Salut les gratins de ravioles aux courgettes,

Je sais que vous êtes des lecteurs assidus et c’est pourquoi voici une nouvelle fournée de bouquins à lire pour vous aider à supporter le travail & les mains aux fesses dans le RER B.

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J’ai acheté ce livre sans savoir vraiment à quoi m’attendre, mais principalement dans l’optique de réhabiliter le prénom Kévin (je ne suis pas sensible aux blagues sur les Kévin, ok?). Or il se trouve que ce bouquin a véritablement dépassé mes espérances les plus FOLLES car il y est question d’un troll de compétition, mon alter-égo idéal en somme.

Le personnage principal s’apelle donc Kévin. Et comme il se fait chier au boulot et qu’il voue par ailleurs une détestation importante pour l’élite culturelle de ce pays (surtout les écrivains médiocres) (est-ce que ça vous rapelle quelqu’un?), il décide de mettre sur pied tout un système sophistiqué pour se foutre de leur gueule, vanter leurs textes les plus nuls, les brosser dans le sens du poil avant de les laisser tomber comme des merdes.

Un fatal flatteur, en somme.

Bon, ça ne se termine finalement pas très bien pour Kévin dans cette histoire mais c’est pas grave, cette lecture est l’occasion de rigoler un peu (et dieu sait que quand on voit Emmanuel Macron, on en a bien besoin en ce moment).

« – Comme un terroriste dormant, je prends le pli de la société que j’exècre, rigola Kévin en roulant de gros yeux où la désinvolture avait laissé la place à une fêlure personnelle. Je me fonds dans le moule, je deviens comme eux, et soudain: bam! sur le prétentieux. Comme une tapette à mouches. Quel soulagement! »

 

J’aime beaucoup les livres qui traitent de l’adolescence. Le problème, c’est que 99% du temps le sujet est mal abordé et je finis par hurler et par jeter par terre le bouquin en question, effaré par l’écart entre le point de vue de l’auteur et la vie réelle. Ca m’est arrivé encore récemment avec un bouquin intitulé « Je ne t’aime pas, Paulus« . Pourtant, la quatrième de couverture était alléchante: on était censé y lire l’histoire d’une fille de quatorze ans ne voulant pas sortir avec le dénommé Paulus (et qui pourrait l’en blâmer? avec un nom pareil). Résultat: malgré quelques punchlines marrantes dans les premiers chapitres, un bouquin complètement vaseux et hors-sol, avec pour morale « Paulus ne te plaisait pas au début, mais tu vois, en faisant un effort tu finis par l’apprécier« , alias, la chose qu’on ne souhaite pas entendre quand on a quatorze ans.

Bref, la forteresse impossible donc.

Ce bouquin est très chouette car il est sans prétention. L’histoire se déroule dans un univers tout simple et qui nous est d’emblée parfaitement familier: une petite ville de l’Amérique profonde, une mère qui travaille au supermarché tard le soir et qui laisse donc le champ libre à son fils (astuce d’écrivain: si les personnages de parents vous emmerdent, faites-les travailler tard le soir), un rejetton passionné d’informatique, deux amis boutonneux qui veulent voler Playboy au tabac du coin pour le lire en cachette. Et des blagues:

-« Elle est amoureuse de toi, mec, a dit Clark.

Alf a hoché la tête:

-Du tréfonds de ses cent cinquante kilos.

-Elle ne fait pas cent cinquante kilos.

-Tu déconnes? a fait Alf. Elle est tellement grosse qu’elle apparait sur les radars.

-Carrément, a fait Clark. Elle est tellement grosse que son groupe sanguin, c’est bolognaise! »

Sinon, le mois d’octobre a été placé sous le signe de la redécouverte de la bibliothèque municipale. ça faisait hyper longtemps que je n’avais pas pris de carte de bibliothèque et je me suis senti vraiment ému, quand je l’ai fait, de m’apercevoir que la bibliothèque de la ville où j’habite regorge de trésors de la littérature, tels que Gros dégueulasse de Reiser.

Le concept de Gros dégueulasse est simple: c’est l’histoire d’un mec qui se balade en slip et qui est dégueulasse (pour un exemple de blague qui se trouve dans le livre, aller voir ici – même si, si vous voulez mon avis, le film est naze comparé au vrai Gros dégueulasse de la BD).

Je l’avoue, la transition entre les deux bouquins n’est pas des plus aisée mais je vais m’y risquer quand même, car l’un des sujets qui traverse eleanor & park, c’est le problème avec les beaux-pères, ces gros dégueulasses. C’est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle j’ai bien aimé le livre (parce que la romance entre eleanor et park, justement, est quand même grave neuneu par moments, d’autant que l’auteur, ou la traduction, on ne sait pas, a eu un grave souçi avec la concordance des temps). Je me suis pas mal reconnue dans le personnage d’eleanor, qui doit composer pour aller tous les jours au lycée avec des vieux vêtements, n’a pas assez d’argent pour avoir des piles pour son walkman, n’a pas le droit de sortir de chez elle, vit entassée sur ses frères et soeurs dans une minuscule chambre où toute intimité est impossible, lit compulsivement tous les livres qu’on lui donne, et en veut à sa mère, qui a choisi pour refaire sa vie un homme macho, lunatique et violent. Je me suis d’ailleurs fait la réflexion que le thème de la violence familiale (la violence des hommes plus agés sur des filles plus jeunes) était souvent présent dans la littérature pour ados – peut-être de manière sureprésentée par rapport aux « vraies statistiques de la vraie vie » (de la même manière que le thème de la police, de la justice et des enquêtes est sur-réprésenté dans les téléfilms qui passent à la télé). Pourquoi ça? Est-ce parce que la plupart des écrivains ont été abusés pendant leur enfance, ce qui fait de ce sujet un sujet logique? Ou est-ce parce que les enfants qui souffrent ont plus tendance à lire des livres? On ne saura pas la réponse.

BONUS

Philippe Katerine qui chante partir un jour des 2 be 3. Les voies de l’inconscient sont impénétrables, mais je me rapelle avoir fait une fixation sur cette chanson (l’originale) quand j’étais enfant. Evidemment, les 2 be 3 étaient bannis du foyer familial (ma mère disait que c’était des « mauvais garçons » et expliquait à qui ne voulait pas l’entendre que les filles qui appréciaient les boys bands à huit ans étaient mal parties dans la vie – je me demande à quel point elle reliait le concept du bad boy avec sa propre vie, mais bon, ça, c’est une autre histoire)

Edit de 19h02: je viens d’aller regarder les mots-clefs qui ont amené des gens sur ce blog et les résultats sont une fois de plus à la hauteur de mes espérances:

  • astuce pour rester sur le chomage à vie
  • macron n’a jamais fait l’ena c’est un affabulateur de première catégorie
  • emma watson à poil
  • le caca d emanuel macron
  • le blog slip crade
  • c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses
  • graisse a frites copenhague
  • les arguments contre la vie moderne
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Salut les matraques dans le cul,

Aujourd’hui, c’est les vacances et qui dit vacances dit TEMPS LIBRE et qui dit TEMPS LIBRE dit retour des LISTES DE LIVRES sur ce blog.

Avant de commencer, il faut que je fasse un mea culpa. Moi qui étais un lecteur compulsif, alias le roi de la bibliothèque, ma liste de bouquins terminés ces derniers mois frôle dangereusement le zéro. A ma décharge, j’ai tenté de lire des croûtes qui me sont tombées des mains (oui Guillaume Meurice, c’est de toi dont je parle, je t’aime bien mais tu es quand même plus rigolo à la radio que quand tu te lances dans la poésie), et puis, bah j’ai eu beaucoup de travail car que voulez-vous, c’est la start-up nation ici (hashtag renard au turbin).

Tout ceci explique que je n’ai que trois bouquins à vous présenter mais ne vous inquiétez pas, ils sont cool. Et si vous lisez jusqu’à la fin, je vous annonce la couleur: il y aura du bonus BRÂME!

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Je ne sais pas vous mais moi en voyant cette couverture je me sens aussitôt transporté dans la chambre poussiéreuse d’un mâle adolescent des années 80 fan de science-fiction. Autant vous dire, donc, que la nuit des temps de Barjavel n’était pas sur mon top 10 des lectures a priori les plus excitantes de l’été mais j’ai envie de vous dire: ERREUR. Ce bouquin est d’une modernité incroyable, j’en veux pour preuve ce passage où il est ni plus ni moins question de revenu universel et d’intelligence artificielle:

« Il n’y avait pas de pauvres, il n’y avait pas de riches, il n’y avait que des citoyens qui pouvaient obtenir tous les biens qu’ils désiraient. Le système de la clé permettait de distribuer la richesse nationale en respectant à la fois l’égalité des droits des Gondas, et l’inégalité de leurs natures, chacun dépensant son crédit selon ses goûts et ses besoins. Une fois construites et mises en marche, les usines fonctionnaient sans main-d’oeuvre et avec leur propre cerveau. Elles ne dispensaient pas les hommes de tout travail, car si elles assuraient la production, il restait à accomplir les tâches de la main et de l’intelligence. Chaque Gonda devait au travail la moitié d’une journée tous les cinq jours, ce temps pouvant être réparti par fragments. Il pouvait, s’il le déisrait, travailler davantage. Il pouvait, s’il le voulait, travailler moins ou pas du tout. Le travail n’était pas rétribué. Celui qui choisissait de moins travailler voyait son crédit diminué d’autant. A celui qui choisissait de ne pas travailler du tout, il restait de quoi subsister et s’offrir un minimum de superflu ».

(bon, après avoir fini le bouquin, à la question « le revenu universel est-il une bonne idée? », je dirais moyen bof)

Il y a des passages un peu énervants dans ce livre (i.e: à peu près tous les passages où le narrateur, Simon, est tout dégoulinant de niaiserie quand il parle d’Elea, la meuf congelée qui a 900 000 ans. Voyez par vous même via l’utilisation de métaphores top patriarcales à la clef du style « Elea… tu es belle, rien n’est aussi beau que toi… l’enfant nu, le nuage… la couleur, la biche… la vague, la feuille… la rose qui s’ouvre… l’odeur de la pêche et toute la mer…« . Jesus).

Il y a également des éléments de narration peu crédibles (peut-on me dire comment Elea va survivre dans le futur si personne ne s’est occupé de ranger dans un sac à l’abri sa machine qui lui prépare à bouffer?)

MAIS c’est quand même un super roman qui mélange à la fois l’archéologie et la science-fiction, et donc, je ne vous spoile pas l’histoire mais lisez-le.

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Le meilleur livre (écrit par l’ONG Public Eye) pour comprendre la Suisse (vous aussi, de passage à l’aéroport de Genève, vous vous êtes déjà vaguement demandé ce que c’était que ce pays de zinzin qui semblait vouer un culte aux montres de luxe et aux fonds d’investissements pour riches oligarques?).

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Livre écrit par Aude Lancelin, alias la meuf de Frédéric Lordon (ce qui fait d’elle, avouons-le, notre idôle à tous).

Le bouquin raconte son licenciement de l’Obs pour « divergences politiques », à peu près au même moment où le mouvement Nuit Debout a été lancé par son compagnon (elle officiait auparavant comme responsable de la rubrique Vie des idées au sein du journal). Comme elle n’a pas pu citer les noms exacts des personnes qu’elle charge, elle a utilisé des surnoms plus ou moins débilous (l’obs devient l’obsolète, xavier niel l’ogre des telecoms, etc). Au début c’est pénible et ensuite on s’y fait, surtout que c’est vraiment bien écrit.

Car Aude Lancelin est véritablement un top grugru de qualité. Elle n’a pas son pareil pour dire en quelques tournures de phrases assassines tout le mal qu’elle pense des gens médiocres. On trouvera donc dans ce livre des expressions du style « l’antitotalitarisme mondain » (pour décrire BHL) ou des passages comme celui-là pour décrire le genre d’ambiance qui règne dans les rédactions parisiennes:

« Quand, par extraordinaire, on arrivait à arracher à Jean Joël une définition de la gauche, il s’en tirait avec une phrase énigmatique, tantôt attribuée à Foucaut, tantôt à Sartre: « La gauche existe, mais elle ne sait pas qui elle est ». Poussé dans ses retranchements, le fondateur pouvait aussi à l’occasion en venir à évoquer évasivement « la défense des humiliés », sans renseigner son interlocuteur davantage. Du côté du nouveau directeur de la rédaction de l' »Obsolète », l’exercice pouvait donner lieu à des résultats plus réjouissants encore. Etre de gauche, c’était avant tout ne pas être de droite, pour ce garçon peu porté sur la spéculation. « Chacun comprend cela, pontifiait-il d’une voix ralentie, comme artificiellement posée. Tout le monde connaît les engagements de l’Obsolète ». Ce genre d’évocation vague suffisait selon lui à clôre l’affaire, le reste n’étant que discussion sur le sexe des anges destinée à divertir quelques universitaires. Lorsque, sommé d’aller plus loin, il tentait néanmoins de pousser les gaz, cela pouvait donner dans ses éditoriaux des choses comme celles-ci… être de gauche, « c’est penser l’infiniment grand en trouvant des solutions qui améliorent l’infiniment petit, c’est-à-dire le quotidien des gens ». Le genre de phrases qui aurait peut-être convenu à une réclame de compagnie d’assurances ».

C’est un livre à la fois optimisme sur le plan politique (son licenciement a marqué la cassure qui s’était opéré entre la gauche type Valls / Hollande / Macron et la gauche des Insoumis, Lancelin ayant d’ailleurs rejoint la rédaction du Média par la suite). Mais c’est aussi, souterainement, un livre empreint de nostalgie pour le journalisme, pour ce métier qui existait encore il n’y a pas si longtemps et qui se dilue dans le capitalisme cool et les logiques managériales:

« Fini le temps de la stabulation libre, des cafés qui s’allongeaient dans l’après-midi, des rencontres imprévues d’où sortaient les seules idées qui vaillent, des matinées chez soi à lire pour forger un style et nourrir un début de pensée. »

Tiens, rien que pour ça, et je serais à deux doigts de braver mon aversion viscérale pour Sophia Chirikou et de m’abonner au Média, rien que pour écouter l’émission de débat d’Aude Lancelin.

BONUS LIVRE NUL A CHIER

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Oulalalala les amis, ce livre est véritablement le scandale du mois.

Afin de resituer le contexte & car je suis un renard transparent au niveau de mes conflits d’interêt, je dois avouer que j’ai pour Caroline Franc, alias la personne qui a pondu ce roman, une dent tenace. Dent qui remonte à la publication de ce post, juste après les attentats de Charlie Hebdo, intitulé « Not Afraid« .

On y voit Caroline Franc brandir sa carte de presse place de la république, totale grandiloquence et hystérie collective en mode « à travers Charlie Hebdo c’est moi et le journalisme tout entier qu’on assassine ».

Ne pouvant laisser passer une telle récupération narcissique, j’ai laissé un commentaire où je m’étonnais qu’une personne dont le blog est rempli de posts sponsorisés pour des sandales la redoute puisse se considérer sérieusement comme journaliste au même titre que ceux de Charlie Hebdo, joignant une citation volontairement farceuse de Pierre Desproges (je ne la retrouve plus mais il y était question d’un journaliste radio venant interviewer Desproges dans sa loge et se voyant qualifier de « mammifère mou qui fait des flatulences dans un micro »).

Bref, croyez-le ou pas, la meuf a supprimé ma remarque (alors qu’elle geignait ouin la défense de la liberté d’expression deux minutes avant). Et dans les commentaires, c’est parti en totale quéquette (quand j’y repense, ça annonçait avec un peu d’avance le délire collectif qui s’est plus tard emparé de la France quand à son obsession pour le « je suis Charlie »). Un mec a même posté ça:

« J’ai eu les larmes aux yeux hier en entendant un journaliste égyptien de confession musulmane présenter ses excuses pour cet acte horrible commis au nom de sa religion. J’ai eu les larmes aux yeux en écoutant Patrick Pelloux parler de ses amis. J’ai eu les larmes aux yeux en te lisant, en lisant aussi le magnifique texte de Sophie Fontanel sur le DailyElle. J’ai eu les larmes aux yeux au boulot quand ce matin j’ai vu le drapeau en berne puis quand à 12h00 tout le monde était au garde-à-vous dans la caserne pour la minute de silence. J’ai serré les poings en lisant le commentaire de RENARDEAU qui, comme les affreux qui ont tiré hier, ne voit pas plus loin que le bout de son museau. Mais comme je suis Charlie je garde la foi. »

Complètement zinzin non?

Enfin bref, suite à cet épisode, le Caroline Franc a vécu sa vie, et moi la mienne, jusqu’au jour où je suis tombé nez à nez avec MISSION HYGGE.

Je dois dire que le destin est taquin car il se trouve que le concept du « hygge » doit être la chose contre laquelle j’ai le plus grogné à l’époque où j’habitais au Danemark. Le « hygge », pour résumer, c’est un mot qui ne veut rien dire et que les danois aiment bien utiliser pour tout et n’importe quoi (un brunch, des bougies, un coussin en peau d’ours, des gateaux trop sucrés que quelqu’un a amené au travail, etc). Etre « hyggeligt » ça veut dire, en gros, larver toute la journée comme un mollusque devant Netflix en legging léopard, un verre de coca à la main, et ne pas se sentir coupable de le faire. L’équivalent anglais serait peut-être « chill ». Les danois sont en quête perpétuelle du « hygge », c’est à dire de cette zone un peu béate, très blogueuse mode, où tout l’univers autour d’eux est édulcoré et stylisé comme sur un filtre instagram, et où il ne se passe absolument rien de clivant (autant vous dire que le concept du « hygge » ne s’applique pas aux débats politiques à table en famille en France).

Si le « hygge » m’énerve autant, c’est parce que c’est un concept individualiste. Il sous-entend que si vous êtes malheureux, ce n’est pas à cause de la société (le chômage, la pauvreté, la pollution, votre travail à la con, que sais-je) mais tout simplement parce que vous ne vous êtes pas accordé assez de temps pour vous. Et si vous preniez un bain moussant avec des huiles essentielles qui sentent bon, tout en mangeant du chocolat? Le « hygge », c’est cette croyance débile, qu’on trouve excessivement dans la presse féminine, qui consiste à penser que le « cocooning » est la solution à tous les problèmes.

Alors que si le Danemark est un pays où les gens sont plus heureux qu’en France… c’est parce que c’est un pays qui est très égalitaire (au sens politique du terme). Tout dans la société, au niveau des lois et de la pression sociale que les individus s’infligent les uns aux autres, est fait pour tendre vers l’égalité (système scolaire, fiscalité, rapports hommes-femmes etc). Rien à voir avec le hygge donc. Si les danois sont plus contents que les français, c’est parce qu’ils n’ont pas de Bernard Arnault qui vient les narguer à la télé en leur disant de travailler plus, bande de feignasses, et pendant que vous me regardez ma fortune a encore triplé.

Le livre de Caroline Franc m’a vraiment tendu le coussinet car non seulement c’est un ramassis de clichés sur le Danemark (rien que le nom du lieu où se déroule l’histoire, Gilleleje, sonne faux, et je ne vous parle pas des pseudos proverbes danois tels que « vis comme si demain il n’y avait plus de café ») mais aussi parce que cette lecture a pour moi été l’occasion de me rendre compte que parfois, il suffisait d’avoir un peu de « notoriété » dans le monde des médias pour se faire publier tranquillou, même si on écrit des trucs vraiment nuls. Je dois l’avouer, je suis un renard idéaliste et je pensais encore naïvement que la complaisance envers les textes vraiment mal écrits, ça n’existait pas. Et pourtant… pas plus tard qu’il y a deux semaines, Géraldine Dormoy, du blog Café Mode, a publié ce post sur instagram. Tous les commentaires négatifs sur le bouquin ont été supprimés au fil de la journée.

Pour ceux que ça intéresse, le New York Times a publié début juillet un papier très fouillé sur les dernières lois « identitaires » qui ont été passées au Danemark récemment, notamment au sujet du quartier de Norrebro (je suis particulièrement sensible à ce quartier parce que j’y ai vécu). C’est de ça dont j’aimerais qu’on me parle dans un roman sur le Danemark. Le but de la littérature, c’est de dire la vérité. De faire sentir à celui qui n’y est pas comme c’est, d’être dans la peau de quelqu’un d’autre, d’habiter ailleurs. Vivre au Danemark, en 2018, ça n’a rien à voir avec les tribulations de Chloé, l’héroine du roman de Caroline Franc. Et si identité danoise il y a, ce n’est pas cette identité apaisante et heureuse qu’on nous vend trop souvent dans les médias quand on parle des pays nordiques.

BREF, vous l’aurez compris, je suis NRV.

 

Salut les femmes enceintes,

Aujourd’hui je suis content car c’est le retour des listes de livres (je sais que ça vous avait manqué).

 (pour fêter ça, une photo floue & mal cadrée en direct-live de ma bibliothèque)

Ces derniers temps j’ai lu et aimé:

BD écrite par Antonio Altarriba au sujet de son père, qui s’est suicidé, en maison de retraite, à l’âge de 90 ans, en sautant par la fenêtre du 4e étage (père qui, on le notera, s’appelait aussi Antonio Altarriba. je trouve que c’est pratique cette idée d’avoir le même prénom que son fils. si j’ai des gosses c’est évident que je les appellerai tous renardeau: renardeau 1, renardeau 2, renardeau 3 etc). Oui donc le truc plutôt intéressant avec Antonio Altarriba père, c’est qu’il a vécu à peu près tous les événements marquants du XXe siècle: la guerre d’Espagne, les camps de réfugiés en France, la seconde guerre mondiale, la dictature franquiste. Et le bouquin, tout naturellement, retrace toutes les étapes de sa vie, en les reliant aux événements historiques que je viens de citer.

Alors il faut que je vous prévienne: ce n »est pas la BD la plus joyeuse de la terre (la vie d’Antonio Altarriba père est ponctuée d’échecs et de désillusions). Mais c’est un ouvrage qui a le mérite d’éclairer de manière très simple et très limpide les raisons profondes pour lesquelles l’Espagne est au bord de la crise de nerfs en ce moment avec cette histoire de Catalogne (en gros tout un tas d’hommes, comme Antonio Altarriba, ont dû taire toute leur vie leur engagement passé en faveur du communisme ou de l’anarchisme pour réussir à survivre dans l’Espagne de Franco. Forcément, cette absence de reconnaissance des souffrances passéss laisse des traces, à l’échelle d’un pays).

Il y a de ça quelques semaines, je me suis retrouvé tout seul dans une grande ville en sortant d’un train, avec 2h de temps à tuer avant que quelqu’un vienne enfin me chercher (c’est l’histoire de ma vie). Et comme il faisait froid à se geler les couilles, j’ai fait ce que tout renard sensé fait dans ces cas-là: je suis aller zoner à la fnac. Mon objectif principal était évidemment de me réchauffer, mais j’avais également un objectif alternatif, à savoir, voler un carnet moleskine (oh ça va hein, qui n’a jamais volé un carnet moleskine à la fnac?) (en + j’en avais grave besoin pour me faire des to-do lists). Bref, mais comme je suis un renard prudent, je me suis dit qu’il fallait que j’achète un bouquin pour brouiller les pistes (rapport au vol du carnet moleskine). Je me suis donc dirigé vers le rayon BD, et c’est comme ça que je suis tombé sur Spinning.

Je suis très content d’avoir acheté cette BD, même si ce n’est pas du tout le genre de chose que je lis d’habitude, car c’est un livre qui parle de deux thèmes qui m’intéressent et qui ne sont usuellement jamais traités ensemble: l’adolescence et le patinage.

A ce moment-là de l’histoire, il faut que je vous fasse un aveu: quand j’étais un jeune renardeau, je faisais de la danse sur glace. Je crois d’ailleurs que c’est à cause de cette histoire de danse sur glace que j’ai développé une aversion importante pour tout ce qui touche au maquillage et que c’est pour ça que maintenant je mors les fesses des blogueuses mode. Ma vie au patin a été une succession d’échecs. Déjà il faut dire que je n’étais pas aidé par la nature parce ma génitrice n’en avait rien à battre de la fougère du patin. J’ai retrouvé une photo d’un gala qui datait d’au moins 1996 – gala qui avait pour thème « les aristochats ». On y voit une rangée de mignonnes petites filles déguisées en mignons petits chats, moustaches élégamment dessinées par leurs mamans avec du crayon noir. Et, au milieu, RENARDEAU. Renardeau qui n’a pas de moustache, mais un immonde grabouillage dégueu sur le museau qui le fait ressembler à un pédophile de 67 ans, rapport au fait qu’il a dû se maquiller tout seul (je me rappelle de ce jour comme si c’était hier: renard-mère avait refusé de me maquiller parce qu’il trouvait que c’était dégradant pour l’image de la femme). Au patin, j’étais donc moche, mais en plus il y avait les compètes. Je détestais les compètes, l’odeur des vestiaires, les cris hypocrites qu’il fallait pousser pour encourager les autres, les envois de peluches sur la glace à la fin de la prestation de chacune, les petits bouts de neige que notre prof nous collait dans le dos juste avant notre entrée en piste pour nous réveiller, et qui nous dégoulinaient jusqu’aux fesses, les tuniques moches qu’on devait porter (avec interdiction de mettre une culotte en dessous parce que sinon ça faisait des plis), l’odeur de la laque, les épingles à chignon qui faisaient mal à la tête, les patins neufs qui faisaient mal au pied de fou (j’ai retrouvé une ancienne paire qui avait encore des traces de SANG à l’intérieur), les remarques de notre prof (« renardeau, tu ressembles à un poireau dans le vent quand tu patines ». « et la musique, c’est pour les cochons?!? »), les meufs persuadées qu’elles allaient devenir championnes olympiques alors que maintenant elles sont secrétaires médicales et qu’elles ont épousé un dentiste… BREF: lire le livre de Tillie Walden (qui est un récit autobiographique: elle y raconte ses années lycée en sport-études et comment elle a pris la décision d’arrêter le haut niveau) m’a rappelé tout un tas de choses, et ça m’a bizarrement fait du bien. Je me suis dit: « quelqu’un a eu les couilles de parler de tout ça », j’ai refermé le bouquin avec un sentiment de travail accompli, et je suis allé manger du beurre de cacahuètes.

J’avais entendu parler de la sortie du dernier livre en date de Philip Pullman mais je ne voulais pas le lire parce que je garde dans mon cœur un souvenir trop ému des royaumes du nord et que j’avais peur que ce nouvel opus fasse tout foirer. Bon, après il se trouve que quelqu’un m’a offert ce bouquin (et je lis toujours les bouquins qu’on m’offre). Hé bah figurez-vous que cette lecture a vraiment été la bonne surprise du mois de février. C’est vraiment le livre idéal à lire par temps pluvieux et froid, quand vous vous sentez déprimé et que vous avez besoin de réconfort. je ne vous en dis pas plus, mais si vous êtes à la recherche d’une bonne fan fiction bien régressive de base, alors ce livre sera pour vous.

Sur ce j’espère que vous regardez les jeux olympiques (moi j’ai pris comme résolution 2018 de devenir top grugru comme martin fourcade)

Salut les gras,

Je suis content de vous retrouver aujourd’hui afin de reprendre la ligne éditoriale, à savoir les listes de trucs.

[ATTENTION DISCLAIMER] (Je me suis rendu compte récemment que j’étais attaché à ce blog parce que c’est comme un journal intime interactif que j’aurais tenu pendant plusieurs années. J’aime bien cette idée que tous les livres que j’ai aimés, toutes mes petites obsessions, brâmes et découvertes du quotidien sont stockés là; et quand je remonte dans les archives je me sens toujours vaguement content que TOUT soit bien rangé ici et pas dans des vieilles boites en carton poussiéreuses au fond de mon grenier. D’où ma résolution 2018 de continuer à alimenter régulièrement le bouzin. Hashtag archives nationales, madeleine project, enculage de mouches)

Bref, les jeux vidéo donc. Je dois vous prévenir, par souci d’honnêteté, que je ne suis absolument pas un expert en la matière (en effet le concept de jeux vidéo était soumis à un embargo strict dans ma grotte quand j’étais enfant et adolescent à cause d’angoisses parentales portant sur les mots-clés « Japon » et « Violence »). C’est pourquoi je me garde bien d’émettre mon point de vue quand il est question:

  • du débat sur le sexisme dans les jeux vidéo
  • du débat sur l’Art (« le jeu vidéo est-il un art comme les autres au même titre que le cinéma et la littérature? »)

L’unique raison pour laquelle il m’arrive de jouer à des jeux vidéo, c’est à cause de mon mâle. Voici donc en exclusivité mes jeux favoris parmi l’amas de conneries, pardon, les découvertes que j’ai faites ces derniers mois:

1.JOURNEY

Journey c’est vraiment très très très très beau. En y jouant, j’ai ressenti une sensation de glisse et d’espace vraiment géniale (le même genre d’émotion que la première fois où j’ai eu le droit de monter à l’avant en voiture et que j’ai vu la route se dérouler devant moi, ou que la première fois où j’ai vu un film en 3D (c’était la descente du nil, à la géode) (oui je fais vraiment des métaphores de merde)).

Ce qui est chouette dans Journey c’est que le jeu ne nécessite pas de compétences « techniques » particulières: on se contente de pousser le petit personnage (le bidule à la cape rouge que vous voyez sur l’image ci-dessous) et celui-ci s’envole, glisse sur le sable, avec un petit cliquetis très apaisant. La luminosité évolue au fil du jeu; le personnage traverse plusieurs villes abandonnées à l’architecture plutôt moyen-orientale. La fin est vraiment exceptionnelle, avec des paysages qui rappellent à la fois l’Himalaya et le Japon.

J’avais la larme à l’oeil quand j’ai terminé le jeu, parce que c’est typiquement le genre d’expérience qu’on ne vit qu’une fois et c’est pas pareil la deuxième fois.

2.PHOENIX WRIGHT

Si comme moi vous manquez clairement de coordination entre votre patte droite et votre patte gauche et que vous mourez toujours en trente secondes lors des combats, alors ce point and click est fait pour vous. Phoenix Wright, c’est un peu le Sherlock Holmes de la DS: c’est un jeune avocat qui se démène dans divers tribunaux hostiles pour sauver ses clients d’une mort certaine et faire triompher la Vérité.

Si, comme moi, vous êtes en renardeau enquêteur dans l’âme, nul doute que vous frétillerez d’aise en jouant à ce jeu et que vous vous metterez à glapir « OBJECTION! » à tout bout de champ à chaque fois que quelqu’un dans votre entourage dira une connerie.

3.WINDJAMMERS

Si comme moi vous n’arrivez pas à jouer au frisbee en vrai car cet objet vous fait mal aux mains à chaque fois que vous le rattrapez, alors Windjammers est clairement fait pour vous. Musique détendue du coussinet, plages de sable fin, cocotiers, meufs en bikini qui comptent les points à la fin des matchs: toutes les conditions sont réunies pour passer un bon moment. Sans compter que vous pourrez choisir votre joueur parmi une liste de personnages plus Pascal Brutaux les uns que les autres (ma préférence va pour Klaus Wessel, le gros allemand).

A noter que Windjammers est un jeu addictif et qu’il n’est pas impossible que vous restiez scotché de longues heures sur votre canapé à essayer de grimper les échelons de la hiérarchie mondiale – car OUI, il existe un classement mondial des joueurs de Windjammer, et chaque match gagné en ligne vous fait engranger des points (à noter que le champion du monde actuel est français, qu’il s’appelle Kévin et qu’il se la pète grave sur son compte twitter).

4. FISCAL KOMBAT

Jeu vidéo vraiment drôle mettant en scène Jean-Luc Mélenchon et dont le but est de récupérer le flouze perdu de la France en se battant contre des fraudeurs fiscaux tels Jérôme Cahuzac. Très rigolo.

Salut les pollinisateurs,

C’est avec regret que je vous annonce que le chômage, c’est fini.

10-3

R.I.P

Je sais, c’est décevant. Mais la bonne nouvelle, c’est que poil sur le torse reprend !!! Et pour 2018 j’ai plein de nouvelles idées pour faire chier encore plus efficacement que d’habitude. Donc stay tuned (comme disent les gens pénibles qui ont fait une école de commerce).

Sinon et sur un tout autre sujet (quoique), l’université des colibris a mis en ligne un MOOC vraiment top ronron sur la permaculture. Les cours sont ouverts gratuitement jusqu’à la mi-février, ça serait vraiment dommage de rater ça (surtout si vous en avez marre de vous lever tous les matins pour ramper jusqu’à votre bullshit job. Vous y trouverez plein d’infos utiles pour CHANGER DE VIE).

Quand à moi, je vous retrouve très bientôt pour du brâme ! graou graou

Salut les premiers de cordée,

Ce blog étant sponsorisé à 100% par l’ennui au travail, les articles se sont faits rares ces derniers temps (en effet en tant que chômeur j’étais plus occupé à faire de la permaculture sur mon balcon, lire des BDs sous ma couette et radicaliser politiquement mon entourage pour voter François Ruffin qu’à poursuivre la politique éditoriale de cet espace numérique). MAIS comme je suis néanmoins un blogueur qui a une âme (hé oui…) j’ai pensé à vous en cette période de fêtes de Noël et c’est pourquoi je reviens aujourd’hui avec une liste TOP RONRON de BDs à offrir aux gens que vous aimez bien (et à ceux que vous aimez pas aussi).

1.FRANCIS LE BLAIREAU FARCEUR

Francis est un blaireau vraiment bête qui aime se promener dans la campagne, et c’est pour cela que nous l’apprécions.

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2.PASCAL BRUTAL

Car Pascal est tout simplement notre idéal de virilité à tous.

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3.LES VIEUX FOURNEAUX

Je pourrais vous parler des vieux fourneaux pendant des heures tellement c’est ma BD TOP FAVORITE de 2017 (devant le grand méchant renard, c’est vous dire) mais je ne veux pas vous spoiler l’histoire. Disons que c’est labellisé « passion vieil anarchiste ».

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4.TULIPE

Si le membre de votre entourage que vous targuettez pour un cadal ne comprend pas l’humour bête, la virilité ou les blagues de gauche, peut-être sera-il plus réceptif à l’univers poétique de Tulipe (Tulipe, c’est l’ours. Crocus, c’est le serpent).

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Capito?!? Sur ce je vous souhaite un joyeux noël au coin du feu et nous nous retrouverons certainement en 2018 avec du BREAKING NEWS (si tout se passe comme prévu, je vais quand même recommencer à travailler hein)

Salut.

Je suis triste car mon année de chômage touche à sa fin (en effet, à partir du 1er octobre, je vais officiellement être obligé de rechercher à nouveau du travail). Et qui dit retour au salariat dit retour de l’ennui abyssal en open space et donc RETOUR DU BLOG. Afin d’anticiper ce retour, donc, j’ai décidé de vous faire un article avec tous les trucs trop bien que j’ai découverts ces derniers temps et dont je vous ai encore jamais parlé:

1.LES MUTINS DE PANGÉE

Je ne sais pas si vous vous souvenez de Noël Godin alias l’entartreur? (perso c’était le héros de mon enfance). Hé bah entre deux attentats pâtissiers contre BHL il a créé les mutins de pangée, qui est une « coopérative audiovisuelle » qui diffuse tout un tas de cools documentaires à bas prix. Vous y trouvez notamment en VOD:

  • la sociale de gilles perret (sur l’histoire de la sécurité sociale en france. ou comment fermer le bec une bonne fois pour toutes à tous ceux qui assimilent le communisme au nazisme et soutiennent que le programme du CNR était le fruit d’un « consensus » entre gauche et droite au sortir de la seconde guerre mondiale. il y a eu consensus mes couilles ouais. la vérité, c’est que ça a été à peu près la seule fois dans l’histoire de france où on a pu mettre en œuvre un programme un minimum révolutionnaire dans ce pays)
  • iranien de mehran tamadon (vous découvrirez peut-être alors, comme moi, que vous vous sentez intellectuellement proches des ayatollahs)
  • la cigale, le corbeau et les poulets de olivier azam (pour choper des idées de communisme rural efficace)
  • ni dieu ni maître: une histoire de l’anarchisme de tancrède ramonet

Et encore plein d’autres trucs.

2.LES COUILLES LUMINEUSES POUR VÉLO

(ne me remerciez pas)

3.JEAN-CLAUDE MICHÉA

Je ne sais pas comment j’ai pu vivre si longtemps sans connaître Jean-Claude Michéa. C’est vraiment incompréhensible, car Jean-Claude et moi sommes en osmose sur ABSOLUMENT TOUT. Bon alors en gros pour vous résumer les thèses de Jean-Claude:

  • il n’y a pas d’un côté un « bon » libéralisme et de l’autre un néo-libéralisme horrible. Il n’y a qu’un seul libéralisme, qui produit partout les mêmes effets.
  • par conséquent, si on se dit anti-libéral, il faut être cohérent avec soi-même et être à la fois anti-libéral en économie ET sur les sujets de société. or ce principe est trop souvent oublié à gauche (coucou les groupes facebook « insoumis libertins »)
  • le libéralisme est en train de gagner et risque de détruire l’humanité (humanité au sens littéral, c’est à dire « ce qui fait de nous des humains »). le seul moyen de s’y opposer, c’est de calquer nos actions sur le « common sense » que décrit si bien orwell. common sense qu’on trouve encore dans les milieux populaires (moralité: rentrez-vous bien dans le crâne que si vous n’aimez ni le foot ni l’ambiance PMU vous n’arriverez jamais à faire la révolution)

Plus sérieusement, je bois ce qu’écris Jean-Claude comme du petit lait. Récemment par exemple j’ai terminé « l’empire du moindre mal » et j’ai surligné toutes les pages tellement c’était trop bien. Un exemple parmi tant d’autres, sur l’éducation:

« Si l’éducation a un sens, c’est précisément d’offrir à l’enfant les moyens de dépasser cet égocentrisme initial et d’acquérir progressivement ce sens des autres qui représente, à la fois, le signe et la condition de toute autonomie véritable (ou, ce qui revient au même, de toute maturité psychologique). C’est alors seulement qu’un être humain devient capable de tenir sa place dans l’ordre humain, autrement dit d’entrer à son tour dans les chaînes socialisantes du don et de la réciprocité. Si donc, pour une raison ou une autre, la défaillance des fonctions « paternelles » ou « maternelles » n’a pas permis à ce travail d’autonomisation de s’accomplir efficacement (avec tous les renoncements nécessaires qu’il implique par définition), le sujet se retrouvera inexorablement rivé, sous réserve de rencontres émancipatrices ultérieures, à son désir initial de toute-puissance et, par conséquent, privé de son pouvoir de « grandir ». Il demeurera ainsi une monade égoïste, incapable de donner, de recevoir et de rendre, autrement que de façon purement formelle (c’est-à-dire sur le mode des simples « convenances » indispensables à toute comédie sociale, et dont l’acquisition ne requiert qu’un dressage, non une éducation au sens strict). Sous ce rapport, les différentes pathologies de l’ego – qu’il s’agisse de la volonté de pouvoir manifestée en tant que telle, ou ses multiples formes dérivées, comme, par exemple, le besoin pathétique de devenir « riche » ou « célèbre » – doivent apparaître pour ce qu’elles sont: l’effet d’une dépendance non résolue à des histoires d’enfance, dépendance qui conduit invariablement un sujet à envisager sa propre vie comme l’occasion d’une revanche personnelle à prendre (manière de voir mutilante, puisqu’elle transforme automatiquement cette vie en « carrière », pathologiquement structurée par le désir de parvenir, ou tout simplement par la nécessité de vivre perpétuellement en représentation). L’expérience confirme toujours, en effet, que ceux qui ont consacré leur « vie » à grimper les différents échelons d’une hiérarchie (quelle qu’elle soit) n’ont jamais, selon la belle formule de Georges Elgoay, que « ramper verticalement ». D’un point de vue anarchiste, les classes dominantes sont d’abord à plaindre ».