Salut les lézards,

De base j’avais prévu de râler contre cet attrape-crétin de Macron (comme toujours) mais finalement je me suis dit que c’était chiant, de râler tout le temps sans jamais rien proposer de constructif. C’est pourquoi j’ai décidé à la place de vous faire la liste des trucs COOLS que j’ai découverts ces derniers temps. En espérant que cela vous inspirera dans votre lutte contre le capitalisme.

Bisous.

1.LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, Peter Wohlleben

Est-ce que vous aussi des fois vous prévoyez d’offrir un livre à quelqu’un et finalement, le livre en question a l’air tellement bien que vous le lisez d’abord et que vous ne le refilez à la personne que trois mois de plus tard ? (tout surligné et annoté?) C’est un peu ça qui s’est produit avec la vie secrète des arbres. Dès le premier chapitre, je me suis mis à glapir comme un forcené :

« Il y a longtemps de cela, alors que je parcourais l’une des anciennes réserves de hêtres de mon district, de curieuses pierres moussues ont attiré mon attention. J’étais passé maintes fois à côté sans les remarquer, jusqu’à ce jour où je me suis arrêté et accroupi. Leur forme, en léger arc de cercle, était peu ordinaire. En soulevant un peu la mousse, je mis au jour l’écorce. Ce que je croyais être des pierres était en fait du vieux bois. Le bois de hêtre pourrissant habituellement en l’espace de quelques années sur un sol humide, la dureté du morceau que j’examinais m’étonna. Surtout, je ne pouvais pas le soulever, il était solidement ancré dans le sol. Je grattai un petit morceau de cette écorce avec un canif et découvris une couche verte. Verte ? Cette couleur n’apparaît que lorsqu’il y a présence de chlorophylle, soit dans les feuilles fraîches, soit stockée sous forme de réserve dans les troncs des arbres vivants. Une seule explication était possible : ce morceau de bois n’était pas mort ! A y regarder de plus près, les autres « pierres » n’étaient pas disposées au hasard, mais formaient un cercle de 1,50 mètre de diamètre. Je me trouvais en présence des très anciens vestiges d’une immense souche d’arbre. Il ne subsistait que quelques fragments de ce qui avait jadis été l’écorce tandis que l’intérieur s’était depuis longtemps décomposé en humus, deux indices qui permettaient de conclure que l’arbre avait dû être coupé entre 400 et 500 ans auparavant. Mais comment était-il possible que des vestiges survivent aussi longtemps ? Les cellules se nourrissent de sucres, elles doivent respirer, se développer, ne serait-ce qu’un minimum. Or, sans feuilles, donc sans photosynthèse, c’est impossible. Aucun des êtres vivants de notre planète ne résiste à une privation de nourriture de plusieurs centaines d’années, et cela vaut aussi pour les vestiges d’arbres, du moins pour les souches qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes. A l’évidence, ce n’était pas le cas de celle-ci. Elle bénéficiait de l’aide que les arbres voisins lui apportaient par l’intermédiaire des racines. La transmission des substances nutritives s’effectue soit de façon diffuse par le réseau de champignons qui enveloppe les pointes des racines et contribue ainsi aux échanges, soit par un lien racinaire direct. Je ne pouvais savoir quelle forme de transmission était ici à l’œuvre, car je ne voulais pas causer de dommages à cette vénérable souche en fouillant le sol. Mais une chose était sûre : les hêtres environnants lui diffusaient une solution de sucre pour la maintenir en vie. Pourquoi les arbres ont-ils un comportement social, pourquoi partagent-ils leur nourriture avec des congénères et entretiennent-ils ainsi leurs concurrents ? Pour les mêmes raisons que dans les sociétés humaines : à plusieurs, la vie est plus facile ».

Ce livre est une mine d’informations fascinantes, et l’occasion de se forger une solide culture végétale afin de clouer le bec aux deux fléaux de notre époque : les libéraux et les végétariens. Je vous laisse le lire pour savoir pourquoi mais sachez que vous aurez de bons arguments en stock la prochaine fois que quelqu’un vous sortira des conneries sur la loi du plus fort qui règne dans la nature (et que notre économie humaine se doit de copier). Ou quand un végétarien tentera de vous expliquer la différence entre le règne animal et le règne végétal (ou le retour du débat sur la souffrance et le cri de la carotte). En bonus, il y a pas mal d’infos croustillantes sur les champignons et les chauves-souris.

2.MAD MAX : FURY ROAD

J’avais un gros a-priori sur ce film avant de le voir (car, sous mes apparences de renard sauvage, je ne suis pas un aficionado de films d’action violents). D’ailleurs j’ai passé la première demie-heure de visionnage à grogner devant la surenchère de cliché machistes (une société patriarcale basée sur les grosses voitures et les femmes tire-lait, une armée de guerriers blanchâtres et dégénérés qui ont tous le même père : wtf ?). Mais, lentement mais sûrement, le film s’est acheminé vers tout l’inverse et ça a été tellement, mais tellement COOL que j’ai même pleuré à la fin. Je crois que c’est mon film pref de l’année (après l’enlèvement de Michel Houellebecq of course).

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3.PICARDIE DEBOUT

Je viens de remarquer que j’en ai étonnamment peu parlé sur ce blog mais il se trouve que depuis plusieurs mois je voue un culte à François Ruffin. C’est simple et je le dis sans objectivité aucune : François Ruffin est la seule personne en France avec qui je suis intégralement d’accord, quoi qu’il dise, et je souhaite qu’il devienne président de la république (autant vous dire que je suis sur les starting-blocs pour 2022). C’est pourquoi j’ai décidé de faire une entorse à mon règlement interne de renard (grogner oui, s’engager en politique non) pour participer, en mai dernier, à la campagne de Picardie Debout pour les législatives. Et franchement c’était TROP BIEN. J’étais déjà plutôt radicalisé avant, mais la campagne n’a fait qu’accélérer le processus. Je suis rentré à la maiz totalement galvanisé. Car j’ai compris un truc tout bête (mais qu’on oublie souvent à gauche) : il est possible de gagner des batailles ! Et l’ennemi (en l’occurrence En Marche) vacille plus facilement que prévu. Alors il est évident qu’au vu du nombre de siège ridiculement bas obtenu par les Insoumis aux législatives au niveau national, la victoire de Ruffin dans la 1ere circonscription de la Somme paraît comme une goutte d’eau dans un large fleuve macroniste. Mais il a déjà commencé à grogner et à envoyer des boulets rouges un peu partout, et je suis CONTENT. J’aime bien me dire que c’est peut-être le début d’un mouvement qui prendra de l’ampleur. A mort le capitalisme et vive la révolution !

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En plus François R. court le 5k à 15 km/h en moyenne. De quoi impressionner toutes les youtubeuses fitness en marche.

4.LES CARTES DE VŒUX GARAGE DELOFFRE

Je ne sais pas vous mais moi je suis un grand aficionado de papeterie. Dès que je suis dans une librairie ou un bar-tabac, je suis en quête de CARTES (si possible moches et remplies d’humour gras). C’est pourquoi j’ai été excessivement enthousiasmé le jour où je suis tombé sur les cartes de vœux Garage Deloffre :

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J’ai pensé que ça vous plairait aussi, pour offrir à vos amis macronistes pour leur anniversaire. En bonus, la personne qui tient la page facebook est très aimable :

RENARDEAU : bonjour je souhaite envoyer une carte de vœux passive-agressive à l’un de mes amis. où puis-je me procurer vos œuvres?

GARAGE DELOFFRE : bonjour, c’est une très bonne idée. l’intégrale des cartes paraîtra aux éditions lapin le 24 août.

RENARDEAU : TOP COOLOS! on a hâte.

GARAGE DELOFFRE : si c’est urgent, n’hésitez pas à lui envoyer le fichier numérique de la carte, il la recevra et sa journée sera ruinée, mais c’est vrai que le papier fait plus d’effet.

Salut les gigots,

Récemment, c’était mon anniversaire. Et on m’a offert le livre le plus COOLOS qui puisse exister:

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C’est difficile de résumer l’histoire de ce bouquin car il n’y en a pas. En gros on suit Sophie, une jeune chômeuse lyonnaise qui essaye d’écrire un livre mais qui se fait régulièrement déconcentrer par Lorchus (son diable personnel), Hector (son ami obsédé qui la tanne pour qu’elle lui écrive une scène de sexe) et sa mère (qui commente tout ce qu’elle écrit en direct). Le livre raconte les efforts de Sophie pour poursuivre son travail d’écrivain tout en essayant de boucler les fins de mois avec le peu d’argent qui lui reste (Sophie a perdu ses droits au RSA à cause d’une sombre erreur administrative).

Ce livre m’a tellement enthousiasmé que je l’ai lu en passant mon temps à faire des sauts de cabri sur place et à glapir de joie. J’ai corné pratiquement toutes les pages (on s’est même foutu de ma gueule parce qu’à un moment dans l’histoire, Hector envoie à Sophie un mail dont l’objet est « Salut. », et que j’ai surligné ce passage) (moi aussi j’envoie des mails à objet « Salut. »). Je crois que ça m’a fait du bien de lire ce livre car pour une fois ce qui comptait, ce n’était pas le réalisme de l’intrigue. Sophie Divry n’en a rien à foutre que ça parte en quéquette. Dès qu’elle veut faire une digression sur un truc, elle le fait. C’est comme ça par exemple qu’au milieu de nulle part, on se retrouve avec des longs apartés gratuits, du genre celui-là:

« Je n’aime pas les hommes qui se sont vraiment découverts en allant passer une semaine dans le désert, Il faut vivre ça au moins une fois dans ta vie, ça m’a tellement apporté; je n’aime pas les hommes qui remplissent d’office votre verre de vin; je n’aime pas les hommes parfumés; je n’aime pas les hommes avec de grosses cuisses; je n’aime pas les complotistes ni les lecteurs de livres ésotériques; je me méfie de ceux qui aiment trop le jazz; je n’aime pas les mauvais pères; je n’aime pas les hommes qui ont des problèmes de parking; je n’aime pas les hommes qui redoutent sans cesse de se faire arnaquer; je n’aime pas les hommes qui vocifèrent pendant les grèves SNCF; je n’aime pas les hommes qui appellent par leur prénom des gens qui, eux, leur donnent du monsieur; je n’aime pas les hommes qui sont mal à l’aise dans un PMU crade; je n’aime pas les hommes qui font de la photo, Tu fais quoi, toi? Moi, je fais de la photo; je n’aime pas les hommes qui ne mangent rien au petit déjeuner »

J’ai bien aimé aussi le coté « roman en train de se construire ». En ce moment (je suppose qu’il fallait bien finir par l’avouer à un moment ou à un autre) j’essaye d’écrire, et je n’arrête pas de buter sur les mêmes problèmes: quelle est la place du narrateur? comment raconter une histoire en gardant le suspense quand l’auteur et le narrateur se confondent et qu’on sait à l’avance comment ça va se terminer? comment écrire les transitions? comment caser des passages loufoques? QUID du RÉALISME?. Dans ce bouquin, tous les problèmes sont réglés par le fait que le Sophie s’autorise tout. En lisant ce livre on a l’impression de lire un journal de travail. Avec des petits grabouillages de bas de page (il y a tout un travail sur la typo qui est très chouette, avec des tâches d’encre au milieu des pages, ou bien un passage où le diable (Lorchus) dessine une bite au milieu du texte), des jeux de mots, des rimes, des mots inventés, des conversations enregistrées au dictaphone et intégralement recopiées dans le texte…

Il y a tout un tas de passages qui m’ont fait hurler de rire et que j’aurais aimé vous copier-coller (le passage où Sophie parle avec « Patriciamiam-miam » sur un tchat sexy, ou alors le passage où Sophie fait du covoiturage et tombe sur un fan de serpents (« Mate, lui c’est Half. Il mange du vivant. L’autre, c’est Jeyson, je lui donne des souris congelées, parce qu’une fois il s’est fait mordre par une souris, depuis il a peur, ce con, alors je lui donne des souris congelées« ) mais je terminerai avec un extrait des élucubrations du personnage de Lorchus:

« -Faut réseauter, y’a que ça qui compte ré-seau-ter. On voit bien que tu n’as pas l’esprit d’entreprise, toujours le salariat, toujours l’assistanat… Incapable de performer. Tu ne connais pas le bonheur de faire quatre-vingt-dix pour cent de marge sur un produit. Ce sont de grandes joies. Bon, après, dit-il en se touchant les cornes, après il faut placer l’argent, c’est sûr…

Lorchus se tut un moment, perdu dans d’helvétiques et antifiscales pensées. Je me bouchai le nez et dis que tout ça n’était pas de mon ressort, j’étais une fille honnête. Lorchus me tira violemment par l’oreille.

-Gnnnnn…

-Je n’ai pas fini la leçon, microbe! Achète du pain en donnant un billet de dix euros, demande la monnaie sur vingt. Ça marche un coup sur deux. Tu passes ton temps à traîner en bibliothèque, dérobes-y des ordinateurs. Tu les revendras à prix cassé. Au bar, fais-moi plaisir, vole le sac des fumeurs sortis s’en griller une…

Lorchus se promenait de long en large, ses pieds fourchus laissaient des traces gluantes sur mon petit plancher.

-Attaque ton prochain! rugit-il, énervé par mon silence. Libère ton potentiel! Je ne vais pas non plus tout lucifaire à ta place. Tu penses trouver de l’argent par miracle? Fais-toi pute, là ça rapporte. Ou mendiante… Ben voilà, on n’a pas envie, on a – comment tu dis, déjà? – sa dignité.

Mes parents ne m’avaient pas éduquée comme ça. Autant mourir de faim.

-Comme tu veux, mais va falloir faire un choix, ma petite. Ou tu es du côté des winners qui rebondissent toujours, ou du côté des microbes sous perfusion qui pleurent à chaque facture et s’enfoncent dans la mouise chaque jour un peu plus. Remets en cause tes valeurs. Libère-toi. L’honnêteté, le partage, la sobriété, tout ça c’est pets de poule. Tu vas écouter ta mère toute ta vie? Deviens toi-même. Be yourself! »

On dirait un jeune avec Macron, pas vrai?

PS: en fouinant sur internet j’ai appris que Sophie Divry avait reçu le prix trop virilo pour ce bouquin. Le prix virolo est un prix parodique du prix femina, qui récompense chaque année « la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de l’année, c’est-à-dire un roman ou essai qui place l’homme, ou plus précisément le machisme, au centre de sa problématique. Un prix Trop Virilo est à la fois Trop Virilo et content de l’être« . Je sais que vous frétillez tous comme des poulets rôtis désormais hinhin

allez bye

Salut les sales,

Cette semaine franchement c’est n’importe quoi.

Par exemple, cet après-midi je suis allé prendre du chocolat dans la boite à chocolat (OUI je possède une boite dans laquelle je range mes chocolats. Ne me jugez pas merci). Et là mon mâle m’a dit « attention: tu fais le jeu du FN ».

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la boite à chocolat en question

Et il avait pas tord de me dire ça: cette remarque était en droite ligne avec la foire au boudin de la connerie qui a lieu depuis une semaine à la télé et sur les réseaux sociaux. C’est simple: si t’as le malheur de dire que le 7 mai, tu penses s’abstenir, tout le monde sort son gourdin pour te le taper sur le crâne parce que soit disant tu fais le jeu du FN (il faudrait qu’à un moment quand même les gens se rendent compte que ce qui fait le jeu du FN, c’est les gens qui votent FN, ainsi que les politiques économiques libérales et les blogs de mode. Personne d’autre ok).

Mais pourtant, malgré mon grugru instinctif au sujet de tous les appels au vote utile, plus les jours passent et plus je culpabilise à l’idée de voter blanc (exemples d’articles culpabilisants).

Du coup comme je suis quand même un citoyen modèle, j’ai décidé de lire les programmes de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron pour essayer d’avoir un avis un minimum objectif sur la question (spoiler: en fait je voulais me rassurer et me dire que le programme de Macron était pas si terrible que ça comparé à celui de Le Pen).

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le résultat de mon investigation: en direct live de mon bullet journal tavu

Conclusion: on a pas le cul sorti des ronces.

D’abord on observe (juste visuellement) que le programme du FN est beaucoup plus fourni que celui d’En Marche (tant du côté des points positifs que des points négatifs). Constat qui s’explique par une raison simple: le programme du FN comporte 144 propositions, quand le programme d’En Marche en comporte un peu moins de 100 (soit un tiers de moins).

Ce constat effectué, je me suis heurté à deux difficultés.

La première difficulté, c’est que j’avais pas assez de place dans la colonne « moins » pour noter tous les trucs du programme du FN avec lesquels j’étais pas d’accord. J’ai donc gardé seulement les points que j’estimais être « les pires » mais à la relecture, je ne sais pas si on saisit bien tout le potentiel caca de ce programme (la proposition la plus WTF étant sans conteste la numéro 15: « Mettre en place un plan de désarmement des banlieues concernées et de reprise en main par l’État des zones de non-droit. Cibler les 5 000 chefs de bandes délinquantes et criminelles identifiées par le ministère de l’Intérieur. Afin d’empêcher leur reconstitution, instaurer en complément de la peine pénale l’injonction civile d’éloignement« . J’en connais qui vont se prendre des matraques dans le cul à minuit alors qu’ils avaient rien demandé et qu’ils dormaient tranquilles dans leur lit).

Mais la seconde difficulté, c’est que j’arrivais pas non plus à trouver suffisamment de trucs biens dans le programme de Macron pour remplir la colonne des « plus ». Parce que entre les selfies de groupes de gens qui ont l’air hyper contents d’être en marche et les propositions complètements creuses écrites en rose fluo, il y avait quand même pas grand chose, dans son programme. J’ai dû me creuser la tête pendant une bonne demie-heure pour parvenir à trouver les quatre minuscules points que j’ai mis dans la colonne des points positifs (sachant que le 50% de bio dans les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise, c’est pas la grosse révolution non plus…).

Je suis alors allé trouver mon mâle (alias le gros abstentionniste du groupe) pour lui amener le résultat de mon enquête ficelé entre mes dents. En mode « ok le programme de Manu est complètement creux et vide mais lui au moins ne va pas nous mettre de matraque dans le cul ». Le mâle a jeté un regard méprisant à mon bullet journal et a lâché un lapidaire:

-« T’as pas marqué ce que Macron a dit, au sujet des retraites. »

Qué retraites? Je suis allé revérifier, il a quasiment rien mis à ce sujet dans son programme, hormis « nous mettrons fin aux injustices de notre système de retraites » et « nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau des pensions« . C’est là que je me dois de vous livrer une information importante sur la Vie (avis au plus jeunes d’entre vous): si quelqu’un vous annonce qu’il ne va pas faire un truc, méfiez-vous, en général ça sent le pâté. Du coup que dit vraiment Macron au sujet des retraites? Sous l’anodine phrase « nous mettrons fin aux injustices de notre système de retraites« , ce qu’il  veut en fait, c’est passer à un système de retraites par points. Système nettement moins bisounours que prévu, comme le souligne cet article du Monde:

Emmanuel Macron précise par ailleurs qu’il maintiendrait l’âge légal de la retraite à 62 ans et le montant des pensions, mais cette promesse est toute relative. Elle serait sans doute vraie sur son éventuel quinquennat, puisque la réforme mettrait « environ dix ans » à entrer en œuvre. En revanche, une fois effective, le montant des retraites pourrait varier. Dans un régime par points, le montant des retraites n’est pas garanti (comme il l’est actuellement) puisqu’il varie en fonction de la « valeur du point » dans le système classique, ou du « coefficient de conversion » dans le système de comptes notionnels. En 2010, le Conseil d’orientation des retraites avait simulé un passage à la retraite par points mais avait souligné la difficulté à en évaluer les effets sur les pensions, qui dépendent notamment de la définition du coefficient. En outre, le calcul du coefficient de conversion inciterait globalement à travailler plus longtemps: il prend en compte l’âge de départ : plus une personne décide de prendre sa retraite tard, plus sa pension est élevée. Il prend aussi en compte l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient l’assuré. Maintenir un niveau fixe de pension si l’espérance de vie augmente supposerait donc de retarder l’âge de départ à la retraite.

Et TOUT dans son putain de programme est comme ça. L’exemple le plus connu étant celui de l’assurance chômage, qui sera étendue (selon le programme) même aux gens qui démissionnent MAIS qui interdira à un chômeur (selon les réponses données par Macron quand les journalistes le poussent sur le sujet) de refuser plus de deux offres d’emplois sous peine de perdre ses droits.

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On en revient donc au même point que lors de l’élection de Trump vs Hillary. On nous demande de choisir entre un programme ouvertement caca et un programme un peu moins caca, mais qui a la désagréable habitude de se parer des habits du bien pour forcer les gens à voter pour lui.

Et vous savez quoi? ça me fait chier. Je sais pas ce que je ferai le 7 mai du coup (si vous pensiez que j’allais vous dire quoi faire, vous l’avez dans le cul). Mais je vous laisse avec cette vidéo de François top chouchou Ruffin, qui me semble être la seule personne à dire des trucs intelligents en ce moment (merguez et cool citation de Gramsci incluses):

Salut les insoumis,

En ce moment, je suis très content:

a) Jean-Luc est en hausse dans les sondages;

b) je vis désormais dans un terrier équipé de la bibliothèque la plus coolos de la terre:

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le livre de cuisine c’est pour faire genre je suis un cordon bleu, en vrai je sais faire cuire que des pâtes

Pour fêter l’amélioration présente et peut-être future de mes conditions de vie, j’ai lu Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.

Michel-Houllebecq

coucou Michel

Bon alors ce livre a été une révélation, et ce dès le premier chapitre (ce fameux premier chapitre où le héros, bourré, s’affale derrière un canapé lors d’une fête organisée par son travail et écoute, ennuyé, les conversations débiles des « deux boudins du service » en pestant intérieurement contre le féminisme). En effet j’ai découvert que, comme Michel, j’étais un gros macho. J’ai passé une bonne partie de la lecture a ricaner bêtement et à surligner des passages, tels que:

« Catherine Lechardoy était à ses côtés. De temps en temps elle acquiesçait d’un: « Oui, ça c’est important ». Elle avait du rouge sur sa bouche et du bleu sur ses yeux. Sa jupe atteignait la moitié de ses cuisses, et ses collants étaient noirs. Je me suis dit subitement qu’elle devait acheter des culottes, peut-être même des strings; le brouhaha dans la pièce devint légèrement plus vif. Je l’imaginai aux Galeries Lafayette, choisissant un string brésilien en dentelle écarlate; je me sentis envahi par un mouvement de compassion douloureuse ».

Il y a aussi tout un tas de passages très rigolos sur l’absurdité du travail salarié:

« Dans l’après-midi, je devais voir le chef du service « Études informatiques ». Je ne sais vraiment pas pourquoi. Moi, en tout cas, je n’avais rien à lui dire. J’ai attendu pendant une heure et demie dans un bureau vide, légèrement obscur. Je n’avais pas vraiment envie d’allumer, en partie par peur de signaler ma présence ».

Mais le top grugru d’Extension du domaine de la lutte, c’est évidemment la critique que fait le livre du libéralisme – ou comment le libéralisme a les mêmes effets délétères sur l’économie que sur les relations humaines. C’est un truc auquel je pense souvent et que la plupart des membres de mon entourage ne comprend pas, du coup j’étais assez content de trouver ENFIN quelqu’un sur la même longueur d’onde (même si la personne en question sent un peu le moisi et n’a plus de dents à cause de son hygiène de vie déplorable).

Il y a de ça quelques années était sorti un sondage qui tentait de relier convictions politiques et pratiques sexuelles. Les résultats étaient assez étonnants. On y apprenait que les électeurs du FN et du Front de gauche, qui pourtant défendaient une approche très « régulatrice » de l’économie (protectionnisme, régulation de la finance, mise en place de normes accrues pour préserver les salariés ou l’environnement etc.) étaient également les plus « libéraux » dans leur vie sexuelle (plus grande tolérance à l’infidélité, nombre plus important de partenaires sexuels au cours de la vie, etc). Je trouve ça hyper bizarre, ce manque de cohérence. Comment peut-on dénoncer les méfaits du libéralisme dans la sphère économique sans se rendre compte que les effets sont les mêmes sur les relations de couple ou la sexualité? Ou pour le dire autrement: comment peut-on encore se dire « de gauche » quand on chope sur Tinder, alors que cette application n’est rien d’autre qu’un supermarché du sexe? (c’est le moment où vous allez sortir votre gourdin pour me l’écraser sur la tête si vous avez eu plus de trois partenaires sexuels dans toute votre vie, dont un trouvé sur Tinder. Mais je m’en fous car j’ai le crâne dur).

« Véronique appartenait, comme nous tous, à une génération sacrifiée. Elle avait certainement été capable d’amour; elle aurait souhaité en être encore capable, je lui rends ce témoignage; mais cela n’était plus possible. Phénomène rare, artificiel et tardif, l’amour ne peut s’épanouir que dans des conditions mentales spéciales, rarement réunies, en tout points opposées à la liberté de mœurs qui caractérise l’époque moderne. Véronique avait connu trop de discothèques et d’amants; un tel mode de vie appauvrit l’être humain, lui infligeant des dommages parfois graves et toujours irréversibles. L’amour comme innocence et comme capacité d’illusion, comme aptitude à résumer l’ensemble de l’autre sexe à un seul être aimé, résiste rarement à une année de vagabondage sexuel, jamais à deux. En réalité, les expériences sexuelles successives accumulées au cours de l’adolescence minent et détruisent rapidement toute possibilité de projection d’ordre sentimental et romanesque; progressivement, et en fait assez vite, on devient aussi capable d’amour qu’un vieux torchon. Et on mène ensuite, évidemment, une vie de torchon ».

Cet article était sponsorisé par l’association « tous en burka & mort au travail ».

Allez bye