès à tout un tas d’émissions trop bien. Par exemple « l’Amérique blanche » avec Sylvie Laurent, enregistrée après l’élection de Trump et qui fait un bel écho aux thèmes abordés dans « black boy ».

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« Ses vues se limitaient à l’horizon qu’elle connaissait – et les esprits limités n’aperçoivent que les limites des autres. Elle confondait les bornes de son propre champ de vision, qu’elle croyait très vaste, avec les frontières de l’esprit de Martin et elle rêvait de les aplanir pour l’amener à voir comme elle, s’imaginant élargir son horizon en l’identifiant au sien ».

Jack London, c’est vraiment facile de le glisser parmi les cadeaux de Noël parce que plus personne ne se méfie de lui depuis que Croc-Blanc est devenu le livre de chevet de toute une génération de jeunes mâles attirés par la nature virile et l’aventure (n’hésitez pas à vous manifester dans les commentaires si vous vous sentez visé).

De quoi parle Martin Eden ? De classes sociales. Ou plutôt du syndrome du transclasse : Martin, ancien marin fauché, tombe amoureux d’une jeune bourgeoise et, pour gagner son affection, s’emploie à devenir écrivain. Or c’est seulement une fois arrivé au terme de son élévation sociale qu’il se rend compte que la belle, et toute sa famille, sont décevants et médiocres… Il constate alors avec effarement qu’il n’est plus chez lui nulle part : il ne sera jamais un riche car il est né pauvre, et le chemin intellectuel qu’il a dû accomplir pour s’extraire de son ancien milieu social l’empêche de faire tout retour en arrière. Ça c’est pour le pitch, somme toute assez classique mais diablement efficace. A coté de ça le livre est truffé de tout un tas de phrases méchantes que vous pourrez balancer avec décontraction aux gens qui vous énervent entre le foie gras et la dinde. Comme : « la vulgarité – une vulgarité chic, je l’admets – est le fondement du raffinement et de la culture bourgeoise ». Ou : « les chiens de garde du succès littéraire sont les ratés de la littérature : ce ne sont que des tubes digestifs, qui n’ont pas plus de sens artistique que des mollusques ».

Mais moi ce qui m’a le plus plu, c’est la critique du travail que fait le livre en sourdine. Le travail au sens travail laborieux, travail de pauvre, qui te prend tout ton temps et te laisse les membres et la tête tellement épuisés que la seule issue possible est d’aller au bar le soir et de se torcher la gueule. Il y a un passage très fort, vers le milieu du livre, dans lequel Martin choisit de démissionner de son emploi dans une blanchisserie car il réalise qu’il est abruti, empêché de penser, de vivre, d’être un être humain à part entière. Le livre montre aussi que le socialisme et la solidarité de classe (entre pauvres) est une des seules manières de mener correctement son existence (avis aux amateurs).

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Apprentis écrivains, LoveStar est un miracle : c’est la preuve qu’on peut réussir à se faire publier sans avoir pondu aucune intrigue sérieuse. Parce que je vais pas vous mentir : Andri Snaer Magnason, l’auteur, a l’air d’être un gros zinzin. On a l’impression que l’histoire qu’il a écrite est juste un machin accessoire, un truc décousu dont il essaye de ramener les coutures ensemble pour les faire tenir avec du gros scotch, mais qui lui sert surtout de prétexte pour délirer sur tout un tas de sujets accessoires. Donc si vous êtes anal de l’humour absurde, il est possible que ce livre vous énerve. Moi en tout cas, il m’a énervé.

MAIS malgré ce défaut de taille (qui n’en sera pas un pour tout le monde), ce livre a le mérite de vous faire sentir à quoi pourrait ressembler le quotidien si personne ne mettait de frein au développement d’internet, des réseaux sociaux et des objets technologiques en général. Et je dois avouer que malgré le caractère totalement futuriste de l’univers dans lequel évoluent les personnages, on se dit souvent que ça ne serait pas étonnant si on finissait par en arriver là :

« Indridi Haraldsson appartenait à cette catégorie des hommes modernes et sans fil. Rien d’anormal donc, à ce qu’il éructe subitement aux oreilles de quelqu’un « BOISSON AU MALT BIEN FRAPPÉE ! BOISSON AU MALT BIEN FRAPPÉE ! » pendant dix longues secondes sans que ses yeux ou son corps en semblent affectés. La raison de son comportement était toute simple : les annonces publicitaires qu’on lui envoyait arrivaient directement dans les aires langagières de son cerveau. Cela impliquait qu’il était aboyeur de publicités ou tout simplement aboyeur, comme on les appelait le plus souvent. Dans ce cas, sans doute était-il assez fauché pour se trouvé exclu de la plupart des groupes cibles, il était alors vain de lui envoyer des publicités. En revanche, on pouvait se servir de lui pour les transmettre à d’autres personnes : il suffisait de connecter directement les aires langagières de son cerveau aux annonces en utilisant sa bouche comme mégaphone. C’était là une méthode plus percutante que les traditionnelles exhortations diffusées à la radio ou par le biais de panneaux publicitaires. Voilà pourquoi, en croisant un homme qui sortait d’un parking, Indridi s’était écrié : « ATTACHEZ VOTRE CEINTURE ET NE ROULEZ PAS TROP VITE! ». Récemment arrêté pour excès de vitesse et défaut du port de ceinture, l’homme avait été condamné à écouter, par aboyeurs interposés, deux mille annonces de rééducation dont il payait les frais. Là résidait peut-être l’avantage majeur des technologies nouvelles : elles amélioraient la société ».

Le livre idéal pour se décider enfin à se désinscrire de Facebook et Twitter donc, remplacer son smartphone par un bon vieux téléphone fixe des familles et GROGNER contre le marketing web.

Bon allez sur ce il est l’heure pour moi de me rendre à la poissonnerie car en tant que femme au foyer les menus de la semaine indiquent mercredi = maquereau (bisou les végétariens).

Salut les dépressifs,

Aujourd’hui et afin de détendre les chakras de chacun, nous allons parler littérature. Tiens d’ailleurs, tip de blogueuse mode: si vous savez pas quoi lire en ce moment et que vous cherchez de l’aventure et de l’exotique, je vous conseille d’aller fouiner sur cette carte interactive. Le principe est simple: vous choisissez un pays ou une région du monde, et on vous propose une liste de bouquins. J’ai lu pas mal de trucs cool récemment grâce à ça, donc je suis content.

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« Je raconte à Lev que, quand j’avais son âge, tout me faisait pleurer: les films, les histoires, et même la vie. Les mendiants dans la rue, les chats écrasés, les pantoufles éculées me faisaient éclater en sanglots. Les gens autour de moi ont trouvé que ça posait un problème et, pour mon anniversaire, ils m’ont offert un livre destiné à apprendre aux enfants une méthode pour ne pas pleurer. Le héros du livre pleurait beaucoup, jusqu’à ce qu’il fasse connaissance d’un ami imaginaire qui lui suggéra, chaque fois qu’il sentirait les larmes gonfler en lui, de s’en servir comme d’une espèce de carburant pour faire autre chose: chanter une chanson, taper dans un ballon, esquisser quelques pas de danse. Ce livre j’ai bien dû le lire cinquante fois et j’ai mis ses conseils en pratique des dizaines et des dizaines de fois jusqu’à devenir si fort pour m’empêcher de pleurer qu’aujourd’hui ça m’est naturel et que ça se fait tout seul. J’y suis tellement habitué à présent que je ne sais pas comment arrêter. « Alors quand tu étais petit, demande Lev, chaque fois que tu avais envie de pleurer, tu chantais à la place? ». A contrecœur, je suis obligé de reconnaître que non. « Je ne sais pas chanter. Alors le plus souvent, quand je sentais les larmes monter, je tapais quelqu’un ». « C’est bizarre, dit Lev, songeur. Moi d’habitude je tape quelqu’un quand je suis content ». Le moment parait bien choisi pour aller jusqu’au frigo prendre des bâtonnets au fromage pour nous deux. On s’assied dans le salon et on se met à grignoter en silence. Père et fils. Deux mecs. Si vous frappiez à la porte et que vous le demandiez gentiment, on vous offrirait un bâtonnet au fromage, mais si vous faisiez quoi que ce soit d’autre, qui nous rende triste ou content, il y aurait de fortes chances pour que vous vous preniez une petite raclée. »

D’habitude je ne lis pas de recueils de nouvelles (car je suis un beauf) mais j’ai fait exception avec Etgar Keret car j’aimais bien l’idée sous-jacente du livre (il a réuni plusieurs textes qu’il a écrit pendant les sept premières années de vie de son fils). Bon alors je vous le dis tout de go: ce bouquin s’inscrit parfois dans la lignée « humour facile » donc si vous voulez des blagues un peu moins france inter et un peu plus second degré, peut être que vous ne serez pas satisfaits. Mais moi je m’en fous, je suis toujours bon public dès qu’il s’agit de tourner en ridicule sa progéniture. De plus le livre contient par endroits des passages assez subtils sur Israël et les juifs (les alertes attentat, le service militaire, la Pologne (dont est originaire la mère de l’auteur), la culpabilité vis-à-vis des arabes). Bref, c’est donc une lecture reposante pour mois de novembre déprimant.

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« Être mort, c’est ce que doit payer chacun pour avoir été, pour s’acquitter du miracle qui préside à chaque naissance »

Livre court (à peine 150 pages) mais tellement COOL. Galsan Tschinag a grandi dans la steppe, en Mongolie, dans une famille de nomades. Ciel Bleu raconte son enfance. Le livre est truffé de survival tips qui feraient frissonner bear grylls de plaisir. On y apprend par exemple que la graisse d’animal sauvage a des vertus cicatrisantes. Que les bouses peuvent servir de combustible pour le feu en hiver. Ou que le genévrier, mélangé à de l’eau tiède, est parfait pour se laver les coussinets après une journée passée à crapahuter dehors (toi aussi n’hésite pas à voter pour que le verbe « crapahuter » soit élu top ringard 2016). A l’époque de Galsan Tschinag, les enfants ne mangeaient pas de bonbons (car cela n’existait pas) mais n’avaient pas l’air de plus mal le vivre que ça (ils n’allaient pas à l’école non plus. peut-être que ça aide à se sentir détendu du slip). Bref, j’ai adoré ce bouquin. En plus il y a aussi de très belles pages sur sa mémé.

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« Lorsqu’elle voyait ainsi le visage de ce garçon, qui appartenait à ses années d’adolescence, s’inscrire sur le décor montagneux de sa vie présente, le familier et l’insolite se brouillaient, se fondaient en une sorte de rêve éveillé. Une vague de sentiments confus la balayait comme la brise caresse un corps en nage: la personne que Howie croyait avoir en face de lui, à laquelle il s’adressait et dont il lui renvoyait l’image, n’avait plus la même identité: ce n’était plus celle qui avait signé ses dessins d’avant, ce n’était plus celle qu’elle-même connaissait. En ce cas, qui était-elle? Elle n’en savait rien. »

Je ne remercierai jamais assez la personne qui m’a conseillé de lire ce bouquin à travers un commentaire laissé sous une précédente liste de livres. Je ne connaissais pas Wallace Steigner et je serais certainement passé à coté sinon. D’autant que le sujet me laissait a priori de marbre: « un vieil historien ronchon, unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s’occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant – ou à celui d’après si l’on veut rester optimiste. C’est ainsi qu’il va tomber sur les lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l’Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari – et dont la vie, passée au milieu de paysages grandioses, ne sera qu’une suite (plutôt mouvementée) de dégringolades et de désillusions…« . De « l’Ouest sauvage », je n’avais que de vagues connaissances, tirées de la petite maison dans la prairie (ne me jugez pas), de quelques westerns spaghetti soporifiques et de lointains souvenirs de cours d’histoire-géo. Pour moi, l’Ouest sentait des pieds, et la perspective de me coltiner les aventures de Susan Ward (la grand-mère en question) sur 700 pages me paraissait au dessus de mes forces. Comme j’avais tord! Déjà, la quatrième de couverture n’est pas mensongère: on croise effectivement dans ce livre moultes paysages grandioses (et c’est une personne qui d’ordinaire ne supporte pas les descriptions qui vous le dit). Mais le plus inattendu c’est qu’on se surprend à suivre la vie de Susan comme un thriller et à tourner les pages avec impatience dans l’attente du dénouement (ce qui est à la fois bien et pas bien car, rappelez-vous, le livre est gros. Donc vous en aurez pour un paquet de temps avant d’avoir fait le tour de sa vie). Parmi les grands thèmes abordés, on trouve: le déracinement, le temps qui passe et l’identité qui se fragmente (à l’échelle d’un individu mais aussi sur plusieurs générations), la question de la mémoire, les rêves que l’on a pour sa vie versus la réalité, et la vie de couple (joies et déceptions).

Ah et question bonus pour ceux qui ont déjà lu ce livre: qui est votre personnage pref? Susan ou son mari? Au début je me positionnais clairement du côté de Susan mais avec le temps cette personne m’a un peu tapé sur le système [attention minute anti-féministe: franchement Susan elle se la coulait douce quand même. En tant que femme au foyer aisée, elle était quand même vachement oisive je trouve. Il y a plein de passages où on a envie qu’elle lâche ses rêves débiles de femme artiste et de conversations mondaines au coin du feu et qu’elle vienne mettre les mains dans la boue pour aider un peu son mari. En même temps je ne suis qu’un petit insolent et il est évident qu’à cette époque là, et vu le milieu social dans lequel elle évoluait, certaines choses ne se faisaient pas…].

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Le livre bonus du mois! Je souffre parfois d’insomnie et après avoir essayé plein de trucs qui servent à rien (tapis d’acupression, gouttes de lavande sur l’oreiller, méditation du genre « pensez à 3 choses cool qui vous sont arrivées aujourd’hui puis endormez-vous dans le calme ») j’ai décidé de revenir aux bases c’est à dire: à la science. Ce « que sais-je » est pas mal foutu (bien que son auteur s’appelle Zara de Saint-Hilaire, ce qui laisse présager d’une vaste blague). Je vous laisse avec ces sages paroles:

« L’insomniaque passe en fait un temps anormalement long au lit. Il se couche souvent tôt, traîne au lit le matin, et pourtant dit ne dormir que quelques heures. Cette tendance à allonger le temps passé au lit pour essayer de « compenser » le sommeil estimé insuffisant diminue la « pression » du sommeil et favorise l’apparition d’éveils au cours du sommeil. La technique consiste donc à réduire le temps passé au lit pour le faire coïncider le plus possible avec le temps de sommeil. Le patient tient un agenda de ses horaires de sommeil sur huit jours minimum. A partir de ces informations, on calcule l’efficacité subjective de son sommeil qui est égale au rapport du temps de sommeil total sur le temps passé au lit multiplié par 100. Le but est d’arriver à obtenir un indice très proche de 100%. Concrètement, si la personne pense avoir dormi 5 heures et demie, on lui accorde un temps passé au lit égal à cette durée. La restriction se fait en retardant l’heure du coucher, tout en maintenant constante l’heure du lever. Le temps passé au lit ne doit cependant jamais descendre au-dessous de 5 heures. Lorsque l’efficacité de son sommeil calculée grâce à l’agenda s’améliore et atteint environ 85%, le temps passé au lit peut être augmenté de 15 minutes, permettant au patient d’aller se coucher 15 minutes plus tôt. »

« Regarde-les donc bien ces apatrides, toi qui as la chance de savoir où sont ta maison et ton pays, toi qui à ton retour de voyage trouve ta chambre et ton lit prêts, qui as autour de toi les livres que tu aimes et les ustensiles auxquels tu es habitué. Regarde-les bien, ces déracinés, toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel point le hasard t’a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les bien, ces hommes entassés à l’arrière du bateau et va vers eux, parle-leur, car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation; et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue, ils aspirent inconsciemment une bouffée d’air de leur pays natal et leurs yeux s’éclairent et deviennent éloquents »

– Stefan Zweig

Salut les indigènes,

Aujourd’hui, nous allons parler de ce bouquin:

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Il y a des livres comme ça, qui font l’effet d’une bombe dans votre vie, avec un avant et un après. Et ensuite, on ne peut plus continuer comme si on ne savait pas. J’espère donc réussir à vous parler correctement des blancs, des juifs et nous pour vous donner envie de vous ruer dessus (pour info le machin coûte 9 euros et ne compte que 150 pages).

Commençons par situer l’animal. Houria Bouteldja c’est qui? C’est une personne un peu énervée du bulbe, occasionnellement munie d’un turban, qui s’est fait principalement connaître pour deux faits d’armes: a) la création du parti des indigènes de la république et b) moultes engueulades avec alain taisez-vous finkielkraut et ses acolytes (ces derniers lui reprochant son prétendu antisémitisme – argument qui s’apparente, si vous voulez mon avis sur la question, à un cas flagrant de fraude intellectuelle). Cependant et malgré un état d’esprit résolument grognon qui avait tout pour me plaire, je ne connaissais pas du tout Houria Bouteldja avant de tomber un peu par hasard sur une interview d’elle sur le site d’Hors-Série dans laquelle elle revient sur les points les plus « polémiques » de son dernier texte (tiens d’ailleurs je vous conseille chaudement cet entretien; comme dans tous les « dans le texte » judith bernard dissèque bien le fond du propos et pose toutes les questions nécessaires).

Alors je vous préviens tout de go: ce livre irritera les personnes consensuelles tendance gros susceptible qui atteignent le point godwin à la vitesse de l’éclair dès qu’on aborde des sujets un peu polémiques (type islam ou d’israël/palestine). Car c’est clairement un manifeste: il expose le point de vue de l’auteur, qui est donc, tranché et péremptoire. On est pas obligé d’être d’accord avec tout (c’est le principe de l’esprit critique) mais on se doit d’avoir l’honnêteté intellectuelle de se confronter à ces idées, précisément parce qu’elles nous sortent de notre zone de confort (or c’est souvent aux marges qu’on trouve matière à évoluer de la manière la plus intéressante).

Bon alors venons-en au contenu du truc. Le livre suit une architecture assez simple: première partie: les blancs; deuxième partie: les juifs; troisième partie: les indigènes (le « nous » du titre). Objectif: disséquer les griefs et les tords de chacunes des parties dans l’objectif de parvenir (peut-être) à une réconciliation historique: l’amour révolutionnaire.

« Pourquoi j’écris ce livre? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Je suis une criminelle, mais d’une sophistication extrême. Je n’ai pas de sang sur les mains. Ce serait trop vulgaire. Aucune justice au monde ne me traînera devant les tribunaux. Mon crime, je le sous-traite. Entre mon crime et moi, il y a la bombe. Je suis détentrice du feu nucléaire. Ma bombe menace le monde des métèques et protège mes intérêts. Entre mon crime et moi, il y a d’abord la distance géographique et puis la distance géopolitique. Mais il y a aussi les grandes instances internationales, l’ONU, le FMI, l’OTAN, les multinationales, le système bancaire. Entre mon crime et moi, il y a les instances nationales: la démocratie, L’État de droit, la République, les élections. Entre mon crime et moi, il y a les belles idées: les droits de l’homme, l’universalisme, la liberté, l’humanisme, la laïcité, la mémoire de la Shoah, le féminisme, le marxisme, le tiers-mondisme. Entre mon crime et moi, il y a le renouveau et les métamorphoses des grandes idées au cas où la « belle âme » viendrait à se périmer: le commerce équitable, l’écologie, le commerce bio. Entre mon crime et moi, il y a la sueur et le salaire de mon père, les allocations familiales, les congés, les droits syndicaux, les vacances scolaires, les colonies de vacances, l’eau chaude, le chauffage, les transports, mon passeport… Je suis séparée de ma victime – et de mon crime – par une distance infranchissable. Il arrive parfois que la distance entre mon crime et moi se rétrécisse. Des bombes explosent dans le métro. Des tours sont percutées par des avions et s’effondrent comme des châteaux de cartes. Les journalistes d’une célèbre rédaction sont décimés. Pourquoi j’écris ce livre? Parce que je partage l’angoisse de Gramci: « le vieux monde se meurt. le nouveau est long à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ».

Comme on l’aura compris, les premiers qui se prennent un coup de gourdin sur le crâne, c’est les blancs. Houria Bouteldja aimerait bien que les blancs arrêtent de chouiner en mode grosses victos de la vie et reconnaissent leurs privilèges ainsi que leur responsabilité historique dans le bordel qui règne actuellement dans le monde (violence économique, terrorisme, destruction de l’environnement). Et elle met en garde: si les blancs ne trouvent pas de solution à ce qui est « leur problème », la guerre civile sera inévitable.

Ensuite on passe aux juifs – et j’avoue que j’ai abordé ce chapitre le poil méfiant (j’avais peur de me faire sauter dessus par dieudonné par surprise). En fait, le chapitre m’a passionné. Déjà à cause d’une jolie citation tirée de je suis né de Georges Perec:

« Je ne sais pas précisément ce que c’est qu’être juif, ce que ça me fait d’être juif. C’est une évidence, si l’on veut, mais une évidence médiocre, une marque, mais une marque qui ne me rattache à rien de précis, à rien de concret: ce n’est pas un signe d’appartenance, ce n’est pas lié à une croyance, à une religion, à une pratique, à une culture, à un folklore, à une histoire, à un destin, à une langue. Ce serait plutôt une absence, une question, une mise en question, un flottement, une inquiétude: une certitude inquiète derrière laquelle se profile une autre certitude, abstraite, lourde, insupportable: celle d’avoir été désigné comme Juif »

Le chapitre offre plein de nouvelles clés d’analyse sur des thèmes ultra-connus: l’holocauste, la création de l’état d’israêl, le sionisme (j’étais parti pour tout développer mais comme cet article va encore faire 300 pages je me retiens. c’est mieux de lire à l’origine des sources de toute façon)

Troisième chapitre: les femmes indigènes. Je dirais que c’est le chapitre qui m’a le moins fait palpiter la rate (même s’il tape sur les féministes de canapé, ce qui est toujours agréable). Je l’ai regardé d’un œil bienveillant mais un peu de loin quand même parce que j’étais pas sûr d’être d’accord avec tout ce qui s’y disait. L’idée qui m’a le plus titillé (et avec laquelle je ne sais pas trop si je suis d’accord ou non):

« A la question « pourquoi n’avez-vous pas porté plainte », la victime noire d’un viol répond à l’interviewer, lui-même noir: « Je n’ai pas porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison ». […] Les hommes doivent apprendre à nous respecter et comprendre notre sacrifice comme nous comprenons la nécessité de les protéger ».

Dernier chapitre et conclusion: nous les indigènes, avec une invitation à accomplir la révolution. Révolution sur soi-mêmes, en retrouvant sa dignité. Révolution pour les autres – même pour les Blancs, les oppresseurs – en réussissant à passer au dessus de la haine et à leur offrir ce qui leur manque:

« Les Blancs savent bien que leur société est sèche. Ils se savent égoïstes et individualistes. Et ils en souffrent. Mais ils manquent d’imagination pour penser d’autres horizons. Parce qu’ils n’ont plus de mémoire. Ils ont oublié ce qu’ils étaient avant d’avoir été engloutis dans la modernité. Ils ne se souviennent plus du temps où ils étaient solidaires et où ils avaient encore des cultures, des chants, des langues régionales, des traditions. Nous, c’est un peu différent. Devant l’adversité, nous conservons cette mémoire. L’immigré transporte avec lui et conserve la mémoire des sociétés solidaires, où la conscience collective est forte et où chacun se sent responsable du groupe. Celle de résister à l’atomisation de la société, à l’individualisme forcené. Celle de protéger l’individu contre la vie nue, en lieu et place du « chacun pour soi »

Parce qu’en sourdine, tout le livre est traversé par la question de la prise du pouvoir politique. Et peut être que ça ne sera pas d’actualité en 2017 mais je mettrais mon coussinet au feu qu’on entendra parler du parti des indigènes de la république dans les années à venir (spoiler: et je crois bien que ça ne me dérangerait pas de voter pour eux – call me islamo gauchiste i don’t care)

allez bye

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