Salut les poux lumineux,

Les vacances de Noël sont finies et nous rentrons dans le mois le plus déprimant de l’année, à savoir le mois de Janvier. Pour vous remonter le moral, je vous ai concocté une liste de livres à lire de derrière les fagots (je sais que c’est vos articles pref sur ce blog). Garanti 100 % top chouchou (sauf le dernier pour lequel j’ai de petites réticences mais je vous expliquerai pourquoi).

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« Je déambulais dans les rues désertes, je montais puis descendais des escaliers. J’ai alors croisé une vieille qui promenait un chien minuscule. Ce petit chien portait un manteau molletonné, mais il tremblait de froid. Il tremblait encore plus fort quand il s’est accroupi pour faire ses besoins. Je me suis arrêté pour l’observer. Pendant que la petite merde sortait, tout le petit corps frémissait, comme parcouru par un courant électrique. Quand la petite merde est finalement sortie, le tremblement s’est apaisé et le chien s’est mis à gratter le sol avec ses petites pattes. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Cette petite merde, me suis-je dit, a suffi à faire trembler ce chien. La vieille m’a lancé un regard sévère, probablement parce qu’elle m’avait entendu rire. Je me suis senti mal à l’aise, mais c’était vraiment comique. J’ai pensé alors à ce qui arriverait au chien le jour où la petite merde ne sortirait plus. Je l’ai imaginé dans une petite chaise roulante. Puis je me suis dit que je devrais quand même contrôler ma consommation d’alcool et laisser les bourbons tranquilles pour quelque temps. »

J’avais acheté ce bouquin sur un coup de tête car je partais en vacances au bord du lac de Côme (comme George Clooney) et que j’aime bien faire mon touriste bobo, à savoir, lire des bouquins en rapport avec l’endroit où je voyage.

Et alors, je vous le dis tout net, ce livre est fantastique. Je pense qu’il se classe sans problème dans le top 10 de l’année (merci de ne pas faire remarquer que l’année vient de commencer). Le narrateur, c’est l’auteur lui-même, Srdjan Valjarević. Alors que son pays natal (la Serbie) est enlisé en pleine guerre des Balkans, il obtient plus ou moins sur un malentendu une bourse de la part de la fondation Rockefeller pour résider pendant un mois dans une villa d’intellectuels au bord du lac de Côme et y écrire un bouquin. A l’intérieur de la villa, l’ambiance est exactement comme on pourrait se l’imaginer : il y a de bons vins, de la nourriture délicieuse, les draps sont moelleux ET les autres résidents sont insupportables (dans le genre « nous sommes l’élite de l’élite de l’élite, prout et clarinette »). Srdjan Valjarević décide alors de faire ce que nous aurions tous fait à sa place, à savoir, ne rien glander et profiter de la vie. Bon alors il a pas non plus rien glandé parce qu’au final il a écrit ce bouquin. Mais ça sonne plus comme une provocation qu’autre chose (et c’est ça qui est rigolo). Le livre est divisé en 30 chapitres : à chaque fois Srdjan y décrit sa journée, et à chaque fois il se passe à peu près la même chose :

  • il fait des grasses mat
  • il s’habille de manière moche, avec un pull en laine vert troué par les mites
  • il va marcher dans les collines qui surplombent le lac et observe les oiseaux, les couleurs, la lumière
  • il grogne contre les autres pensionnaires, qui sont vieux, riches et pénibles et tente par tous les moyens de fuir les obligations sociales
  • il se bourre la gueule
  • il essaye de pincer les fesses d’Alda, la serveuse du bar local

(toute ressemblance avec un certain renard au chômage est bien sûr totalement fortuite)

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« Je proposai d’acheter cent places pour un des concerts symphoniques de Rochester. Nous choisirions un concert de musique particulièrement douce. Trois heures avant le concert, aux cent Noirs qui auraient les tickets pour s’y rendre, on servirait un dîner : des haricots – rien d’autre – qu’ils auraient à ingurgiter en grandes quantités. Ils se rendraient alors au concert et on devine la suite. Imaginez un peu le tableau quand l’action commencerait. Le concert serait terminé avant même le premier mouvement ! (Il y a du Freud là-dedans, mais après tout!). Analysons cette tactique à la lumière des concepts que nous avons déjà mentionnés. La confusion provoquée sortirait entièrement du cadre de l’expérience de la « bonne «  société qui s’attendait au truc classique : réunions de masse, manifestations de rues, confrontations, marches. Même en imaginant le pire, ils n’auraient jamais pensé qu’on pût s’attaquer à leur joyau culturel, leur fameux orchestre symphonique. Deuxièmement, l’ensemble de l’action ridiculiserait la loi et il n’en existera jamais qui interdise les fonctions naturelles. Ici vous aurez un mélange de bruits, mais aussi d’odeurs, qu’on pourrait appeler des bombes puantes naturelles. Les bombes puantes habituelles sont illégales et peuvent faire arrêter immédiatement leur utilisateur, mais rien ici ne permettrait à la police ou aux huissiers ou à quiconque de réagir. La police se trouverait complètement paralysée. Les gens se mettraient à raconter l’histoire du concert et tous ceux qui l’apprendraient éclateraient de rire. Cet incident ferait apparaître l’orchestre symphonique sous un jour ridicule. Les pouvoirs publics n’auraient aucun recours pour réagir devant cette situation ou empêcher qu’une attaque de ce genre ne se reproduise. Que pourraient-ils faire ? Exiger que les gens ne mangent pas de haricots avant d’aller au concert ? Ordonner aux gens de se retenir pendant toute la durée du concert, même si c’est urgent ? Faire une déclaration publique aux termes de laquelle les concerts ne peuvent pas être interrompus par des dégagements d’odeurs corporelles ? Une déclaration de cette nature signifierait, à l’avenir, la ruine du festival. Imaginez un peu la tension dans la salle de concert au moment de l’ouverture ! Imaginez le sentiment du chef d’orchestre au moment de lever sa baguette ! Cette opération aurait aussi, à coup sûr, des retombées le matin suivant au petit déjeuner. Les femmes de cadres, à qui le festival apporte l’une de leurs principales fonctions sociales, accrocheraient leurs maris (cadres supérieurs ou jeunes cadres) en leur disant : « John, nous n’allons tout de même pas laisser ces gens-là ruiner notre festival. Je ne sais pas ce qu’ils veulent, mais quoi que ce puisse être, il faut absolument faire quelque chose pour empêcher qu’un tel scandale ne se reproduise. »

Pendant les vacances de Noël j’ai lu le journal Fakir pour la première fois de ma vie et c’était vachement bien. Pour les gens de droite du groupe qui ont encore rien suivi parce qu’ils étaient trop occupés à attendre la prochaine vente privée sur internet, Fakir c’est le canard fondé à Amiens par François Ruffin, le mec qui a fait le film « merci patron » (qui a ensuite été plus ou moins à l’origine de nuit debout). J’aime bien ce que fait Fakir parce qu’ils poursuivent deux objectifs :

  • sortir les gens de l’indifférence
  • montrer qu’il est possible d’agir localement (on a pas besoin d’avoir toute la France derrière soi pour faire changer les choses à son échelle)

Ce livre, « l’art de la guérilla sociale », tombait donc à pic. Assez court (140 pages), il se propose de vulgariser les thèses de Saul Alinsky, qui était un militant américain des années soixante, et qui a gagné plein de combats locaux à son époque en utilisant je cite « le rire comme arme, la ruse à la place de la force et le pragmatisme roublard ». Et franchement c’est hyper bien. Pour tout ceux qui comme moi sont un peu rétifs au militantisme « traditionnel » à base de saucisses grillées dans la rues et slogans de la CGT hurlés au microphone, ce livre vous ouvrira plein de perspectives nouvelles. Le parfait petit manuel pour faire chier, en somme (et 100 % garanti histoires de prout).

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(PS : pour ceux qui cherchent une idée de cadeau de naissance qui déchire sa race, Fakir propose un abonnement à vie pour la somme de 180 euros) (franchement si c’est le prix à payer pour être moins con, bah c’est pas si cher que ça)

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Pour rentrer en France pour les vacances de Noël, mon avion a eu la masse de retard et je me suis retrouvé à court de livres. L’inquiétude était palpable (on sait tous qu’un renard qui s’ennuie est un renard pénible), mais heureusement je suis miraculeusement tombé, au point presse du coin, sur ce bouquin de Mike Horn et c’était SUPAIR (j’ai aussi acheté « le liseur du 06h27 » et ce livre était une grosse daube. Je vous en parle même pas tellement c’était neuneu).

J’adore les histoires d’aventure. Sûrement parce que je suis l’animal le plus trouillard de la terre et que ma passion, dans la vie, c’est de vivre tout un tas de dangers par procuration, enroulé dans ma couette au coin du feu. Dans ce livre, Mike Horn fait chier sa femelle et tout son entourage décide de partir faire le tour du monde à pied, en vélo et en bateau, en s’imposant de rester dans une bande de quarante kilomètres autour de l’équateur. Je vous mets une carte pour que vous voyiez mieux à quoi ressemble son itinéraire :

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Bon alors c’est pas de la grande littérature, mais ça se lit vite et bien et en bonus vous emmagasinerez tout un tas de « survival tips » hyper utiles si tout à coup la civilisation s’effondrait.

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Je vous le dis tout net : j’avais de grands espoirs pour ce livre. Déjà à cause du titre : on aurait dit qu’il était fait pour moi. Ensuite à cause du pitch : un homme, déjà au chômage, se fait expulser de son appartement et décide de vivre dans sa voiture. Volontairement désœuvré, il arpente les rues de Paris à la recherche de signes d’une révolution à venir – signes qui vont se manifester sous la forme de tags bizarres sur les murs. Sur le papier tout y est : la critique du travail salarié, l’émergence d’un mouvement révolutionnaire type nuit debout qui inclurait les plus pauvres et pas seulement les gros bobos, etc. Sauf que passé les premiers chapitres, enthousiasmants, ça part en couille. Pour vous le dire simplement : je me suis mis à ne rien comprendre de ce qui écrivait l’auteur. Alors soit c’est vraiment de la poésie et je suis trop con pour saisir, soit à un moment Yannick Haenel s’est relâché le coussinet et a arrêté de tenir les fils de son intrigue (on ne sait pas). Par exemple si quelqu’un a une explication au sujet du passage suivant, qu’il n’hésite pas à se manifester dans les commentaires : « Privé de destin, le monde ne vaut pas mieux qu’une algue ou un tesson. C’est pourquoi la moindre occasion de déranger son ordre est si bouleversante: ceux qui se faufilent entre la fuite et le refuge ont deviné que la présence n’est qu’un exil, que rien d’autre n’existe que cet exil où les animaux, en effet, nous précèdent.« 

« Pour tous ceux d’entre nous qui fréquentent les réseaux assidûment, reconnaissons que nous avons tous déjà trollé. Nous avons répondu par la vindicte à des discours pourtant modérés, nous avons appelé à l’insurrection sur des sujets nécessitant surtout de la mesure et de la diplomatie, nous avons usé de mauvaise foi manifeste, nous avons exprimé des opinions partisanes dans des espaces où nous savions qu’elles ne seraient pas les bienvenues, qu’elles provoqueraient gêne ou embarras, nous avons moqué, raillé. Et nous y avons pris du plaisir. Celui d’un soulagement parfaitement inessentiel mais libérateur et le plus souvent jubilatoire »

-Veni Vidi Trolli: en défense du trolling, rue89

2016 touche bientôt à sa fin. Le monde est toujours aussi pourri et les gens sont toujours aussi cons. L’existence vous déprime et vous ne savez pas quelles résolutions prendre pour 2017 ? J’ai la solution : pourquoi ne pas adhérer à l’association nationale des trolls velus ?

En tant que troll en formation (ce blog existe deux ans et demi, champagne !) j’ai réuni pour vous une série de tips qui vous aideront je l’espère à faire chier le monde efficacement – et qui sait, peut-être qu’un jour les trolls seront au pouvoir (on a hâte).

1.MENTIR SUR SON CV

Faites pas genre « oulala non le mensonge c’est mal très peu pour moi ». Tout le monde ment sur son CV. Par ailleurs, je sais pas si vous avez fait une recherche d’emploi lors de ces derniers mois, mais c’est quand même du gros foutage de gueule. Genre pour le moindre boulot à la con les mecs te demandent un master + au moins trois ans d’expérience + un QI de génie des mathématiques (alors qu’en vrai, tout le monde sait qu’un enfant de CM2 serait capable d’accomplir les taches intellectuellement peu stimulantes qui s’offriront à vous si par hasard vous décrochez le gros lot à l’entretien).

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Mon conseil : faites comme Trump. Mentez éhontément. Inventez-vous des expériences à l’étranger ou dans des start-ups dynamiques (si le mec des ressources humaines se montre soupçonneux et vous demande de fournir un numéro de téléphone pour contacter votre ancien patron, donnez celui de votre mère ! Qui serait mieux placé que votre génitrice pour faire l’inventaire de vos talents ?).

Après, si la recherche d’emploi, c’est pas votre truc (car vous êtes riche et oisif), mais que vous voulez quand même faire chier le monde, vous pouvez toujours vous créer un faux profil linkedin. Ça sert à rien (à part à emmerder les community managers) mais c’est rigolo. Dans la case « compétences clés » vous pourrez ainsi mettre : fruit picking, amazing cocktail engineering, depressing alone at home, secretaring, fishing on earthworm (et attendre de voir si quelqu’un finit par se montrer intéressé par vos talents) (parole de renard, catégorie « expérience vécue dans la vraie vie » : sur un malentendu ça peut marcher).

2.TROLLER LES SONDAGES DU FIGARO AU PETIT-DÉJEUNER

Acte de rébellion facile, pouvant s’effectuer en pyjama, qui consiste à voter à l’inverse de la masse des lecteurs du Figaro lors du sondage du jour. Fonctionne également avec la page sondages du site internet de Valeurs Actuelles.

3.ADHÉRER A LA BRIGADE ANTI-PUB

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4.PASSER SOUS LINUX

On nous ment : NON, utiliser Linux n’est pas compliqué !!!! (la preuve, c’est que même moi, le renard aux talents informatiques les plus faibles de la planète, je m’en sors très bien). La plupart des gens ne se servent de leur ordinateur que pour envoyer des mails, regarder des séries en streaming, zoner sur les réseaux sociaux et éventuellement utiliser le traitement de texte. D’où vous avez besoin d’un ordinateur microsoft ultra performant ? Il existe tout en tas de revendeurs, partout en France, qui offrent du matériel informatique d’occasion en très bon état de marche avec Linux installé dessus. Vous pouvez pas voter front de gauche et continuer à engraisser Bill Gates. Un peu de cohérence, merde.

5.S’ADONNER A LA FATALE FLATTERIE SUR LES BLOGS DE MODE

Vous en avez pas marre parfois de lire des conneries sur les blogs de mode ET dans les commentaires ? J’ai la solution : devenir un fatal flatteur. Historiquement le mouvement des fatals flatteurs est né en 2008 (un groupe de trolls s’était mis en tête de laisser des commentaires excessivement laudatifs sous les articles de gros melons médiatiques tels que BHL ou Alain Minc. Les cibles, persuadées de la profondeur de leurs analyses, ne s’étaient pas rendues compte tout de suite qu’on leur brossait le poil avec une pommade un peu trop visqueuse). Plus d’infos ici.

Après 2008, plus rien. Le mouvement des fatals flatteurs est retombé dans l’anonymat et je trouve ça bien dommage, parce que c’est super efficace. Pour avoir testé le truc sur les blogs de mode, un commentaire volontairement agressif et rentre-dedans a environ 99 % de chances de se faire censurer. Un commentaire bête et mielleux a environ 60 % de chances de passer. Comme on le voit, le jeu en vaut donc la chandelle (je vous conseille d’aller vous faire les dents ici, ici et ici. Cibles 100 % narcissiques et faciles).

6.CRÉER UNE ICE (INITIATIVE CITOYENNE EUROPÉENNE)

Ça c’est pour les révoltés du slip qui trouvent que l’union européenne nous emboucane et ne vote jamais sur les sujets qui nous, nous intéressent (et quand elle le fait, c’est pour légaliser les pesticides. Merci bien). Donc bon, vous pouvez voter pour les verts aux élections européennes. Ou alors vous pouvez participer à une ICE. Une ICE c’est quoi ? C’est un dispositif qui permet aux citoyens européens, pour peu qu’ils réunissent en un an 1 million de signatures dans au moins sept pays de l’union, de forcer la Commission à débattre et prendre des mesures en faveur d’un sujet donné. Par exemple il y a de ça quelques années on a un peu parlé le l’ICE pour le revenu de base inconditionnel (indice : ça a pas marché, ça a seulement récolté 300 000 signatures. Car les gens comme VOUS ne se sont pas bougés les fesses).

7.VOTER POUR PHILIPPE POUTOU AUX PROCHAINES ÉLECTIONS

Car Philippe est doux, Philippe est frais, Philippe est top chouchou.

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Salut les croustillants,

Je sais pas vous mais chez moi & comme tous les ans, le mois de décembre est placé sous le signe du drama des cadeaux de noël.

13-compress« Mais j’aime pas Noël !! ça me gonfle ! groaaaarrr »

Et j’avoue que cette année je suis particulièrement excité du bulbe parce que je trouve le principe du cadal de noël encore plus absurde et grotesque que d’habitude. Je vais pas vous faire le laïus écolo, tout le monde le connaît (si, avec le degré d’information auquel vous avez accès, vous préférez continuer à surconsommer, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Faudra pas venir pleurer le jour où l’espèce humaine s’éteindra par votre FAUTE). Il y a le coup de la Syrie aussi. Alors je veux pas me faire accuser d’être un sale bobo gauchiste bien-pensant hein : je sais que des drames affreux, il y en a tous les jours dans le monde, mais sérieusement, ce qui se passe à Alep en ce moment ne vous empêche pas de dormir ? Vous allez sérieusement ouvrir vos cadeaux de merde avec joie en oubliant ce que notre pays a contribué à faire là-bas ? C’est un putain de scandale, qui va nous revenir à la figure un de ces quatres vous verrez, et faudra pas venir se plaindre que « oh bah qu’est-ce qui se passe que de violence gratuite je comprends pas, vraiment ».

BREF, si comme moi Noël vous donne des crises de sébum pires que celles de Manuel Valls, j’ai trouvé la solution pour vous : le trolling littéraire. Alors ok, un livre c’est fait avec du papier et quelque part c’est mal (rapport à la déforestation etc). Mais l’avantage d’un bouquin, c’est qu’il peut radicaliser votre entourage pour pas cher et pratiquement sans danger (la NSA ne viendra pas vous espionner pendant que vous tournerez les pages) (bonus : vous pourrez même inciter l’heureux destinataire à offrir le livre à quelqu’un d’autre après lecture afin de poursuivre la radicalisation à L’INFINI).

Du coup je vous ai préparé une petite liste de bouquins dont on a jamais parlé ici mais qui peut-être feront chier votre entourage (et tout le monde sait que l’exaspération est le début du changement).

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« Après avoir survécu aux secousses de l’enfance, après avoir acquis l’habitude de la réflexion, il m’arrivait de méditer sur l’étrange absence de bonté véritable chez les Nègres, de réaliser combien notre tendresse était inconstante, combien nous manquions de passion vraie, combien nous étions vides d’espoirs exaltants, combien notre joie était timide, nos traditions pauvres, notre mémoire creuse, combien nous manquions de ces sentiments intangibles qui lient l’homme à l’homme et combien notre désespoir même était superficiel. Après avoir connu d’autres modes d’existence, je réfléchissais à l’ironie inconsciente de ceux qui trouvaient que les Nègres avaient une vie si passionnelle ! Je découvrais que ce qu’on avait pris pour notre force émotive était fait de notre désarroi négatif, de nos dérobades, de nos angoisses, de notre colère refoulée. Chaque fois que je pensais à l’aspect essentiellement morne de la vie noire en Amérique, je me rendais compte qu’il n’avait jamais été donné aux Nègres de saisir pleinement l’esprit de la civilisation occidentale ; ils y vivaient tant bien que mal, mais n’en vivaient pas. Et quand je songeais à la stérilité culturelle de la vie noire, je me demandais si la tendresse pure, réelle, si l’amour, l’honneur, la loyauté et l’aptitude à se souvenir étaient innés chez l’homme. Je me demandais s’il ne fallait pas nourrir ces qualités humaines, les gagner, lutter et souffrir pour elles, les conserver grâce à un rituel qui se transmettait de génération en génération ».

Le livre idéal à offrir à son petit cousin à la place du traditionnel Tom Sawyer. Pas de panique : on reste dans le même genre de littérature jeunesse car Richard Wright y raconte son enfance dans le Sud des Etats-Unis au siècle dernier – on y parle donc des eaux jaunes et endormies du Mississipi, de l’odeur de la poussière d’argile battue par la pluie fraîche, des jeux auxquels il s’adonnait avec les autres enfants, de la vie du quartier, de ses bêtises sévèrement punies par sa mère, sa tante et sa grand-mère… Sauf que ça ne se passe pas chez les Blancs mais chez les Noirs. Du coup l’impression qu’on tire du bouquin est très différente de la lecture des aventures d’Huckleberry Finn. Ici, les conséquences de la ségrégation ont un impact direct sur le développement de Richard : pauvreté, faim, absence d’affection, manque d’éducation, la violence. Bref j’en dis pas plus mais lisez et faites lire ce livre et ensuite vous y repenserez à deux fois quand vous nous sortirez le laïus du mérite et de la valeur travail.

Ce qui me fait penser que si vous n’êtes pas branché « achat de livres » (mais qui ne l’est pas?), offrir un abonnement à hors-série c’est cool aussi. Pour 30 euros par an vous avez accès à tout un tas d’émissions trop bien. Par exemple « l’Amérique blanche » avec Sylvie Laurent, enregistrée après l’élection de Trump et qui fait un bel écho aux thèmes abordés dans « black boy ».

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« Ses vues se limitaient à l’horizon qu’elle connaissait – et les esprits limités n’aperçoivent que les limites des autres. Elle confondait les bornes de son propre champ de vision, qu’elle croyait très vaste, avec les frontières de l’esprit de Martin et elle rêvait de les aplanir pour l’amener à voir comme elle, s’imaginant élargir son horizon en l’identifiant au sien ».

Jack London, c’est vraiment facile de le glisser parmi les cadeaux de Noël parce que plus personne ne se méfie de lui depuis que Croc-Blanc est devenu le livre de chevet de toute une génération de jeunes mâles attirés par la nature virile et l’aventure (n’hésitez pas à vous manifester dans les commentaires si vous vous sentez visé).

De quoi parle Martin Eden ? De classes sociales. Ou plutôt du syndrome du transclasse : Martin, ancien marin fauché, tombe amoureux d’une jeune bourgeoise et, pour gagner son affection, s’emploie à devenir écrivain. Or c’est seulement une fois arrivé au terme de son élévation sociale qu’il se rend compte que la belle, et toute sa famille, sont décevants et médiocres… Il constate alors avec effarement qu’il n’est plus chez lui nulle part : il ne sera jamais un riche car il est né pauvre, et le chemin intellectuel qu’il a dû accomplir pour s’extraire de son ancien milieu social l’empêche de faire tout retour en arrière. Ça c’est pour le pitch, somme toute assez classique mais diablement efficace. A coté de ça le livre est truffé de tout un tas de phrases méchantes que vous pourrez balancer avec décontraction aux gens qui vous énervent entre le foie gras et la dinde. Comme : « la vulgarité – une vulgarité chic, je l’admets – est le fondement du raffinement et de la culture bourgeoise ». Ou : « les chiens de garde du succès littéraire sont les ratés de la littérature : ce ne sont que des tubes digestifs, qui n’ont pas plus de sens artistique que des mollusques ».

Mais moi ce qui m’a le plus plu, c’est la critique du travail que fait le livre en sourdine. Le travail au sens travail laborieux, travail de pauvre, qui te prend tout ton temps et te laisse les membres et la tête tellement épuisés que la seule issue possible est d’aller au bar le soir et de se torcher la gueule. Il y a un passage très fort, vers le milieu du livre, dans lequel Martin choisit de démissionner de son emploi dans une blanchisserie car il réalise qu’il est abruti, empêché de penser, de vivre, d’être un être humain à part entière. Le livre montre aussi que le socialisme et la solidarité de classe (entre pauvres) est une des seules manières de mener correctement son existence (avis aux amateurs).

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Apprentis écrivains, LoveStar est un miracle : c’est la preuve qu’on peut réussir à se faire publier sans avoir pondu aucune intrigue sérieuse. Parce que je vais pas vous mentir : Andri Snaer Magnason, l’auteur, a l’air d’être un gros zinzin. On a l’impression que l’histoire qu’il a écrite est juste un machin accessoire, un truc décousu dont il essaye de ramener les coutures ensemble pour les faire tenir avec du gros scotch, mais qui lui sert surtout de prétexte pour délirer sur tout un tas de sujets accessoires. Donc si vous êtes anal de l’humour absurde, il est possible que ce livre vous énerve. Moi en tout cas, il m’a énervé.

MAIS malgré ce défaut de taille (qui n’en sera pas un pour tout le monde), ce livre a le mérite de vous faire sentir à quoi pourrait ressembler le quotidien si personne ne mettait de frein au développement d’internet, des réseaux sociaux et des objets technologiques en général. Et je dois avouer que malgré le caractère totalement futuriste de l’univers dans lequel évoluent les personnages, on se dit souvent que ça ne serait pas étonnant si on finissait par en arriver là :

« Indridi Haraldsson appartenait à cette catégorie des hommes modernes et sans fil. Rien d’anormal donc, à ce qu’il éructe subitement aux oreilles de quelqu’un « BOISSON AU MALT BIEN FRAPPÉE ! BOISSON AU MALT BIEN FRAPPÉE ! » pendant dix longues secondes sans que ses yeux ou son corps en semblent affectés. La raison de son comportement était toute simple : les annonces publicitaires qu’on lui envoyait arrivaient directement dans les aires langagières de son cerveau. Cela impliquait qu’il était aboyeur de publicités ou tout simplement aboyeur, comme on les appelait le plus souvent. Dans ce cas, sans doute était-il assez fauché pour se trouvé exclu de la plupart des groupes cibles, il était alors vain de lui envoyer des publicités. En revanche, on pouvait se servir de lui pour les transmettre à d’autres personnes : il suffisait de connecter directement les aires langagières de son cerveau aux annonces en utilisant sa bouche comme mégaphone. C’était là une méthode plus percutante que les traditionnelles exhortations diffusées à la radio ou par le biais de panneaux publicitaires. Voilà pourquoi, en croisant un homme qui sortait d’un parking, Indridi s’était écrié : « ATTACHEZ VOTRE CEINTURE ET NE ROULEZ PAS TROP VITE! ». Récemment arrêté pour excès de vitesse et défaut du port de ceinture, l’homme avait été condamné à écouter, par aboyeurs interposés, deux mille annonces de rééducation dont il payait les frais. Là résidait peut-être l’avantage majeur des technologies nouvelles : elles amélioraient la société ».

Le livre idéal pour se décider enfin à se désinscrire de Facebook et Twitter donc, remplacer son smartphone par un bon vieux téléphone fixe des familles et GROGNER contre le marketing web.

Bon allez sur ce il est l’heure pour moi de me rendre à la poissonnerie car en tant que femme au foyer les menus de la semaine indiquent mercredi = maquereau (bisou les végétariens).

1. »KARIM BENZEMA, PATRIOTE FISCAL« 

Spéciale dédicace à tous ceux qui ont pourri Karim-chou au fil des ans (oui j’apprécie Karim Benzema okay? que JUSTICE soit enfin faite)

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Puisqu’on parle de foot, l’autre jour dans so foot il y avait un article sur les gardiens de but chinois qui m’a beaucoup fait ricaner donc je me permets de vous en recopier un passage (en espérant que ça vous donne envie de vous abonner à ce génial magazine). Pour resituer le contexte: en 2000, la Fédération de Chine de football a interdit aux clubs professionnels de faire jouer des gardiens étrangers. L’idée sous-jacente étant que si le niveau des gardiens locaux s’améliorait, mécaniquement celui des défenseurs et des attaquants suivrait et la Chine pourrait se constituer une vraie belle équipe de foot nationale comme le Japon. Sauf que:

« Si la mesure a bien bouté hors de Chine ces étrangers qui faisaient de l’ombre aux Chinois, quinze ans après son adoption, qu’en est-il? Le niveau de jeu des portiers locaux s’est-il amélioré? « ils sont toujours assez mauvais. Dans l’ensemble, ils ont de grosses lacunes », démolit Benjamin Gavanon, ancien jour du Shenzhen Ruby. « J’ai vu des goals de 1,90 m se faire lober sur des corners rentrants… Quand je voyais les bourdes que pouvait faire notre gardien, je n’étais jamais serein. J’ai vu des buts casquette comme jamais je n’ai vu ailleurs ». Preuves comiques de la médiocrité ambiante, les bourdes des portiers chinois, au premier rangs desquelles figure l’œuvre de Sui Weije. La saison dernière, le portier du Chongqing Lifan s’est pris un but alors qu’il buvait tranquillement à sa gourde, dos au terrain, sans se soucier de l’action en cours. Pourquoi les gardiens chinois sont-ils aussi mauvais? Pour Benjamin Gavanon, il y a une part de mystère: « Ils ne font pas les bons choix, je sais pas pourquoi. Je ne pourrais pas l’expliquer, selon moi, ils ont un problème d’espace-temps. Ils sentent pas les trajectoires ». Philippe Troussier, de son côté, préfère mettre en avant les caractéristiques de l’homme asiatique. « Quand on est gardien, il faut gueuler, se mettre en avant. Ce n’est pas le point fort des chinois », professe ce technicien, aujourd’hui sans club. « Dans la culture asiatique, il y a une retenue sociale, chacun doit rester à sa place ». Le manque de professionnalisme et le laisser-aller des portiers chinois seraient une troisième explication. « Ils sont feignants. Ils refusent de s’entraîner le matin parce qu’ils ont la flemme de se lever, et dès qu’il pleut, ils veulent que l’entraînement se fasse en salle. De vraies chochottes! » sulfate l’entraîneur adjoint d’un grand club, qui préfère rester anonyme de peur de perdre son poste ».

2. »CES BOULOTS QUI NE NOUS RENDENT PAS TOUJOURS HEUREUX« 

Bon alors ce podcast de « grand bien vous fasse » sonnera peut-être peu téméraire aux oreilles des plus radicaux d’entre nous. Mais il a le mérite de rétablir certaines vérités constamment malmenées à notre curieuse époque au sujet du travail. L’émission s’appuie sur une étude de la NEF qui analyse le « coût social réel » de différents métiers (étude que je vous invite à aller lire dans le texte, vous verrez c’est über cool pour pouvoir couper le caquet à votre oncle de droite tendance Fillon au prochain dîner dominical). Exemple: les banquiers de la city touchent des salaires faramineux car soit-disant ils « créent de la richesse ». Mais en vrai, pour chaque euro que leur boulot de merde finit par produire, ils en détruisent mécaniquement 7 pour le reste de la société. Plus rigolo encore, spécial dédicace à tous ceux qui travaillent dans le marketing: eux, pour chaque euro créé, ils en détruisent 11 (quand je vous disais que les blogs de mode, c’est le mal). Le pire du top boulot nuisible étant atteint par le conseil fiscal, qui lui, champagne, détruit 47 fois plus que ce qu’il crée.

A l’inverse. Le mec qui fait le ménage à l’hôpital (qui lui, rappelons-le, est payé une misère): pour chaque euro qu’il reçoit en salaire, il en crée 10 de plus en « valeur sociale ». Les éboueurs, eux, produisent 12 euros de valeur sociale pour chaque euros gagné.

On voit donc que les banquiers devraient devenir éboueurs plus vite que ça le salaire n’a aucune rapport avec le mérite, ou avec la richesse effectivement créée. Ce qui nous amène à la conclusion logique, qui implique qu’il faut dissocier le lien entre travail et salaire, et militer pour le salaire à vie (je vous renvoie à l’excellente émission de hors-série pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle).

3.LA PAGE FACEBOOK « COMPLOTS FACILES POUR BRILLER EN SOCIÉTÉ« 

C’est souvent con, mais parfois drôle:

 screenshot-from-2016-12-07-15-26-23Coïncidence???

4.AMIS YOGIS, PRUDENCE

Je me suis fait une tendinite au poignet en faisant du yoga (ne me jugez pas). D’abord je me suis senti con de m’être blessé d’une manière aussi grotesque, ensuite je me suis senti reconnaissant de ce petit avertissement que la vie m’envoyait – car le yoga, ça peut être dangereux, okay? Et pas seulement pour les poignets, aussi pour le cou (amis hypocondriaques, cette lecture vous plongera certainement dans des abîmes d’angoisse. mais si ça peut vous faire réfléchir deux minutes avant de vous lancer tête baissée dans diverses postures hardcores telles que le poirier sans les mains, mon objectif aura été atteint).

Plus généralement, je voulais un peu grogner contre la vague de yoga qui envahit internet ces derniers temps (et à laquelle, à mon corps défendant, j’ai parfois un peu participé). Sans vouloir faire mon vieux réac (oui bon ok j’avoue. je suis un vieux réac), je trouve qu’il y a une contradiction totale entre la philosophie du yoga et les photos instagram par exemple. Chacun doit avancer à son rythme, en écoutant son propre corps, le but étant non pas l’objectif à atteindre – pouvoir effectuer telle ou telle posture acrobatique et impressionner tout le monde en se mettant les orteils dans le nez – mais le cheminement qui y mène, avec, un ligne de mire, la volonté de parvenir à un état d’esprit méditatif. Le yoga est avant tout une philosophie de vie (je dirais bien « une religion » mais j’ai peur de passer pour un mystique), pas un sport destiné à avoir le plus beau cul du quartier. Et aussi, à force de voir des gens très souples se tortiller dans des postures improbables, on finit par croire que c’est normal. Ce qui fait que a) les gens qui auraient le plus besoin de faire du yoga (les non souples / non sportifs) se disent d’avance que tout ça n’est pas fait pour eux b) ça devient la course à l’échalote, que ça soit dans les cours collectifs ou sur internet, à celle qui sera la plus grande master yogi – avec risque de blessure à la clef.

Donc, je peux pas trop faire de doigt d’honneur car remember, j’ai une tendinite, mais fuck la société quoi.

allez bye

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« Il n’y a pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir »

– Albert Camus

Salut les exploités,

Ça fait un mois que je suis au chômage ! Et qui dit date anniversaire dit bilan. Voici donc les premières observations que je peux vous ramener du Front de Libération du Travail Salarié.

10-2nan je déconne

Déjà je voulais vous dire : être une blogueuse mode au chômage, c’est pas si facile. Depuis que je suis au chômage, je pense que j’ai perdu environ 100 points de sexy. Bon de base, je partais déjà pas d’un top niveau donc l’adaptation à ma nouvelle vie (la vie de moche) n’a pas été trop difficile. Mais quand même, certains jours je me dis qu’on a atteint un nouveau pallier. Déjà à cause de la coiffure. Alors je sais que c’est à la mode en ce moment de se faire un chignon dégueu quand on a le poil gras et qu’on sait pas comment se coiffer le matin. Mais arrêtons de nous mentir : le bun décoiffé ou la chignasse, ça ne ressemble jamais à ça ou à ça, mais à ça :

tumblr_msvswip4lq1sgh5zho1_400ambiance zézette épouse x

Après au niveau de ma garde-robe, j’ai adopté de manière instinctive pour un uniforme minimaliste de chômeur. Call me the new garance doré. Limite on devrait me payer pour écrire un bouquin là-dessus, je l’intitulerais « chômage et décroissance, conseils pour retourner ses slips quand ils sont sales ». En bref, ma technique c’est de m’habiller tous les jours pareil. Avant, quand je travaillais, je faisais un petit effort parce que j’avais peur que les gens me considèrent comme un gros cracra si je me ramenais tous les jours avec les mêmes vêtements. Maintenant, je n’ai plus de scrupules. En plus il fait hyper froid. Du coup tous les matins je fais le même choix vestimentaire : un collant troué, des chaussettes par dessus les collants et un gros pull en laine. ATTENTION tout de même à ne pas sortir dans la rue en collant pour aller faire les courses. Être au chômage oui, retourner au look « maternelle 1996 » non.

Au niveau de mon stage de remise à niveau « femme au foyer 2016 », ça se passe moyen. Je pensais que le temps libre qui s’offrait à moi me permettrait enfin d’apprendre à nettoyer les toilettes correctement. Je suis au regret de vous annoncer que c’est un échec (mon foyer est toujours aussi crado qu’avant et renard-mère a hurlé en voyant l’état du frigo, nous menaçant de mourir de botulisme dans les mois qui viennent).

Bon allez j’y retourne, le chômage n’attend pas

xoxo

Salut les dépressifs,

Aujourd’hui et afin de détendre les chakras de chacun, nous allons parler littérature. Tiens d’ailleurs, tip de blogueuse mode: si vous savez pas quoi lire en ce moment et que vous cherchez de l’aventure et de l’exotique, je vous conseille d’aller fouiner sur cette carte interactive. Le principe est simple: vous choisissez un pays ou une région du monde, et on vous propose une liste de bouquins. J’ai lu pas mal de trucs cool récemment grâce à ça, donc je suis content.

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« Je raconte à Lev que, quand j’avais son âge, tout me faisait pleurer: les films, les histoires, et même la vie. Les mendiants dans la rue, les chats écrasés, les pantoufles éculées me faisaient éclater en sanglots. Les gens autour de moi ont trouvé que ça posait un problème et, pour mon anniversaire, ils m’ont offert un livre destiné à apprendre aux enfants une méthode pour ne pas pleurer. Le héros du livre pleurait beaucoup, jusqu’à ce qu’il fasse connaissance d’un ami imaginaire qui lui suggéra, chaque fois qu’il sentirait les larmes gonfler en lui, de s’en servir comme d’une espèce de carburant pour faire autre chose: chanter une chanson, taper dans un ballon, esquisser quelques pas de danse. Ce livre j’ai bien dû le lire cinquante fois et j’ai mis ses conseils en pratique des dizaines et des dizaines de fois jusqu’à devenir si fort pour m’empêcher de pleurer qu’aujourd’hui ça m’est naturel et que ça se fait tout seul. J’y suis tellement habitué à présent que je ne sais pas comment arrêter. « Alors quand tu étais petit, demande Lev, chaque fois que tu avais envie de pleurer, tu chantais à la place? ». A contrecœur, je suis obligé de reconnaître que non. « Je ne sais pas chanter. Alors le plus souvent, quand je sentais les larmes monter, je tapais quelqu’un ». « C’est bizarre, dit Lev, songeur. Moi d’habitude je tape quelqu’un quand je suis content ». Le moment parait bien choisi pour aller jusqu’au frigo prendre des bâtonnets au fromage pour nous deux. On s’assied dans le salon et on se met à grignoter en silence. Père et fils. Deux mecs. Si vous frappiez à la porte et que vous le demandiez gentiment, on vous offrirait un bâtonnet au fromage, mais si vous faisiez quoi que ce soit d’autre, qui nous rende triste ou content, il y aurait de fortes chances pour que vous vous preniez une petite raclée. »

D’habitude je ne lis pas de recueils de nouvelles (car je suis un beauf) mais j’ai fait exception avec Etgar Keret car j’aimais bien l’idée sous-jacente du livre (il a réuni plusieurs textes qu’il a écrit pendant les sept premières années de vie de son fils). Bon alors je vous le dis tout de go: ce bouquin s’inscrit parfois dans la lignée « humour facile » donc si vous voulez des blagues un peu moins france inter et un peu plus second degré, peut être que vous ne serez pas satisfaits. Mais moi je m’en fous, je suis toujours bon public dès qu’il s’agit de tourner en ridicule sa progéniture. De plus le livre contient par endroits des passages assez subtils sur Israël et les juifs (les alertes attentat, le service militaire, la Pologne (dont est originaire la mère de l’auteur), la culpabilité vis-à-vis des arabes). Bref, c’est donc une lecture reposante pour mois de novembre déprimant.

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« Être mort, c’est ce que doit payer chacun pour avoir été, pour s’acquitter du miracle qui préside à chaque naissance »

Livre court (à peine 150 pages) mais tellement COOL. Galsan Tschinag a grandi dans la steppe, en Mongolie, dans une famille de nomades. Ciel Bleu raconte son enfance. Le livre est truffé de survival tips qui feraient frissonner bear grylls de plaisir. On y apprend par exemple que la graisse d’animal sauvage a des vertus cicatrisantes. Que les bouses peuvent servir de combustible pour le feu en hiver. Ou que le genévrier, mélangé à de l’eau tiède, est parfait pour se laver les coussinets après une journée passée à crapahuter dehors (toi aussi n’hésite pas à voter pour que le verbe « crapahuter » soit élu top ringard 2016). A l’époque de Galsan Tschinag, les enfants ne mangeaient pas de bonbons (car cela n’existait pas) mais n’avaient pas l’air de plus mal le vivre que ça (ils n’allaient pas à l’école non plus. peut-être que ça aide à se sentir détendu du slip). Bref, j’ai adoré ce bouquin. En plus il y a aussi de très belles pages sur sa mémé.

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« Lorsqu’elle voyait ainsi le visage de ce garçon, qui appartenait à ses années d’adolescence, s’inscrire sur le décor montagneux de sa vie présente, le familier et l’insolite se brouillaient, se fondaient en une sorte de rêve éveillé. Une vague de sentiments confus la balayait comme la brise caresse un corps en nage: la personne que Howie croyait avoir en face de lui, à laquelle il s’adressait et dont il lui renvoyait l’image, n’avait plus la même identité: ce n’était plus celle qui avait signé ses dessins d’avant, ce n’était plus celle qu’elle-même connaissait. En ce cas, qui était-elle? Elle n’en savait rien. »

Je ne remercierai jamais assez la personne qui m’a conseillé de lire ce bouquin à travers un commentaire laissé sous une précédente liste de livres. Je ne connaissais pas Wallace Steigner et je serais certainement passé à coté sinon. D’autant que le sujet me laissait a priori de marbre: « un vieil historien ronchon, unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s’occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant – ou à celui d’après si l’on veut rester optimiste. C’est ainsi qu’il va tomber sur les lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l’Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari – et dont la vie, passée au milieu de paysages grandioses, ne sera qu’une suite (plutôt mouvementée) de dégringolades et de désillusions…« . De « l’Ouest sauvage », je n’avais que de vagues connaissances, tirées de la petite maison dans la prairie (ne me jugez pas), de quelques westerns spaghetti soporifiques et de lointains souvenirs de cours d’histoire-géo. Pour moi, l’Ouest sentait des pieds, et la perspective de me coltiner les aventures de Susan Ward (la grand-mère en question) sur 700 pages me paraissait au dessus de mes forces. Comme j’avais tord! Déjà, la quatrième de couverture n’est pas mensongère: on croise effectivement dans ce livre moultes paysages grandioses (et c’est une personne qui d’ordinaire ne supporte pas les descriptions qui vous le dit). Mais le plus inattendu c’est qu’on se surprend à suivre la vie de Susan comme un thriller et à tourner les pages avec impatience dans l’attente du dénouement (ce qui est à la fois bien et pas bien car, rappelez-vous, le livre est gros. Donc vous en aurez pour un paquet de temps avant d’avoir fait le tour de sa vie). Parmi les grands thèmes abordés, on trouve: le déracinement, le temps qui passe et l’identité qui se fragmente (à l’échelle d’un individu mais aussi sur plusieurs générations), la question de la mémoire, les rêves que l’on a pour sa vie versus la réalité, et la vie de couple (joies et déceptions).

Ah et question bonus pour ceux qui ont déjà lu ce livre: qui est votre personnage pref? Susan ou son mari? Au début je me positionnais clairement du côté de Susan mais avec le temps cette personne m’a un peu tapé sur le système [attention minute anti-féministe: franchement Susan elle se la coulait douce quand même. En tant que femme au foyer aisée, elle était quand même vachement oisive je trouve. Il y a plein de passages où on a envie qu’elle lâche ses rêves débiles de femme artiste et de conversations mondaines au coin du feu et qu’elle vienne mettre les mains dans la boue pour aider un peu son mari. En même temps je ne suis qu’un petit insolent et il est évident qu’à cette époque là, et vu le milieu social dans lequel elle évoluait, certaines choses ne se faisaient pas…].

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Le livre bonus du mois! Je souffre parfois d’insomnie et après avoir essayé plein de trucs qui servent à rien (tapis d’acupression, gouttes de lavande sur l’oreiller, méditation du genre « pensez à 3 choses cool qui vous sont arrivées aujourd’hui puis endormez-vous dans le calme ») j’ai décidé de revenir aux bases c’est à dire: à la science. Ce « que sais-je » est pas mal foutu (bien que son auteur s’appelle Zara de Saint-Hilaire, ce qui laisse présager d’une vaste blague). Je vous laisse avec ces sages paroles:

« L’insomniaque passe en fait un temps anormalement long au lit. Il se couche souvent tôt, traîne au lit le matin, et pourtant dit ne dormir que quelques heures. Cette tendance à allonger le temps passé au lit pour essayer de « compenser » le sommeil estimé insuffisant diminue la « pression » du sommeil et favorise l’apparition d’éveils au cours du sommeil. La technique consiste donc à réduire le temps passé au lit pour le faire coïncider le plus possible avec le temps de sommeil. Le patient tient un agenda de ses horaires de sommeil sur huit jours minimum. A partir de ces informations, on calcule l’efficacité subjective de son sommeil qui est égale au rapport du temps de sommeil total sur le temps passé au lit multiplié par 100. Le but est d’arriver à obtenir un indice très proche de 100%. Concrètement, si la personne pense avoir dormi 5 heures et demie, on lui accorde un temps passé au lit égal à cette durée. La restriction se fait en retardant l’heure du coucher, tout en maintenant constante l’heure du lever. Le temps passé au lit ne doit cependant jamais descendre au-dessous de 5 heures. Lorsque l’efficacité de son sommeil calculée grâce à l’agenda s’améliore et atteint environ 85%, le temps passé au lit peut être augmenté de 15 minutes, permettant au patient d’aller se coucher 15 minutes plus tôt. »

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance »

– Abraham Lincoln

Salut les canards,

Le titre de ce post est à la fois pompeux et mensonger car je vous le dis tout net: j’ai rien compris à la victoire de donald. D’ailleurs pour vous situer l’étendue de mon déni, le jour de l’élection j’ai même cru comprendre qu’hillary était largement en tête, et j’ai bien mis 24 heures avant de me rendre compte de ma terrible méprise (pour ma défense j’écoute les infos sur la radio danoise. or le matin les renardeaux ont le nez dans le GAZ).

Au vu de mon ignorance crasse, il serait donc malvenu de ma part de vous balancer mes habituelles analyses politiques énervées du slip, sur base de « je vous l’avais bien dit ». Je me contenterai donc de vous rappeler les faits suivants (en espérant que ça élève un peu le niveau lors des futurs débats de noël):

1. donald ne sera pas le premier président des états-unis à être complètement zinzin:

« Des présidents un peu fêlés, les États-Unis en ont connu plus d’un, à en croire la belle galerie de portraits publiée par « Libération » (4/11). Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Calvin Coolidge avaient des dossiers particulièrement chargés chez leurs psychiatres. Le cas le plus étonnant est celui de Lyndon B. Johnson, arrivé à la Maison-Blanche en 1963, après l’assassinat de Kennedy. Obsédé par son pénis, qu’il avait surnommé « Jumbo », « Johnson forçait les députés à admirer: « Vous avez déjà vu quelque chose d’aussi gros? » En prime, il faisait tourner Jumbo sous leurs yeux ». Un modèle pour Trump d’éléphant? »

– source: le canard enchaîné

2. si ces connards corrompus du parti démocrate avaient laissé bernie gagner la primaire, on en serait pas là:

13434701_1785840921660724_7062861947412528536_n3. donald ou la revanche des trolls

je vous épargne le laïus comme quoi donald n’a rien d’un self-made man (il a hérité de sa fortune) et que c’est quand même gonflé de sa part de se positionner comme un candidat « anti-système » qui va venir au secours des pauvres alors qu’il y a de grandes chances que sa politique (abandon de l’obamacare, déni de l’existence du réchauffement climatique, baisses d’impôts) les enfonce encore plus. si le sujet vous intéresse (pourquoi les pauvres votent-ils à droite alors que c’est pas dans leur intérêt de faire ça?) je vous renvoie à l’excellent bouquin de Thomas Frank. je pense que si donald a gagné, ça a certes été parce qu’il s’est positionné en défenseur de l’américain moyen, blanc et pauvre, face à une hillary complètement hors sol et acquise à la mondialisation libérale, mais c’est surtout parce qu’il a gagné le vote des trolls. les gens ont surtout voté pour lui, à mon avis, parce qu’il les faisaient rire:

« When I was in fourth grade, my teacher Mrs. Kolphner taught us a social studies lesson. The seventeen students in our class were introduced to two fictional candidates: a smart if slightly bookish-looking cartoon tortoise named Greenie, and a cool-looking jaguar named Speedy. Rick Dissellio read a speech from Speedy, in which he promised that if elected he would end school early, have extra recess, and provide endless lunches of chocolate pizzandy. (A local Pawnee delicacy at the time — deep fried pizza where the crust was candy bars.) Then I read a speech from Greenie, who promised to go slow and steady, think about the problems of our school, and try her best to solve them in a way that would benefit the most people. Then Mrs. Kolphner had us vote on who should be Class President. I think you know where this is going. Except you don’t, because before we voted, Greg Laresque asked if he could nominate a third candidate, and Mrs. Kolphner said “Sure! The essence of democracy is that everyone—” and Greg cut her off and said “I nominate a T. rex named Dr. Farts who wears sunglasses and plays the saxophone, and his plan is to fart as much as possible and eat all the teachers,” and everyone laughed, and before Mrs. Kolphner could blink, Dr. Farts the T. rex had been elected President of Pawnee Elementary School in a 1984 Reagan-esque landslide, with my one vote for Greenie the Tortoise playing the role of “Minnesota.”

source

19_compresset aussi parce qu’à un moment, face à tous les scandales qui accablent les hommes politiques depuis des années, on finit par préférer quelqu’un de véreux MAIS qui l’assume entièrement à des animaux carnassiers déguisés en herbivores type Hillary qui font genre « votez pour moi. soutenez le camp du bien » alors qu’ils ont du sang sur les mains (je l’avoue, je fais partie des gens qui se sentent physiquement irrités à la vue d’hillary clinton). d’ailleurs je ne suis pas un aficionado de wikileaks (si vous voulez mon avis sur la question, julian assange sent des pieds), mais ils ont le mérite de militer pour la transparence. et qu’on le veuille ou non, ça sera un des grands combats du 21 siècle. les gens en ont marre d’avoir la sensation que les élites leur mentent.

ah, et si les gens sont irrités par le mensonge, le fait de les empêcher de s’exprimer les irrite genre, 10x plus. on entend souvent des journalistes web se triturer la nouille sur le thème ultra rebattu de « comment éviter d’avoir des trolls et du hate dans les commentaires? ». en laissant les commentaires OUVERTS les mecs, pas en les censurant. tu crois quoi? que quelqu’un qui pense des trucs agressifs va voir son niveau d’agressivité diminuer parce que tu lui empêches l’accès à ton club? bah nan. il va fonder son propre club (fox news), y ramener tous ses copains, et tous ensemble, en l’absence totale de mixité intellectuelle, ils vont tellement bien s’émuler dans leur connerie (théories du complot, négationnisme, victimisation, you name it) que leur vision déformée du monde va finir par devenir bien réelle.

luttez contre donald trump: arrêtez de censurer les commentaires sur vos putain de blogs de mode!

4. s’il devait y avoir une morale à cette histoire: ENGAGEZ-VOUS EN POLITIQUE (au lieu de venir chouiner sur twitter)

ça c’est un coup de gourdin que je me donne à moi-même mais aussi à tous les membres de ma génération (les moins de 30 ans). parce que les hashtag #jesuisrévolté #bientôtlafindumonde ça va bien 5 minutes, mais il va quand même falloir songer à se sortir les doigts du cul si on veut que les choses changent un minimum. parce que nous, les jeunes (toi aussi vote pour que cette phrase soit élue dans le top 10 des expressions de vieux ringard 2016), on a quand même tendance à faire la politique de l’autruche. tout va mal dans le monde? ouin on peut rien y faire tout ça est trop compliqué. et puis en plus c’est pas notre faute: c’est la faute des vieux. bah du coup on va larver dans le canap en regardant netflix. le cocon (amical, familial) avant tout les gars. et je ne vous jette pas la pierre: je fais pareil (au lieu de devenir un gros syndicaliste énervé du bulbe, j’ai préféré démissionner et me mettre au chômage afin de marquer mon désaccord pour le travail salarié).

dans « collapse », jared diamond analyse la trajectoire historique de différentes sociétés (les mayas, les vikings au groenland, le japon au 17e siècle) et se demande pourquoi certaines sociétés parviennent à survivre, et d’autres non. bon alors j’ai pas encore terminé le bouquin (il est gros et dense ok) mais l’idée qui se dégage de ces analyses, c’est qu’on ne parvient jamais à rien de bien si on ne se bat pas à la fois au niveau local et au niveau global. jared d. parle de « bottom up » et de « bottom down » strategies. oui, pour qu’un pays s’en sorte il a besoin que ses élites soient un minimum « éclairées » et fassent les bons choix. mais il a aussi besoin que le « peuple d’en bas », en l’espèce chaque citoyen, ne soit pas passif et influe sur le cours des choses à son échelle. faire un choix plutôt que l’autre est inefficace. alors comme dirait bernie (ouai je suis secrètement amoureux de cet individu, laisse-moi): engagez-vous en politique! présentez-vous aux élections, quelles qu’elles soient. ne laissez pas les autres, ceux dont les idées vous insupportent, le faire à votre place.

et si vraiment vous trouvez qu’élections, piège à con, que c’est le système qui est pourri et qu’au lieu de chercher à le changer de l’intérieur la seule solution est de le faire péter de l’extérieur, il y a moultes moyens d’être chiant (mais nous en reparlerons un autre jour car la soupe est prête)