« Nous devons considérer le Web avant tout comme un support, un système capable de véhiculer de l’information d’une TAZ [Zone Autonome Temporaire] à l’autre. […] Mais plus encore, si la TAZ est un campement nomade, alors le Web est le pourvoyeur des chats épiques, des généalogies et des légendes de la tribu; il a en mémoire les routes secrètes des caravanes et les chemins d’embuscade qui assurent la fluidité de l’économie tribale; il contient même certaines des routes à suivre et certains rêves qui seront vécus comme autant de signes et d’augures »

Hakim Bey

Salut les poils incarnés,

Ici la liste des trucs du mois (avec des nouvelles rubriques! je me sens top organisé).

1.LES ARTICLES A LIRE CE MOIS-CI

  • The death of the working class reporter: Journalism is becoming an elite profession – and that’s bad news. (Justin Ward)

Je ne sais pas vous mais j’ai une dent tenace contre les conseillères d’orientation (qui sont elles? quels sont leurs réseaux?). Je me souviens en particulier du fou rire que la conseillère d’orientation de mon lycée avait eu quand, suite à la lecture de mon dossier scolaire, je lui avais dit que j’aimerais bien être journaliste. « On va plutôt se diriger vers un IUT commerce« , m’avait-elle dit entre deux gloussements, tant la perspective que le renardeau que j’étais fasse une grande école lui paraissait exotique.

C’était il y a plus de dix ans, et entre-temps les choses ne se sont pas arrangées:

« Gone are the days when a person could parlay a part-time job as a copyboy at the Palookaville Times-Picayune into a career as a globetrotting ace reporter. Where once there were many paths to success in journalism, now there is only one—and very few can afford to walk it. It’s no longer possible forgo a college education and jump right into the news biz. An undergraduate degree is usually not enough, either. You’re competing against people with master’s degrees from Columbia who were doing prestigious unpaid internships while you were dropping chicken wings into a vat of fryer grease until 6 a.m. to avoid taking out another PLUS Loan. […] Journalism is increasingly becoming off limits for all except the privileged few, and this reality can be seen in the composition of America’s top news rooms. […] t’s hard to overstate the danger of journalism, once considered a calling, turning into nothing more than a paid hobby of the privileged few. […] How can one who is intimate with the powerful “speak truth to power? […] How is a person supposed to “comfort the afflicted and afflict the comfortable” when they’ve never known anything but comfort? »

  • A Chamonix, des montagnards excédés par les traileurs (Le Monde)

« Les hommes courent cul nu depuis la nuit des temps mais, là, on a inventé des tenues à 1 500 euros et une pratique qui dépasse en narcissisme tout ce que l’alpinisme a produit. Je vais dans les magasins pour vérifier les raisons de ma hargne. Ils y vendent des lacets intelligents et la moindre paire de chaussettes, tu peux te payer des skis avec ! »

Un article qui donne enfin la parole aux personnes qui sont top grugru au sujet de l’Ultra-Trail du mont Blanc (indice: les renards en font partie), alias cet événement affreux qui a lieu tous les ans à Chamonix et qui attire tout ce que la blogosphère sportive produit de pire (oui Anne Dubndidu, c’est bien de toi dont je parle).

Où l’on apprend que pour sauver la planète, il faut faire un don à l’ASPAS (l’association pref de tous les temps des renards).

  • The Coast of Utopia: From the looks of Instagram, Courtney Adamo and the surfing mamas of Byron Bay are living the dream. Can it be real? (Vanity Fair)

J’avoue tout: j’adore lire Vanity Fair (c’est, avec So Foot, mon magazine favori). Cet article sur les murfers (contraction de « moms » et de « surfers« ) est un petit bijou de vulgarisation au sujet du concept de white privilege. Vous saurez désormais quoi répondre aux macronistes de votre entourage quand ils vous sortiront qu’ils ont décidé de changer de vie et d’aller vivre une vie bio & zéro déchet à la campagne, en vivant de leurs posts sur les réseaux sociaux:

« At first, Instagram felt like a psychological balm—a world apart from the sustained rage of Twitter and horror of Facebook. All those pretty pictures of cute kids and lovely interiors and far-flung destinations were soothing, reassuring. Then Facebook purchased Instagram in 2012 and launched sponsored posts a year later. […] In just a few years, the app has turned making your life look like a vacation into an actual job for some (yes, there really are all kinds) and, for others, has become a constant reminder that watching people live as though on vacation is the only vacation most people can afford. Instagram makes us sad now. Surveys have found it to be the worst social media platform for mental health. […] Byron Bay, which has long been an actual hippie-surfer-wellness alternative lifestyle destination, has lately emerged as a kind of virtual utopia as well—thanks, in part, to all the ethical, organic, sustainable, conscious fashion labels to come out of there in recent years. […] Never mind that Australia’s policies on immigration and refugees are draconian bordering on vicious. In this young, mostly white, ahistorical, neoliberal utopia of the imagination, anyone can go anywhere. All you have to do is have a yard sale, hop in the gypsy caravan, point a finger at a map, and take up legal permanent residence anyplace that best showcases your lifestyle. »

LE POINT ECOLOGIE DU MOIS

LES TRUCS NULS DU MOIS

Je me suis retrouvé à écouter cette daube après avoir lu un article suspicieusement laudatif à son sujet dans Telerama (note pour moi-même: arrêter de suivre les conseils culturels de Telerama). Pourtant, le concept du podcast avait tout pour m’allécher: il y était question de « l’intimité des aventuriers des temps modernes » et les titres des épisodes étaient délicieusement exotiques: « À la recherche des plantes sauvages de Nouvelle-Zélande« , « Pédalier d’enfer sur la plus haute route du monde« , « Sur les traces du grizzli le long du Yukon » (les grizzlis, comme chacun le sait, c’est ma passion. surtout quand j’ai les fesses douillettement lovées dans mon canapé).

J’aurais dû me méfier: c’est bien connu que depuis la nuit des temps, les explorateurs ne sont rien d’autre que des mecs blancs privilégiés qui peuvent se payer le luxe de ne pas travailler pour aller faire chier le peuple à l’autre bout de la terre, et ramener dans leur valise tout un tas de récits de voyage faussement héroiques pour pouvoir se faire mousser sans effort.

Si vous voulez de l’aventure, de la vraie, je vous conseille « La vallée des loups » (ce documentaire est TROP BIEN et en plus dedans on y voit un renard manger du caca pour marquer son territoire).

« Quand on cherche l’animal, on se retrouve soi-même. Quand on cherche le loup, on rencontre l’Homme. Pas forcément moi. L’être humain. L’animal trimballe des tas de choses qui traînent dans notre inconscient collectif. Se retrouver face à soi, seul, longtemps; on est dans un monde de fous, speed, assez superficiel. Quand j’avais un loup face à moi, je me disais qu’il était peut être déjà là il y a 10 000 ans, sur un territoire identique, avec des hommes, un peu différents.Ça prend tout de suite une dimension philosophique, spirituelle, mais pas de la spiritualité chiante, pas de mysticisme, spirituelle… Le mystère… Avec toutes les réponses qui sont là, dans les brins d’herbe, dans l’ADN des êtres… Le Grand Tout. En étant autre qu’un écolo caricatural ou je ne sais quoi. »

-Interview de Jean-Michel Bertrand dans FauneSauvage

J’ai toujours été très méfiant par rapport au concept des vlogs de voyage (non seulement c’est pas écolo, mais en plus c’est vraiment obscène d’afficher ses photos de vacances à l’autre bout du monde en faisant comme si cela était très accessible financièrement alors que 99% des gens qui regardent ce genre de contenu sponsorisé n’ont plus d’argent le 15 du mois).

Ca fait des mois que je grogne sur les blogueuses mode qui partent à Dubai mais j’avoue qu’avec AggieLal, on atteint le ponpon. La meuf (une influenceuse américaine, donc, tendance « bonne conscience et good vibes », bien le style à poster des citations du style « be the change you want to see in the world« ) a effectué en toute innocence un voyage sponsorisé en Arabie Saoudite. Le mec qui a organisé ce petit voyage de presse aux frais de la princesse n’est autre que le prince Turki Al-Faisal, qui était auparavant à la tête des services de renseignement du pays (autant vous dire que cet individu n’a rien d’un bisounours). Objectif: donner une bonne image de l’émirat, suite à l’affaire Khashoggi qui avait fait un peu tâche.

Bref, ça me donne envie de vomir.

  • François Bégaudeau

Je déteste François Bégaudeau, sa manière de parler de gros bourge, son égocentrisme et son absence totale de modestie. Mais il se trouve que le concept de son dernier bouquin, Histoire de ta bêtise, était des plus excitants:

« Tu votes toujours au second tour des élections quand l’extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage. Par conséquent, l’abstention te paraît à la fois indigne et incompréhensible.Tu redoutes les populismes, dont tu parles le plus souvent au pluriel.Tu es bien convaincu qu’au fond les extrêmes se touchent. L’élection de Donald Trump et le Brexit t’ont inspiré une sainte horreur, mais depuis lors tu ne suis que d’assez loin ce qui se passe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.Naturellement tu dénonces les conflits d’intérêts, mais tu penses qu’en voir partout relève du complotisme.Tu utilises parfois (souvent ?) dans une même phrase les mots racisme, nationalisme, xénophobie et repli sur soi. Tu leur préfères définitivement le mot ouverture. Si tu as répondu oui au moins une fois, ce livre parle de toi »

J’ai donc acheté ce livre. Et indice: je n’ai pas réussi à le finir. Liste de trucs qui m’ont top énervés:

  • François Bégaudeau qui critique les gros bourges tout en étant lui-même un gros bourge, ambiance « un riche de gauche parle aux autres riches de gauche ». On a juste envie de lui dire mec, si les classes populaires sont aussi importantes pour toi alors ARRÊTE DE PARLER A LEUR PLACE, tais-toi, et laisse leur un peu d’espace dans les médias pour qu’elles puissent enfin s’exprimmer. On a pas besoin de toi pour nous défendre, on sait très bien que l’unique raison pour laquelle tu écris des livres c’est parce que tu adores être invité à la télé.
  • Cette manie qu’a François Bégaudeau de se croire top de gauche car a) il adore les mégots fumants dans les cendriers des PMU et b) c’est un aficionado de punk rock. Franchement à un moment cette personne n’a tellement pas le sens de la gène qu’il mériterait vraiment de se faire écraser un gourdin sur le crâne. Il ressemble à toutes ces vieilles rentières de Neuilly qui se pensent top rebelles parce que dans les années 68 elles écoutaient du rock en fumant des gros pétards dans des squats rive gauche.
  • De toute façon, François Bégaudeau est originaire de Vendée. Je ne souhaite pas faire mon Emmanuel Todd avec son origine des systèmes familiaux mais je pense qu’on devrait se méfier d’une personne qui provient d’une région tradititionnellement a) de droite b) catholique c) monarchiste.
  • Le point de non-retour a été atteint quand j’ai lu que François Bégaudeau qu’il trouvait ça top bourge d’être ému face à un paysage de montagne et que lui, s’il devait choisir entre la beauté de la nature et un débat intellectuel (comprendre: la masturbation intellectuelle) il choisirait la deuxième option. Je me suis dit: je vois pas pourquoi je continuerais à perdre mon temps avec cet espèce d’urbain hors-sol. Et j’ai abandonné son livre à la piscine municipale.

Pour terminer: LA BONNE NOUVELLE DU MOIS

 

 

 

Publicités

« Quant à la forme: des individus de ton espèce, sans ouverture de cœur puisque dépourvus de toute spiritualité incarnée, méritent le nom d’enculés. Je te conseille même de le porter comme prénom: il t’ira comme un gant – et pourquoi pas sur tes cartes de visite. Voilà ce que je tenais à t’écrire: le monde étant circulaire, nous nous rencontrerons un jour ou l’autre. A bientôt donc, enculé. »

-Extrait d’une lettre de rupture envoyée par un individu adepte du reiki à son ex-meilleur ami suite à une trahison amoureuse

« Je suis une femme et j’ai été membre de la ligue du lol. »

Je suis tombé sur cet article par hasard et ce pile après avoir pris la décision de ne pas vous infliger une monographie au sujet de la ligue du lol – sujet qui, comme on le sait tous, nous pête les couilles. Or il se trouve que la personne qui a pondu ce texte (et dont je n’ai volontairement pas cherché à fouiner l’identité) résume à peu près tout ce que je pense de cette histoire.

Pour commencer et afin d’être transparent sur mes conflits d’intérêt, il faut que je précise plusieurs choses:

a) je suis un renard de sexe féminin;

b) les membres de la ligue du lol, à l’époque où ils sévissaient activement sur les réseaux sociaux (cad au début des années 2010), étaient des individus qui me faisaient souvent rire lors des longues heures d’ennui au travail que je passais à écumer internet pour me distraire;

c) je ne connais personnellement aucun membre de la ligue du lol. Je ne savais d’ailleurs pas qu’ils formaient une « ligue », ni ne connaissais l’existence de leur groupe facebook. Et je ne savais évidemment pas que certains d’entre eux harcelaient des femmes violemment, à coups d’insultes sexistes et de photomontages porno (si je l’avais sû cela ne m’aurait bien sûr pas fait rire).

Pour moi l’histoire de la ligue du lol, ce n’est pas tant une histoire de machisme sur internet qu’une affaire symptomatique de l’hypocrisie du monde des médias vis-à-vis des problématiques féministes (ou comment ceux qui se positionnent comme les plus féministes sont peut être un peu des tartuffes).

1. Brain Magazine.

Pendant des années, Vincent Glad a animé quotidiennement la « Page Président » du site – sorte de revue de presse du pire de ce que produisait Internet chaque jour et qui, aux côtés de la « Page Pute« , constituait la majorité du trafic de Brain, ambiance photo-montages flashy, couilles en gros plan et doigts dans le nez – et ce sans que personne ne trouve rien à y redire. Au contraire, tous les journalistes-web un peu hype de l’époque trouvaient ça excessivement rigolo – le summum du cool parisien, c’était de passer ses journées à s’envoyer des vidéos de chat et de pépés en slip qui dansaient la macarena, tout en ricanant sur la mort annoncée des journaux papier et payants.

Pourtant, quand l’affaire de la ligue du lol a éclaté, Brain s’est fendu du communiqué de presse suivant:

« Si nous ignorions tout de la « Ligue du LOL », c’est pour une raison très simple : à l’époque où elle sévissait, on était trop occupés à monter un magazine respectueux des femmes, des LGBT, des minorités. Et le féminisme pour nous n’a jamais été une option ou un truc « relou », c’est quelque chose qui irrigue notre ton et le mode de fonctionnement de notre boîte. »

Mais je RIS quoi. Si Brain était un magazine féministe, alors je suis une carotte. Je me souviens avoir reçu comme cadeau d’anniversaire pour mes 20 ans un tote bag en coton qui provenait tout droit de la boutique en ligne de Brain et qui était à imprimé « chats & pédophiles célèbres » – je pense qu’on a connu mieux pour défendre la cause des femmes. Et tout le site est sur la même ligne éditoriale – il suffit d’aller visiter la page cul pour constater que Brain est un magazine fait par des mâles parisiens machos, pour des mâles parisiens machos.

2. Matthias Jambon-Puillet.

J’ai découvert l’existence de Matthias Jambon-Puillet il y a une dizaine d’années au détour d’une conversation avec une amie qui venait de se faire larguer par le susnommé dans des circonstances que j’avais perçues à l’époque (j’essaye de faire attention à ce que j’écris pour ne pas faire de diffamation) comme « pas top féministes ».

« Mais tu comprends pas« , m’avait elle dit, après que j’aie grogné, un bon réac qui se respecte, sur les méfaits du concept de l’amour libre, « il essaye d’écrire des livres, c’est un artiste« . « EN QUOI C’EST UNE EXCUSE? », avais-je fulminé sur mon vélo ce soir-là en rentrant chez moi – et je crois que c’est cette dernière phrase (plus que le nom de famille à base de jambon qui me faisait irrémédiablement penser à un croque-monsieur) qui m’avait donné envie de googler l’animal. C’est ainsi que j’étais tombé sur son blog, et que j’avais immédiatement, et irrémédiablement, pris en grippe Matthias Jambon-Puillet.

A cette époque, il n’avait pas encore été publié et son blog était un aller-retour incessant entre la description par le menu de ses ambitions littéraires (et je ne crois pas m’aventurer bien loin en disant que c’était un fonds de commerce assez rentable pour attirer la gente féminine) et des posts doux-amers sur les relations amoureuses. Vous voyez les héros masculins top énervants des romans de Murakami, des gros mollusques mélancoliques sans intérêt qui pourtant chopent inexplicablement de la femelle à tout va? Bah c’était ça. Ça me faisait grogner mais j’avais d’autres chats à fouetter (les blogueuses mode par exemple), c’est pourquoi le blog de Matthias Jambon-Puillet a sombré dans les limbes de ma mémoire… jusqu’à ce que je tombe sur son témoignage en plein milieu de l’affaire de la ligue du lol.

Ça m’a fait une drôle de sensation, qui m’était rarement arrivée avant en lisant des articles de presse. Bien sûr, on sait que les médias exagèrent parfois, que certaines enquêtes sont faites un peu par dessus le bras et que des personnes peu recommandables peuvent parfois être encensées sans raison (coucou BHL), mais c’était assez estomaquant de voir Matthias Jambon-Puillet se positionner comme un chevalier blanc du féminisme. Un peu comme la fameuse photo de Denis Baupin avec du rouge à lèvres pour lutter contre les violences faites aux femmes. Un passage en particulier de son témoignage m’a fait tiquer:

« J’ai fini par recroiser Renaud Aledo (@ClaudeLoup) dans un bar, à une soirée où il n’avait pas été convié. Et, ivre, il m’a donné son point de vue, l’origine de tout ça, en plus de la fois où il a cru que je couchais avec une amie qui lui avait dit non. « Je t’aime pas parce que t’es un faux gentil, tout ce que tu fais, c’est pour baiser des meufs. T’es pas un gentil, t’es un manipulateur, et il faut que tu tombes« . Voilà comment pense un sociopathe masculiniste, incapable de voir une autre vision du monde que la sienne, si je n’étais pas un con c’est forcément que je faisais semblant, et si je faisais semblant, c’était forcément pour coucher. Je l’ai attrapé par le col. Je n’ai pas lâché. Il m’a frappé les mains, je n’ai pas lâché. Le vigile du bar m’a demandé de sortir (il faut bien une première fois à tout). J’ai proposé à Renaud de me suivre, qu’on finisse la conversation dehors. Il a passé le reste de la soirée au fond du bar à se plaindre de notre interaction. Il ne m’a plus jamais emmerdé. »

C’était difficile pour moi à l’époque de lire tous les articles publiés sur la ligue du lol parce que je me sentais perpétuellement en décalage avec l’angle des papiers. Dans la citation précédente, ce qui me marque ce n’est pas tant le comportement macho de ce Renaud Aledo (je ne sais même pas qui c’est d’ailleurs). C’est cette phrase: « Je t’aime pas parce que t’es un faux gentil, tout ce que tu fais, c’est pour baiser des meufs. T’es pas un gentil, t’es un manipulateur« . Je me suis rendu compte que cette citation résumait à la perfection l’intuition, le jugement que j’avais eu au sujet de Matthias Jambon-Puillet le soir où, dix ans plus tôt, mon amie m’avait parlé de lui.

A ce stade, je me suis posé plein de questions. Est-ce que c’était mal de penser ça? Est-ce que, parce que j’étais d’accord avec le jugement d’un macho (car il n’y a pas à chier, le comportement de Renaud Aledo tel que décrit dans le témoignage de Matthias Jambon-Puillet est bel et bien un comportement de macho, et donc condamnable), je suis moi aussi un macho? Mais au contraire, est-ce que Matthias Jambon-Puillet est forcément féministe parce qu’il s’oppose à un macho?

Et c’est sur ce point que, il me semble, les médias qui ont offert à Matthias Jambon-Puillet un boulevard (notamment en reprenant sans vérification sa liste des soi-disant membres de la ligue du lol, qu’il avait postée sur twitter) ont commis une erreur. En traitant son harcèlement en ligne comme un des symptômes du machisme des membres de la ligue du lol. Et si la réalité était plus complexe? Et si il n’y avait pas eu d’un côté les méchants macho vs le gentil homme féministe? Mais des hommes macho vs un homme pas forcément très blanc de l’autre côté? Dans ce cas on est plus dans un fait de société, digne d’être raconté parce qu’éclairant des problématiques féministes. On est dans un conflit entre personnes, avec ses zones d’ombres, ses faits invérifiables car commis dans l’intimité des chambres à coucher. Et ça donne un témoignage qui, au final, est non utilisable.

Je reviendrai plus bas sur la responsabilité des médias dans cette histoire.

3. Daria Marx.

J’ai découvert Daria Marx suite à un article à son sujet dans Madmoizelle et, sur le papier, le concept de son blog ne pouvait que me séduire. Déjà, il y avait ce post intitulé « J’encule Christophe Barbier ». Et puis, la description du personnage:

 » Quand elle écrit, c’est comme si elle se battait avec elle-même. D’où cette impression que chacun de ses mots est comme un coup d’épée dans un duel sur le papier. En lisant son Tumblr, on a un sentiment mélangé : qui est cette fille ? Qu’est ce qui lui fout une rage pareille ? »

J’aime bien les petits excités de la plume, et pourtant je n’ai jamais réussi à devenir un lecteur assidu du blog de Daria Marx. Ça n’était pas le même genre de grossièreté stimulante pour l’esprit que celle de Cavanna, un usage jouissif du gros mot parce que toujours bien trouvé. C’était une accumulation de mots sales, souvent en lien avec la sexualité, presque toujours dégradants, pleins de violence. Le genre de lecture qu’on ne peut faire qu’en se sentant sali et attaqué (et pourtant j’ai adoré King Kong Theory). Je n’ai jamais réussi à établir de « connexion » mentale avec elle en la lisant – et pourtant la violence qu’elle avait en elle, violence liée entre autres aux agressions sexuelles qu’elle a subies enfant et à ses problèmes liés à son apparence physique, aurait dû me parler.

Parce que j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de fond derrière ce qu’elle racontait, juste une volonté brute et aveugle de provocation. Exagérer la forme, les insultes, pour susciter des réactions violentes en retour; se nourrir de ces réactions. J’avais conscience qu’elle suscitait des commentaires très haineux sur les réseaux sociaux mais j’avais toujours cette impression étrange qu’elle jouait un double jeu; qu’elle se plaignait de la détestation qu’elle suscitait tout en en jouissant. Qu’elle trollait tout autant qu’elle se faisait troller. Et cette sensation de double discours n’a fait que s’accentuer avec le temps. J’étais par exemple de plus en plus mal à l’aise avec son féminisme poussé à l’extrême (Daria Marx se définit elle-même volontiers comme misandre) couplé à une haine de certaines femmes, qui perçait dans tout un tas de textes. Je me souviens en particulier d’un post – le dernier que j’avais lu d’elle, le point de non retour pour moi – où elle crachait sur les femmes minces, ridiculisait leurs fesses serrées dans leurs jeans moulants. Je lisais ça et je me disais meuf, t’as rien compris. Évidemment que la grossophobie est un fléau. Mais il n’y a rien de plus absurde que de taper sur les femmes maigres en retour.

Preuve que mon mal-être par rapport au féminisme pas très clair de Daria Marx n’était pas totalement dénué de fondement, le post-scriptum de son témoignage au sujet de la ligue du lol:

« Je voudrais dire que mon comportement sur Twitter n’est pas exemplaire. J’ai eu des propos nuls. J’ai eu des propos insultants, notamment envers certaines blogueuses comme Capucine Piot, et sans doute d’autres encore. Mon féminisme a évolué avec le temps. Je n’étais pas dans la sororité en 2011. J’espère démontrer par mes actes que je le suis aujourd’hui, de manière toujours imparfaite sans doute. »

« Pas dans la sororité« , c’est un doux euphémisme pour décrire ses textes et ses interventions à l’époque sur les réseaux sociaux. Et comme pour Matthias Jambon-Puillet , je me pose la question: pourquoi les médias n’ont-ils pas remis en contexte? Pourquoi avoir publié des captures d’écran des insultes qu’elle recevait mais pas des insultes qu’elle produisait, insultes qui ont pu cibler certaines femmes? Est-ce que Daria Marx était forcément féministe simplement parce qu’elle même s’auto-défininissait comme telle? (suffit-il de se dire anti-raciste pour ne pas être raciste?).

4. Les blogueuses mode.

Bon alors là on rentre dans de la grosse foire au boudin, alias, le gros n’importe quoi de cette histoire. Je ne parlerai pas du cas spécifique de Capucine Piot car j’ai découvert son existence seulement au moment de l’affaire de la ligue du lol. Mais par contre, le trolling de blogueuses mode étant un peu ma spécialité (et la raison d’être de ce blog), j’ai 2-3 autres trucs à dire:

Il y a une chose qui m’énerve excessivement sur internet: c’est cette idée très répandue, ce marronnier de la presse en mal de sujets intelligents à traiter, qui est que critiquer les blogueuses mode ou les youtubeuses beauté, c’est forcément être a) un troll b) anti-féministe.

La confusion vient, il me semble, des idées du féminisme libéral, qui ont dramatiquement infusé dans la société. Le but de la lutte féministe dans un contexte libéral est que les femmes puissent conquérir les positions de pouvoir (dans les médias, les entreprises, la politique, le sport etc) qui jusqu’ici étaient réservées aux hommes. Ce féminisme-là ne fait pas de distinction entre les buts à atteindre: du moment qu’une femme accomplit quelque chose qui jusqu’ici était seulement réservé aux hommes, alors cela doit forcément être valorisé. Ce type de féminisme va donc encenser en vrac Rachida Dati (qui se vante de ne quasiment pas avoir pris de congé maternité après la naissance de son enfant), la série Sex & the city (qui portraye comme modèle de vie réussie l’achat d’un appartement à new york avec une pièce entière dédiée à un dressing rempli de chaussures de luxe) ou le concept de « girl boss » (qui consiste à être une chef tout aussi insupportable que les chefs hommes, mais c’est ok car vous êtes une femme). La valorisation des blogueuses mode et des youtubeuses beauté est une conséquence directe du féminisme libéral. Or personne ne semble se poser la question du bien-fondé de tels parcours de vie: n’est-ce pas un peu contradictoire de gagner sa vie en vendant précisément ce qui aliène celle de toutes les autres? (OUI les produits de beauté: c’est bien de vous dont je parle).

La suite logique de cette conception libérale du féminisme, c’est que tout critique faite à l’égard des femmes est mécaniquement perçue comme une attaque contre les femmes en tant que femmes, et dont une attaque anti-féministe. L’exemple le plus marquant est la plainte sans cesse renouvelée, de la part des youtubeuses, du harcèlement sexiste en ligne – fable qui n’est autre qu’un story-telling au bénéfice des marques qui financent les influenceuses, mais que les médias reprennent sans la questionner. Il se trouve que je suis bien placé pour parler de ça parce que j’ai souvent essayé de laisser des commentaires critiques sous les vidéos des youtubeuses connues (je fais partie des gens qui pensent que youtube a une audience tellement importante parmi les plus jeunes qu’il est crucial de se battre pour que des règles de pluralisme et de débat contradictoire y soient respectés et que ça ne soit pas juste un espace laissé en open bar aux marques, de la même manière que le CSA a été créé pour encadrer les contenus proposés à la télé). Or ceux-ci ont été systématiquement modérés. Et ce même si le langage employé était tout à fait correct, les critiques argumentées. Tout simplement parce que les marques payent les youtubeuses pour un certain contenu, et que ce contenu englobe les commentaires, sélectionnés pour donner une bonne image.

Si vous voulez mon avis, on est très loin du féminisme et pourtant, pas un jour ne se passe sans que quelqu’un quelque part ne ponde un article laudatif sur telle ou telle blogueuse ou youtubeuse « qui fait tellement avancer la cause des femmes ».

Et c’est ça qui est top énervant, parce que cet internet là, cet internet des blogs de mode, de l’apparence et de la consommation, c’est précisément un internet dont nous ne voulons pas. Et – je ne m’avancerai pas à parler des motivations des membres de la ligue du lol car comme je l’ai dit plus haut je ne les connaissais pas, même si je me reconnaissais dans leur esprit moqueur et leur volonté de tourner en ridicule ce qu’ils estimaient être des fléaux pour la société, comme l’égocentrisme ou l’autopromo – si j’ai décidé de devenir un troll c’est justement pour cette raison. Parce que j’en avais marre de ne pas être entendu et que je me sentais sincèrement révolté qu’on érige en modèles des personnes qui pour moi faisaient un mal fou à la fois au féminisme – le vrai – et à la planète (via la promotion d’un mode de vie hyper-consumériste).

Alors que vient pour moi le moment de conclure et comme j’ai l’esprit en escalier, il me faut mentionner un fait qui m’a beaucoup questionné – ce genre de fait dissonant dont on ne sait pas quoi faire, qui ne colle pas dans l’idée qu’on se faisait d’une situation, d’une histoire, et qui, comme un caillou dans la chaussure, ne cesse de se rappeler à vous. C’est le fait que Vincent Glad ait été un des premiers journalistes à couvrir le mouvement des gilets jaunes.

Je suis récemment retombé sur cette interview qu’il a donnée au site Le vent se lève:

« [Ces groupes facebook de gilets jaunes,] c’est une masse d’informations qui est inédite. C’est un incroyable trésor. Le problème, c’est que sur ces groupes, l’énonciation est profondément différente du langage médiatique : c’est une parole plus brute, avec beaucoup de points d’exclamation, des fautes d’orthographe, une manière d’écrire qui ne se regarde pas écrire, une manière d’écrire comme on parlerait. Un journaliste normal – et moi le premier au départ – est entraîné à considérer cela comme de la parole dite de « troll ». Les trolls, ce sont ces gens qui vous répondent vigoureusement sur Twitter pour vous dire que votre article c’est de la merde, que vous êtes un vendu au pouvoir, voire un « collabo ». En fait, les trolls, plus largement, ce sont ceux qui ne pensent pas comme vous et/ou ne s’expriment pas comme vous. C’est une population que les journalistes ne voient plus sur internet. Ils existent, ils commentent sous tous les articles, mais on préfère ne pas les voir. Les gilets jaunes, c’est cela, c’est l’irruption des trolls dans l’action politique. Ces gens qu’on a négligés parce que leur parole était trop brute, trop loin de nos formats d’écriture qui sont aussi des formats de pensée. »

Chacun y lira ce qu’il voudra.

 

Salut les aoûtiens,

Voici la liste de trucs du mois (j’ai décidé de ne plus me trouer le cul à trouver des thèmes pour ce blog qui sera uniquement constitué, à partir de maintenant, de listes de trucs mensuels (j’essaye de m’imposer une petite discipline parce qu’après c’est pénible, on oublie les trucs et parfois c’est des trucs cool quand même)).

1. LE TAROT

Ça fait plusieurs mois que j’ai décidé d’arrêter d’être un petit excité de la life qui trolle les blogs de mode, afin de recentrer mon énergie sur des activités plus positives pour sauver la planète, du type, devenir une sorcière. Tout a commencé avec la lecture du dernier livre de Mona Chollet. Puis j’ai entendu Yoga Fire parler de tarot dans un de ses lives youtube. Enfin, un des renardeaux de ma portée a décidé de créer un coven, et c’est à ce moment-là que j’ai décidé qu’il était grand temps d’assumer mon côté top mystique au grand jour (indice: c’était LE MEILLEUR MOMENT DE MA VIE).

J’ai acheté mon tarot sur little red tarot, qui est une boutique en ligne qui vend des tarots et des oracles vraiment chouettes; au départ, je pensais partir sur un jeu assez coloré mais finalement j’ai été très attiré par le dark days tarot, qui, comme son nom l’indique, est assez sombre. Je ne le savais pas au moment de le commander, mais c’est un tarot féministe (si le lien entre tarot et féminisme vous intéresse je vous conseille d’écouter le strange magic podcast, tous les épisodes sont très chouettes et vous apprendrez plein de choses sur l’interprétation des cartes).

dark days tarot – la grande prêtresse

2. FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS

Je n’en ai pas tellement parlé sur le blog (hormis dans la rubrique « reflux acides ») car il va falloir se calmer avec la divulgation d’informations personnelles mais l’hiver 2019 a été un bon gros hiver de merde comme j’en avais rarement connu, tant sur le plan du travail que de ma vie personnelle. Étrangement et malgré le fait que je me sois senti complètement démuni et dépassé par la situation, j’ai décidé de faire deux choses totalement contraires à ma personnalité habituelle: a) faire confiance au temps qui passe (i.e ne pas chercher à m’opposer au déroulement des événements, accepter qu’ils surviennent et trouvent par eux-mêmes une conclusion) et b) admettre que j’étais un animal affaibli qui avait besoin d’aide pour résoudre l’énigme de vie à laquelle je faisais face. Tout un tas de trucs plus hétéroclites les uns que les autres ont fonctionné (une séance avec une naturopathe, puis avec un osthéopathe, puis avec une masseuse spécialisée dans les massages chinois; les visionnages compulsifs d’épisodes de l’émission « ça commence aujourd’hui » consacrés à la famille, une retraite de yoga). Et puis j’ai fini par tomber sur ce bouquin par hasard dans une librairie lors de vacances dans les Pyrénées, et là, je me suis senti guéri.

C’est un livre de paléomythologie (alias le métier que nous aurions tous rêvé de faire) qui s’intéresse à l’archétype de la « Femme sauvage » à travers contes, légendes et mythologies, anciennes, de différentes parties du monde:

« J’utilise le plus simple et le plus accessible des ingrédients pour soigner: les histoires. Les histoires soignent. Elles nous aident à comprendre ce besoin que nous avons de faire émerger un archétype englouti et les moyens d’y parvenir. […] C’est un livre qui raconte des histoires de femmes, offertes comme autant de petits cailloux sur le chemin. Elles sont destinées à être lues et méditées. Elles vous accompagneront sur la pente d’une liberté naturellement gagnées, de l’amour de soi, des animaux, de la terre, des enfants, des sœurs, des hommes. Tout le matériel que contient cet ouvrage a été choisi afin que vous vous enhardissiez. il a pour propos d’affermir la marche des femmes qui sont en route, celles qui progressent lentement dans des paysages intérieurs difficiles comme celles qui doivent se battre pour progresser dans le monde ou le faire progresser. C’est très simple: sans nous, la Femme sauvage meurt. Sans la Femme sauvage, nous mourons. Para vida, pour la vraie vie, les deux doivent vivre ».

3. MON AMI DAHMER

 

J’ai emprunté cette BD à la bibliothèque municipale avant les vacances sans trop savoir de quoi elle parlait et depuis que je l’ai refermée je n’ai plus qu’une question en tête: pourquoi ne pas avoir collé un avertissement sur ce livre??? (j’ai des images de jeunes renardeaux innocents & avides de lectures tombant sur cette histoire par hasard et j’en ai des frissons dans le dos).

C’est une BD au sujet de l’adolescence du tueur en série américain Jeffrey Dahmer (n’allez pas lire des trucs sur lui sur internet: je l’ai fait et ensuite j’étais incapable de profiter des vacances, j’avais des images atroces de bites coupées & congelées au frigo et de crânes lobotomisés qui ne cessaient de me venir à l’esprit). Le dessinateur Derf Backderf, qui était un de ses camarades de classe au lycée, se pose la question suivante: est-ce que tout ça était prévisible et aurait pu être évité? Et la réponse est OUI. Jeffrey Dahmer était un adolescent top zinzin (solitaire, clouait des crapauds aux arbres dans le bois derrière sa maison, passait son temps à boire pour annihiler ses pulsions morbides) mais personne, que ce soit les profs au lycée ou ses propres parents, n’a été capable de déceler que quelque chose ne tournait pas rond (indice: c’était les années 70, tout le monde fumait des joints et un grand climat de permissivité flottait dans l’air. je ne souhaite pas être un réac mais non, mai 68 ce n’était pas cool).

Sur ce je vous laisse avec une vidéo de kangourous sous la neige.

Salut les sexistes,

Putain ça fait un bail que mes coussinets ne se sont pas posés sur un clavier pour tenir ce blog à jour – je m’excuse donc d’avance pour le post qui va suivre, qui sera certainement écrit à la truelle et posté dans l’urgence (car après j’ai piscine & serpillère).

Au cours des derniers mois, j’ai souvent eu envie d’écrire des machins mais à chaque fois une flemme de compétition m’a rattrapé. Par exemple, j’aurais bien aimé vous faire une dissertation truffée d’exemples choc au sujet de la ligue du LOL, sujet qui m’a donné envie de mordre quantité de mollets poilus récemment, mais je me suis dit que ça aurait à peu près autant d’effet que de péter dans une flaque d’eau, au vu des statistiques de fréquentation du blog, et que ça ne méritait donc pas autant d’efforts (ouai je suis devenu macroniste: je ne me troue plus le cul à travailler si il n’y a pas de compensations sous forme de lingots d’or en face).

Je vais donc me contenter aujourd’hui de vous faire une liste de trucs cools et moins cools sous la forme d’un UPDATE DE LIFE (mon mâle déteste quand j’utilise cette expression donc j’en profite).

TRUCS COOLS DE LA LIFE DECOUVERTS DERNIEREMENT:

_Alita Battle Angel

En ce moment, je travaille beaucoup et comme tous les gens débordés par leur travail, je ne me lave plus les cheveux, je porte le même short tous les jours (oui le short = ma tenue de travail, mon porte bonheur, mon précieux. ne me jugez pas, pour zidane c’était son slip) et je ne sors plus la truffe dehors, sauf pour aller faire les courses de manière hebdomadaire. C’est pourquoi les sorties cinéma sont devenues pour moi une sorte de luxe, un monde parallèle exotique dans lequel évoluent les classes moyennes supérieures satisfaites d’elles-mêmes, qui profitent de la vie sans se poser de questions (n’y a-t-il pas meilleur plaisir coupable que de se rendre dans un multiplex en VOITURE, et ce, alors qu’il est situé à moins de 5 minutes à pied de chez vous?). Bref donc en gros comme je ne vais plus très souvent au cinéma je suis devenu super bon public. Quand j’étais plus jeune, j’étais un peu relou avec le cinéma, je me prenais pour un critique de Telerama et j’aimais bien les films d’art et d’essai; maintenant, plus le film est beauf et plus je l’apprécie. Bref, ALITA BATTLE ANGEL donc. Ce film est top génial car déjà c’est un film féministe (Alita a le plus gros biceps du quartier: même quand elle se fait trancher le corps en deux elle arrive quand même à exploser les mecs en face). Ensuite, la B.O. est fantastique. Et ENFIN, hé bien il n’y a pas de troisième argument, je trouve que c’est déjà bien assez pour apprécier ce film.

_The Office

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas commencé à regarder cette série plus tôt, c’est véritablement étonnant car l’atmosphère dans The Office (l’histoire se passe dans une entreprise qui vend du papier et où tout le monde se fait chier et tente de supporter le Chef, qui est insupportable) relate à la perfection l’ambiance de mon précédent travail. J’ai encore du mal à arrêter de me définir en fonction de mon Précédent Travail (i.e, le travail que j’avais quand j’ai commencé à tenir ce blog, et qui était un boulot tellement inutile qu’il me laissait beaucoup trop de temps pour troller sur internet) d’ailleurs, mais ça c’est une autre histoire. Dans The Office, il y a un personnage en particulier qui me ravit car cette personne est mon alter-égo: il s’agit de Pam, la secrétaire. En effet Pam passe ses journées à être harcelée par le Chef, qui vient lui donner des coups sur la tête avec son journal et lui demander de le masser quand il se fait mal au petit doigt (ce qui me rapelle cette fois dans mon ancien travail ou le mec en face de moi, que nous nommerons RD par souçi d’anonymat, m’avait demandé de lui mettre des gouttes dans les yeux car il n’arrivait pas à le faire lui-même. Ensuite il avait passé une heure au téléphone avec un ami, situé à quelques bureaux de là, pour lui raconter les exercices de muscu qu’il avait faits à la salle de sport entre midi et deux).

_True Detective

Je me rends compte que je suis un être complètement contradictoire car dans True Detective (qui est une série policière américaine glauque sur fond de meurtres de jeunes filles) il y a également un personnage que je considère comme mon alter égo, à savoir le détective Rust Cohle. Cette scène en particulier m’a fait pleurer (parce que je trouve que ça résume le sens de ma vie ok):

-“Didn’t you tell me one time, dinner once, maybe, about how you used to … you used to make up stories about the stars?”

-“Yeah, that was in Alaska, under the night skies.”

-“Yeah, you used to lay there and look up, at the stars?”

-“Yeah, I think you remember how I never watched the TV until I was 17, so there wasn’t much to do up there but walk around, explore, and…”

-“And look up at the stars and make up stories. Like what?”

-“I tell you Marty I been up in that room looking out those windows every night here just thinking, it’s just one story. The oldest.”

-“What’s that?”

-“Light versus dark.”

-“Well, I know we ain’t in Alaska, but it appears to me that the dark has a lot more territory.”

-“Yeah, you’re right about that.”

-“You’re looking at it wrong, the sky thing.”

“How’s that?”

-“Well, once there was only dark. You ask me, the light’s winning.

 

_les flageolets

J’apprécie beaucoup les flageolets actuellement. Ce qui nous amène évidemment à la rubrique suivante:

TRUCS MOINS COOLS DE LA LIFE DECOUVERTS DERNIEREMENT:

_les reflux acides

Putain mais quelle plaie, j’ai des reflux acides. ça a commencé de manière insidieuse, je rotais le soir en regardant The Office et mon mâle me disait « quand même, tu fais beaucoup de bruit, comme les vieux, tu pourrais pas faire attention? ». Puis un soir, je n’ai pas pu dormir sans surrélever mon oreiller avec plein de coussins. Enfin j’ai fait une gastroscopie et c’est officiel: j’ai une gastrite. je suis embêté car après enquête c’est officiel: j’ai des problèmes d’estomac car je suis stressé. (j’aurais préféré que ça soit à cause d’une allergie. je sais pas, aux betteraves par exemple). bon en vrai je sais pas pourquoi je vous raconte ça je crois que c’est le paragraphe le plus inutile de l’histoire de ce blog. Afin de terminer sur une note négative, je vais donc clôturer ici ce post. Bye

Ajout à 18h53 le 22 mars 2019: Marine Leleu

J’étais à la piscine, en train de me battre avec des gros sangliers de sexe masculin qui ne me laissaient pas nager le crawl en paix dans la ligne d’eau « nageurs rapides » quand j’ai eu une illumination: j’ai oublié de vous parler de la personne la plus énervante du mois, alias Marine Leleu. Bon en gros pour vous la faire courte et pour ceux qui ne connaissent pas l’animal, Marine Leleu est une youtube spécialisée dans le sport qui nous fait chier poste des vidéos sur ses exploits sportifs – dernier en date: la Vasaloppet, course de ski de fond de 90 km en Suède. En gros la meuf a décidé de s’inscrire à cette course alors qu’elle n’a jamais fait de ski de fond de sa vie, et elle a tenté de faire le buzz avec des vidéos putaclic du style « je prends une semaine de cours intensifs et je rivalise avec les plus grands ». En soi, je n’ai rien contre les gens qui se lancent des défis sportifs débiles mais par contre j’ai une dent tenace contre les gens qui posent sur les pistes de ski en maillot de bain:

Screenshot from 2019-03-22 19-08-49

hashtag #jesuissportiveetféministe, 2019

Putain, c’est pénible cette manie des urbains parisiens de systématiquement considérer les sports d’hiver sous l’angle « les bronzés font du ski ». (en fait je vous le dis tout net car je ne suis qu’un petit intolérant: j’attends avec impatience le moment où quelqu’un fera enfin péter une bombe dans une station huppée, afin que les vacances au ski cessent de devenir le saint graal des vacances pour les riches). Bon par contre j’étais content parce qu’elle a pas réussi à finir sa course (vengeance mesquine des renardeaux arctiques).

 

Salut les gratins de ravioles aux courgettes,

Je sais que vous êtes des lecteurs assidus et c’est pourquoi voici une nouvelle fournée de bouquins à lire pour vous aider à supporter le travail & les mains aux fesses dans le RER B.

004394783

J’ai acheté ce livre sans savoir vraiment à quoi m’attendre, mais principalement dans l’optique de réhabiliter le prénom Kévin (je ne suis pas sensible aux blagues sur les Kévin, ok?). Or il se trouve que ce bouquin a véritablement dépassé mes espérances les plus FOLLES car il y est question d’un troll de compétition, mon alter-égo idéal en somme.

Le personnage principal s’apelle donc Kévin. Et comme il se fait chier au boulot et qu’il voue par ailleurs une détestation importante pour l’élite culturelle de ce pays (surtout les écrivains médiocres) (est-ce que ça vous rapelle quelqu’un?), il décide de mettre sur pied tout un système sophistiqué pour se foutre de leur gueule, vanter leurs textes les plus nuls, les brosser dans le sens du poil avant de les laisser tomber comme des merdes.

Un fatal flatteur, en somme.

Bon, ça ne se termine finalement pas très bien pour Kévin dans cette histoire mais c’est pas grave, cette lecture est l’occasion de rigoler un peu (et dieu sait que quand on voit Emmanuel Macron, on en a bien besoin en ce moment).

« – Comme un terroriste dormant, je prends le pli de la société que j’exècre, rigola Kévin en roulant de gros yeux où la désinvolture avait laissé la place à une fêlure personnelle. Je me fonds dans le moule, je deviens comme eux, et soudain: bam! sur le prétentieux. Comme une tapette à mouches. Quel soulagement! »

 

J’aime beaucoup les livres qui traitent de l’adolescence. Le problème, c’est que 99% du temps le sujet est mal abordé et je finis par hurler et par jeter par terre le bouquin en question, effaré par l’écart entre le point de vue de l’auteur et la vie réelle. Ca m’est arrivé encore récemment avec un bouquin intitulé « Je ne t’aime pas, Paulus« . Pourtant, la quatrième de couverture était alléchante: on était censé y lire l’histoire d’une fille de quatorze ans ne voulant pas sortir avec le dénommé Paulus (et qui pourrait l’en blâmer? avec un nom pareil). Résultat: malgré quelques punchlines marrantes dans les premiers chapitres, un bouquin complètement vaseux et hors-sol, avec pour morale « Paulus ne te plaisait pas au début, mais tu vois, en faisant un effort tu finis par l’apprécier« , alias, la chose qu’on ne souhaite pas entendre quand on a quatorze ans.

Bref, la forteresse impossible donc.

Ce bouquin est très chouette car il est sans prétention. L’histoire se déroule dans un univers tout simple et qui nous est d’emblée parfaitement familier: une petite ville de l’Amérique profonde, une mère qui travaille au supermarché tard le soir et qui laisse donc le champ libre à son fils (astuce d’écrivain: si les personnages de parents vous emmerdent, faites-les travailler tard le soir), un rejetton passionné d’informatique, deux amis boutonneux qui veulent voler Playboy au tabac du coin pour le lire en cachette. Et des blagues:

-« Elle est amoureuse de toi, mec, a dit Clark.

Alf a hoché la tête:

-Du tréfonds de ses cent cinquante kilos.

-Elle ne fait pas cent cinquante kilos.

-Tu déconnes? a fait Alf. Elle est tellement grosse qu’elle apparait sur les radars.

-Carrément, a fait Clark. Elle est tellement grosse que son groupe sanguin, c’est bolognaise! »

Sinon, le mois d’octobre a été placé sous le signe de la redécouverte de la bibliothèque municipale. ça faisait hyper longtemps que je n’avais pas pris de carte de bibliothèque et je me suis senti vraiment ému, quand je l’ai fait, de m’apercevoir que la bibliothèque de la ville où j’habite regorge de trésors de la littérature, tels que Gros dégueulasse de Reiser.

Le concept de Gros dégueulasse est simple: c’est l’histoire d’un mec qui se balade en slip et qui est dégueulasse (pour un exemple de blague qui se trouve dans le livre, aller voir ici – même si, si vous voulez mon avis, le film est naze comparé au vrai Gros dégueulasse de la BD).

Je l’avoue, la transition entre les deux bouquins n’est pas des plus aisée mais je vais m’y risquer quand même, car l’un des sujets qui traverse eleanor & park, c’est le problème avec les beaux-pères, ces gros dégueulasses. C’est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle j’ai bien aimé le livre (parce que la romance entre eleanor et park, justement, est quand même grave neuneu par moments, d’autant que l’auteur, ou la traduction, on ne sait pas, a eu un grave souçi avec la concordance des temps). Je me suis pas mal reconnue dans le personnage d’eleanor, qui doit composer pour aller tous les jours au lycée avec des vieux vêtements, n’a pas assez d’argent pour avoir des piles pour son walkman, n’a pas le droit de sortir de chez elle, vit entassée sur ses frères et soeurs dans une minuscule chambre où toute intimité est impossible, lit compulsivement tous les livres qu’on lui donne, et en veut à sa mère, qui a choisi pour refaire sa vie un homme macho, lunatique et violent. Je me suis d’ailleurs fait la réflexion que le thème de la violence familiale (la violence des hommes plus agés sur des filles plus jeunes) était souvent présent dans la littérature pour ados – peut-être de manière sureprésentée par rapport aux « vraies statistiques de la vraie vie » (de la même manière que le thème de la police, de la justice et des enquêtes est sur-réprésenté dans les téléfilms qui passent à la télé). Pourquoi ça? Est-ce parce que la plupart des écrivains ont été abusés pendant leur enfance, ce qui fait de ce sujet un sujet logique? Ou est-ce parce que les enfants qui souffrent ont plus tendance à lire des livres? On ne saura pas la réponse.

BONUS

Philippe Katerine qui chante partir un jour des 2 be 3. Les voies de l’inconscient sont impénétrables, mais je me rapelle avoir fait une fixation sur cette chanson (l’originale) quand j’étais enfant. Evidemment, les 2 be 3 étaient bannis du foyer familial (ma mère disait que c’était des « mauvais garçons » et expliquait à qui ne voulait pas l’entendre que les filles qui appréciaient les boys bands à huit ans étaient mal parties dans la vie – je me demande à quel point elle reliait le concept du bad boy avec sa propre vie, mais bon, ça, c’est une autre histoire)

Edit de 19h02: je viens d’aller regarder les mots-clefs qui ont amené des gens sur ce blog et les résultats sont une fois de plus à la hauteur de mes espérances:

  • astuce pour rester sur le chomage à vie
  • macron n’a jamais fait l’ena c’est un affabulateur de première catégorie
  • emma watson à poil
  • le caca d emanuel macron
  • le blog slip crade
  • c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses
  • graisse a frites copenhague
  • les arguments contre la vie moderne

Salut les matraques dans le cul,

Aujourd’hui, c’est les vacances et qui dit vacances dit TEMPS LIBRE et qui dit TEMPS LIBRE dit retour des LISTES DE LIVRES sur ce blog.

Avant de commencer, il faut que je fasse un mea culpa. Moi qui étais un lecteur compulsif, alias le roi de la bibliothèque, ma liste de bouquins terminés ces derniers mois frôle dangereusement le zéro. A ma décharge, j’ai tenté de lire des croûtes qui me sont tombées des mains (oui Guillaume Meurice, c’est de toi dont je parle, je t’aime bien mais tu es quand même plus rigolo à la radio que quand tu te lances dans la poésie), et puis, bah j’ai eu beaucoup de travail car que voulez-vous, c’est la start-up nation ici (hashtag renard au turbin).

Tout ceci explique que je n’ai que trois bouquins à vous présenter mais ne vous inquiétez pas, ils sont cool. Et si vous lisez jusqu’à la fin, je vous annonce la couleur: il y aura du bonus BRÂME!

s-l300

Je ne sais pas vous mais moi en voyant cette couverture je me sens aussitôt transporté dans la chambre poussiéreuse d’un mâle adolescent des années 80 fan de science-fiction. Autant vous dire, donc, que la nuit des temps de Barjavel n’était pas sur mon top 10 des lectures a priori les plus excitantes de l’été mais j’ai envie de vous dire: ERREUR. Ce bouquin est d’une modernité incroyable, j’en veux pour preuve ce passage où il est ni plus ni moins question de revenu universel et d’intelligence artificielle:

« Il n’y avait pas de pauvres, il n’y avait pas de riches, il n’y avait que des citoyens qui pouvaient obtenir tous les biens qu’ils désiraient. Le système de la clé permettait de distribuer la richesse nationale en respectant à la fois l’égalité des droits des Gondas, et l’inégalité de leurs natures, chacun dépensant son crédit selon ses goûts et ses besoins. Une fois construites et mises en marche, les usines fonctionnaient sans main-d’oeuvre et avec leur propre cerveau. Elles ne dispensaient pas les hommes de tout travail, car si elles assuraient la production, il restait à accomplir les tâches de la main et de l’intelligence. Chaque Gonda devait au travail la moitié d’une journée tous les cinq jours, ce temps pouvant être réparti par fragments. Il pouvait, s’il le déisrait, travailler davantage. Il pouvait, s’il le voulait, travailler moins ou pas du tout. Le travail n’était pas rétribué. Celui qui choisissait de moins travailler voyait son crédit diminué d’autant. A celui qui choisissait de ne pas travailler du tout, il restait de quoi subsister et s’offrir un minimum de superflu ».

(bon, après avoir fini le bouquin, à la question « le revenu universel est-il une bonne idée? », je dirais moyen bof)

Il y a des passages un peu énervants dans ce livre (i.e: à peu près tous les passages où le narrateur, Simon, est tout dégoulinant de niaiserie quand il parle d’Elea, la meuf congelée qui a 900 000 ans. Voyez par vous même via l’utilisation de métaphores top patriarcales à la clef du style « Elea… tu es belle, rien n’est aussi beau que toi… l’enfant nu, le nuage… la couleur, la biche… la vague, la feuille… la rose qui s’ouvre… l’odeur de la pêche et toute la mer…« . Jesus).

Il y a également des éléments de narration peu crédibles (peut-on me dire comment Elea va survivre dans le futur si personne ne s’est occupé de ranger dans un sac à l’abri sa machine qui lui prépare à bouffer?)

MAIS c’est quand même un super roman qui mélange à la fois l’archéologie et la science-fiction, et donc, je ne vous spoile pas l’histoire mais lisez-le.

Swi-Trading-SA

Le meilleur livre (écrit par l’ONG Public Eye) pour comprendre la Suisse (vous aussi, de passage à l’aéroport de Genève, vous vous êtes déjà vaguement demandé ce que c’était que ce pays de zinzin qui semblait vouer un culte aux montres de luxe et aux fonds d’investissements pour riches oligarques?).

Le-monde-libre

Livre écrit par Aude Lancelin, alias la meuf de Frédéric Lordon (ce qui fait d’elle, avouons-le, notre idôle à tous).

Le bouquin raconte son licenciement de l’Obs pour « divergences politiques », à peu près au même moment où le mouvement Nuit Debout a été lancé par son compagnon (elle officiait auparavant comme responsable de la rubrique Vie des idées au sein du journal). Comme elle n’a pas pu citer les noms exacts des personnes qu’elle charge, elle a utilisé des surnoms plus ou moins débilous (l’obs devient l’obsolète, xavier niel l’ogre des telecoms, etc). Au début c’est pénible et ensuite on s’y fait, surtout que c’est vraiment bien écrit.

Car Aude Lancelin est véritablement un top grugru de qualité. Elle n’a pas son pareil pour dire en quelques tournures de phrases assassines tout le mal qu’elle pense des gens médiocres. On trouvera donc dans ce livre des expressions du style « l’antitotalitarisme mondain » (pour décrire BHL) ou des passages comme celui-là pour décrire le genre d’ambiance qui règne dans les rédactions parisiennes:

« Quand, par extraordinaire, on arrivait à arracher à Jean Joël une définition de la gauche, il s’en tirait avec une phrase énigmatique, tantôt attribuée à Foucaut, tantôt à Sartre: « La gauche existe, mais elle ne sait pas qui elle est ». Poussé dans ses retranchements, le fondateur pouvait aussi à l’occasion en venir à évoquer évasivement « la défense des humiliés », sans renseigner son interlocuteur davantage. Du côté du nouveau directeur de la rédaction de l' »Obsolète », l’exercice pouvait donner lieu à des résultats plus réjouissants encore. Etre de gauche, c’était avant tout ne pas être de droite, pour ce garçon peu porté sur la spéculation. « Chacun comprend cela, pontifiait-il d’une voix ralentie, comme artificiellement posée. Tout le monde connaît les engagements de l’Obsolète ». Ce genre d’évocation vague suffisait selon lui à clôre l’affaire, le reste n’étant que discussion sur le sexe des anges destinée à divertir quelques universitaires. Lorsque, sommé d’aller plus loin, il tentait néanmoins de pousser les gaz, cela pouvait donner dans ses éditoriaux des choses comme celles-ci… être de gauche, « c’est penser l’infiniment grand en trouvant des solutions qui améliorent l’infiniment petit, c’est-à-dire le quotidien des gens ». Le genre de phrases qui aurait peut-être convenu à une réclame de compagnie d’assurances ».

C’est un livre à la fois optimisme sur le plan politique (son licenciement a marqué la cassure qui s’était opéré entre la gauche type Valls / Hollande / Macron et la gauche des Insoumis, Lancelin ayant d’ailleurs rejoint la rédaction du Média par la suite). Mais c’est aussi, souterainement, un livre empreint de nostalgie pour le journalisme, pour ce métier qui existait encore il n’y a pas si longtemps et qui se dilue dans le capitalisme cool et les logiques managériales:

« Fini le temps de la stabulation libre, des cafés qui s’allongeaient dans l’après-midi, des rencontres imprévues d’où sortaient les seules idées qui vaillent, des matinées chez soi à lire pour forger un style et nourrir un début de pensée. »

Tiens, rien que pour ça, et je serais à deux doigts de braver mon aversion viscérale pour Sophia Chirikou et de m’abonner au Média, rien que pour écouter l’émission de débat d’Aude Lancelin.

BONUS LIVRE NUL A CHIER

download

Oulalalala les amis, ce livre est véritablement le scandale du mois.

Afin de resituer le contexte & car je suis un renard transparent au niveau de mes conflits d’interêt, je dois avouer que j’ai pour Caroline Franc, alias la personne qui a pondu ce roman, une dent tenace. Dent qui remonte à la publication de ce post, juste après les attentats de Charlie Hebdo, intitulé « Not Afraid« .

On y voit Caroline Franc brandir sa carte de presse place de la république, totale grandiloquence et hystérie collective en mode « à travers Charlie Hebdo c’est moi et le journalisme tout entier qu’on assassine ».

Ne pouvant laisser passer une telle récupération narcissique, j’ai laissé un commentaire où je m’étonnais qu’une personne dont le blog est rempli de posts sponsorisés pour des sandales la redoute puisse se considérer sérieusement comme journaliste au même titre que ceux de Charlie Hebdo, joignant une citation volontairement farceuse de Pierre Desproges (je ne la retrouve plus mais il y était question d’un journaliste radio venant interviewer Desproges dans sa loge et se voyant qualifier de « mammifère mou qui fait des flatulences dans un micro »).

Bref, croyez-le ou pas, la meuf a supprimé ma remarque (alors qu’elle geignait ouin la défense de la liberté d’expression deux minutes avant). Et dans les commentaires, c’est parti en totale quéquette (quand j’y repense, ça annonçait avec un peu d’avance le délire collectif qui s’est plus tard emparé de la France quand à son obsession pour le « je suis Charlie »). Un mec a même posté ça:

« J’ai eu les larmes aux yeux hier en entendant un journaliste égyptien de confession musulmane présenter ses excuses pour cet acte horrible commis au nom de sa religion. J’ai eu les larmes aux yeux en écoutant Patrick Pelloux parler de ses amis. J’ai eu les larmes aux yeux en te lisant, en lisant aussi le magnifique texte de Sophie Fontanel sur le DailyElle. J’ai eu les larmes aux yeux au boulot quand ce matin j’ai vu le drapeau en berne puis quand à 12h00 tout le monde était au garde-à-vous dans la caserne pour la minute de silence. J’ai serré les poings en lisant le commentaire de RENARDEAU qui, comme les affreux qui ont tiré hier, ne voit pas plus loin que le bout de son museau. Mais comme je suis Charlie je garde la foi. »

Complètement zinzin non?

Enfin bref, suite à cet épisode, le Caroline Franc a vécu sa vie, et moi la mienne, jusqu’au jour où je suis tombé nez à nez avec MISSION HYGGE.

Je dois dire que le destin est taquin car il se trouve que le concept du « hygge » doit être la chose contre laquelle j’ai le plus grogné à l’époque où j’habitais au Danemark. Le « hygge », pour résumer, c’est un mot qui ne veut rien dire et que les danois aiment bien utiliser pour tout et n’importe quoi (un brunch, des bougies, un coussin en peau d’ours, des gateaux trop sucrés que quelqu’un a amené au travail, etc). Etre « hyggeligt » ça veut dire, en gros, larver toute la journée comme un mollusque devant Netflix en legging léopard, un verre de coca à la main, et ne pas se sentir coupable de le faire. L’équivalent anglais serait peut-être « chill ». Les danois sont en quête perpétuelle du « hygge », c’est à dire de cette zone un peu béate, très blogueuse mode, où tout l’univers autour d’eux est édulcoré et stylisé comme sur un filtre instagram, et où il ne se passe absolument rien de clivant (autant vous dire que le concept du « hygge » ne s’applique pas aux débats politiques à table en famille en France).

Si le « hygge » m’énerve autant, c’est parce que c’est un concept individualiste. Il sous-entend que si vous êtes malheureux, ce n’est pas à cause de la société (le chômage, la pauvreté, la pollution, votre travail à la con, que sais-je) mais tout simplement parce que vous ne vous êtes pas accordé assez de temps pour vous. Et si vous preniez un bain moussant avec des huiles essentielles qui sentent bon, tout en mangeant du chocolat? Le « hygge », c’est cette croyance débile, qu’on trouve excessivement dans la presse féminine, qui consiste à penser que le « cocooning » est la solution à tous les problèmes.

Alors que si le Danemark est un pays où les gens sont plus heureux qu’en France… c’est parce que c’est un pays qui est très égalitaire (au sens politique du terme). Tout dans la société, au niveau des lois et de la pression sociale que les individus s’infligent les uns aux autres, est fait pour tendre vers l’égalité (système scolaire, fiscalité, rapports hommes-femmes etc). Rien à voir avec le hygge donc. Si les danois sont plus contents que les français, c’est parce qu’ils n’ont pas de Bernard Arnault qui vient les narguer à la télé en leur disant de travailler plus, bande de feignasses, et pendant que vous me regardez ma fortune a encore triplé.

Le livre de Caroline Franc m’a vraiment tendu le coussinet car non seulement c’est un ramassis de clichés sur le Danemark (rien que le nom du lieu où se déroule l’histoire, Gilleleje, sonne faux, et je ne vous parle pas des pseudos proverbes danois tels que « vis comme si demain il n’y avait plus de café ») mais aussi parce que cette lecture a pour moi été l’occasion de me rendre compte que parfois, il suffisait d’avoir un peu de « notoriété » dans le monde des médias pour se faire publier tranquillou, même si on écrit des trucs vraiment nuls. Je dois l’avouer, je suis un renard idéaliste et je pensais encore naïvement que la complaisance envers les textes vraiment mal écrits, ça n’existait pas. Et pourtant… pas plus tard qu’il y a deux semaines, Géraldine Dormoy, du blog Café Mode, a publié ce post sur instagram. Tous les commentaires négatifs sur le bouquin ont été supprimés au fil de la journée.

Pour ceux que ça intéresse, le New York Times a publié début juillet un papier très fouillé sur les dernières lois « identitaires » qui ont été passées au Danemark récemment, notamment au sujet du quartier de Norrebro (je suis particulièrement sensible à ce quartier parce que j’y ai vécu). C’est de ça dont j’aimerais qu’on me parle dans un roman sur le Danemark. Le but de la littérature, c’est de dire la vérité. De faire sentir à celui qui n’y est pas comme c’est, d’être dans la peau de quelqu’un d’autre, d’habiter ailleurs. Vivre au Danemark, en 2018, ça n’a rien à voir avec les tribulations de Chloé, l’héroine du roman de Caroline Franc. Et si identité danoise il y a, ce n’est pas cette identité apaisante et heureuse qu’on nous vend trop souvent dans les médias quand on parle des pays nordiques.

BREF, vous l’aurez compris, je suis NRV.