Salut les moches,

Je me pose tout le temps plein de questions sur les riches: qui sont-ils? quels sont leurs réseaux? pourquoi n’en ont-il pas marre de vivre de manière aussi grotesque? et pourquoi ont ils la sensation d’être de grosses victimes de la vie ? (spéciale dédicace aux gens qui trouvent qu’il y a trop de haine anti-riches en France). Alors que, comme le dit bien Warren Buffet:

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner »

En fait je pensais à tout ça aujourd’hui, car je réfléchissais au concept d’admiration. C’est assez courant, quand on est ado, de se choisir des modèles – des personnes que l’on admire, auxquelles on voudrait ressembler, et dont les actions nous guident dans nos propres choix de vie. Je comprends le concept du role model donc, mais ce que j’ai jamais compris, c’est pourquoi ce role model était, chez 99% des gens, quelqu’un de riche ou puissant (oui toi qui collais des posters de stars sur les murs de ta chambre quand tu étais ado, c’est de toi dont je parle).

Pourquoi y a il des gens, par exemple, qui admirent Kim Kardashian? (« nan mais tu vois avec ses grosses fesses elle révolutionne vraiment l’image de la femme »)? Ou Lily-Rose Depp? (« tu te rends pas compte, elle a vraiment eu une enfance terrible, elle a beaucoup souffert du divorce de ses parents et a dû se battre contre l’anorexie… »). Petit rappel des chiffres. Kim Kardashian: au moment de son agression, la meuf se baladait avec 9 millions d’euros de bijoux sur elle (soit 7800 smics). Lily-Rose Depp: la fortune de ses parents s’élève à 300 millions d’euros. A un moment, quand on est face à un tel niveau de richesse, on s’en fout que un tel ou un tel soit sympa ou ait souffert ou se tartine je ne sais quelle crème sur la face le soir avant d’aller se coucher: la seule chose qui compte, et la seule chose qu’on devrait remarquer, c’est qu’une telle richesse est anormale.

Alors il y en a toujours dans la salle pour balancer l’argument top bambou de « leur fortune, ils l’ont méritée », valeur travail etc. Bon alors déjà dans la majeure partie des cas les mecs ont hérité de leur fortune, alors pour le mérite on repassera. Et puis même s’ils ont travaillé d’arrache-pied pour arriver là, ça ne prouve qu’une chose: s’ils ont accumulé autant de fric, c’est qu’il y a un paquet de gens à l’autre bout de la chaîne qui se sont serrés la ceinture. A un moment c’est mathématique: la richesse sur terre n’est pas infinie hein; si une petite minorité se gave, la grande majorité crèvera de faim (et ne venez pas faire vos économistes de bac à sable en mode « mais c’est très bien, qu’il y ait des riches! les riches créent de la richesse pour tout le monde, et c’est grâce à eux que les pauvres peuvent élever leur niveau de vie! ». vous avez déjà vu un riche partager sa fortune, vous? pas moi)

Bref; donc face au problème des riches (qui nous pètent les couilles, il faut bien le dire), je ne vois que deux solutions.

1) voter Philippe Poutou:

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2) arrêter de vouer une admiration débile aux riches et puissants. Choisissez-vous des modèles de vie un peu plus cool, merde!

Sur ce je vous propose de terminer avec une citation de l’abbé pierre:

« Le contraire de la misère ce n’est pas la richesse. Le contraire de la misère, c’est le partage »

sur ces belles paroles, bye

Salut les fillonistes,

Aujourd’hui, je propose de sabrer le champagne: ça fait 3 mois que je suis au chômage et pour l’instant personne ne m’a attrapé par la peau du cou pour me forcer à me remettre au travail! whoop whoop

Gros succès sur le front de la glandouille active, donc.

Par contre là où je suis moins content, c’est par rapport à mon terrier. Car figurez-vous (attention sortez mouchoirs et clarinettes): on va se faire expulser de l’appart. Rien de bien grave vous me direz, des locataires qui se font tèj parce que le proprio veut vendre, ça arrive tous les jours. Ouai. Sauf que d’ici la fin de notre bail, le proprio a décidé de construire devinez quoi? Un balcon.

Avant j’aimais bien les balcons, je trouvais que c’était sympa comme concept, ambiance « je fais pousser des tomates cerise en pot comme un gros bobio ». Maintenant, je les hais. Déjà, qui a eu l’idée de construire un balcon au Danemark? Et qui plus est côté nord? Il fait jamais beau dans ce pays de toute façon: tout le monde sait que personne n’ira bronzer dessus, même en été (sauf les mouettes. j’espère qu’elles chieront dessus tiens). Et puis qui dit balcon dit « gros trou dans le mur »; or tout le monde conviendra qu’au mois de Février, c’est l’idée la plus con qui existe (amis du chauffage central, bonsoir).

Je crois que les ouvriers ont repéré qu’il y avait du renard agressif dans la place, parce qu’ils ont attaqué par étapes, suivant la technique bien connue du salami. Le principe de la technique du salami est simple, c’est pareil que le détricotage de l’état providence: on évite de supprimer trop d’acquis d’un coup. On rogne un peu par çi, un peu par là; c’est pas assez gros ou pénible pour susciter du brâme alors on attend un peu que l’animal concerné s’habitue; puis une fois que l’acclimatation à la nouvelle situation est faite, on enlève une autre tranche de salami, etc, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de salami.

Actuellement, au niveau du salami je dirais qu’il nous reste environ 2 tranches avant de nous retrouver SDF (ce qui est à la fois terrifiant est vaguement rigolo, ambiance survivalisme avant l’heure).

Au début ils se sont contentés de faire un trou dans le mur + de virer le plancher qui se trouvait juste à côté de la fenêtre. Pour compenser ils nous ont laissé un petit chauffage portatif du coup on s’est dit « trop sympa » et on a continué à vivre notre vie comme avant (en évitant de s’approcher de la fenêtre quand même pour pas risquer de tomber dans un trou). Comme on réagissait bien, ils ont décidé de nous mettre un peu plus de pression en commençant à travailler dès 7h30 le matin. Alors ouai j’avoue tout: moi à 7h30 du matin je n’ai rien de présentable: j’ai le poil débraillé, je suis grognon parce que j’ai mal dormi et SURTOUT, SURTOUT, j’ai besoin d’aller faire caca.

[avouez que ça vous a manqué les posts de blog où ça parle de caca?]

C’est comme ça qu’un matin, alors que j’étais assis sur le trône à moitié à poil, j’ai entendu quelqu’un (quelque chose?) gratter dans la cuisine. J’ai appelé mon mâle (car je suis trouillard) en disant « c’est quoi ce bruit? ». Pas de réponse. Tout de suite je me suis dit: ça y est, il y a un serpent à sonnettes dans l’appart, on va tous mourir. Je me précipite dehors à moitié cul-nul, prêt à en découdre (je suis trouillard mais brave) et là sur qui je tombe? Sur les ouvriers, tranquille pépouze, qui étaient en train de percer le mur de la cuisine. A 7h30 du matin les gars. Où est le respect?

Mais ça encore c’était petite bite comparé à ce qui a suivi. Parce que le matin suivant, alors qu’on s’était levés tôt exprès pour avoir le temps de manger (et de faire caca) avant l’arrivée des perceuses, le respo en chef du balcon s’est pointé  dans notre cuisine et nous a fait: « bah alors? qu’est-ce que vous foutez là? »? Je me suis drapé dans ma cape de ménagère italienne indignée et j’ai fait « mamma mia qu’est-ce que tou fous là toi? ». Et là cette personne nous a dit avec une grande tranquillité qu’il pensait qu’on était au courant, qu’apparemment non et que c’était bien dommage, mais que ça ne changeait rien: aujourd’hui, zou, ils enlevaient tout le plancher de la cuisine. Grand prince, il nous a donné une heure pour manger et virer tous les meubles de la pièce.

Ce que nous avons fait. J’avais l’impression de revenir cinq ans en arrière, quand avec le mâle on habitait dans un 14 m² à Paris, que les wc étaient sur le pallier, la douche collée aux plaques de cuisson de la « cuisine » et que pour dormir, il fallait déplier un canapé-lit qui occupait alors l’intégralité de la pièce (rendant toute sortie aux wc impossible). Puis le mâle est parti au travail et moi j’ai tenter de lire sereinement un bouquin sur la permaculture (c’est pas parce que je suis au chômage que je ne travaille pas secrètement à changer le monde, n’ayez crainte). Mais il y avait des bruits suspects dans la cuisine, donc je me suis senti inquiet. A midi, quand les ouvriers sont partis manger, j’ai risqué un œil dans la pièce et là, surprise: je me suis rendu compte qu’ils n’avaient pas fait que virer le plancher, mais toute la cuisine avec. Plus moyen de cuisiner quoi que ce soit donc, et plus de lavabo non plus (mais qui a besoin d’un lavabo en 2017?)

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R.I.P la cuisinière

En gros la pièce ressemblait à un appartement syrien post bombardement (sens de la mesure, etc.), et pour aller aux wc il fallait se frayer un passage parmi un amas indéterminé de gravats et de CLOUS:

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touch my tetanos

Je n’étais pas content, donc. Comme j’étais pas content, j’ai collé un poster de Philippe sur le frigo histoire de dévoiler le fond de ma pensée au proprio si jamais l’envie lui prenait de venir faire un tour dans notre grotte:

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Mais ça n’a servi à rien: pas plus tard que le lendemain, et alors que je me morfondais sur ma couverture chauffante (oui j’ai enfin accepté de me servir de la couverture chauffante que le mâle a acheté au magasin d’occasion même si c’est pas écolo. car j’ai des ENGELURES aux orteils ok), j’ai entendu une clef tourner dans la porte d’entrée. Et là bim: je me suis retrouvé face à un mec et sa fille, qui me regardaient avec un air de merlan frit. Je sais pas sur quoi ils s’attendaient à tomber? (certainement pas sur moi et mes culottes en train de sécher). J’ai vite pigé que ces personnes étaient les futurs proprios de l’appart, et qu’ils venaient en visite préliminaire afin de superviser l’avancée des travaux. J’ai eu envie de leur faire caca dessus mais je me suis abstenu.

La suite au prochain épisode, donc. En attendant, n’oubliez pas d’œuvrer à la destruction du capitalisme!

Allez bye

 

Ce week-end, j’étais top grugru.

Déjà, je suis allé voir au cinéma « moi, daniel blake », le dernier film de ken loach. Alors ok, on peut dire que j’étais conquis d’avance car dans le genre « cinéaste top chouchou », ken loach trône très haut dans mon panthéon personnel. Et puis le sujet me concernait directement parce que, rappelons le pitch, il s’agit de l’histoire d’un mec qui se retrouve au chômage. Donc, je me doutais que j’allais aimer ce film mais ce dont je me doutais moins, c’est que j’allais pleurer comme une madeleine pendant les 3/4 de la projection (oui le renardeau a une âme sensible). Tout le long du film, je n’arrêtais pas de me demander : pourquoi les gens n’aident pas daniel blake ? Pourquoi, quand il tague le mur du pôle emploi, les gens se contentent de rigoler, de le prendre en photo et d’applaudir, mais personne ne s’oppose à son arrestation quand la police arrive ? Pourquoi, à chaque échelon de la société (vigile du supermarché, conseillère du pôle emploi), chacun joue le rôle qui est attendu de lui, exerçant la domination à son échelle, terrorisé à l’idée de perdre sa place ? Alors qu’il suffirait de créer des alliances pour que le monde change ?

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Sinon dans la catégorie « mais que font les gens alors que tout va mal ? », j’ai aussi écouté une émission d’hors-série avec Pablo Servigne. Oui l’accès est payant (comme d’hab) mais vous pouvez trouver tout un tas d’autre émissions feat. Pablo Servigne un peu partout sur internet alors faites pas genre cela est hors de votre portée. Pablo Servigne c’est qui ? C’est un mec qui a écrit un bouquin intitulé « comment tout peut s’effondrer ». Donc ça parle de l’effondrement de notre civilisation (au sens civilisation industrielle dépendante des énergies fossiles). C’est un peu angoissant mais aussi terriblement nécessaire. De toute manière que vous le vouliez ou non, il y a de grandes chances qu’au cours de votre vie vous viviez ce fameux effondrement, donc autant commencer tout de suite à vous y préparer au lieu de vivre avec des œillères et de vous persuader que l’innovation technologique nous sauvera de la catastrophe.

Et donc, tout ceci nous amène à une question que je me pose tout le temps : comment les gens peuvent-ils continuer à vivre comme si de rien n’était alors que nous vivons à une époque où une crise majeure (économique, sociale, environnementale) se prépare ?

Deux solutions.

  1. les gens savent mais s’en foutent (c’est l’attitude « boire du champagne sur le titanic qui coule »)
  2. les gens ne savent pas.

Je vous propose de laisser un instant de côté la catégorie des « gens qui savent mais s’en foutent » (si vous voulez mon avis, l’histoire leur réglera leur compte tôt ou tard – remember marie-antoinette et son « s’ils ont faim, qu’ils mangent de la brioche ») et de réfléchir aujourd’hui tous ensemble à la question suivante : comment sensibiliser les « gens qui ne savent pas » aux enjeux cruciaux pour la survie de notre société, sans leur faire peur et les faire basculer dans la catégorie des « gens qui savent mais s’en foutent » ?

Il est évident que 99 % du temps, je suis la mauvaise personne pour m’attaquer à ce combat crucial (en effet, tel le militant de la manif pour tous ou l’écolo décroissant qui vit tout nu dans sa yourte, je cède souvent à la tentation d’asséner mes arguments à coup de gourdin quand quelqu’un n’est pas d’accord avec mon point de vue).

Or, tout le monde le sait, les gens sont susceptibles (et surtout les blogueuses mode). Face à la critique, ils vont bouder dans leur coin et après c’est un casse-tête sans fin pour les faire sortir de leur grotte et pouvoir à nouveau discuter avec eux.

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souvent une boite de thon dissipe tous les malentendus

Alors, comment convaincre sans crisper ? Pour vous, lecteurs fidèles, j’ai élaboré trois stratégies :

a) la technique « Guillaume Meurice », plus connue sous le nom « d’argumentation par l’absurde ». En gros ça consiste à ne pas dire « non » à l’autre quand il sort un argument débile mais au contraire de dire « ah oui ! » et dérouler la suite logique de l’argument, à savoir les implications sur le monde réel (indice : ça marche hyper bien avec les mecs de droite qui pensent que le patronat c’est hyper cool). Après, le risque avec cette technique, c’est évidemment la condescendance, d’où le choix crucial des cibles. Attaquer les pauvres en se foutant de leur gueule parce qu’ils votent FN, c’est plus de l’humour, c’est du mépris de classe. Ne vous trompez pas de cible : l’humour oui, mais d’abord contre les puissants !

b) deuxième technique : le débat argumenté. Le problème, c’est que beaucoup de gens se lancent dans des débats sans s’y être assez préparés. Combien de fois vous êtes vous retrouvés dans cette impasse qui consiste à demander à votre interlocuteur de vous croire sur parole ? (et quand il vous demande des chiffres, des preuves réelles de ce que vous avancez quoi, vous bafouillez un ridicule « je l’ai lu sur internet »). On veut des SOURCES, des faits en béton, merde. Si une cause est importante pour vous, travaillez votre argumentaire. Soyez préparés à toutes les questions possibles et essayez de vous en tenir à la rationalité scientifique sans partir dans les aigus (combien de débats se sont terminés par le fameux « au temps de la préhistoire les humains vivaient comme ça DONC il me paraît logique que ce mode de vie est plus naturel que les autres ». stop à la théorie de l’évolution pour tout et n’importe quoi, ne tendez pas les bâtons pour vous faire battre, merde). Et de grâce, restez calme. Utilisez les principes de la communication non violente. Comme dirait renard-mère, un animal énervé, qui montre les dents, est un animal en situation de détresse. Plus tu montres de l’agressivité, plus ça veut dire que tu perds du terrain et donc c’est désastreux pour ton image : c’est toi qui passes pour l’excité du bulbe extrémiste, aux idées irréalistes.

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moi quand je rentre à la maison et que je me mets à table

c) troisième technique : la théorie de l’exemplarité. Pourquoi vous croyez que le mot « décroissance », en France, suscite systématiquement des sourires condescendants ? Parce que pas mal de gens qui défendent cette cause sentent des pieds. Imposez-vous une hygiène de vie et une morale irréprochable. Si les autres considèrent que vous avez une vie cool, que vous êtes quelqu’un de fiable, de confiance, qui prend de bonnes décisions, ils auront tendance à écouter ce que vous avez à dire. Si au contraire vous dégagez une haleine fétide et que vous vous effondrez, essoufflé, à chaque fois que vous montez 4 étages, personne n’aura envie de mener la même existence que vous et d’écouter votre philosophie de vie. Le changement c’est maintenant comme dirait l’autre, mais c’est d’abord sur soi qu’il faut l’accomplir avant de pouvoir prétendre toucher les autres (ce qui nous amène au point tant controversé de l’engagement humanitaire : selon moi, il est ridicule de prétendre sauver la planète et les petits enfants en afrique quand soi-même on nage dans des tonnes de problèmes psychologiques & relationnels)

d) quatrième technique : la propagande. Vous êtes nul en débat ? Votre humour est à chier ? Vous êtes incapable de rester calme quand vous parlez d’un sujet qui vous passionne? Une seule solution s’offre à vous : faire découvrir aux autres les sources de votre pensée… directement à la source. Vu que vous, de toute évidence, n’arrivez jamais à retranscrire correctement ce que vous avez lu ou vu. Donc : forcez votre entourage à lire les livres qui vous ont marqué, abonnez votre famille de force aux journaux qui vous passionnent, offrez des dvd militants, et surtout, crevez la bulle de confort de tout le monde en introduisant du réel dedans, et des expériences.

Alors après je sais que vous allez me dire : « t’es bien gentil avec ton militantisme, mais même si les gens finissent par t’écouter poliment ça va changer quoi ? l’instant d’après ils seront repartis dans leur petit train-train quotidien et ça aura servi à rien au final ». Hé bien détrompez-vous. On ne peut JAMAIS savoir l’impact qu’on peut avoir sur la vie des gens. Parfois, vous dites un truc à quelqu’un, il s’énerve ou alors il ne réagit pas, vous vous dites « cette personne est hermétique à mes arguments » alors qu’en fait l’idée fait son chemin, souterrainement, à la manière d’une graine. Ne sous-estimez jamais votre capacité à influencer les autres. Si des blogueuses mode parviennent à vous faire acheter des vêtements moches fabriqués en Chine sous prétexte que « ce top est magnifique », alors tout est possible. Plantez des graines dans les esprits des gens !

Allez bye

Salut les poux lumineux,

Les vacances de Noël sont finies et nous rentrons dans le mois le plus déprimant de l’année, à savoir le mois de Janvier. Pour vous remonter le moral, je vous ai concocté une liste de livres à lire de derrière les fagots (je sais que c’est vos articles pref sur ce blog). Garanti 100 % top chouchou (sauf le dernier pour lequel j’ai de petites réticences mais je vous expliquerai pourquoi).

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« Je déambulais dans les rues désertes, je montais puis descendais des escaliers. J’ai alors croisé une vieille qui promenait un chien minuscule. Ce petit chien portait un manteau molletonné, mais il tremblait de froid. Il tremblait encore plus fort quand il s’est accroupi pour faire ses besoins. Je me suis arrêté pour l’observer. Pendant que la petite merde sortait, tout le petit corps frémissait, comme parcouru par un courant électrique. Quand la petite merde est finalement sortie, le tremblement s’est apaisé et le chien s’est mis à gratter le sol avec ses petites pattes. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Cette petite merde, me suis-je dit, a suffi à faire trembler ce chien. La vieille m’a lancé un regard sévère, probablement parce qu’elle m’avait entendu rire. Je me suis senti mal à l’aise, mais c’était vraiment comique. J’ai pensé alors à ce qui arriverait au chien le jour où la petite merde ne sortirait plus. Je l’ai imaginé dans une petite chaise roulante. Puis je me suis dit que je devrais quand même contrôler ma consommation d’alcool et laisser les bourbons tranquilles pour quelque temps. »

J’avais acheté ce bouquin sur un coup de tête car je partais en vacances au bord du lac de Côme (comme George Clooney) et que j’aime bien faire mon touriste bobo, à savoir, lire des bouquins en rapport avec l’endroit où je voyage.

Et alors, je vous le dis tout net, ce livre est fantastique. Je pense qu’il se classe sans problème dans le top 10 de l’année (merci de ne pas faire remarquer que l’année vient de commencer). Le narrateur, c’est l’auteur lui-même, Srdjan Valjarević. Alors que son pays natal (la Serbie) est enlisé en pleine guerre des Balkans, il obtient plus ou moins sur un malentendu une bourse de la part de la fondation Rockefeller pour résider pendant un mois dans une villa d’intellectuels au bord du lac de Côme et y écrire un bouquin. A l’intérieur de la villa, l’ambiance est exactement comme on pourrait se l’imaginer : il y a de bons vins, de la nourriture délicieuse, les draps sont moelleux ET les autres résidents sont insupportables (dans le genre « nous sommes l’élite de l’élite de l’élite, prout et clarinette »). Srdjan Valjarević décide alors de faire ce que nous aurions tous fait à sa place, à savoir, ne rien glander et profiter de la vie. Bon alors il a pas non plus rien glandé parce qu’au final il a écrit ce bouquin. Mais ça sonne plus comme une provocation qu’autre chose (et c’est ça qui est rigolo). Le livre est divisé en 30 chapitres : à chaque fois Srdjan y décrit sa journée, et à chaque fois il se passe à peu près la même chose :

  • il fait des grasses mat
  • il s’habille de manière moche, avec un pull en laine vert troué par les mites
  • il va marcher dans les collines qui surplombent le lac et observe les oiseaux, les couleurs, la lumière
  • il grogne contre les autres pensionnaires, qui sont vieux, riches et pénibles et tente par tous les moyens de fuir les obligations sociales
  • il se bourre la gueule
  • il essaye de pincer les fesses d’Alda, la serveuse du bar local

(toute ressemblance avec un certain renard au chômage est bien sûr totalement fortuite)

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« Je proposai d’acheter cent places pour un des concerts symphoniques de Rochester. Nous choisirions un concert de musique particulièrement douce. Trois heures avant le concert, aux cent Noirs qui auraient les tickets pour s’y rendre, on servirait un dîner : des haricots – rien d’autre – qu’ils auraient à ingurgiter en grandes quantités. Ils se rendraient alors au concert et on devine la suite. Imaginez un peu le tableau quand l’action commencerait. Le concert serait terminé avant même le premier mouvement ! (Il y a du Freud là-dedans, mais après tout!). Analysons cette tactique à la lumière des concepts que nous avons déjà mentionnés. La confusion provoquée sortirait entièrement du cadre de l’expérience de la « bonne «  société qui s’attendait au truc classique : réunions de masse, manifestations de rues, confrontations, marches. Même en imaginant le pire, ils n’auraient jamais pensé qu’on pût s’attaquer à leur joyau culturel, leur fameux orchestre symphonique. Deuxièmement, l’ensemble de l’action ridiculiserait la loi et il n’en existera jamais qui interdise les fonctions naturelles. Ici vous aurez un mélange de bruits, mais aussi d’odeurs, qu’on pourrait appeler des bombes puantes naturelles. Les bombes puantes habituelles sont illégales et peuvent faire arrêter immédiatement leur utilisateur, mais rien ici ne permettrait à la police ou aux huissiers ou à quiconque de réagir. La police se trouverait complètement paralysée. Les gens se mettraient à raconter l’histoire du concert et tous ceux qui l’apprendraient éclateraient de rire. Cet incident ferait apparaître l’orchestre symphonique sous un jour ridicule. Les pouvoirs publics n’auraient aucun recours pour réagir devant cette situation ou empêcher qu’une attaque de ce genre ne se reproduise. Que pourraient-ils faire ? Exiger que les gens ne mangent pas de haricots avant d’aller au concert ? Ordonner aux gens de se retenir pendant toute la durée du concert, même si c’est urgent ? Faire une déclaration publique aux termes de laquelle les concerts ne peuvent pas être interrompus par des dégagements d’odeurs corporelles ? Une déclaration de cette nature signifierait, à l’avenir, la ruine du festival. Imaginez un peu la tension dans la salle de concert au moment de l’ouverture ! Imaginez le sentiment du chef d’orchestre au moment de lever sa baguette ! Cette opération aurait aussi, à coup sûr, des retombées le matin suivant au petit déjeuner. Les femmes de cadres, à qui le festival apporte l’une de leurs principales fonctions sociales, accrocheraient leurs maris (cadres supérieurs ou jeunes cadres) en leur disant : « John, nous n’allons tout de même pas laisser ces gens-là ruiner notre festival. Je ne sais pas ce qu’ils veulent, mais quoi que ce puisse être, il faut absolument faire quelque chose pour empêcher qu’un tel scandale ne se reproduise. »

Pendant les vacances de Noël j’ai lu le journal Fakir pour la première fois de ma vie et c’était vachement bien. Pour les gens de droite du groupe qui ont encore rien suivi parce qu’ils étaient trop occupés à attendre la prochaine vente privée sur internet, Fakir c’est le canard fondé à Amiens par François Ruffin, le mec qui a fait le film « merci patron » (qui a ensuite été plus ou moins à l’origine de nuit debout). J’aime bien ce que fait Fakir parce qu’ils poursuivent deux objectifs :

  • sortir les gens de l’indifférence
  • montrer qu’il est possible d’agir localement (on a pas besoin d’avoir toute la France derrière soi pour faire changer les choses à son échelle)

Ce livre, « l’art de la guérilla sociale », tombait donc à pic. Assez court (140 pages), il se propose de vulgariser les thèses de Saul Alinsky, qui était un militant américain des années soixante, et qui a gagné plein de combats locaux à son époque en utilisant je cite « le rire comme arme, la ruse à la place de la force et le pragmatisme roublard ». Et franchement c’est hyper bien. Pour tout ceux qui comme moi sont un peu rétifs au militantisme « traditionnel » à base de saucisses grillées dans la rues et slogans de la CGT hurlés au microphone, ce livre vous ouvrira plein de perspectives nouvelles. Le parfait petit manuel pour faire chier, en somme (et 100 % garanti histoires de prout).

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(PS : pour ceux qui cherchent une idée de cadeau de naissance qui déchire sa race, Fakir propose un abonnement à vie pour la somme de 180 euros) (franchement si c’est le prix à payer pour être moins con, bah c’est pas si cher que ça)

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Pour rentrer en France pour les vacances de Noël, mon avion a eu la masse de retard et je me suis retrouvé à court de livres. L’inquiétude était palpable (on sait tous qu’un renard qui s’ennuie est un renard pénible), mais heureusement je suis miraculeusement tombé, au point presse du coin, sur ce bouquin de Mike Horn et c’était SUPAIR (j’ai aussi acheté « le liseur du 06h27 » et ce livre était une grosse daube. Je vous en parle même pas tellement c’était neuneu).

J’adore les histoires d’aventure. Sûrement parce que je suis l’animal le plus trouillard de la terre et que ma passion, dans la vie, c’est de vivre tout un tas de dangers par procuration, enroulé dans ma couette au coin du feu. Dans ce livre, Mike Horn fait chier sa femelle et tout son entourage décide de partir faire le tour du monde à pied, en vélo et en bateau, en s’imposant de rester dans une bande de quarante kilomètres autour de l’équateur. Je vous mets une carte pour que vous voyiez mieux à quoi ressemble son itinéraire :

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Bon alors c’est pas de la grande littérature, mais ça se lit vite et bien et en bonus vous emmagasinerez tout un tas de « survival tips » hyper utiles si tout à coup la civilisation s’effondrait.

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Je vous le dis tout net : j’avais de grands espoirs pour ce livre. Déjà à cause du titre : on aurait dit qu’il était fait pour moi. Ensuite à cause du pitch : un homme, déjà au chômage, se fait expulser de son appartement et décide de vivre dans sa voiture. Volontairement désœuvré, il arpente les rues de Paris à la recherche de signes d’une révolution à venir – signes qui vont se manifester sous la forme de tags bizarres sur les murs. Sur le papier tout y est : la critique du travail salarié, l’émergence d’un mouvement révolutionnaire type nuit debout qui inclurait les plus pauvres et pas seulement les gros bobos, etc. Sauf que passé les premiers chapitres, enthousiasmants, ça part en couille. Pour vous le dire simplement : je me suis mis à ne rien comprendre de ce qui écrivait l’auteur. Alors soit c’est vraiment de la poésie et je suis trop con pour saisir, soit à un moment Yannick Haenel s’est relâché le coussinet et a arrêté de tenir les fils de son intrigue (on ne sait pas). Par exemple si quelqu’un a une explication au sujet du passage suivant, qu’il n’hésite pas à se manifester dans les commentaires : « Privé de destin, le monde ne vaut pas mieux qu’une algue ou un tesson. C’est pourquoi la moindre occasion de déranger son ordre est si bouleversante: ceux qui se faufilent entre la fuite et le refuge ont deviné que la présence n’est qu’un exil, que rien d’autre n’existe que cet exil où les animaux, en effet, nous précèdent.« 

« Pour tous ceux d’entre nous qui fréquentent les réseaux assidûment, reconnaissons que nous avons tous déjà trollé. Nous avons répondu par la vindicte à des discours pourtant modérés, nous avons appelé à l’insurrection sur des sujets nécessitant surtout de la mesure et de la diplomatie, nous avons usé de mauvaise foi manifeste, nous avons exprimé des opinions partisanes dans des espaces où nous savions qu’elles ne seraient pas les bienvenues, qu’elles provoqueraient gêne ou embarras, nous avons moqué, raillé. Et nous y avons pris du plaisir. Celui d’un soulagement parfaitement inessentiel mais libérateur et le plus souvent jubilatoire »

-Veni Vidi Trolli: en défense du trolling, rue89

2016 touche bientôt à sa fin. Le monde est toujours aussi pourri et les gens sont toujours aussi cons. L’existence vous déprime et vous ne savez pas quelles résolutions prendre pour 2017 ? J’ai la solution : pourquoi ne pas adhérer à l’association nationale des trolls velus ?

En tant que troll en formation (ce blog existe deux ans et demi, champagne !) j’ai réuni pour vous une série de tips qui vous aideront je l’espère à faire chier le monde efficacement – et qui sait, peut-être qu’un jour les trolls seront au pouvoir (on a hâte).

1.MENTIR SUR SON CV

Faites pas genre « oulala non le mensonge c’est mal très peu pour moi ». Tout le monde ment sur son CV. Par ailleurs, je sais pas si vous avez fait une recherche d’emploi lors de ces derniers mois, mais c’est quand même du gros foutage de gueule. Genre pour le moindre boulot à la con les mecs te demandent un master + au moins trois ans d’expérience + un QI de génie des mathématiques (alors qu’en vrai, tout le monde sait qu’un enfant de CM2 serait capable d’accomplir les taches intellectuellement peu stimulantes qui s’offriront à vous si par hasard vous décrochez le gros lot à l’entretien).

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Mon conseil : faites comme Trump. Mentez éhontément. Inventez-vous des expériences à l’étranger ou dans des start-ups dynamiques (si le mec des ressources humaines se montre soupçonneux et vous demande de fournir un numéro de téléphone pour contacter votre ancien patron, donnez celui de votre mère ! Qui serait mieux placé que votre génitrice pour faire l’inventaire de vos talents ?).

Après, si la recherche d’emploi, c’est pas votre truc (car vous êtes riche et oisif), mais que vous voulez quand même faire chier le monde, vous pouvez toujours vous créer un faux profil linkedin. Ça sert à rien (à part à emmerder les community managers) mais c’est rigolo. Dans la case « compétences clés » vous pourrez ainsi mettre : fruit picking, amazing cocktail engineering, depressing alone at home, secretaring, fishing on earthworm (et attendre de voir si quelqu’un finit par se montrer intéressé par vos talents) (parole de renard, catégorie « expérience vécue dans la vraie vie » : sur un malentendu ça peut marcher).

2.TROLLER LES SONDAGES DU FIGARO AU PETIT-DÉJEUNER

Acte de rébellion facile, pouvant s’effectuer en pyjama, qui consiste à voter à l’inverse de la masse des lecteurs du Figaro lors du sondage du jour. Fonctionne également avec la page sondages du site internet de Valeurs Actuelles.

3.ADHÉRER A LA BRIGADE ANTI-PUB

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4.PASSER SOUS LINUX

On nous ment : NON, utiliser Linux n’est pas compliqué !!!! (la preuve, c’est que même moi, le renard aux talents informatiques les plus faibles de la planète, je m’en sors très bien). La plupart des gens ne se servent de leur ordinateur que pour envoyer des mails, regarder des séries en streaming, zoner sur les réseaux sociaux et éventuellement utiliser le traitement de texte. D’où vous avez besoin d’un ordinateur microsoft ultra performant ? Il existe tout en tas de revendeurs, partout en France, qui offrent du matériel informatique d’occasion en très bon état de marche avec Linux installé dessus. Vous pouvez pas voter front de gauche et continuer à engraisser Bill Gates. Un peu de cohérence, merde.

5.S’ADONNER A LA FATALE FLATTERIE SUR LES BLOGS DE MODE

Vous en avez pas marre parfois de lire des conneries sur les blogs de mode ET dans les commentaires ? J’ai la solution : devenir un fatal flatteur. Historiquement le mouvement des fatals flatteurs est né en 2008 (un groupe de trolls s’était mis en tête de laisser des commentaires excessivement laudatifs sous les articles de gros melons médiatiques tels que BHL ou Alain Minc. Les cibles, persuadées de la profondeur de leurs analyses, ne s’étaient pas rendues compte tout de suite qu’on leur brossait le poil avec une pommade un peu trop visqueuse). Plus d’infos ici.

Après 2008, plus rien. Le mouvement des fatals flatteurs est retombé dans l’anonymat et je trouve ça bien dommage, parce que c’est super efficace. Pour avoir testé le truc sur les blogs de mode, un commentaire volontairement agressif et rentre-dedans a environ 99 % de chances de se faire censurer. Un commentaire bête et mielleux a environ 60 % de chances de passer. Comme on le voit, le jeu en vaut donc la chandelle (je vous conseille d’aller vous faire les dents ici, ici et ici. Cibles 100 % narcissiques et faciles).

6.CRÉER UNE ICE (INITIATIVE CITOYENNE EUROPÉENNE)

Ça c’est pour les révoltés du slip qui trouvent que l’union européenne nous emboucane et ne vote jamais sur les sujets qui nous, nous intéressent (et quand elle le fait, c’est pour légaliser les pesticides. Merci bien). Donc bon, vous pouvez voter pour les verts aux élections européennes. Ou alors vous pouvez participer à une ICE. Une ICE c’est quoi ? C’est un dispositif qui permet aux citoyens européens, pour peu qu’ils réunissent en un an 1 million de signatures dans au moins sept pays de l’union, de forcer la Commission à débattre et prendre des mesures en faveur d’un sujet donné. Par exemple il y a de ça quelques années on a un peu parlé le l’ICE pour le revenu de base inconditionnel (indice : ça a pas marché, ça a seulement récolté 300 000 signatures. Car les gens comme VOUS ne se sont pas bougés les fesses).

7.VOTER POUR PHILIPPE POUTOU AUX PROCHAINES ÉLECTIONS

Car Philippe est doux, Philippe est frais, Philippe est top chouchou.

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Salut les croustillants,

Je sais pas vous mais chez moi & comme tous les ans, le mois de décembre est placé sous le signe du drama des cadeaux de noël.

13-compress« Mais j’aime pas Noël !! ça me gonfle ! groaaaarrr »

Et j’avoue que cette année je suis particulièrement excité du bulbe parce que je trouve le principe du cadal de noël encore plus absurde et grotesque que d’habitude. Je vais pas vous faire le laïus écolo, tout le monde le connaît (si, avec le degré d’information auquel vous avez accès, vous préférez continuer à surconsommer, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Faudra pas venir pleurer le jour où l’espèce humaine s’éteindra par votre FAUTE). Il y a le coup de la Syrie aussi. Alors je veux pas me faire accuser d’être un sale bobo gauchiste bien-pensant hein : je sais que des drames affreux, il y en a tous les jours dans le monde, mais sérieusement, ce qui se passe à Alep en ce moment ne vous empêche pas de dormir ? Vous allez sérieusement ouvrir vos cadeaux de merde avec joie en oubliant ce que notre pays a contribué à faire là-bas ? C’est un putain de scandale, qui va nous revenir à la figure un de ces quatres vous verrez, et faudra pas venir se plaindre que « oh bah qu’est-ce qui se passe que de violence gratuite je comprends pas, vraiment ».

BREF, si comme moi Noël vous donne des crises de sébum pires que celles de Manuel Valls, j’ai trouvé la solution pour vous : le trolling littéraire. Alors ok, un livre c’est fait avec du papier et quelque part c’est mal (rapport à la déforestation etc). Mais l’avantage d’un bouquin, c’est qu’il peut radicaliser votre entourage pour pas cher et pratiquement sans danger (la NSA ne viendra pas vous espionner pendant que vous tournerez les pages) (bonus : vous pourrez même inciter l’heureux destinataire à offrir le livre à quelqu’un d’autre après lecture afin de poursuivre la radicalisation à L’INFINI).

Du coup je vous ai préparé une petite liste de bouquins dont on a jamais parlé ici mais qui peut-être feront chier votre entourage (et tout le monde sait que l’exaspération est le début du changement).

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« Après avoir survécu aux secousses de l’enfance, après avoir acquis l’habitude de la réflexion, il m’arrivait de méditer sur l’étrange absence de bonté véritable chez les Nègres, de réaliser combien notre tendresse était inconstante, combien nous manquions de passion vraie, combien nous étions vides d’espoirs exaltants, combien notre joie était timide, nos traditions pauvres, notre mémoire creuse, combien nous manquions de ces sentiments intangibles qui lient l’homme à l’homme et combien notre désespoir même était superficiel. Après avoir connu d’autres modes d’existence, je réfléchissais à l’ironie inconsciente de ceux qui trouvaient que les Nègres avaient une vie si passionnelle ! Je découvrais que ce qu’on avait pris pour notre force émotive était fait de notre désarroi négatif, de nos dérobades, de nos angoisses, de notre colère refoulée. Chaque fois que je pensais à l’aspect essentiellement morne de la vie noire en Amérique, je me rendais compte qu’il n’avait jamais été donné aux Nègres de saisir pleinement l’esprit de la civilisation occidentale ; ils y vivaient tant bien que mal, mais n’en vivaient pas. Et quand je songeais à la stérilité culturelle de la vie noire, je me demandais si la tendresse pure, réelle, si l’amour, l’honneur, la loyauté et l’aptitude à se souvenir étaient innés chez l’homme. Je me demandais s’il ne fallait pas nourrir ces qualités humaines, les gagner, lutter et souffrir pour elles, les conserver grâce à un rituel qui se transmettait de génération en génération ».

Le livre idéal à offrir à son petit cousin à la place du traditionnel Tom Sawyer. Pas de panique : on reste dans le même genre de littérature jeunesse car Richard Wright y raconte son enfance dans le Sud des Etats-Unis au siècle dernier – on y parle donc des eaux jaunes et endormies du Mississipi, de l’odeur de la poussière d’argile battue par la pluie fraîche, des jeux auxquels il s’adonnait avec les autres enfants, de la vie du quartier, de ses bêtises sévèrement punies par sa mère, sa tante et sa grand-mère… Sauf que ça ne se passe pas chez les Blancs mais chez les Noirs. Du coup l’impression qu’on tire du bouquin est très différente de la lecture des aventures d’Huckleberry Finn. Ici, les conséquences de la ségrégation ont un impact direct sur le développement de Richard : pauvreté, faim, absence d’affection, manque d’éducation, la violence. Bref j’en dis pas plus mais lisez et faites lire ce livre et ensuite vous y repenserez à deux fois quand vous nous sortirez le laïus du mérite et de la valeur travail.

Ce qui me fait penser que si vous n’êtes pas branché « achat de livres » (mais qui ne l’est pas?), offrir un abonnement à hors-série c’est cool aussi. Pour 30 euros par an vous avez accès à tout un tas d’émissions trop bien. Par exemple « l’Amérique blanche » avec Sylvie Laurent, enregistrée après l’élection de Trump et qui fait un bel écho aux thèmes abordés dans « black boy ».

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« Ses vues se limitaient à l’horizon qu’elle connaissait – et les esprits limités n’aperçoivent que les limites des autres. Elle confondait les bornes de son propre champ de vision, qu’elle croyait très vaste, avec les frontières de l’esprit de Martin et elle rêvait de les aplanir pour l’amener à voir comme elle, s’imaginant élargir son horizon en l’identifiant au sien ».

Jack London, c’est vraiment facile de le glisser parmi les cadeaux de Noël parce que plus personne ne se méfie de lui depuis que Croc-Blanc est devenu le livre de chevet de toute une génération de jeunes mâles attirés par la nature virile et l’aventure (n’hésitez pas à vous manifester dans les commentaires si vous vous sentez visé).

De quoi parle Martin Eden ? De classes sociales. Ou plutôt du syndrome du transclasse : Martin, ancien marin fauché, tombe amoureux d’une jeune bourgeoise et, pour gagner son affection, s’emploie à devenir écrivain. Or c’est seulement une fois arrivé au terme de son élévation sociale qu’il se rend compte que la belle, et toute sa famille, sont décevants et médiocres… Il constate alors avec effarement qu’il n’est plus chez lui nulle part : il ne sera jamais un riche car il est né pauvre, et le chemin intellectuel qu’il a dû accomplir pour s’extraire de son ancien milieu social l’empêche de faire tout retour en arrière. Ça c’est pour le pitch, somme toute assez classique mais diablement efficace. A coté de ça le livre est truffé de tout un tas de phrases méchantes que vous pourrez balancer avec décontraction aux gens qui vous énervent entre le foie gras et la dinde. Comme : « la vulgarité – une vulgarité chic, je l’admets – est le fondement du raffinement et de la culture bourgeoise ». Ou : « les chiens de garde du succès littéraire sont les ratés de la littérature : ce ne sont que des tubes digestifs, qui n’ont pas plus de sens artistique que des mollusques ».

Mais moi ce qui m’a le plus plu, c’est la critique du travail que fait le livre en sourdine. Le travail au sens travail laborieux, travail de pauvre, qui te prend tout ton temps et te laisse les membres et la tête tellement épuisés que la seule issue possible est d’aller au bar le soir et de se torcher la gueule. Il y a un passage très fort, vers le milieu du livre, dans lequel Martin choisit de démissionner de son emploi dans une blanchisserie car il réalise qu’il est abruti, empêché de penser, de vivre, d’être un être humain à part entière. Le livre montre aussi que le socialisme et la solidarité de classe (entre pauvres) est une des seules manières de mener correctement son existence (avis aux amateurs).

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Apprentis écrivains, LoveStar est un miracle : c’est la preuve qu’on peut réussir à se faire publier sans avoir pondu aucune intrigue sérieuse. Parce que je vais pas vous mentir : Andri Snaer Magnason, l’auteur, a l’air d’être un gros zinzin. On a l’impression que l’histoire qu’il a écrite est juste un machin accessoire, un truc décousu dont il essaye de ramener les coutures ensemble pour les faire tenir avec du gros scotch, mais qui lui sert surtout de prétexte pour délirer sur tout un tas de sujets accessoires. Donc si vous êtes anal de l’humour absurde, il est possible que ce livre vous énerve. Moi en tout cas, il m’a énervé.

MAIS malgré ce défaut de taille (qui n’en sera pas un pour tout le monde), ce livre a le mérite de vous faire sentir à quoi pourrait ressembler le quotidien si personne ne mettait de frein au développement d’internet, des réseaux sociaux et des objets technologiques en général. Et je dois avouer que malgré le caractère totalement futuriste de l’univers dans lequel évoluent les personnages, on se dit souvent que ça ne serait pas étonnant si on finissait par en arriver là :

« Indridi Haraldsson appartenait à cette catégorie des hommes modernes et sans fil. Rien d’anormal donc, à ce qu’il éructe subitement aux oreilles de quelqu’un « BOISSON AU MALT BIEN FRAPPÉE ! BOISSON AU MALT BIEN FRAPPÉE ! » pendant dix longues secondes sans que ses yeux ou son corps en semblent affectés. La raison de son comportement était toute simple : les annonces publicitaires qu’on lui envoyait arrivaient directement dans les aires langagières de son cerveau. Cela impliquait qu’il était aboyeur de publicités ou tout simplement aboyeur, comme on les appelait le plus souvent. Dans ce cas, sans doute était-il assez fauché pour se trouvé exclu de la plupart des groupes cibles, il était alors vain de lui envoyer des publicités. En revanche, on pouvait se servir de lui pour les transmettre à d’autres personnes : il suffisait de connecter directement les aires langagières de son cerveau aux annonces en utilisant sa bouche comme mégaphone. C’était là une méthode plus percutante que les traditionnelles exhortations diffusées à la radio ou par le biais de panneaux publicitaires. Voilà pourquoi, en croisant un homme qui sortait d’un parking, Indridi s’était écrié : « ATTACHEZ VOTRE CEINTURE ET NE ROULEZ PAS TROP VITE! ». Récemment arrêté pour excès de vitesse et défaut du port de ceinture, l’homme avait été condamné à écouter, par aboyeurs interposés, deux mille annonces de rééducation dont il payait les frais. Là résidait peut-être l’avantage majeur des technologies nouvelles : elles amélioraient la société ».

Le livre idéal pour se décider enfin à se désinscrire de Facebook et Twitter donc, remplacer son smartphone par un bon vieux téléphone fixe des familles et GROGNER contre le marketing web.

Bon allez sur ce il est l’heure pour moi de me rendre à la poissonnerie car en tant que femme au foyer les menus de la semaine indiquent mercredi = maquereau (bisou les végétariens).