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Archives Mensuelles: janvier 2015

– « Qu’est-ce que cela implique au quotidien de vivre aux côtés d’un loup ? »

– « Un loup, ça vous casse un manche à balai avec les dents. Vous ne pouvez pas lutter physiquement avec un loup. S’il vous plaque au sol avec sa patte vous ne pouvez plus bouger. Il a une telle volonté et il est tellement roublard que si vous lui fermez une porte et qu’il veut passer, il la casse. Ce n’est pas comme un chien à qui vous dites « tu fais pas ça ». Mais je connais les animaux grâce à mon métier, et j’ai eu cette chance que ma femme soit très douée avec les animaux donc on a pu s’en sortir. Ça nous a obligés à vivre en meute avec un loup, j’ai dû me comporter comme un chef de meute. Kamala, elle, n’était pas gênée. Elle était peinarde. C’est pour nous que c’était dur. Par exemple quand un loup se met sur votre lit, si vous voulez dormir il faut trouver une solution pour qu’il s’en aille. Vous ne pouvez pas lui demander de partir, vous ne pouvez pas l’enlever de force. Si vous n’arrivez pas à le manipuler, vous dormez sur le tapis et c’est tout. Un loup c’est pas un chien, si l’homme a créé le chien c’est pas pour rien ».

Interview de Pierre Jouventin qui a mal vécu sa collocation avec un loup

 010moi en tout cas je suis content aujourd’hui

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G.K. : Il avait relié le document, tout annoté, rajouté des dossiers et des photographies.

M.H. : C’était très administratif. Mais il se trouve que j’ai une machine à relier chez moi, ce n’est pas très cher.

G.K. : Et tout de suite plus classe.

B.D. : Au bout du compte, ses remarques étaient assez minimes. Du genre « J’aimerais mangerdes apéricubes plutôt que des cacahuètes ».

MH. : Oui, j’ai un problème de dentier. Il ne tient pas.

– Interview nulle de Michel Houellebecq dans Le Monde

C’est le mois de janvier! Et personne n’est excité car Noël est passé et désormais l’hiver ne sert plus à rien – il ne reste qu’à attendre le mois de mars, quand les conditions de vie seront à nouveau humaines et qu’on pourra mettre la truffe dehors.

En attendant, voici une liste de livres à vous mettre sous le coussinet:

51437JUK4RL._SX310_BO1,204,203,200_J’ai acheté ce livre sur un coup de tête avant de prendre un train – ce qui aurait pu être une mauvaise idée parce qu’on a rarement des bonnes surprises avec les livres achetés dans les gares. D’ailleurs, au début, ça partait assez mal, à tel point que je l’ai mis de côté en me disant que je n’arriverais jamais à le terminer. C’est l’histoire d’un adolescent de 14 ans, Chappie, qui a une crête iroquoise sur la tête, un anneau dans le nez et l’air objectivement un peu con. Pour des raisons qu’on ne comprend pas bien au début, Chappie est super chiant avec sa mère et son beau-père et part de chez eux pour aller zoner au centre commercial, habiter avec un gang de bikers et vendre mollement du cannabis.

Autant vous dire que là, mon degré d’identification à Chappie, sa vie & son œuvre, avoisinait le zéro. Je me disais: c’est quoi encore cette histoire de mollusque?

Et puis, je ne sais pas trop comment c’est arrivé, mais d’un coup j’ai commencé à trouver Chappie super chou (peut être parce qu’il quitte le gang de bikers pour aller vivre dans un bus abandonné avec un gros rasta végétarien). Ce qui est touchant dans le livre, c’est les efforts que fait Chappie pour toujours se poser plein de questions sur le bien et le mal, et sa manière de rester digne alors qu’objectivement il a quand même une vie de merde et qu’il manque d’affection.

Ça ressemble un peu à l’Attrape-coeurs de Salinger, en un peu plus trash (c’est l’Amérique beauf et crado des années 90) mais avec le même genre de grognements enthousiasmants:

« Il y avait aussi quelques pick-up, des campings-cars et un petit nombre d’individus qui sont montés à pied comme nous. La plupart d’entre eux étaient des malades de l’exercice avec de l’argent et un corps bien bronzé, des gens minces qui portaient des shorts J. Crew, des T-Shirts où étaient imprimés des pensées politiques qu’ils avaient du trouver dans des beignets chinois. Ils poussaient à bord leurs vélos à dix vitesses avec des allures de lévriers. Il y avait enfin une bande d’excursionnistes super-écolos, avec des barbes, des queues de cheval, des sacs à dos de haute technologie, d’énormes chaussures en cuir suédé montées sur des semelles comme des pneus de tracteur. Ils semblaient se croire moralement supérieurs à tout le monde et aussi écologiques sur toutes les coutures que si on les avait recyclés dans une vie antérieure.Là plus qu’ailleurs, plus qu’à l’époque du centre commercial, je me suis senti vraiment largué. Je me voyais différent de tout le monde, j’avais l’impression d’assister à une émission scientifique sur la chaine Discovery: « Mode de vie des Débiles Décérébrés », ou un truc du genre. »

franny-et-zooey-602579-250-400En parlant de Salinger, je me permets de faire un petit aparté de derrière les fagots.

Quand j’avais lu l’Attrape-coeurs, j’avais été tellement enthousiasmé (comme 99% des gens qui tombent sur ce livre à l’âge de 15 ans) que j’avais voulu en savoir plus sur Salinger. J’avais donc entrepris de lire tout ce qu’il avait écrit, romans, nouvelles, et de fouiner un peu partout comme un rat pour comprendre quel genre de personne il était. Je me sentais super proche de lui.

J’avais commencé par Franny et Zooey, ce qui était un bon choix car c’est selon moi le deuxième meilleur livre qu’il ait écrit. C’est un texte assez court dans lequel Franny et Zooey, qui sont frère et sœur, discutent du sens de la vie. Il y a pas mal de passages un peu perchés parlant de Jésus, mais hormis ça, c’est le livre parfait à lire quand on est en pleine crise existentielle:

« Ce que je sais, moi, c’est que je perds la tête, dit Franny. J’en ai assez de l’ego, de l’ego, de l’ego. Du mien et de celui des autres. J’en ai assez de tous ceux qui veulent arriver à quelque chose, faire quelque chose de distingué, être intéressants. C’est écœurant, écœurant. […] J’aime être applaudie et que les gens soient fous de moi, tout ça n’est pas normal et juste. J’en ai honte. J’en ai marre. J’en ai marre de n’avoir pas le courage d’être quelqu’un de très ordinaire. J’en en assez de moi et de tous les gens qui veulent se faire remarquer. »

Sur ma  lancée, j’avais lu un jour rêvé pour le poisson-banane. C’est une nouvelle géniale, mais très perturbante (sans vous spoiler le truc, le poisson-banane a quand même une forme inquiétante de bite).

Du coup quand j’avais vu que Joyce Maynard, une ex de Salinger, avait écrit un livre sur leur vie commune, j’avais fait slurps ronron et sauté dessus, pensant y trouver des EXPLICATIONS. Je ne m’attendais pas à de la grande littérature, le livre ayant été qualifié un peu partout de « super impudique » (et c’est vrai que Joyce Maynard a l’air pas mal névrosée comme personne), mais personne n’a insisté sur le point central du bouquin, à savoir: l’attraction de Salinger pour les jeunes filles. Les très jeunes filles.

Je ne sais pas s’il était vraiment pédophile ou juste un petit peu, mais d’un seul coup ça m’a mis mal à l’aise d’avoir tant aimé ses livres – car comme Joyce Maynard et toutes celles avant et après elle, j’avais été charmé par la capacité de cet homme adulte à décrire la pureté de l’enfance.

C’est pour ça que (bouclons la boucle), à choisir, je préfère Sous le règne de Bone à l’Attrape-coeurs. Parce que l’Attrape-coeurs évacue la question de la pédophilie, alors que Sous le règne de Bone s’y confronte – Chappie a été abusé par son beau-père et on voit les dégâts que ça lui fait.

Donc voilà, si quelqu’un trouvait encore Salinger chou dans le groupe, bin c’est trop tard.

41JOul7udlL._SX313_BO1,204,203,200_Heu…Miranda July est un peu folle (mais c’est le jeu avec la liste des livres à lire au mois de janvier).

Le livre dont je vous cause, c’est un recueil de petites nouvelles perchées, idéal à lire avant d’aller dormir. Je vous colle un aperçu succint parce que trouve ça utile de lire un extrait avant de choisir un livre:

« Je me suis avancée dans le couloir et j’ai vu que Theresa était assise par terre à côté d’une chaise. C’est toujours mauvais signe. Un terrain glissant. Mieux vaut s’asseoir sur les chaises, manger quand on a faim, dormir, et se lever pour aller au travail. Mais nous sommes toutes passées par là. Les chaises sont pour les gens, et vous n’êtes pas sûre d’en être. »

411Jyo32ByL._SX325_BO1,204,203,200_D’habitude quand je lis des livres de Murakami je brâme car les personnages féminins sont toujours nuls et le héros principal est systématiquement une sorte d’invertébré qui ne réagit à aucun stimuli dans la vie et semble doué de la même excitation interne qu’une moule.

Du coup, pour une fois que j’apprécie un livre de Murakami, ça valait la peine de le notifier. Ce livre est une sorte d’autobiographie dans laquelle l’auteur raconte sa passion pour la course à pied, et plus précisément les marathons.

Alors bon…il y a pas mal de choses que j’ambitionne de faire dans la vie, et les marathons n’en font pas partie; mais c’est pas pour ça que le livre est pas intéressant, au contraire. Murakami raconte que dès le début il a eu pas mal de difficultés à courir. Il était lent, pas souple et son corps morflait un max. Ce qui est rigolo c’est qu’au lieu de se dire « c’est pas fait pour moi j’annule tout et je vais manger de la glace aux fruits des bois devant la télé », il a pris ça comme un avertissement de la part de son corps. Il y a un passage très bien, où il explique que c’est plutôt chouette de se découvrir des limitations physiques tôt dans la vie, parce que comme ça ça nous force à agir rapidement (et pas à 50 ans quand les problèmes seront passés sous le radar et surgiront de manière effrayante). Sa manière de vivre pour se préparer à vieillir dans les meilleures conditions possibles me parle pas mal.

Il y a un autre truc aussi. Il dit à un moment que 25 ans, c’est un âge charnière dans la vie. Qu’avant 25 ans, on peut se payer le luxe de se laisser aller, chercher sa voie, se coucher tard, manger mal, etc. Mais si après 25 ans on persiste dans un mode vie « relaché », bourré de mauvaises habitudes, alors ça ne changera pas et ça sera toute notre vie qui ressemblera à ça – même si on se dit qu’on sera capable de redresser la barre et qu’on réussira à  réaliser nos rêves à un moment (quand on aura décollé les fesses du canapé). C’est un livre qui enjoint à agir, à se fixer des règles de vie drastiques et des objectifs chiffrés à partir d’un certain âge. Je ne sais pas vous mais je trouve l’idée vraiment bien.

« La Génération Chochotte est hypersensible, surtout à la critique. Quand un membre de cette génération crée quelque chose, il a tellement de canaux de diffusion à sa disposition que ce quelque chose débarque souvent dans le monde brut de décoffrage, non corrigé, posté partout, et, à cause de cette liberté, beaucoup de contenus ainsi diffusés sont bâclés, un peu merdiques. Malgré tout, quand on critique une Chochotte à cause de ce genre de contenu, elle semble s’effondrer dans une spirale de honte et la personne qui ose la critiquer est aussitôt étiquetée comme un hater, un salaud, un troll. C’est problématique car cela limite le discours : si, tous autant que nous sommes, nous ­aimons tout ce qui existe, alors de quoi diable ­allons-nous parler ? Du côté formidable de tout ? »

Article de Bret Easton Ellis dans Vanity Fair, à propos de « la génération chochotte »

Salut les moules,

Aujourd’hui, brâme!

Ces derniers temps, je sais pas si c’est parce que c’est l’hiver et qu’on se gèle la couille, mais je passe mon temps à  me faire traiter de TROLL.

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Quand j’ai ouvert ce blog, j’étais tellement excité de pouvoir enfin m’exprimer que je suis immédiatement parti en quête de mollets poilus à mordiller. Les wild renardeaux sont comme ça! Ils aiment avoir du débat à se mettre sous la dent – et dieu sait que la blogosphère française regorge de gros melons qui ne demandent qu’à être dégonflés.

Sauf que les réactions sont unanimes: je suis pas rigolo, je suis un troll, et même,certaines personnes CENSURENT MES COMMENTAIRES (ouai. comme Dieudonné). ça me rend un peu triste! Je me sens dans le même état d’esprit que quand, vous savez, vous rentrez dans un gros poulailler en rappant « j’impose mon STYLE héhé viens sur la piste bébé ce SOIR c’est ta soirée » et que tout à coup vous vous coincez le coussinet dans un piège à rat.

Traiter quelqu’un de troll, c’est un argument  zéro, digne de cour de récré en maternelle. C’est une manière facile de se positionner du côté du bon goût et de la vérité, en disqualifiant d’office les critiques soulevées par l’autre sous prétexte qu’il est immature et qu’il ne s’est exprimé que par attrait pour la provocation. Deux questions se posent alors:

  1. Toutes les critiques sont-elles forcément le fait de trolls?
  2. La forme employée disqualifie-elle nécessairement le fond d’un propos?

BEAUCOUP DE QUESTIONS, PEU DE RÉPONSES.

(surtout que pendant ce temps là, j’aimerais ne dénoncer personne, mais de vrais trolls en liberté sévissent H24 dans les commentaires du Figaro et de Rue 89)