archive

Archives Mensuelles: mars 2017

« On connaît des pensées imbéciles, des discours imbéciles qui sont faits tout entiers de vérités »

-Gilou Deleuze

Oh putain les amis l’heure est grave.

Vous avez vu les sondages de ce matin ? Il parait qu’Emmanuel Macron a été le candidat le plus convaincant lors du débat d’hier soir sur TF1. Alors comment vous dire ? Deux possibilités : soit a) les français sont cons, soit b) les sondages sont truqués. Il n’y a pas d’autre possibilité. Comment peut-on dire qu’Emmanuel Macron a remporté le débat ??? Il a été transparent du début à la fin. Il a pas été foutu d’avoir une seule opinion tranchée à propos de quoi que ce soit. Il a été tellement NUL que j’ai même été d’accord avec Marine Le Pen quand elle l’a interpellé à ce sujet (c’est pour vous situer le niveau de gravité du truc) :

-Vous savez quoi Monsieur Macron? Vous avez un talent fou: vous arrivez à parler sept minutes et je suis incapable de résumer votre pensée. Vous n’avez rien dit! Rien dit! C’est le vide absolu! Non mais moi, j’attire l’attention des français, quand même. Je voudrais qu’ils s’attachent à vérifier qu’à chaque fois que vous prenez la parole, vous dites un petit peu de ceci, un petit peu de cela, et jamais vous ne tranchez. On ne sait pas ce que vous voulez, et honnêtement, je trouve ça très inquiétant.

-Mais Madame Le Pen. Si vous n’avez pas compris: je ne veux pas pactiser, comme vous, avec Monsieur Poutine. Si vous n’avez pas compris, contrairement à vous, je veux une politique française forte mais responsable…

-Mais ça veut rien dire, une politique forte mais responsable!

-Contrairement à vous, je propose d’avoir une France forte dans une Europe que j’assume pleinement, c’est notre grand désaccord…

-C’est de pire en pire!

Comme vous l’aurez compris, je suis assez aigri par cette présidentielle (doux euphémisme). Et comme je soupçonne qu’il y a parmi vous des ectoplasmes qui envisagent de voter Macron, voici le top 5 des raisons pour lesquelles cela n’est pas une bonne idée.

macron-1

1.Emmanuel Macron se tape sa prof. Je m’en fous s’il y a des féministes dans la salle, insurgez-vous autant que vous voulez en mode « où est le problème avec les femmes matures », ça ne me fera pas changer d’avis. Qui se tape sa prof de français du lycée, sérieusement ? Hormis quelqu’un qui a une relation psychotique avec le concept d’autorité et qui rêve d’être le premier de la classe pour se faire adouber par les puissants ? En plus Brigitte, elle commence à nous emboucaner avec ses vêtements de luxe et ses couvs Paris Match.

2.Emmanuel Macron n’est pas un candidat anti-système : c’est le candidat des riches. Vous pouvez pas savoir comme ça me fait rager que Macron se permette de se qualifier « d’anti-système ». Le sens des mots, merde ! Le mec a été ministre de l’économie, il a fait l’ENA, il a été banquier d’affaires chez Rothschild, il est soupçonné d’avoir fraudé le fisc, il est soutenu par un bon paquet d’élites économiques…comment peut-il être persuadé avoir accompli tout ça grâce à son seul mérite ? S’il est là aujourd’hui, c’est parce qu’il est un pur produit du système (et ça arrange bien des gens qu’il soit élu, parce que c’est l’assurance que rien ne changera). Cela étant dit, si Macron est malhonnête au sujet du choix des mots, les gens sont cons aussi. Je connais des gens qui sont prêts à voter pour lui juste à cause de l’image qu’il se donne. Genre : « je suis le futur Justin Trudeau français, votez pour moi, je suis tellement cool ». D’où on vote pour quelqu’un parce qu’il est cool ? Le mec est tellement décontracté du slip dans son trip « je suis un pur produit marketing » qu’il ne s’est même pas fait chier à pondre un programme. Pour rappel Macron a mis son programme en ligne seulement début mars. Soit moins de deux mois avant le premier tour de la présidentielle (l’équipe du Front de Gauche bosse sur le sien depuis 5 ans). Et puis cette histoire de « je ne suis ni de droite ni de gauche, je ne suis pas dans l’idéologie ». Mais c’est justement le propre de l’idéologie dominante, d’être incapable de se reconnaître comme telle ! Macron a une idéologie, et c’est celle du libéralisme.

3.Emmanuel Macron n’a rien du vote utile. Ouai parce que ça c’est quand même l’argument top bambou qu’on entend partout en ce moment. Si vous voulez pas vous taper Fifi parce qu’il est trop corrompu, et si gros Marine vous fait peur, une seule solution : Emmanuel Macron. Mais qu’est-ce que c’est que cette idée de merde ? D’où elle sort, d’abord ? Des sondages ? Mais les mecs, rentrez-vous ça dans le crâne, sondage n’est pas synonyme de réalité. Regardez ce qui s’est passé avec le Brexit ou l’élection de Trump : les sondages n’avaient pas du tout anticipé ce qui allait se passer. Si ça se trouve, en France, en ce moment, c’est pareil. Les sondages sous-entendent que Macron est la seule alternative crédible à l’accession du FN au pouvoir, mais en vrai ils en savent rien. Qui vous dit que Macron gagnera forcément contre Le Pen au second tour ? Qui vous dit que Mélenchon, par exemple, ne serait pas plus à même de remporter la victoire dans le même cas de figure ? (le débat d’hier soir m’a sérieusement inquiété à ce sujet. Je suis persuadé que gros Marine ne fera qu’une bouchée d’Emmanuel, alors que face à Jean-Luc, ça sera une autre paire de manche). Et puis il y a potentiellement 40% d’indécis et/ou 30% d’abstentionnistes. C’est quoi le vote utile, dans cette configuration ? Ça serait pas plutôt de fédérer tous les grugru derrière une candidature ouvertement contestataire du système ? (comme celle de Philippe Poutou, par exemple?) De toute manière, il y a un truc obscène avec la manière dont les médias ont choisi leur camp depuis le début, en se basant sur les sondages : ça sera Macron, et personne d’autre. Les sondages devraient être interdits par la loi, ça fausse complètement les élections, ça pousse les gens à voter en fonction de calculs politiques et non en fonction de leurs véritables convictions. Franchement moi depuis quelques semaines, à chaque fois que quelqu’un me dit « je vote Macron pour faire barrage au FN », c’est simple : je sors mon gourdin et je l’assomme (je vous conseille de faire pareil par chez vous, ça détend).

11-1-e1488192211435

moi face au mouvement « les jeunes avec macron »

4.Pourquoi devrait-on être obligés de choisir entre d’un coté, le fascisme de l’extrême droite et de l’autre, le libéralisme débridé ? Et pourquoi nous fait-on croire que l’un des deux choix est plus vertueux que l’autre ? D’où vous pouvez être certains que c’est mieux d’élire Macron que d’élire Le Pen ? Alors c’est sûr, si Marine Le Pen est élue, les conséquences seront assez vite visibles pour un certain nombre de gens (le nombre de matraques dans le cul augmentera exponentiellement dans les banlieues, les fonctionnaires pas assez « patriotes » auront des ennuis, les gens qui mettaient religieusement tous les mois des sous sur leur compte épargne perdront toutes leurs économies quand on repassera au franc… et à la fashion week, à Paris, on pourra voir des t-shirts Chanel à 1000 boules ornés de slogans communistes tels que « résister c’est créer » (la blogueuse mode aime ressentir le doux frisson de l’engagement politique, surtout quand il s’agit de tirer sur des ambulances)). Marine Le Pen est raciste, et je suis le premier à penser que c’est un sacré problème. Mais Macron, il est libéral, et c’est un sacré problème aussi. Pourquoi on sous-estime tout le temps la violence du capitalisme ? Parce que cette violence, si elle est tout aussi réelle, est moins visible, plus difficile à théoriser ? Quand des skins ciblent un noir dans la rue, c’est « facile » de s’insurger parce la situation est binaire. Quand des entreprises licencient et délocalisent, quand le code du travail est « assoupli » pour « fluidifier » le marché du travail, il y a de la violence aussi, mais elle est moins « directe », plus difficile à théoriser, à lutter contre. Mais c’est là que le combat se joue, et il ne faut pas s’y tromper. Ce que je veux dire, c’est qu’à force de juger des programmes politiques uniquement sur l’axe « raciste / pas raciste », on se prépare à faire des sacrées conneries. Ça me fait penser à un article qui est paru dans la revue Ballast de l’automne dernier, intitulé « Bernie Sanders et le renouveau de la gauche américaine » (si vous cherchez une revue à laquelle vous abonner d’ailleurs, je vous la conseille chaudement).

« Si le racisme a servi la conception du capitalisme de Ronald Reagan et de Donald Trump, l’antiracisme sert tout aussi bien la conception du capitalisme de Bill et d’Hillary Clinton. Leurs discours, en acceptant le présupposé que l’enjeu de l’élection réside essentiellement sur la manière de définir l’identité américaine (l’une supposément « ouverte » et « tolérante » et l’autre « fermée » et « raciste ») fonctionnent dès lors dans les mêmes termes. Tous deux font de leur programme un enjeu moral sur l’avenir de l’identité de la nation au détriment d’une remise en cause plus profonde des dynamiques économiques ayant mené à cette situation. Ce n’est jamais le marché qui est remis en question, seulement ses effets inégaux sur les différentes factions de la population […] Pourquoi [les mesures que Sanders propose] sont elles si importantes ? Parce qu’elles visent non à rendre les marchés plus efficients mais à les limiter. Instaurer un salaire minimum vise non pas à faire en sorte que les travailleurs dans les fast food gagnant 7 dollars soient plus « diversifiés » en termes ethniques et genrés, mais tend à améliorer drastiquement les conditions de ces emplois pour l’ensemble des travailleurs. Il ne s’agit pas d’avoir des « working poor » dans des proportions correctes de femmes, d’Afro-Américains ou d’Hispaniques mais d’abolir l’existence même d’emplois à bas salaires. La campagne de Sanders nous apprend à surmonter l’idée ancrée au cœur de nombreux esprits, à gauche comme à droite, selon laquelle les vraies victimes de l’ordre existant ne sont pas ceux qui sont exploités par le capitalisme mais ceux qui en seraient exclus par la discrimination »

Si on remplace Bernie par Jean-Luc, Hillary par Emmanuel et Donald par Marine, la situation me paraît assez claire je pense…

5.Raison bonus : Emmanuel Macron veut forcer les chômeurs à accepter des emplois, même si les emplois en question ne correspondent pas à leurs qualifications. Alors ça putain, ça me fait marrer. Parce que si ce genre de loi à la con passe, au vu des offres d’emplois qui m’ont été proposées ces derniers temps, je me retrouverai à travailler soit comme pizzaïolo à « Pepitos Pizza », soit comme secrétaire au « centre de prévention contre l’alcoolisme » (vous pensez tous que j’exagère un max mais je suis au regret de vous annoncer que non, ce sont des exemples purement factuels tirés de ma vraie vie).

Allez bye (et mort au capitalisme)

Salut les poux,

Je sais que vous en avez tous marre de la vie politique française donc exceptionnellement cette semaine, pas de lobbying pour Philippe Poutou mais une liste de livres à la place. Ces derniers temps, j’ai lu 4 bouquins plutôt coolos (avec des réserves pour les deux derniers de la liste – je suis une blogueuse mode intègre et j’essaye de ne pas tout trouver fantastique):

817IVBOfyeL

« J’ai seulement compris alors pourquoi il était toujours tellement facile de frapper autrui. C’était parce que je n’avais aucune imagination. Le chemin qui mène à la sympathie ou à l’empathie n’est pas de tout repos, mais c’est le seul que nous ayons. Pour comprendre les conséquences de nos actes, nous devons faire appel à notre imagination. Nous décidons qu’assommer quelqu’un avec une bouteille est une mauvaise idée, parce que nous nous mettons à la place de ce type et comprenons que, si on devait nous assommer avec une bouteille, bon dieu, ça ferait un mal de chien! On échange les rôles. Si vous faites ça – si vous pouvez faire ça – alors la violence devient pour vous une hypothèse de moins en moins probable. Vous collez le canon de votre arme contre le crâne d’un type. Si vous pouvez vous représenter ce que votre balle fera à ce crâne, alors il vous est littéralement impossible d’appuyer sur la détente. J’avais joyeusement tabassé des gens parce que je n’avais pas d’imagination ».

Je vous l’annonce tout net: ce livre m’a prouvé une fois de plus que j’étais un être insupportable et que malgré mes efforts pour lutter contre mes biais cognitifs, j’avais encore tout un tas d’idées reçues sur des sujets que je ne connaissais pas bien. Que je vous explique: de base, j’avais acheté ce bouquin parce que je savais que l’action se déroulait à Belfast, pendant les dernières années de la guerre civile. Pour moi, l’affaire était pliée: les anglais (et par extension: tous les protestants) étaient des colons et étaient donc forcément dans leur tord; les catholiques subissaient tout un tas d’injustices et c’était donc pas étonnant que l’IRA mène des actions terroristes en leur nom (hashtag « le vent se lève » de Ken Loach).

Sauf que dès les premières pages du livre, je me suis rendu compte que l’auteur ne partageait pas du tout ce point de vue. Il avait l’air de trouver tout le monde pénible (autant les républicains, les nationalistes, les loyalistes que les unionistes). Ça m’a étonné. Au début je l’ai soupçonné de d’être qu’un vil mou du genou apolitique (sens de la mesure, toujours). Et puis, à travers le personnage de Jack (celui qui parle dans la citation que je vous ai recopiée un peu plus haut), j’ai compris ce qu’il voulait dire. Et je me suis sentie honteux d’avoir eu une opinion aussi tranchée sur ce qui s’était passé en Irlande du Nord alors que je n’ai jamais mis un coussinet là-bas au moment des Troubles.

Bon sinon. Dans ce livre, vous trouverez: un chat obèse qui fait genre « je suis si mal nourri » pour apitoyer les passants, un Gavroche irlandais (le personnage de Roche, un gamin de 12 ans qui passe son temps à insulter tout le monde, ce qui donne lieu à des dialogues vraiment jouissifs), des tags mystérieux sur les murs, une chouette histoire d’amour et également une méthode radicale pour vous enrichir rapidement (indice: cela nécessite l’achat d’un godemichet géant). Il y a aussi de très belles pages sur Belfast, et sur l’attachement qu’on peut avoir pour l’endroit dans lequel on vit.

Seul bémol dans ce livre qui était quand même super chouette: la dernière partie (et globalement toute l’histoire centrée sur Chuckie, le gros protestant capitaliste) part un peu trop en quéquette à mon goût. J’ai eu l’impression que l’auteur s’est dit « mon livre est grave bien jusqu’ici, je vais lâcher les chevaux et raconter tout et n’importe quoi dans les dernières pages, mon éditeur n’y verra que du feu ».

harper-lee-ne-tirez-pas-sur-loiseau-moqueur

« Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu’on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu’on se mettait dans sa peau. Il m’avait suffi de me tenir sur la véranda des Radley. La bruine qui tombait rendait indistincte la lumière des réverbères. En rentrant à la maison, je me sentis très vieille mais, lorsque je regardai le bout de mon nez, je vis de fines perles de brume, malheureusement loucher ainsi me donna le vertige et j’arrêtai. En rentrant à la maison, je pensai à tout ce que j’aurais à raconter à Jem le lendemain. Il serait tellement furieux d’avoir raté tout ça qu’il ne m’adresserait pas la parole pendant plusieurs jours. En rentrant à la maison, je pensai que Jem et moi allions encore grandir, mais qu’il ne nous restait pas grand chose à apprendre, à part l’algèbre, peut-être ».

Grand classique (je suis sûr que la moitié d’entre vous ont déjà lu ce bouquin, j’arrive donc après la bataille). Ce livre, c’est un peu comme l’attrape-coeurs: je regrette de ne pas l’avoir lu avant. L’attrape-coeurs était le livre parfait pour adolescent grugru: j’aurais adoré lire, enfant, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

L’histoire est racontée à la première personne par Jean Louise (alias Scout). Scout a 6 ans et vit dans le Sud des Etats-Unis au moment de la Grande Dépression. Son père, Atticus, a été désigné avocat commis d’office pour défendre un homme noir soupçonné de viol. L’histoire s’étend sur 3 ans (des 6 aux 9 ans de Scout). Scout est vraiment une chouette gamine; j’avais l’impression d’être dans sa tête et de revivre, à travers elle, mon enfance (il y a une scène, assez drôle, où sa tante lui reproche de ne porter que des salopettes et pas de robes. Sa tante lui dit qu’elle doit devenir une « dame » pour être un « rayon de soleil » dans la vie de son vieux père fatigué. Scout répond qu’on peut être un rayon de soleil en salopette). Il y a de jolies pages sur la relation parent-enfant (Atticus répond toujours avec sérieux aux questions existentielles de Scout. Il m’a fait penser au père dans le film Captain Fantastic). Ou sur la relation frère-soeur (le frère de Scout, Jem, devient adolescent au moment où l’histoire de déroule). L’intrigue est sacrément bien tournée, à tel point qu’à la fin, je me sentais tout nostalgique et la larme à l’œil (les dernières pages sont quand mêmes sacrément cool).

C’est vraiment un sacré bon livre.

index

« Nous discutâmes ainsi pendant au moins une heure. Étrangers au brouhaha de dialecte grossier autour de nous, nous nous sentions uniques, lui et moi, avec notre italien recherché et nos discours qui étaient importants pour nous et pour personne d’autre. Mais que faisions nous, en réalité? Était-ce vraiment une discussion? Un entraînement afin de pouvoir nous mesurer, dans l’avenir, à d’autres personnes ayant appris à manier le langage comme nous? Était-ce un échange de signaux destinés à nous prouver que les fondements d’une amitié longue et fructueuse existaient? Ou encore une manière cultivée de dissimuler nos désirs sexuels? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que je n’avais aucun intérêt particulier pour ces questions ni pour les faits ou personnes auxquelles elles renvoyaient. Tout cela ne faisait partie ni de mon éducation ni de mes habitudes, mais comme toujours je m’efforçais de ne pas faire piètre figure. J’eus l’intuition que je devais être attentive à dire ce qu’il voulait que je dise, lui cachant à la fois mon ignorance et le peu de choses que je savais et pas lui ».

OUI: je me suis tapé le tome 1 et le tome 2 de la saga d’Elena Ferrante (car a) je suis une blogueuse mode qui se respecte et b) j’avais besoin d’un truc facile à lire pendant les vacances).

Je ne sais pas trop si je devrais vous conseiller cette série de bouquins car honnêtement pas mal de trucs m’ont gonflé. Déjà la liste de personnages à rallonge. Ça m’a rappelé l’Idiot de Dostoïevski, où tu es obligé de te faire une fiche de lecture avec le nom complet des personnages (surnom inclus), les liens de parenté et les métiers de tout le monde pour comprendre un minimum de quoi on cause. On veut des intrigues simples! Merde! (message sponsorisé par le lobby des renards lecteurs). Ensuite, il y a le problème du « page turner » (oui j’utilise des expressions anglaises pour me la péter). Le principe du page turner est simple: l’histoire t’énerve tellement que tu lis compulsivement jusqu’à 3h du matin pour connaître le dénouement, et à la fin tu es encore plus dégoutté car CLIFFHANGER: il faut acheter le bouquin suivant pour connaître la suite. Moi j’ai une règle dans la vie: je n’achète que des livres de poche (mon côté radin, doublé de mon coté « je fais du vélo & et ne veux pas me trimballer un sac de 110 kilos tous les jours merci »). Du coup quand j’ai fini le tome 2, j’ai évidemment pas pu lire le tome 3 (vu qu’il vient de sortir) et je me suis senti aigri.

Le pitch, vous connaissez certainement alors je vous la fais courte. En gros l’histoire est centrée autour de deux amies, Elena et Lila, qui habitent dans un quartier pauvre de Naples, dans les années 50. Le premier tome raconte leur enfance. Le second tome est centré sur leur adolescence. C’est un peu bizarre parce que je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages. Lila est objectivement pète-couilles (c’est le genre de personne que, dans la vraie vie, je fuis comme la peste. Dans la catégorie « amie qui se définit comme hyper proche de toi mais qui passe son temps à te pourrir »). Et Elena est mou du genou. On a envie de la secouer et de lui dire d’arrêter de se poser 30 000 questions sur la vie (et de draguer des mâles qui sentent des pieds sous prétexte qu’ils se la jouent engagés en politique & poète incompris).

Moralité: ce livre m’a saoulé mais je lirai le tome 3 car je suis un renard curieux. Et aussi parce que trouve cool qu’Elena Ferrante veuille protéger son anonymat.

Tristesse_et_beaute_-_Yasunari_kawabata-24388

Je voulais terminer cette liste de livres avec un peu de littérature de puriste (Kawabata a reçu le prix nobel de littérature en 1968). Ce bouquin (appartenant au mâle, qui est très japonisant), traînait dans la bibliothèque depuis un bon bout de temps. Je m’étais fait la promesse d’arrêter de lire des auteurs japonais car je trouve qu’ils ont un problème avec les femmes et que c’est énervant à la longue (prenez Murakami: ses héros sont systématiquement des mâles japonais mous du genou d’une trentaine d’années, vaguement dépressifs et indécis dans la vie qui, pour une raison incompréhensible, attirent dans leur lit tout un tas de femelles énamourées). Mais ce bouquin était court (à peine 200 pages) et parfois il faut se sortir de sa zone de confort donc je me suis dit: pourquoi pas.

J’ai râlé en continu tout au long des 200 pages.

(ce qui m’a valu un débat enragé avec le mâle, celui-ci soutenant qu’on ne pouvait pas adopter de position morale face aux œuvres d’art (je boycotte Polanski et Woody Allen depuis les histoires de pédophilie les concernant)).

Que je vous explique. L’histoire de Tristesse et beauté est la suivante: quand il avait 30 ans, Oki a eu une liaison extra-conjugale avec une jeune fille de 16 ans, Otoko. Otoko est tombée enceinte, mais a perdu l’enfant à la naissance. Elle a ensuite été internée en hôpital psychiatrique, et Oki l’a quittée. Par la suite, Oki a écrit un livre sur leur histoire d’amour, qui est devenu un best-steller. Il n’a jamais revu Otoko. Alors qu’il approche de la cinquantaine, il décide de la revoir (vous le sentez venir, le mec relou?). Otoko ne s’est jamais mariée. Elle est devenue peintre et vit en couple dans son atelier avec son apprentie (vous le sentez venir, le gros cliché de la lesbienne?).

Alors il y a pas à chier: ce bouquin est un petit chef d’œuvre de pureté stylistique (les descriptions de phénomènes naturels rendent jaloux devant tant de précision et de travail acharné pour trouver les mots exacts). Et le livre aborde la question de la vengeance, de la jalousie et de la possession, de manière intéressante. MAIS. Comme je m’en doutais, il y a un gros problème avec les femmes. Je pense que c’est vraiment lié à la culture japonaise, qui fait que la psyché féminine est complètement inaccessible aux mâles (à force d’être un pays complètement inégalitaire, on oublie vite à quoi ressemble la vie des dominés car comme dirait l’autre, l’histoire est écrite par les vainqueurs).

Screenshot from 2017-03-08 12-01-43

Un passage en particulier m’a fait hurler plus fort que les autres:

« Il était encore tôt quand Oki ouvrit, vers quatre heures et demie, le paquet d’Otoko. Il contenait un assortiment de mets préparés à l’occasion du Nouvel An, ainsi que des boules de riz modelées avec soin, qui lui paraissaient traduire les sentiments d’une femme. Sans nul doute, Otoko les avait elle-même confectionnées à l’intention de celui qui avait, autrefois, détruit sa jeunesse. Tout en mâchant de petites bouchées de riz, Oki pouvait sentir sur sa langue et entre ses dents la saveur du pardon d’Otoko. Non, ce n’était pas son pardon, mais plutôt son amour, un amour encore bien vivant dans son cœur »

(elle ne t’a pas fait des boulettes de riz parce qu’elle t’aime en secret mec. C’est juste que c’est une femme japonaise disciplinée et qu’elle avait pas le choix que de te préparer ton putain de repas)