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Archives Mensuelles: juillet 2015

« Quoi qu’il arrive Nadine, aie toujours la mine surbookée. Ici, on vend du flan. Il faut qu’il ait l’air de peser. Donc : tu es sous l’eau. Toujours. Même si tu as passé la matinée à ranger tes icônes de bureau »

– conseil tiré de « Comment échapper à son patron tout le mois de mai?« 

Salut les palourdes,

Je l’avoue, j’ai menti: je n’ai pas réussi à devenir le Dieu Grec de la déconnexion (je me sens super nul de la fesse…)

001bc77c30afecd933c903d32aee682cEn parlant de fesse (vous avez vu comme j’enterre la polémique « arrêt du blog » de manière subtile? Je mériterais de devenir moi président de la république), figurez-vous que je me suis fêlé le coccyx pendant les vacances ! (c’est la première fois que je casse quelque chose d’autre que les couilles, je suis fier…)

Il se trouve que j’étais en vacances aux États-Unis (pourquoi les États-Unis et pas la campagne ardéchoise ? Hé bien car je suis blogueuse mode, et je suis donc fasciné par ce pays ou les gens sont so dans l’innovation et dans entrepreneuriat, pas comme ces connards de français qui râlent dès que quelqu’un gagne trop d’argent). Et figurez-vous qu’aux États-Unis, il n’y a pas que des big mac et des gens grassouillets : il y a aussi plein de parcs naturels.

Et quand il s’agit de Nature, les américains, ils rigolent pas trop. Je veux dire, ça ne leur pose aucun problème existentiel de se déplacer en 4×4 et de manger du bœuf aux hormones au petit-déjeuner ; mais essayez de chier dans un parc naturel protégé et il est fort possible qu’un ranger vous repère et vienne vous administrer une amende pour avoir pollué la nature (cette histoire de caca dans les bois, c’est juste pour l’exemple hein. Il est notoire que je suis un animal propre et que je ne défèque pas n’importe où depuis que j’ai lu « Comment chier dans les bois : Pour une approche environnementale d’un art perdu »). La conséquence, c’est que les animaux sauvages se sentent plutôt à la maiz dans les parcs naturels américains, et qu’une simple marche peut passer rapidement du stade « communion avec la nature » à celui de « bataille a mort pour survivre dans les fourrés ».

Ce jour-là, le soleil brillait et nous entamions la première partie d’une randonnée de deux jours censée nous mener à des sources d’eau chaude – et je me sentais d’humeur affable car le mec de l’office du tourisme nous avait soutenu avec conviction que la promenade ne comportait aucun animal dangereux (sauf peut-être des ratons-laveurs, avait-il dit, ce qui, vous l’avouerez, rentre plus dans la catégorie « animal chou » que « animal croqueur de fesse »). J’avais explicitement fait mon enquête « animaux sauvages » car j’avais lu tout un tas d’atrocités sur les ours (pour que vous vous fassiez une idée, je vous mets un petit extrait du merveilleux livre de Bill Bryson « Promenons-nous dans les bois »):

« Dans l’après-midi du 5 juillet 1983, trois accompagnateurs adultes et un groupe de jeunes dressèrent leur bivouac près du lac Canimina, un site renommé au beau milieu d’une odorante forêt de pins du Québec, à 130 kilomètres à peu près au nord d’Ottawa, dans la réserve faunique de la Vérendrye. Ils préparèrent leur repas puis, comme il se doit, enfermèrent leur nourriture dans un sac qu’ils transportèrent dans les bois à environ 25 mètres de là. Ils le suspendirent entre deux arbres au dessus du sol; hors de portée des plantigrades. Vers minuit, un ours vint roder aux limites de la clairière, repéra le sac, monta dans uns des arbres et cassa une branche pour le faire tomber. Il engloutit les provisions et s’éloigna. Une heure plus tard, il était de retour; il pénétra cette fois au cœur du campement, attiré par l’odeur de viande grillée qui imprégnait les vêtements des dormeurs, leurs cheveux, leurs sacs de couchage et leurs toiles de tente. La nuit fut longue pour les randonneurs de Canimina. L’ours revint trois fois, entre minuit et 3h30 du matin. Imaginez-vous, ou essayez du moins, étendu tout seul dans le noir, avec à peine quelques microns de nylon frémissant entre vous et l’air froid de la nuit, à écouter un ours de 180 kilos déambuler à proximité. Imaginez ses petits grognements, ses pas feutrés, sa respiration lourde, le fracas des gamelles renversées, les bruits baveux de mastication et le frottement sifflant de son arrière-train le long de votre tente. Imaginez la soudaine décharge d’adrénaline, le désagréable picotement dans les avant-bras à la perception d’une secousse brutale, inattendue, provoquée par le chancellement inquiétant de votre fragile coquille tandis qu’il fourrage dans le sac à dos que vous avez négligemment calé près de l’entrée – avec, vous vous en souvenez maintenant, une barre de Snickers dans une des poches. Les ours adorent les Snickers, on vous l’a dit. Nait alors la pensée sinistre – oh! non – que vous avez peut être pris la barre chocolatée avec vous et qu’elle est là quelque part à vos pieds ou sous votre sac de couchage – et merde, la voilà! Un nouveau choc contre la tente, une tête, des grognements, cette fois près de vos épaules. Une fois encore, tout vacille. Puis vient le silence, un long silence – chut… attends, attends… oui! – suivi d’un soulagement indicible lorsque vous prenez conscience que l’ours s’est retiré à l’autre bout du camp ou a repris de son pas lourd le chemin de la foret. Je vous le dis tout net: je ne pourrais pas le supporter. Alors pensez un peu à ce que cela dut être pour le pauvre petit David Anderson, douze ans, quand à 3h30, lors de la troisième incursion de l’animal, ce fut sa tente, parmi toutes les autres, qui fut brusquement déchirée par un grand coup de griffe: rendu fou par l’entêtant parfum de hamburger, l’ours mordit violemment dans un des membres de l’enfant et traina sa proie jusqu’à la foret. Le temps que ses camarades s’extirpent de leur attirail, rampent hors de leurs sacs de couchage volumineux, trouvent des torches et des gourdins de fortune, ouvrent les fermetures à glissière de leurs tentes avec des doigts désespérément tremblants et donnent la chasse, David Anderson était mort. »

Moralité: ne plus jamais manger de hamburgers.

Mais ce jour là, pas d’ours, alors je marchais à travers les fougères la cuisse triomphante en racontant des inanités d’une voix perçante – quand a retenti juste à côté de ma fesse droite un clac clac clac des plus inquiétants. Comme je suis un animal dont le cerveau n’a plus évolué depuis le paléolithique inférieur, j’ai continué à tracer ma route droit au but tel l’OM, pensant que mon sac avait effleuré par mégarde un mur en crépi (pensée à peu près aussi imbécile, à 4h de marche de toute forme de vie humaine, que de croire Nicolas S quand il dit qu’il a « changé »). Mais mon mâle, qui lui est doté d’un encéphale, a bramé « QU’EST-CE QUE C’EST QUE CA », et a refusé d’avancer plus loin : car croyez-moi ou non, c’était un serpent a sonnette.

PUTAIN, ai-je piaillé, REMONTE TES CHAUSSETTES (comme chacun le sait, le port de chaussettes a l’allemande réduit le risque d’attaque de serpents. Probablement parce qu’ils vous trouveront trop moche pour mériter d’être croqué) et la situation était au point mort quand soudain est apparu un ranger en total look orange (comme dans les films quand il se passe un truc grave).

« Qu’est-ce que c’est que ce bins ? », a il dit d’un air énervé (je suis sûr qu’il existe une amende pour « trouble de la quiétude » dans les parcs naturels américains). « On a vu un serpent à sonnettes », ai-je bafouillé, persuadé qu’on allait nous hélitreuiller et que ce n’était plus qu’une question de minutes désormais avant qu’on ne retrouve la douce quiétude de la maison. « Ah ouais », il a dit, « il y en a plein dans le coin. Faites-gaffe si vous vous faites mordre car leur venin est mortel. Si c’est le cas, il faut que vous alliez à l’hôpital le plus vite possible » et paf, il s’est cassé.

Ensuite…hé bien, j’aimerais vous dire que je suis born to be wild et que la randonnée s’est poursuivie dans la joie et la bonne humeur, mais ça n’a pas été le cas : je n’ai pas arrêté de couiner qu’on allait tous mourir et mon mâle m’a mordu (vous pouvez donc vous mettre vos photos tumblr « road trip et camping en californie » dans le cul, la vraie vie ne ressemble jamais aux images retouchées sur internet).

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(ne me faites pas croire que cette personne a les poils des jambes parfaitement épilés alors qu’elle marche depuis 8h dans le désert avec un énorme sac de 30 KILOS)

C’est dans ce contexte porteur pour la croissance que nous sommes arrivés aux sources d’eau chaudes, et que j’ai décidé que j’allais poser mon arrière-train dans la première d’entre elles et ne plus en bouger avant au moins 48h. C’était sans compter l’esprit aventureux du mâle, qui est allé fourrer sa truffe « un peu plus haut » « pour voir a quoi ressemblent les autres sources », et qui a marché sur un nid de guêpes.

Hinhin ouai un nid de guêpes.

Avec le recul cet épisode semble rigolo (il s’est fait piquer 5 fois sur la cuisse), sauf que sur le coup, comme je suis myope je n’ai pas vu par quoi il se faisait attaquer et j’ai cru qu’il se battait avec un serpent a sonnettes. N’écoutant que mon instinct de survie, j’ai dévalé les rochers mouillés afin de mettre la plus grande distance possible entre lui et moi, et me suis éclaté la fesse sur un caillou tranchant.

C’est ainsi que je me suis cassé le coccyx, qui est, je le rappelle, la queue des animaux, c’est-à-dire un organe lourd de charge émotionnelle.

Depuis, j’ai interdiction de faire du sport et je suis ronchon (si vous avez des astuces de blogueuse mode a ce sujet, je suis preneur)

Sur ce je vous claque le coussinet, il faut que j’aille nettoyer les wc (j’ai découvert une nouvelle technique imparable ET écolo pour nettoyer la cuvette : utiliser mon coton démaquillant après m’être débarbouillé la face avec)