« Il n’y a pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir »

– Albert Camus

Salut les exploités,

Ça fait un mois que je suis au chômage ! Et qui dit date anniversaire dit bilan. Voici donc les premières observations que je peux vous ramener du Front de Libération du Travail Salarié.

10-2nan je déconne

Déjà je voulais vous dire : être une blogueuse mode au chômage, c’est pas si facile. Depuis que je suis au chômage, je pense que j’ai perdu environ 100 points de sexy. Bon de base, je partais déjà pas d’un top niveau donc l’adaptation à ma nouvelle vie (la vie de moche) n’a pas été trop difficile. Mais quand même, certains jours je me dis qu’on a atteint un nouveau pallier. Déjà à cause de la coiffure. Alors je sais que c’est à la mode en ce moment de se faire un chignon dégueu quand on a le poil gras et qu’on sait pas comment se coiffer le matin. Mais arrêtons de nous mentir : le bun décoiffé ou la chignasse, ça ne ressemble jamais à ça ou à ça, mais à ça :

tumblr_msvswip4lq1sgh5zho1_400ambiance zézette épouse x

Après au niveau de ma garde-robe, j’ai adopté de manière instinctive pour un uniforme minimaliste de chômeur. Call me the new garance doré. Limite on devrait me payer pour écrire un bouquin là-dessus, je l’intitulerais « chômage et décroissance, conseils pour retourner ses slips quand ils sont sales ». En bref, ma technique c’est de m’habiller tous les jours pareil. Avant, quand je travaillais, je faisais un petit effort parce que j’avais peur que les gens me considèrent comme un gros cracra si je me ramenais tous les jours avec les mêmes vêtements. Maintenant, je n’ai plus de scrupules. En plus il fait hyper froid. Du coup tous les matins je fais le même choix vestimentaire : un collant troué, des chaussettes par dessus les collants et un gros pull en laine. ATTENTION tout de même à ne pas sortir dans la rue en collant pour aller faire les courses. Être au chômage oui, retourner au look « maternelle 1996 » non.

Au niveau de mon stage de remise à niveau « femme au foyer 2016 », ça se passe moyen. Je pensais que le temps libre qui s’offrait à moi me permettrait enfin d’apprendre à nettoyer les toilettes correctement. Je suis au regret de vous annoncer que c’est un échec (mon foyer est toujours aussi crado qu’avant et renard-mère a hurlé en voyant l’état du frigo, nous menaçant de mourir de botulisme dans les mois qui viennent).

Bon allez j’y retourne, le chômage n’attend pas

xoxo

Salut les dépressifs,

Aujourd’hui et afin de détendre les chakras de chacun, nous allons parler littérature. Tiens d’ailleurs, tip de blogueuse mode: si vous savez pas quoi lire en ce moment et que vous cherchez de l’aventure et de l’exotique, je vous conseille d’aller fouiner sur cette carte interactive. Le principe est simple: vous choisissez un pays ou une région du monde, et on vous propose une liste de bouquins. J’ai lu pas mal de trucs cool récemment grâce à ça, donc je suis content.

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« Je raconte à Lev que, quand j’avais son âge, tout me faisait pleurer: les films, les histoires, et même la vie. Les mendiants dans la rue, les chats écrasés, les pantoufles éculées me faisaient éclater en sanglots. Les gens autour de moi ont trouvé que ça posait un problème et, pour mon anniversaire, ils m’ont offert un livre destiné à apprendre aux enfants une méthode pour ne pas pleurer. Le héros du livre pleurait beaucoup, jusqu’à ce qu’il fasse connaissance d’un ami imaginaire qui lui suggéra, chaque fois qu’il sentirait les larmes gonfler en lui, de s’en servir comme d’une espèce de carburant pour faire autre chose: chanter une chanson, taper dans un ballon, esquisser quelques pas de danse. Ce livre j’ai bien dû le lire cinquante fois et j’ai mis ses conseils en pratique des dizaines et des dizaines de fois jusqu’à devenir si fort pour m’empêcher de pleurer qu’aujourd’hui ça m’est naturel et que ça se fait tout seul. J’y suis tellement habitué à présent que je ne sais pas comment arrêter. « Alors quand tu étais petit, demande Lev, chaque fois que tu avais envie de pleurer, tu chantais à la place? ». A contrecœur, je suis obligé de reconnaître que non. « Je ne sais pas chanter. Alors le plus souvent, quand je sentais les larmes monter, je tapais quelqu’un ». « C’est bizarre, dit Lev, songeur. Moi d’habitude je tape quelqu’un quand je suis content ». Le moment parait bien choisi pour aller jusqu’au frigo prendre des bâtonnets au fromage pour nous deux. On s’assied dans le salon et on se met à grignoter en silence. Père et fils. Deux mecs. Si vous frappiez à la porte et que vous le demandiez gentiment, on vous offrirait un bâtonnet au fromage, mais si vous faisiez quoi que ce soit d’autre, qui nous rende triste ou content, il y aurait de fortes chances pour que vous vous preniez une petite raclée. »

D’habitude je ne lis pas de recueils de nouvelles (car je suis un beauf) mais j’ai fait exception avec Etgar Keret car j’aimais bien l’idée sous-jacente du livre (il a réuni plusieurs textes qu’il a écrit pendant les sept premières années de vie de son fils). Bon alors je vous le dis tout de go: ce bouquin s’inscrit parfois dans la lignée « humour facile » donc si vous voulez des blagues un peu moins france inter et un peu plus second degré, peut être que vous ne serez pas satisfaits. Mais moi je m’en fous, je suis toujours bon public dès qu’il s’agit de tourner en ridicule sa progéniture. De plus le livre contient par endroits des passages assez subtils sur Israël et les juifs (les alertes attentat, le service militaire, la Pologne (dont est originaire la mère de l’auteur), la culpabilité vis-à-vis des arabes). Bref, c’est donc une lecture reposante pour mois de novembre déprimant.

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« Être mort, c’est ce que doit payer chacun pour avoir été, pour s’acquitter du miracle qui préside à chaque naissance »

Livre court (à peine 150 pages) mais tellement COOL. Galsan Tschinag a grandi dans la steppe, en Mongolie, dans une famille de nomades. Ciel Bleu raconte son enfance. Le livre est truffé de survival tips qui feraient frissonner bear grylls de plaisir. On y apprend par exemple que la graisse d’animal sauvage a des vertus cicatrisantes. Que les bouses peuvent servir de combustible pour le feu en hiver. Ou que le genévrier, mélangé à de l’eau tiède, est parfait pour se laver les coussinets après une journée passée à crapahuter dehors (toi aussi n’hésite pas à voter pour que le verbe « crapahuter » soit élu top ringard 2016). A l’époque de Galsan Tschinag, les enfants ne mangeaient pas de bonbons (car cela n’existait pas) mais n’avaient pas l’air de plus mal le vivre que ça (ils n’allaient pas à l’école non plus. peut-être que ça aide à se sentir détendu du slip). Bref, j’ai adoré ce bouquin. En plus il y a aussi de très belles pages sur sa mémé.

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« Lorsqu’elle voyait ainsi le visage de ce garçon, qui appartenait à ses années d’adolescence, s’inscrire sur le décor montagneux de sa vie présente, le familier et l’insolite se brouillaient, se fondaient en une sorte de rêve éveillé. Une vague de sentiments confus la balayait comme la brise caresse un corps en nage: la personne que Howie croyait avoir en face de lui, à laquelle il s’adressait et dont il lui renvoyait l’image, n’avait plus la même identité: ce n’était plus celle qui avait signé ses dessins d’avant, ce n’était plus celle qu’elle-même connaissait. En ce cas, qui était-elle? Elle n’en savait rien. »

Je ne remercierai jamais assez la personne qui m’a conseillé de lire ce bouquin à travers un commentaire laissé sous une précédente liste de livres. Je ne connaissais pas Wallace Steigner et je serais certainement passé à coté sinon. D’autant que le sujet me laissait a priori de marbre: « un vieil historien ronchon, unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s’occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant – ou à celui d’après si l’on veut rester optimiste. C’est ainsi qu’il va tomber sur les lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l’Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari – et dont la vie, passée au milieu de paysages grandioses, ne sera qu’une suite (plutôt mouvementée) de dégringolades et de désillusions…« . De « l’Ouest sauvage », je n’avais que de vagues connaissances, tirées de la petite maison dans la prairie (ne me jugez pas), de quelques westerns spaghetti soporifiques et de lointains souvenirs de cours d’histoire-géo. Pour moi, l’Ouest sentait des pieds, et la perspective de me coltiner les aventures de Susan Ward (la grand-mère en question) sur 700 pages me paraissait au dessus de mes forces. Comme j’avais tord! Déjà, la quatrième de couverture n’est pas mensongère: on croise effectivement dans ce livre moultes paysages grandioses (et c’est une personne qui d’ordinaire ne supporte pas les descriptions qui vous le dit). Mais le plus inattendu c’est qu’on se surprend à suivre la vie de Susan comme un thriller et à tourner les pages avec impatience dans l’attente du dénouement (ce qui est à la fois bien et pas bien car, rappelez-vous, le livre est gros. Donc vous en aurez pour un paquet de temps avant d’avoir fait le tour de sa vie). Parmi les grands thèmes abordés, on trouve: le déracinement, le temps qui passe et l’identité qui se fragmente (à l’échelle d’un individu mais aussi sur plusieurs générations), la question de la mémoire, les rêves que l’on a pour sa vie versus la réalité, et la vie de couple (joies et déceptions).

Ah et question bonus pour ceux qui ont déjà lu ce livre: qui est votre personnage pref? Susan ou son mari? Au début je me positionnais clairement du côté de Susan mais avec le temps cette personne m’a un peu tapé sur le système [attention minute anti-féministe: franchement Susan elle se la coulait douce quand même. En tant que femme au foyer aisée, elle était quand même vachement oisive je trouve. Il y a plein de passages où on a envie qu’elle lâche ses rêves débiles de femme artiste et de conversations mondaines au coin du feu et qu’elle vienne mettre les mains dans la boue pour aider un peu son mari. En même temps je ne suis qu’un petit insolent et il est évident qu’à cette époque là, et vu le milieu social dans lequel elle évoluait, certaines choses ne se faisaient pas…].

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Le livre bonus du mois! Je souffre parfois d’insomnie et après avoir essayé plein de trucs qui servent à rien (tapis d’acupression, gouttes de lavande sur l’oreiller, méditation du genre « pensez à 3 choses cool qui vous sont arrivées aujourd’hui puis endormez-vous dans le calme ») j’ai décidé de revenir aux bases c’est à dire: à la science. Ce « que sais-je » est pas mal foutu (bien que son auteur s’appelle Zara de Saint-Hilaire, ce qui laisse présager d’une vaste blague). Je vous laisse avec ces sages paroles:

« L’insomniaque passe en fait un temps anormalement long au lit. Il se couche souvent tôt, traîne au lit le matin, et pourtant dit ne dormir que quelques heures. Cette tendance à allonger le temps passé au lit pour essayer de « compenser » le sommeil estimé insuffisant diminue la « pression » du sommeil et favorise l’apparition d’éveils au cours du sommeil. La technique consiste donc à réduire le temps passé au lit pour le faire coïncider le plus possible avec le temps de sommeil. Le patient tient un agenda de ses horaires de sommeil sur huit jours minimum. A partir de ces informations, on calcule l’efficacité subjective de son sommeil qui est égale au rapport du temps de sommeil total sur le temps passé au lit multiplié par 100. Le but est d’arriver à obtenir un indice très proche de 100%. Concrètement, si la personne pense avoir dormi 5 heures et demie, on lui accorde un temps passé au lit égal à cette durée. La restriction se fait en retardant l’heure du coucher, tout en maintenant constante l’heure du lever. Le temps passé au lit ne doit cependant jamais descendre au-dessous de 5 heures. Lorsque l’efficacité de son sommeil calculée grâce à l’agenda s’améliore et atteint environ 85%, le temps passé au lit peut être augmenté de 15 minutes, permettant au patient d’aller se coucher 15 minutes plus tôt. »

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance »

– Abraham Lincoln

Salut les canards,

Le titre de ce post est à la fois pompeux et mensonger car je vous le dis tout net: j’ai rien compris à la victoire de donald. D’ailleurs pour vous situer l’étendue de mon déni, le jour de l’élection j’ai même cru comprendre qu’hillary était largement en tête, et j’ai bien mis 24 heures avant de me rendre compte de ma terrible méprise (pour ma défense j’écoute les infos sur la radio danoise. or le matin les renardeaux ont le nez dans le GAZ).

Au vu de mon ignorance crasse, il serait donc malvenu de ma part de vous balancer mes habituelles analyses politiques énervées du slip, sur base de « je vous l’avais bien dit ». Je me contenterai donc de vous rappeler les faits suivants (en espérant que ça élève un peu le niveau lors des futurs débats de noël):

1. donald ne sera pas le premier président des états-unis à être complètement zinzin:

« Des présidents un peu fêlés, les États-Unis en ont connu plus d’un, à en croire la belle galerie de portraits publiée par « Libération » (4/11). Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Calvin Coolidge avaient des dossiers particulièrement chargés chez leurs psychiatres. Le cas le plus étonnant est celui de Lyndon B. Johnson, arrivé à la Maison-Blanche en 1963, après l’assassinat de Kennedy. Obsédé par son pénis, qu’il avait surnommé « Jumbo », « Johnson forçait les députés à admirer: « Vous avez déjà vu quelque chose d’aussi gros? » En prime, il faisait tourner Jumbo sous leurs yeux ». Un modèle pour Trump d’éléphant? »

– source: le canard enchaîné

2. si ces connards corrompus du parti démocrate avaient laissé bernie gagner la primaire, on en serait pas là:

13434701_1785840921660724_7062861947412528536_n3. donald ou la revanche des trolls

je vous épargne le laïus comme quoi donald n’a rien d’un self-made man (il a hérité de sa fortune) et que c’est quand même gonflé de sa part de se positionner comme un candidat « anti-système » qui va venir au secours des pauvres alors qu’il y a de grandes chances que sa politique (abandon de l’obamacare, déni de l’existence du réchauffement climatique, baisses d’impôts) les enfonce encore plus. si le sujet vous intéresse (pourquoi les pauvres votent-ils à droite alors que c’est pas dans leur intérêt de faire ça?) je vous renvoie à l’excellent bouquin de Thomas Frank. je pense que si donald a gagné, ça a certes été parce qu’il s’est positionné en défenseur de l’américain moyen, blanc et pauvre, face à une hillary complètement hors sol et acquise à la mondialisation libérale, mais c’est surtout parce qu’il a gagné le vote des trolls. les gens ont surtout voté pour lui, à mon avis, parce qu’il les faisaient rire:

« When I was in fourth grade, my teacher Mrs. Kolphner taught us a social studies lesson. The seventeen students in our class were introduced to two fictional candidates: a smart if slightly bookish-looking cartoon tortoise named Greenie, and a cool-looking jaguar named Speedy. Rick Dissellio read a speech from Speedy, in which he promised that if elected he would end school early, have extra recess, and provide endless lunches of chocolate pizzandy. (A local Pawnee delicacy at the time — deep fried pizza where the crust was candy bars.) Then I read a speech from Greenie, who promised to go slow and steady, think about the problems of our school, and try her best to solve them in a way that would benefit the most people. Then Mrs. Kolphner had us vote on who should be Class President. I think you know where this is going. Except you don’t, because before we voted, Greg Laresque asked if he could nominate a third candidate, and Mrs. Kolphner said “Sure! The essence of democracy is that everyone—” and Greg cut her off and said “I nominate a T. rex named Dr. Farts who wears sunglasses and plays the saxophone, and his plan is to fart as much as possible and eat all the teachers,” and everyone laughed, and before Mrs. Kolphner could blink, Dr. Farts the T. rex had been elected President of Pawnee Elementary School in a 1984 Reagan-esque landslide, with my one vote for Greenie the Tortoise playing the role of “Minnesota.”

source

19_compresset aussi parce qu’à un moment, face à tous les scandales qui accablent les hommes politiques depuis des années, on finit par préférer quelqu’un de véreux MAIS qui l’assume entièrement à des animaux carnassiers déguisés en herbivores type Hillary qui font genre « votez pour moi. soutenez le camp du bien » alors qu’ils ont du sang sur les mains (je l’avoue, je fais partie des gens qui se sentent physiquement irrités à la vue d’hillary clinton). d’ailleurs je ne suis pas un aficionado de wikileaks (si vous voulez mon avis sur la question, julian assange sent des pieds), mais ils ont le mérite de militer pour la transparence. et qu’on le veuille ou non, ça sera un des grands combats du 21 siècle. les gens en ont marre d’avoir la sensation que les élites leur mentent.

ah, et si les gens sont irrités par le mensonge, le fait de les empêcher de s’exprimer les irrite genre, 10x plus. on entend souvent des journalistes web se triturer la nouille sur le thème ultra rebattu de « comment éviter d’avoir des trolls et du hate dans les commentaires? ». en laissant les commentaires OUVERTS les mecs, pas en les censurant. tu crois quoi? que quelqu’un qui pense des trucs agressifs va voir son niveau d’agressivité diminuer parce que tu lui empêches l’accès à ton club? bah nan. il va fonder son propre club (fox news), y ramener tous ses copains, et tous ensemble, en l’absence totale de mixité intellectuelle, ils vont tellement bien s’émuler dans leur connerie (théories du complot, négationnisme, victimisation, you name it) que leur vision déformée du monde va finir par devenir bien réelle.

luttez contre donald trump: arrêtez de censurer les commentaires sur vos putain de blogs de mode!

4. s’il devait y avoir une morale à cette histoire: ENGAGEZ-VOUS EN POLITIQUE (au lieu de venir chouiner sur twitter)

ça c’est un coup de gourdin que je me donne à moi-même mais aussi à tous les membres de ma génération (les moins de 30 ans). parce que les hashtag #jesuisrévolté #bientôtlafindumonde ça va bien 5 minutes, mais il va quand même falloir songer à se sortir les doigts du cul si on veut que les choses changent un minimum. parce que nous, les jeunes (toi aussi vote pour que cette phrase soit élue dans le top 10 des expressions de vieux ringard 2016), on a quand même tendance à faire la politique de l’autruche. tout va mal dans le monde? ouin on peut rien y faire tout ça est trop compliqué. et puis en plus c’est pas notre faute: c’est la faute des vieux. bah du coup on va larver dans le canap en regardant netflix. le cocon (amical, familial) avant tout les gars. et je ne vous jette pas la pierre: je fais pareil (au lieu de devenir un gros syndicaliste énervé du bulbe, j’ai préféré démissionner et me mettre au chômage afin de marquer mon désaccord pour le travail salarié).

dans « collapse », jared diamond analyse la trajectoire historique de différentes sociétés (les mayas, les vikings au groenland, le japon au 17e siècle) et se demande pourquoi certaines sociétés parviennent à survivre, et d’autres non. bon alors j’ai pas encore terminé le bouquin (il est gros et dense ok) mais l’idée qui se dégage de ces analyses, c’est qu’on ne parvient jamais à rien de bien si on ne se bat pas à la fois au niveau local et au niveau global. jared d. parle de « bottom up » et de « bottom down » strategies. oui, pour qu’un pays s’en sorte il a besoin que ses élites soient un minimum « éclairées » et fassent les bons choix. mais il a aussi besoin que le « peuple d’en bas », en l’espèce chaque citoyen, ne soit pas passif et influe sur le cours des choses à son échelle. faire un choix plutôt que l’autre est inefficace. alors comme dirait bernie (ouai je suis secrètement amoureux de cet individu, laisse-moi): engagez-vous en politique! présentez-vous aux élections, quelles qu’elles soient. ne laissez pas les autres, ceux dont les idées vous insupportent, le faire à votre place.

et si vraiment vous trouvez qu’élections, piège à con, que c’est le système qui est pourri et qu’au lieu de chercher à le changer de l’intérieur la seule solution est de le faire péter de l’extérieur, il y a moultes moyens d’être chiant (mais nous en reparlerons un autre jour car la soupe est prête)

Salut les venimeux,

C’est officiel: je suis au chômage!

Je vous raconte même pas depuis combien de temps j’attendais ce moment (depuis que j’ai douze ans je crois). Par contre je ne sais pas vous mais moi, je m’imaginais que la transition entre le travail salarié et la liberté allait se produire de manière un peu plus solennelle – tel un esclave à qui l’on prévoit de retirer ses chaînes je me figurais naïvement que du champagne serait sabré et que tout du moins mes collègues de travail me feraient un petit truc sympa pour marquer mon départ. Que nenni les amis. ça a été comme si toutes ces années de souffrance au travail n’avaient servi absolument à rien. Aucune reconnaissance de mon sacerdoce. Lors de mon dernier jour, la moitié de mon équipe (dont mon chef) n’étaient pas là. Raison officielle: « c’est les vacances scolaires » (raison officieuse: never mind the bollocks). Je m’étais saigné en allant acheter 4 gros gâteaux à la boulangerie bio (si vous voulez savoir combien coûtent 4 gros gâteaux à la boulangerie bio je vous répondrai: une FORTUNE. j’aurais mieux fait de faire des stocks de beurre de cacahuète à la place) et les gens ont à peine picoré dedans, c’était un véritable gâchis (il faut dire qu’il y avait eu des œufs au bacon au petit-dèj et que le taux de cholestérol du groupe, en ce vendredi après-midi, était au max). Le clou du spectacle a été atteint au moment où j’ai dû me faire un discours à moi-même (personne ne se dévouant pour le faire) (hashtag joie et bonne humeur). Ensuite mes collègues m’ont offert mon cadeau avec l’air mal à l’aise des gens qui savent qu’ils offrent une bouse mais tentent d’être cordiaux quand même. Je vous le donne en mille: c’était une plante grasse. Le petit mot disait laconiquement: « merci pour les discussions à la cantine ».

Un véritable fiasco, quoi.

Je pensais que j’allais ruminer sur mon échec professionnel pendant environ trois mois et demi (je suis un animal rancunier) mais la vérité, c’est qu’au moment où j’ai posé le pied dans le terrier pour entamer ma nouvelle vie de chômeur, tout a été oublié. Notamment car le mâle m’a lancé dans la construction d’une ÉTAGÈRE:

dsc_4640waow amazing say TROP BEAU

Et quoi de mieux que le bricolage pour oublier ses soucis? Comme dirait l’ami Cavanna:

« Visser une vis dans du bois est un acte profondément sensuel. Je ne parle pas seulement de cette satisfaction de sentir la matière obéir, de ce sentiment de toute-puissance, de maîtrise des choses et de l’événement, mais bien d’une autre jouissance, simultanée mais différente, jouissance essentiellement, profondément physique. Les muscles de la paume, des doigts, de l’avant-bras et de l’épaule sont à la fête, chacun d’eux prend sa part de plaisir, un plaisir discret, calme et fort, et chaque tour la vis s’enfonce, et s’enfonce, sur la fin du parcours la résistance s’affermit, devient héroïque, elle ne cède que pas à pas, quart de tour à quart de tour, c’est fini, les muscles se relâchent, on respire, on s’aperçoit qu’on avait oublié de respirer. Enfoncer un clou est sensuel. On sent le clou céder un peu à chaque coup de marteau, céder à regret, ferme jusqu’au bout, on sait quel coup sera le dernier, on s’en réjouit d’avance, le voilà, à toute volée, victorieusement, c’est le coup qui scelle le clou, qui enfonce légèrement la tête dans l’épaisseur du bois… Et quand un tenon glisse enfin dans sa mortaise, poussé au cul à petits hochements de maillet, et vient buter juste bien en place… On a fait du définitif, on a mis ensemble ce qui était destiné à l’être de toute éternité… J’ai besoin d’une tâche, difficile mais pas hors de portée. Je m’attache aux objets, aux lieux. Surtout ceux que j’ai faits de mes mains, ou que j’ai conçus, ou sur lesquels j’ai beaucoup travaillé. Je suis tellement content de moi que j’ai une bouffée de plaisir chaque fois que je marche sur « mon » pavage, que j’appuie sur « mon » interrupteur, que je caresse le feuillage pétant de santé de l’arbre par moi planté. »

Du coup je me suis dit que j’allais vous faire un tuto spécial « astuce de chômeur ». Alors, comment fabriquer cette fabuleuse « étagère-design sur plan incliné » sans se ruiner? Déjà vous aurez besoin des trucs suivants:

  • une planche en bois (se pique facilement dans la rue près des poubelles quand les gens paresseux balancent la moitié de leur mobilier à la rue avant de déménager. si vous êtes audacieux et que vous souhaitez un résultat personnalisé vous pouvez toujours scier votre vieille table Ikea moche en petits morceaux)
  • 2 cordes assez solides, mais pas trop grosses non plus (on a toujours des bouts de corde qui traînent à la cave. laissez parler la blogueuse mode en vous pour ce qui est du choix des couleurs – dans mon cas, j’avais le choix entre jaune, rouge et vert mais je me suis dit que cette dernière teinte n’était pas idoine pour une cuisine)
  • 7 petits crochets
  • la perceuse du voisin
  • une équerre
  • un crayon à papier
  • un niveau à bulle (si vous n’en avez pas, tuto ici)

Ensuite la marche à suivre est assez simple et c’est assez rigolo, promis. Déjà commencez par vérifier que la planche est à la bonne taille. Une fois que vous avez un rectangle aux dimensions idoines, munissez-vous de votre équerre et tentez de vous rappeler de vos cours de CM2. L’objectif étant de positionner vos 5 crochets à égale distance a) l’un de l’autre b) du bord (pour les nuls en maths et en géométrie spatiale: courage). Une fois que vous aurez résolu ce problème, marquez la position de chaque crochet au crayon à papier, puis enfoncez-les. ça c’est la meilleure partie j’avoue. je crois qu’il n’y a rien de mieux dans la vie que de visser des crochets à une planche en bois (on a les plaisirs qu’on peut dans la vie hein).

dsc_4650du coup votre planche doit ressembler à ça à la fin

Ensuite c’est le moment de s’attaquer au moment tendax de ce tuto, à savoir le trou dans le mur. [astuce de chômeur: demandez à votre mâle de s’en occuper, et tant pis pour le féminisme]. Le but étant de fixer les 2 crochets muraux, ceux qui soutiendront les cordes de part et d’autre de la planche:

dsc_4645ou sous un autre angle de vue

dsc_4654Une fois que votre mur est percé sans trop de dommages collatéraux, et vos crochets, vissés, dégainez les bouts de corde. Coupez les à la longueur qui vous parait la plus appropriée (comme votre étagère est sur un mur en pente, le plus malin sera de raccourcir l’angle formé par la corde. mais plusieurs combinaisons sont possibles). Vous pouvez vous aider de votre niveau à bulle pour vérifier que l’étagère est bien parallèle au sol et pas toute branlante. Vérifiez la solidité de votre nœud, et c’est terminé! Vous pouvez désormais vous la péter lors de vos dîners mondains à base de « c’est moi qui l’ai fait ».

allez bye

« Regarde-les donc bien ces apatrides, toi qui as la chance de savoir où sont ta maison et ton pays, toi qui à ton retour de voyage trouve ta chambre et ton lit prêts, qui as autour de toi les livres que tu aimes et les ustensiles auxquels tu es habitué. Regarde-les bien, ces déracinés, toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel point le hasard t’a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les bien, ces hommes entassés à l’arrière du bateau et va vers eux, parle-leur, car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation; et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue, ils aspirent inconsciemment une bouffée d’air de leur pays natal et leurs yeux s’éclairent et deviennent éloquents »

– Stefan Zweig

Salut les indigènes,

Aujourd’hui, nous allons parler de ce bouquin:

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Il y a des livres comme ça, qui font l’effet d’une bombe dans votre vie, avec un avant et un après. Et ensuite, on ne peut plus continuer comme si on ne savait pas. J’espère donc réussir à vous parler correctement des blancs, des juifs et nous pour vous donner envie de vous ruer dessus (pour info le machin coûte 9 euros et ne compte que 150 pages).

Commençons par situer l’animal. Houria Bouteldja c’est qui? C’est une personne un peu énervée du bulbe, occasionnellement munie d’un turban, qui s’est fait principalement connaître pour deux faits d’armes: a) la création du parti des indigènes de la république et b) moultes engueulades avec alain taisez-vous finkielkraut et ses acolytes (ces derniers lui reprochant son prétendu antisémitisme – argument qui s’apparente, si vous voulez mon avis sur la question, à un cas flagrant de fraude intellectuelle). Cependant et malgré un état d’esprit résolument grognon qui avait tout pour me plaire, je ne connaissais pas du tout Houria Bouteldja avant de tomber un peu par hasard sur une interview d’elle sur le site d’Hors-Série dans laquelle elle revient sur les points les plus « polémiques » de son dernier texte (tiens d’ailleurs je vous conseille chaudement cet entretien; comme dans tous les « dans le texte » judith bernard dissèque bien le fond du propos et pose toutes les questions nécessaires).

Alors je vous préviens tout de go: ce livre irritera les personnes consensuelles tendance gros susceptible qui atteignent le point godwin à la vitesse de l’éclair dès qu’on aborde des sujets un peu polémiques (type islam ou d’israël/palestine). Car c’est clairement un manifeste: il expose le point de vue de l’auteur, qui est donc, tranché et péremptoire. On est pas obligé d’être d’accord avec tout (c’est le principe de l’esprit critique) mais on se doit d’avoir l’honnêteté intellectuelle de se confronter à ces idées, précisément parce qu’elles nous sortent de notre zone de confort (or c’est souvent aux marges qu’on trouve matière à évoluer de la manière la plus intéressante).

Bon alors venons-en au contenu du truc. Le livre suit une architecture assez simple: première partie: les blancs; deuxième partie: les juifs; troisième partie: les indigènes (le « nous » du titre). Objectif: disséquer les griefs et les tords de chacunes des parties dans l’objectif de parvenir (peut-être) à une réconciliation historique: l’amour révolutionnaire.

« Pourquoi j’écris ce livre? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Je suis une criminelle, mais d’une sophistication extrême. Je n’ai pas de sang sur les mains. Ce serait trop vulgaire. Aucune justice au monde ne me traînera devant les tribunaux. Mon crime, je le sous-traite. Entre mon crime et moi, il y a la bombe. Je suis détentrice du feu nucléaire. Ma bombe menace le monde des métèques et protège mes intérêts. Entre mon crime et moi, il y a d’abord la distance géographique et puis la distance géopolitique. Mais il y a aussi les grandes instances internationales, l’ONU, le FMI, l’OTAN, les multinationales, le système bancaire. Entre mon crime et moi, il y a les instances nationales: la démocratie, L’État de droit, la République, les élections. Entre mon crime et moi, il y a les belles idées: les droits de l’homme, l’universalisme, la liberté, l’humanisme, la laïcité, la mémoire de la Shoah, le féminisme, le marxisme, le tiers-mondisme. Entre mon crime et moi, il y a le renouveau et les métamorphoses des grandes idées au cas où la « belle âme » viendrait à se périmer: le commerce équitable, l’écologie, le commerce bio. Entre mon crime et moi, il y a la sueur et le salaire de mon père, les allocations familiales, les congés, les droits syndicaux, les vacances scolaires, les colonies de vacances, l’eau chaude, le chauffage, les transports, mon passeport… Je suis séparée de ma victime – et de mon crime – par une distance infranchissable. Il arrive parfois que la distance entre mon crime et moi se rétrécisse. Des bombes explosent dans le métro. Des tours sont percutées par des avions et s’effondrent comme des châteaux de cartes. Les journalistes d’une célèbre rédaction sont décimés. Pourquoi j’écris ce livre? Parce que je partage l’angoisse de Gramci: « le vieux monde se meurt. le nouveau est long à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ».

Comme on l’aura compris, les premiers qui se prennent un coup de gourdin sur le crâne, c’est les blancs. Houria Bouteldja aimerait bien que les blancs arrêtent de chouiner en mode grosses victos de la vie et reconnaissent leurs privilèges ainsi que leur responsabilité historique dans le bordel qui règne actuellement dans le monde (violence économique, terrorisme, destruction de l’environnement). Et elle met en garde: si les blancs ne trouvent pas de solution à ce qui est « leur problème », la guerre civile sera inévitable.

Ensuite on passe aux juifs – et j’avoue que j’ai abordé ce chapitre le poil méfiant (j’avais peur de me faire sauter dessus par dieudonné par surprise). En fait, le chapitre m’a passionné. Déjà à cause d’une jolie citation tirée de je suis né de Georges Perec:

« Je ne sais pas précisément ce que c’est qu’être juif, ce que ça me fait d’être juif. C’est une évidence, si l’on veut, mais une évidence médiocre, une marque, mais une marque qui ne me rattache à rien de précis, à rien de concret: ce n’est pas un signe d’appartenance, ce n’est pas lié à une croyance, à une religion, à une pratique, à une culture, à un folklore, à une histoire, à un destin, à une langue. Ce serait plutôt une absence, une question, une mise en question, un flottement, une inquiétude: une certitude inquiète derrière laquelle se profile une autre certitude, abstraite, lourde, insupportable: celle d’avoir été désigné comme Juif »

Le chapitre offre plein de nouvelles clés d’analyse sur des thèmes ultra-connus: l’holocauste, la création de l’état d’israêl, le sionisme (j’étais parti pour tout développer mais comme cet article va encore faire 300 pages je me retiens. c’est mieux de lire à l’origine des sources de toute façon)

Troisième chapitre: les femmes indigènes. Je dirais que c’est le chapitre qui m’a le moins fait palpiter la rate (même s’il tape sur les féministes de canapé, ce qui est toujours agréable). Je l’ai regardé d’un œil bienveillant mais un peu de loin quand même parce que j’étais pas sûr d’être d’accord avec tout ce qui s’y disait. L’idée qui m’a le plus titillé (et avec laquelle je ne sais pas trop si je suis d’accord ou non):

« A la question « pourquoi n’avez-vous pas porté plainte », la victime noire d’un viol répond à l’interviewer, lui-même noir: « Je n’ai pas porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison ». […] Les hommes doivent apprendre à nous respecter et comprendre notre sacrifice comme nous comprenons la nécessité de les protéger ».

Dernier chapitre et conclusion: nous les indigènes, avec une invitation à accomplir la révolution. Révolution sur soi-mêmes, en retrouvant sa dignité. Révolution pour les autres – même pour les Blancs, les oppresseurs – en réussissant à passer au dessus de la haine et à leur offrir ce qui leur manque:

« Les Blancs savent bien que leur société est sèche. Ils se savent égoïstes et individualistes. Et ils en souffrent. Mais ils manquent d’imagination pour penser d’autres horizons. Parce qu’ils n’ont plus de mémoire. Ils ont oublié ce qu’ils étaient avant d’avoir été engloutis dans la modernité. Ils ne se souviennent plus du temps où ils étaient solidaires et où ils avaient encore des cultures, des chants, des langues régionales, des traditions. Nous, c’est un peu différent. Devant l’adversité, nous conservons cette mémoire. L’immigré transporte avec lui et conserve la mémoire des sociétés solidaires, où la conscience collective est forte et où chacun se sent responsable du groupe. Celle de résister à l’atomisation de la société, à l’individualisme forcené. Celle de protéger l’individu contre la vie nue, en lieu et place du « chacun pour soi »

Parce qu’en sourdine, tout le livre est traversé par la question de la prise du pouvoir politique. Et peut être que ça ne sera pas d’actualité en 2017 mais je mettrais mon coussinet au feu qu’on entendra parler du parti des indigènes de la république dans les années à venir (spoiler: et je crois bien que ça ne me dérangerait pas de voter pour eux – call me islamo gauchiste i don’t care)

allez bye

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1. LE COMPTE INSTAGRAM: BROS BEING BASIC

screenshot-from-2016-10-27-19-05-36bah en gros c’est un groupe de mâles qui se prennent en photo comme les blogueuses mode (hashtags inclus). bassement rigolo

2. LA CHAÎNE YOUTUBE: BONJOUR TRISTESSE

pas de panique: le truc a aucun rapport avec cette arnaque littéraire de Françoise Sagan. c’est un type qui se filme en plan fixe sur son canap avec une bouteille de gros vin rouge et qui insulte les puissants de ce monde (et aussi les cons). si vous aussi vous êtes un gros révolté de la vie, ça devrait vous plaire:

et bonne semaine de merde les copains

j’adore ce mec parce qu’il redonne ses lettres de noblesse au beauf qu’on aime bien (le contestataire anti-élite et égalitaire, à l’opposé du facho-réactionaire). et aussi parce qu’il prouve que troller peut aussi être un acte citoyen:

« Bonjour Tristesse part d’un constat assez pessimiste : on nous baise, on nous baisera encore, ça fait 2 000 ans que le monde ne tourne pas rond et 70 que la Ve République ne marche pas. J’ai de moins en moins d’espoir que ça puisse changer. Mais, maintenant, on a Internet : le seul pouvoir qu’il nous reste, c’est la liberté d’expression. J’aimais bien l’idée qu’avec juste une caméra, une personne et un peu d’écriture, on puisse piquer l’orgueil de ces puissants contre lesquels on ne peut rien. J’ai du mal à penser qu’on puisse prétendre à un modèle politique plus ambitieux démocratiquement. Le seul pouvoir qu’on ait est de réussir à toucher, à travers une bonne pique bien sentie, ces puissants qu’on ne croise jamais et à qui on ne peut jamais s’adresser. C’est une des raisons pour lesquelles Bonjour Tristesse est davantage axé sur les personnes. Aussi, j’ai une certaine culture de la vanne : je n’ai pas choisi l’insulte plutôt que la bienveillance, j’ai juste essayé de montrer qu’on pouvait être très vindicatif en défendant une idéologie bienveillante — il n’y a, à mes yeux, pas d’ambivalence exclusive entre les deux. »

source

3. L’ARTISTE MUSICAL: DIDIER SUPER

ouai alors didier super c’est #old mais comme j’ai l’impression qu’une grande partie du lectorat de ce blog a plus de 45 ans et vit au fin fond de la creuse c’est possible que vous soyez passés à coté du truc. didier super c’est qui? (non, ce n’est pas le cousin de mai hua, la blogueuse mode neuneu qui ponctue tous ses articles d’un « et ça, c’est super! ») bah c’est un mec qui fait des chansons nulles, mais drôles. j’ai découvert dider grâce à son tube « petit caniche, casse-couille pour vieux » (cette chanson faisait un tabac dans les fourrés en 2006. mais après didier a arrêté de la chanter parce que ça le saoulait que son fan-club soit uniquement composé de lycéens boutonneux. à la place il a écrit « petit anarchiste, casse-couille pour vieux« , ce qui lui a valu des ennuis avec les punks à chats lors de ces concerts. notamment à cause des paroles suivantes: « petit anarchiste, casse-couille pour vieux, quand tu danses dans les concerts de métal, on dirait bambi »).

bon alors didier super c’est un artiste engagé okay? par exemple avec « marre des pauvres » (les pauvres, arrêtez de vous plaindre, vous gâchez le bonheur des riches) ou ma chanson pref: « à bas les gens qui bossent« .

4. LA PENSÉE DE LA SEMAINE

bon alors il se trouve que je suis abonné à la newsletter de matthieu ricard (ouai le moine boudhiste qui fait le tour des plateaux télé pour parler de ses bouquins sur la méditation qui rend heureux. ne me jugez pas). d’habitude j’ai du mal à me sentir pénétré par la sagesse des citations qu’il envoie toutes les semaines, mais celle-là m’a marquée:

« Qu’aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu’ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C’est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons. Ce qu’en revanche nous pouvons leur léguer, c’est une source d’inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l’évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci. »

Transcrit par l’auteur d’après un conseil donné oralement.

JIGME KHYENTSE RINPOCHE (b. 1964)

A méditer si vous aussi vous pensez que les querelles d’héritage entre frères et sœurs dans les familles bourgeoises, c’est quand même n’importe quoi.

5. LE MOT DE LA FIN

14440929_306725433029365_6868529042453230682_nsource: le groupe facebook « je suis un illuminati et je vous emmerde« 

 

« Sur les 1 024 espèces de mammifères étudiées, 40 % étripent joyeusement les leurs. « Cela a été notre plus grande surprise, admet José Maria Gomez. La violence létale n’est pas concentrée dans des groupes considérés comme a priori violents, tels les carnivores. Elle sévit aussi de façon importante chez les rhinocéros, les marmottes, les chevaux… » Les scientifiques espagnols livrent un chiffre moyen : l’agression intraspécifique constitue 0,3 % des causes de mortalité chez l’ensemble des mammifères. Elle n’est « pas fréquente, mais répandue », concluent-ils. Mais c’est famille par famille que l’examen trouve toute sa richesse. « Jamais je n’avais vu un travail aussi détaillé sur la violence parmi les mammifères », s’enthousiasme Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS et responsable de l’équipe de biologie évolutive humaine de l’université de Montpellier. L’étude démontre que la position dans l’arbre phylogénétique des espèces explique fortement la tendance à tuer ses congénères. Fauves, ursidés, rongeurs : quelques familles se distinguent particulièrement. Avec une mention spéciale pour les primates – nos cousins et nos ancêtres, faut-il le rappeler ? –, chez qui le poids de la violence létale atteint 2 %. »

– Le Monde, « Les racines de la violence humaine plongent dans l’arbre de l’évolution« 

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moi quand je parle à un végétarien radicalisé

Je sens que je vais perdre la moitié de mon lectorat (mais je n’en ai cure car je suis un être intrépide), car aujourd’hui, nous allons parler de végétarisme.

Le végétarisme, ça me gonfle.

Comme je suis une personne raffinée et que c’est pas mon genre (oulala non) d’asséner mes opinions à coup de gourdin sans un minimum d’argumentation, je vous propose un plan en 3 parties.

1. LA CUISINE VÉGÉTARIENNE, C’EST PAS BON

Afin de parler concret je vais situer le cadre de ma réflexion dans le cercle restreint de ma propre famille. Car il y a pas photo: en l’espace de deux ans, le végétarisme a imposé sa loi. En effet sur un total de 5 personnes nous avons:

  • 2 végétariens
  • un végan carencé
  • le Père (qui ne sait pas se faire à manger et subit donc les lubies culinaires du groupe)
  • un renard (moi)

(bien sûr, si vous interrogez le végan, il vous informera avec une délicatesse tout à son honneur qu’il est le seul être véritablement « pur » de cette famille – les végétariens s’autorisant ces plaisirs coupables & spécistes consistant à manger des œufs et des produits laitiers) (nous ne rentrerons pas dans ce débat aujourd’hui: pour la clarté de cette chronique, nous considérerons que tout le monde est végétarien)

Alors bien sûr, les végétariens, ces êtres de lumière, ne voient pas où est le problème. On est végétariens, et alors?

Le principal problème les mecs, c’est que depuis que vous avez pris le pouvoir, la bouffe est DÉGUEU (et ne venez pas me dire que j’exagère). Il se trouve que dans notre famille, le respo nourriture, c’est Maman. Pourquoi? Pour des raisons que d’aucuns qualifieraient de sexistes (les femmes à la cuisine). Mais également pour des raisons bassement stratégiques (le fait de tenir les rênes de la liste de courses permet de ne pas subir son alimentation voire même d’imposer délicatement ses opinions politiques aux autres, et ça, je peux vous assurer que cette personne l’a très bien compris depuis le bannissement du lait concentré Nestlé de la grotte en 1998). Or le problème avec Maman, c’est que les légumes, elle les cuisine mal (je sens que cet article va me causer des problèmes). Et en devenant végétarienne, cette tendance à cuisiner les légumes n’importe comment s’est accentuée, pour tendre vers le grand n’importe quoi gustatif (le summum ayant été atteint avec les pâtes au ketchup de carotte et au curcuma). Résultat: à chaque fois que je rentre au terrier j’ai l’estomac en pagaille à force de manger des légumes semi-crus baignant dans des assaisonnements exotiques et je finis systématiquement mon séjour avec une bonne chiasse des familles. C’est un truc qui me rend fou: les végétariens qui te soutiennent droit dans les yeux que non, leur cuisine n’est pas dégueu. J’aimerais bien y croire mais j’ai l’impression qu’on nous ment un petit peu quand même (tous les blogs de cuisine végétarienne qui fleurissent en ce moment sur internet ont l’air d’être tenus par des personnes un poil désœuvrées – pardon, au foyer – qui peuvent passer beaucoup de temps à réunir et cuisiner les ingrédients idoines pour leurs recettes (agar-agar, crème de soja, lait de coco, you name it). Mais comment font les autres, les moches, ceux dont les repas ne ressemblent jamais à ceux des magazines? A quand la vérité sur les repas végétariens des familles normales?). Ah et un autre truc qui m’énerve chez les végétariens (mais bon j’avoue: c’est juste parce que je suis un petit excité du bulbe), c’est cette manie de se réapproprier les plats phares de la gastronomie française. Genre le pâté en croûte végétal. Ou le foie gras végan. Je trouve ça grotesque (à un moment il faut arrêter de vouloir tout avoir: soit on mange un hamburger avec de la viande, soit on en mange pas. mais on ne peut pas être végétarien et exiger de connaitre les mêmes plaisirs gustatifs que les carnivores.)

2. LE VÉGÉTARISME, C’EST CAPITALISTE

Titre volontiers provocateur (je sais bien que l’élevage intensif est bien plus mauvais que la culture de feuilles de bambou dans son jardin).

Mais il y a un truc qui me rend très mal à l’aise et me fait flairer l’arnaque avec le végétarisme: être végétarien est tendance en 2016 (surtout sur les blogs de mode). Certains parleront de paranoïa (pourquoi ne pas se réjouir de l’adoption de masse (surtout chez les plus jeunes) d’un mode de vie plus éthique?): je préfère parler de lucidité (je suis un indécrottable associable qui se méfie comme la peste de l’effet de groupe. surtout quand enjoy phoenix déclare dans sa dernière vidéo qu’elle envisage de franchir le pas et de devenir végétarienne).

« Le discours vegan peut, involontairement, servir les intérêts de l’agrobusiness. Exemple avec le premier steak « in vitro », qui a déjà été mangé en août 2013. Le programme de recherches, hébergé par l’université de Maastricht aux Pays-Bas, et notamment financé par Google, affiche quatre bénéfices : sécurité alimentaire, peu d’émissions de gaz à effet de serre, moins d’impacts sur l’environnement et pas de problèmes de bien-être animal. « Je pense que les industriels sont en train de préparer le remplacement des productions animales par les biotechnologies. Elles produiront des ersatz de viande, fabriqués en laboratoire, redoute la chercheuse. Le steak in vitro, c’est le rêve de Mc Donald’s. Le but de l’industrie des biotechnologies, c’est de se débarrasser des animaux. » Cela pourrait être notamment profitable à des multinationales comme Monsanto ou Bayer, selon elle, qui fournissent un des principaux substituts à la viande : le soja ».

– Reporterre, « Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète?« 

En fait pour moi, le risque avec le végétarisme, c’est de créer une société à deux vitesses. D’un coté les pauvres, qui continueront à manger de la viande low cost produite dans des conditions épouvantables. De l’autre les végétariens, appartenant plutôt à des classes aisées, qui certes ne mangeront plus de viande mais ne remettront pas en cause la mondialisation et le système capitaliste, et contribueront à perpétuer un modèle dans lequel on ne réfléchit pas à la provenance de ce qu’on mange mais uniquement à si ça rend bien en photo sur instagram (hashtag brunch végan). Et au milieu, ceux qui vont se faire sacrifier, ça va être les vrais paysans: l’élevage et les boucheries tradi – alors même que ce sont eux les remparts les plus efficaces contre les excès de l’industrie agroalimentaire. Et ça je crois bien que ça me révolte: comment peut-on prendre aussi à cœur la question du végétarisme et ne pas toucher un mot, jamais, de la mort programmée du monde rural?

« Si l’élevage est une telle calamité pour l’environnement, comment se fait-il qu’il existe depuis dix millénaires et qu’il soit consubstantiel de la majorité des sociétés humaines ? Et si je me trompais de combat en étant végétarienne ? En voulant lutter contre l’industrialisation de l’agriculture, ne suis-je pas en train de participer à la disparition des petits paysans ? Des écosystèmes à part entière, où tout est connecté : le petit lait issu de la fabrication du fromage nourrit les cochons, les restes du repas sont donnés aux poules, le potager reçoit le fumier et les arbres fruitiers donnent de l’ombre aux ruminants. Loin des élevages hors sol, ces systèmes paysans sont résilients et très « durables ». La preuve, ils persistent depuis plusieurs siècles ! Finalement, l’équation « écolo égale végétarien » n’est peut-être pas si juste. Nous avons besoin de l’élevage, nous avons besoin des animaux. La solidarité avec les paysans et la planète ne passe pas par le refus catégorique de consommer carné. Elle passe par le refus catégorique d’un élevage industriel, fondé sur la technologie tous azimuts, avec insémination artificielle, puçage et « nutrition de précision ». Et elle passe par la dégustation (à fréquence modérée) d’un bon gigot d’agneau acheté en vente directe au berger du canton !

– Reporterre, « Voici pourquoi je (re)mange de la viande« 

3. HITLER ÉTAIT VÉGÉTARIEN (coïncidence? je ne crois pas)

En vrai dans le fond je suis assez sensible à certains arguments des végétariens (je n’ai rien à répondre, par exemple, à quelqu’un qui me fait remarquer que si j’étais un vrai carnivore, j’irais chasser mon bifteck moi-même et que si je passe par un boucher pour effectuer le sale boulot de la mise à mort, c’est parce que je ne me sens moralement pas capable d’infliger directement cette souffrance à un animal).

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et puis aussi je l’avoue: je serais triste si qqn mettait mon chat au barbecul

Mais ce qui m’empêche d’être végétarien, c’est les autres végétariens. Je les trouve souvent cons, inutilement agressifs et péremptoires (or rien ne m’énerve plus que les gens qui refusent un débat sous prétexte qu’ils connaissent déjà la vérité. et le pire de tout, ce sont les gens sans humour).

Exemple type de végétarien pénible: le végétarien hypocrite. Comme Sébastien Arsac, le co-fondateur de L214 (association qui a fait le buzz récemment pour avoir filmé en caméra cachée des scènes d’une extrême violence se passant dans des abattoirs ou des élevages intensifs de poulets). Pour info voici comment cette personne justifie son engagement:

« Je ne suis pas né aujourd’hui comme je suis. Je cachais du saucisson sous mon oreiller. J’assistais à la fête du cochon, la tuerie du cochon. Mon grand-père était le saigneur du village. C’était une journée de convivialité. mais petit à petit le cri du cochon m’a posé question. […] J’étais sur le canapé en train de lire une BD et de manger du lard. Et je lis sur une case qu’il y a des civilisations qui ne mangent pas d’animaux. Cela m’a fait un choc. Je me suis dit, j’arrête de manger des animaux. »

Genre le mec, il a passé les 30 premières années de sa vie à manger du lard tranquille sur le canap comme si c’était des chips, pépouze, sans jamais faire de lien logique du genre lard = cochon, et il se permet de venir te faire la morale alors que toi tu ne manges de la viande qu’une fois par semaine. Je déteste les nouveaux convertis, ces gens qui mènent un mode de vie dégueulasse pendant la plus grande partie de leur vie puis ont une illumination, deviennent extrêmes dans l’autre sens et viennent faire chier ceux qui mènent une vie mesurée.

Autre type de végétarien pénible: le végétarien complotiste tendance dépressif. Alors pour lui c’est simple: si tout va mal dans le monde, c’est parce que l’homme a cessé d’être un chasseur-cueilleur et a inventé l’agriculture et l’élevage, introduisant la VIOLENCE sur Terre. Bon alors déjà il va falloir se calmer avec le mode de vie prétendument ultra génial des chasseurs-cueilleurs. Moi depuis que j’ai frôlé la mort en Californie face à un serpent à sonnettes, je suis bien content qu’en Europe, on ait plus de super prédateurs du type lion des montagnes, et qu’on puisse faire des randos tranquillou. Mais le végétarien complotiste tendance dépressif, il trouve pas ça cool les randonnées sans danger. A chaque fois qu’il croisera une vache il versera une larme sur le fait que le pauvre animal porte une cloche qui pèse lourd et que quand même le spécisme c’est pareil que le sexisme quoi…

Dernier type de végétarien pénible: le végétarien blog de mode. Le genre qui va étaler son mode de vie à la face du monde sans jamais reconnaitre que c’est un peu obscène parfois de parler autant de nourriture (oui je vous sors l’argument « en Afrique des enfants meurent de faim »). Le pire étant quand même Antigone XXI: on y censure les commentaires tout comme sur un blog de mode tradi mais ici on le fait pour la bonne cause (car on est végan! donc du coté du bien🙂 Et tant pis si le titre (« l’abondance frugale ») est déjà une monumentale contradiction, on est pas à un paradoxe près.

Conclusion: sauvez une vache, mangez un végétarien. La semaine prochaine nous poursuivrons notre série « critique de la modernité » en nous penchant sur la tendance « to-do list » (adeptes du bullet journal, j’espère que vous tremblez dans vos grottes).