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Archives Mensuelles: novembre 2016

Salut les dépressifs,

Aujourd’hui et afin de détendre les chakras de chacun, nous allons parler littérature. Tiens d’ailleurs, tip de blogueuse mode: si vous savez pas quoi lire en ce moment et que vous cherchez de l’aventure et de l’exotique, je vous conseille d’aller fouiner sur cette carte interactive. Le principe est simple: vous choisissez un pays ou une région du monde, et on vous propose une liste de bouquins. J’ai lu pas mal de trucs cool récemment grâce à ça, donc je suis content.

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« Je raconte à Lev que, quand j’avais son âge, tout me faisait pleurer: les films, les histoires, et même la vie. Les mendiants dans la rue, les chats écrasés, les pantoufles éculées me faisaient éclater en sanglots. Les gens autour de moi ont trouvé que ça posait un problème et, pour mon anniversaire, ils m’ont offert un livre destiné à apprendre aux enfants une méthode pour ne pas pleurer. Le héros du livre pleurait beaucoup, jusqu’à ce qu’il fasse connaissance d’un ami imaginaire qui lui suggéra, chaque fois qu’il sentirait les larmes gonfler en lui, de s’en servir comme d’une espèce de carburant pour faire autre chose: chanter une chanson, taper dans un ballon, esquisser quelques pas de danse. Ce livre j’ai bien dû le lire cinquante fois et j’ai mis ses conseils en pratique des dizaines et des dizaines de fois jusqu’à devenir si fort pour m’empêcher de pleurer qu’aujourd’hui ça m’est naturel et que ça se fait tout seul. J’y suis tellement habitué à présent que je ne sais pas comment arrêter. « Alors quand tu étais petit, demande Lev, chaque fois que tu avais envie de pleurer, tu chantais à la place? ». A contrecœur, je suis obligé de reconnaître que non. « Je ne sais pas chanter. Alors le plus souvent, quand je sentais les larmes monter, je tapais quelqu’un ». « C’est bizarre, dit Lev, songeur. Moi d’habitude je tape quelqu’un quand je suis content ». Le moment parait bien choisi pour aller jusqu’au frigo prendre des bâtonnets au fromage pour nous deux. On s’assied dans le salon et on se met à grignoter en silence. Père et fils. Deux mecs. Si vous frappiez à la porte et que vous le demandiez gentiment, on vous offrirait un bâtonnet au fromage, mais si vous faisiez quoi que ce soit d’autre, qui nous rende triste ou content, il y aurait de fortes chances pour que vous vous preniez une petite raclée. »

D’habitude je ne lis pas de recueils de nouvelles (car je suis un beauf) mais j’ai fait exception avec Etgar Keret car j’aimais bien l’idée sous-jacente du livre (il a réuni plusieurs textes qu’il a écrit pendant les sept premières années de vie de son fils). Bon alors je vous le dis tout de go: ce bouquin s’inscrit parfois dans la lignée « humour facile » donc si vous voulez des blagues un peu moins france inter et un peu plus second degré, peut être que vous ne serez pas satisfaits. Mais moi je m’en fous, je suis toujours bon public dès qu’il s’agit de tourner en ridicule sa progéniture. De plus le livre contient par endroits des passages assez subtils sur Israël et les juifs (les alertes attentat, le service militaire, la Pologne (dont est originaire la mère de l’auteur), la culpabilité vis-à-vis des arabes). Bref, c’est donc une lecture reposante pour mois de novembre déprimant.

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« Être mort, c’est ce que doit payer chacun pour avoir été, pour s’acquitter du miracle qui préside à chaque naissance »

Livre court (à peine 150 pages) mais tellement COOL. Galsan Tschinag a grandi dans la steppe, en Mongolie, dans une famille de nomades. Ciel Bleu raconte son enfance. Le livre est truffé de survival tips qui feraient frissonner bear grylls de plaisir. On y apprend par exemple que la graisse d’animal sauvage a des vertus cicatrisantes. Que les bouses peuvent servir de combustible pour le feu en hiver. Ou que le genévrier, mélangé à de l’eau tiède, est parfait pour se laver les coussinets après une journée passée à crapahuter dehors (toi aussi n’hésite pas à voter pour que le verbe « crapahuter » soit élu top ringard 2016). A l’époque de Galsan Tschinag, les enfants ne mangeaient pas de bonbons (car cela n’existait pas) mais n’avaient pas l’air de plus mal le vivre que ça (ils n’allaient pas à l’école non plus. peut-être que ça aide à se sentir détendu du slip). Bref, j’ai adoré ce bouquin. En plus il y a aussi de très belles pages sur sa mémé.

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« Lorsqu’elle voyait ainsi le visage de ce garçon, qui appartenait à ses années d’adolescence, s’inscrire sur le décor montagneux de sa vie présente, le familier et l’insolite se brouillaient, se fondaient en une sorte de rêve éveillé. Une vague de sentiments confus la balayait comme la brise caresse un corps en nage: la personne que Howie croyait avoir en face de lui, à laquelle il s’adressait et dont il lui renvoyait l’image, n’avait plus la même identité: ce n’était plus celle qui avait signé ses dessins d’avant, ce n’était plus celle qu’elle-même connaissait. En ce cas, qui était-elle? Elle n’en savait rien. »

Je ne remercierai jamais assez la personne qui m’a conseillé de lire ce bouquin à travers un commentaire laissé sous une précédente liste de livres. Je ne connaissais pas Wallace Steigner et je serais certainement passé à coté sinon. D’autant que le sujet me laissait a priori de marbre: « un vieil historien ronchon, unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s’occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant – ou à celui d’après si l’on veut rester optimiste. C’est ainsi qu’il va tomber sur les lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l’Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari – et dont la vie, passée au milieu de paysages grandioses, ne sera qu’une suite (plutôt mouvementée) de dégringolades et de désillusions…« . De « l’Ouest sauvage », je n’avais que de vagues connaissances, tirées de la petite maison dans la prairie (ne me jugez pas), de quelques westerns spaghetti soporifiques et de lointains souvenirs de cours d’histoire-géo. Pour moi, l’Ouest sentait des pieds, et la perspective de me coltiner les aventures de Susan Ward (la grand-mère en question) sur 700 pages me paraissait au dessus de mes forces. Comme j’avais tord! Déjà, la quatrième de couverture n’est pas mensongère: on croise effectivement dans ce livre moultes paysages grandioses (et c’est une personne qui d’ordinaire ne supporte pas les descriptions qui vous le dit). Mais le plus inattendu c’est qu’on se surprend à suivre la vie de Susan comme un thriller et à tourner les pages avec impatience dans l’attente du dénouement (ce qui est à la fois bien et pas bien car, rappelez-vous, le livre est gros. Donc vous en aurez pour un paquet de temps avant d’avoir fait le tour de sa vie). Parmi les grands thèmes abordés, on trouve: le déracinement, le temps qui passe et l’identité qui se fragmente (à l’échelle d’un individu mais aussi sur plusieurs générations), la question de la mémoire, les rêves que l’on a pour sa vie versus la réalité, et la vie de couple (joies et déceptions).

Ah et question bonus pour ceux qui ont déjà lu ce livre: qui est votre personnage pref? Susan ou son mari? Au début je me positionnais clairement du côté de Susan mais avec le temps cette personne m’a un peu tapé sur le système [attention minute anti-féministe: franchement Susan elle se la coulait douce quand même. En tant que femme au foyer aisée, elle était quand même vachement oisive je trouve. Il y a plein de passages où on a envie qu’elle lâche ses rêves débiles de femme artiste et de conversations mondaines au coin du feu et qu’elle vienne mettre les mains dans la boue pour aider un peu son mari. En même temps je ne suis qu’un petit insolent et il est évident qu’à cette époque là, et vu le milieu social dans lequel elle évoluait, certaines choses ne se faisaient pas…].

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Le livre bonus du mois! Je souffre parfois d’insomnie et après avoir essayé plein de trucs qui servent à rien (tapis d’acupression, gouttes de lavande sur l’oreiller, méditation du genre « pensez à 3 choses cool qui vous sont arrivées aujourd’hui puis endormez-vous dans le calme ») j’ai décidé de revenir aux bases c’est à dire: à la science. Ce « que sais-je » est pas mal foutu (bien que son auteur s’appelle Zara de Saint-Hilaire, ce qui laisse présager d’une vaste blague). Je vous laisse avec ces sages paroles:

« L’insomniaque passe en fait un temps anormalement long au lit. Il se couche souvent tôt, traîne au lit le matin, et pourtant dit ne dormir que quelques heures. Cette tendance à allonger le temps passé au lit pour essayer de « compenser » le sommeil estimé insuffisant diminue la « pression » du sommeil et favorise l’apparition d’éveils au cours du sommeil. La technique consiste donc à réduire le temps passé au lit pour le faire coïncider le plus possible avec le temps de sommeil. Le patient tient un agenda de ses horaires de sommeil sur huit jours minimum. A partir de ces informations, on calcule l’efficacité subjective de son sommeil qui est égale au rapport du temps de sommeil total sur le temps passé au lit multiplié par 100. Le but est d’arriver à obtenir un indice très proche de 100%. Concrètement, si la personne pense avoir dormi 5 heures et demie, on lui accorde un temps passé au lit égal à cette durée. La restriction se fait en retardant l’heure du coucher, tout en maintenant constante l’heure du lever. Le temps passé au lit ne doit cependant jamais descendre au-dessous de 5 heures. Lorsque l’efficacité de son sommeil calculée grâce à l’agenda s’améliore et atteint environ 85%, le temps passé au lit peut être augmenté de 15 minutes, permettant au patient d’aller se coucher 15 minutes plus tôt. »

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance »

– Abraham Lincoln

Salut les canards,

Le titre de ce post est à la fois pompeux et mensonger car je vous le dis tout net: j’ai rien compris à la victoire de donald. D’ailleurs pour vous situer l’étendue de mon déni, le jour de l’élection j’ai même cru comprendre qu’hillary était largement en tête, et j’ai bien mis 24 heures avant de me rendre compte de ma terrible méprise (pour ma défense j’écoute les infos sur la radio danoise. or le matin les renardeaux ont le nez dans le GAZ).

Au vu de mon ignorance crasse, il serait donc malvenu de ma part de vous balancer mes habituelles analyses politiques énervées du slip, sur base de « je vous l’avais bien dit ». Je me contenterai donc de vous rappeler les faits suivants (en espérant que ça élève un peu le niveau lors des futurs débats de noël):

1. donald ne sera pas le premier président des états-unis à être complètement zinzin:

« Des présidents un peu fêlés, les États-Unis en ont connu plus d’un, à en croire la belle galerie de portraits publiée par « Libération » (4/11). Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Calvin Coolidge avaient des dossiers particulièrement chargés chez leurs psychiatres. Le cas le plus étonnant est celui de Lyndon B. Johnson, arrivé à la Maison-Blanche en 1963, après l’assassinat de Kennedy. Obsédé par son pénis, qu’il avait surnommé « Jumbo », « Johnson forçait les députés à admirer: « Vous avez déjà vu quelque chose d’aussi gros? » En prime, il faisait tourner Jumbo sous leurs yeux ». Un modèle pour Trump d’éléphant? »

– source: le canard enchaîné

2. si ces connards corrompus du parti démocrate avaient laissé bernie gagner la primaire, on en serait pas là:

13434701_1785840921660724_7062861947412528536_n3. donald ou la revanche des trolls

je vous épargne le laïus comme quoi donald n’a rien d’un self-made man (il a hérité de sa fortune) et que c’est quand même gonflé de sa part de se positionner comme un candidat « anti-système » qui va venir au secours des pauvres alors qu’il y a de grandes chances que sa politique (abandon de l’obamacare, déni de l’existence du réchauffement climatique, baisses d’impôts) les enfonce encore plus. si le sujet vous intéresse (pourquoi les pauvres votent-ils à droite alors que c’est pas dans leur intérêt de faire ça?) je vous renvoie à l’excellent bouquin de Thomas Frank. je pense que si donald a gagné, ça a certes été parce qu’il s’est positionné en défenseur de l’américain moyen, blanc et pauvre, face à une hillary complètement hors sol et acquise à la mondialisation libérale, mais c’est surtout parce qu’il a gagné le vote des trolls. les gens ont surtout voté pour lui, à mon avis, parce qu’il les faisaient rire:

« When I was in fourth grade, my teacher Mrs. Kolphner taught us a social studies lesson. The seventeen students in our class were introduced to two fictional candidates: a smart if slightly bookish-looking cartoon tortoise named Greenie, and a cool-looking jaguar named Speedy. Rick Dissellio read a speech from Speedy, in which he promised that if elected he would end school early, have extra recess, and provide endless lunches of chocolate pizzandy. (A local Pawnee delicacy at the time — deep fried pizza where the crust was candy bars.) Then I read a speech from Greenie, who promised to go slow and steady, think about the problems of our school, and try her best to solve them in a way that would benefit the most people. Then Mrs. Kolphner had us vote on who should be Class President. I think you know where this is going. Except you don’t, because before we voted, Greg Laresque asked if he could nominate a third candidate, and Mrs. Kolphner said “Sure! The essence of democracy is that everyone—” and Greg cut her off and said “I nominate a T. rex named Dr. Farts who wears sunglasses and plays the saxophone, and his plan is to fart as much as possible and eat all the teachers,” and everyone laughed, and before Mrs. Kolphner could blink, Dr. Farts the T. rex had been elected President of Pawnee Elementary School in a 1984 Reagan-esque landslide, with my one vote for Greenie the Tortoise playing the role of “Minnesota.”

source

19_compresset aussi parce qu’à un moment, face à tous les scandales qui accablent les hommes politiques depuis des années, on finit par préférer quelqu’un de véreux MAIS qui l’assume entièrement à des animaux carnassiers déguisés en herbivores type Hillary qui font genre « votez pour moi. soutenez le camp du bien » alors qu’ils ont du sang sur les mains (je l’avoue, je fais partie des gens qui se sentent physiquement irrités à la vue d’hillary clinton). d’ailleurs je ne suis pas un aficionado de wikileaks (si vous voulez mon avis sur la question, julian assange sent des pieds), mais ils ont le mérite de militer pour la transparence. et qu’on le veuille ou non, ça sera un des grands combats du 21 siècle. les gens en ont marre d’avoir la sensation que les élites leur mentent.

ah, et si les gens sont irrités par le mensonge, le fait de les empêcher de s’exprimer les irrite genre, 10x plus. on entend souvent des journalistes web se triturer la nouille sur le thème ultra rebattu de « comment éviter d’avoir des trolls et du hate dans les commentaires? ». en laissant les commentaires OUVERTS les mecs, pas en les censurant. tu crois quoi? que quelqu’un qui pense des trucs agressifs va voir son niveau d’agressivité diminuer parce que tu lui empêches l’accès à ton club? bah nan. il va fonder son propre club (fox news), y ramener tous ses copains, et tous ensemble, en l’absence totale de mixité intellectuelle, ils vont tellement bien s’émuler dans leur connerie (théories du complot, négationnisme, victimisation, you name it) que leur vision déformée du monde va finir par devenir bien réelle.

luttez contre donald trump: arrêtez de censurer les commentaires sur vos putain de blogs de mode!

4. s’il devait y avoir une morale à cette histoire: ENGAGEZ-VOUS EN POLITIQUE (au lieu de venir chouiner sur twitter)

ça c’est un coup de gourdin que je me donne à moi-même mais aussi à tous les membres de ma génération (les moins de 30 ans). parce que les hashtag #jesuisrévolté #bientôtlafindumonde ça va bien 5 minutes, mais il va quand même falloir songer à se sortir les doigts du cul si on veut que les choses changent un minimum. parce que nous, les jeunes (toi aussi vote pour que cette phrase soit élue dans le top 10 des expressions de vieux ringard 2016), on a quand même tendance à faire la politique de l’autruche. tout va mal dans le monde? ouin on peut rien y faire tout ça est trop compliqué. et puis en plus c’est pas notre faute: c’est la faute des vieux. bah du coup on va larver dans le canap en regardant netflix. le cocon (amical, familial) avant tout les gars. et je ne vous jette pas la pierre: je fais pareil (au lieu de devenir un gros syndicaliste énervé du bulbe, j’ai préféré démissionner et me mettre au chômage afin de marquer mon désaccord pour le travail salarié).

dans « collapse », jared diamond analyse la trajectoire historique de différentes sociétés (les mayas, les vikings au groenland, le japon au 17e siècle) et se demande pourquoi certaines sociétés parviennent à survivre, et d’autres non. bon alors j’ai pas encore terminé le bouquin (il est gros et dense ok) mais l’idée qui se dégage de ces analyses, c’est qu’on ne parvient jamais à rien de bien si on ne se bat pas à la fois au niveau local et au niveau global. jared d. parle de « bottom up » et de « bottom down » strategies. oui, pour qu’un pays s’en sorte il a besoin que ses élites soient un minimum « éclairées » et fassent les bons choix. mais il a aussi besoin que le « peuple d’en bas », en l’espèce chaque citoyen, ne soit pas passif et influe sur le cours des choses à son échelle. faire un choix plutôt que l’autre est inefficace. alors comme dirait bernie (ouai je suis secrètement amoureux de cet individu, laisse-moi): engagez-vous en politique! présentez-vous aux élections, quelles qu’elles soient. ne laissez pas les autres, ceux dont les idées vous insupportent, le faire à votre place.

et si vraiment vous trouvez qu’élections, piège à con, que c’est le système qui est pourri et qu’au lieu de chercher à le changer de l’intérieur la seule solution est de le faire péter de l’extérieur, il y a moultes moyens d’être chiant (mais nous en reparlerons un autre jour car la soupe est prête)

Salut les venimeux,

C’est officiel: je suis au chômage!

Je vous raconte même pas depuis combien de temps j’attendais ce moment (depuis que j’ai douze ans je crois). Par contre je ne sais pas vous mais moi, je m’imaginais que la transition entre le travail salarié et la liberté allait se produire de manière un peu plus solennelle – tel un esclave à qui l’on prévoit de retirer ses chaînes je me figurais naïvement que du champagne serait sabré et que tout du moins mes collègues de travail me feraient un petit truc sympa pour marquer mon départ. Que nenni les amis. ça a été comme si toutes ces années de souffrance au travail n’avaient servi absolument à rien. Aucune reconnaissance de mon sacerdoce. Lors de mon dernier jour, la moitié de mon équipe (dont mon chef) n’étaient pas là. Raison officielle: « c’est les vacances scolaires » (raison officieuse: never mind the bollocks). Je m’étais saigné en allant acheter 4 gros gâteaux à la boulangerie bio (si vous voulez savoir combien coûtent 4 gros gâteaux à la boulangerie bio je vous répondrai: une FORTUNE. j’aurais mieux fait de faire des stocks de beurre de cacahuète à la place) et les gens ont à peine picoré dedans, c’était un véritable gâchis (il faut dire qu’il y avait eu des œufs au bacon au petit-dèj et que le taux de cholestérol du groupe, en ce vendredi après-midi, était au max). Le clou du spectacle a été atteint au moment où j’ai dû me faire un discours à moi-même (personne ne se dévouant pour le faire) (hashtag joie et bonne humeur). Ensuite mes collègues m’ont offert mon cadeau avec l’air mal à l’aise des gens qui savent qu’ils offrent une bouse mais tentent d’être cordiaux quand même. Je vous le donne en mille: c’était une plante grasse. Le petit mot disait laconiquement: « merci pour les discussions à la cantine ».

Un véritable fiasco, quoi.

Je pensais que j’allais ruminer sur mon échec professionnel pendant environ trois mois et demi (je suis un animal rancunier) mais la vérité, c’est qu’au moment où j’ai posé le pied dans le terrier pour entamer ma nouvelle vie de chômeur, tout a été oublié. Notamment car le mâle m’a lancé dans la construction d’une ÉTAGÈRE:

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Et quoi de mieux que le bricolage pour oublier ses soucis? Comme dirait l’ami Cavanna:

« Visser une vis dans du bois est un acte profondément sensuel. Je ne parle pas seulement de cette satisfaction de sentir la matière obéir, de ce sentiment de toute-puissance, de maîtrise des choses et de l’événement, mais bien d’une autre jouissance, simultanée mais différente, jouissance essentiellement, profondément physique. Les muscles de la paume, des doigts, de l’avant-bras et de l’épaule sont à la fête, chacun d’eux prend sa part de plaisir, un plaisir discret, calme et fort, et chaque tour la vis s’enfonce, et s’enfonce, sur la fin du parcours la résistance s’affermit, devient héroïque, elle ne cède que pas à pas, quart de tour à quart de tour, c’est fini, les muscles se relâchent, on respire, on s’aperçoit qu’on avait oublié de respirer. Enfoncer un clou est sensuel. On sent le clou céder un peu à chaque coup de marteau, céder à regret, ferme jusqu’au bout, on sait quel coup sera le dernier, on s’en réjouit d’avance, le voilà, à toute volée, victorieusement, c’est le coup qui scelle le clou, qui enfonce légèrement la tête dans l’épaisseur du bois… Et quand un tenon glisse enfin dans sa mortaise, poussé au cul à petits hochements de maillet, et vient buter juste bien en place… On a fait du définitif, on a mis ensemble ce qui était destiné à l’être de toute éternité… J’ai besoin d’une tâche, difficile mais pas hors de portée. Je m’attache aux objets, aux lieux. Surtout ceux que j’ai faits de mes mains, ou que j’ai conçus, ou sur lesquels j’ai beaucoup travaillé. Je suis tellement content de moi que j’ai une bouffée de plaisir chaque fois que je marche sur « mon » pavage, que j’appuie sur « mon » interrupteur, que je caresse le feuillage pétant de santé de l’arbre par moi planté. »

Du coup je me suis dit que j’allais vous faire un tuto spécial « astuce de chômeur ». Alors, comment fabriquer cette fabuleuse « étagère-design sur plan incliné » sans se ruiner? Déjà vous aurez besoin des trucs suivants:

  • une planche en bois (se pique facilement dans la rue près des poubelles quand les gens paresseux balancent la moitié de leur mobilier à la rue avant de déménager. si vous êtes audacieux et que vous souhaitez un résultat personnalisé vous pouvez toujours scier votre vieille table Ikea moche en petits morceaux)
  • 2 cordes assez solides, mais pas trop grosses non plus (on a toujours des bouts de corde qui traînent à la cave. laissez parler la blogueuse mode en vous pour ce qui est du choix des couleurs – dans mon cas, j’avais le choix entre jaune, rouge et vert mais je me suis dit que cette dernière teinte n’était pas idoine pour une cuisine)
  • 7 petits crochets
  • la perceuse du voisin
  • une équerre
  • un crayon à papier
  • un niveau à bulle (si vous n’en avez pas, tuto ici)

Ensuite la marche à suivre est assez simple et c’est assez rigolo, promis. Déjà commencez par vérifier que la planche est à la bonne taille. Une fois que vous avez un rectangle aux dimensions idoines, munissez-vous de votre équerre et tentez de vous rappeler de vos cours de CM2. L’objectif étant de positionner vos 5 crochets à égale distance a) l’un de l’autre b) du bord (pour les nuls en maths et en géométrie spatiale: courage). Une fois que vous aurez résolu ce problème, marquez la position de chaque crochet au crayon à papier, puis enfoncez-les. ça c’est la meilleure partie j’avoue. je crois qu’il n’y a rien de mieux dans la vie que de visser des crochets à une planche en bois (on a les plaisirs qu’on peut dans la vie hein).

dsc_4650du coup votre planche doit ressembler à ça à la fin

Ensuite c’est le moment de s’attaquer au moment tendax de ce tuto, à savoir le trou dans le mur. [astuce de chômeur: demandez à votre mâle de s’en occuper, et tant pis pour le féminisme]. Le but étant de fixer les 2 crochets muraux, ceux qui soutiendront les cordes de part et d’autre de la planche:

dsc_4645ou sous un autre angle de vue

dsc_4654Une fois que votre mur est percé sans trop de dommages collatéraux, et vos crochets, vissés, dégainez les bouts de corde. Coupez les à la longueur qui vous parait la plus appropriée (comme votre étagère est sur un mur en pente, le plus malin sera de raccourcir l’angle formé par la corde. mais plusieurs combinaisons sont possibles). Vous pouvez vous aider de votre niveau à bulle pour vérifier que l’étagère est bien parallèle au sol et pas toute branlante. Vérifiez la solidité de votre nœud, et c’est terminé! Vous pouvez désormais vous la péter lors de vos dîners mondains à base de « c’est moi qui l’ai fait ».

allez bye

« Regarde-les donc bien ces apatrides, toi qui as la chance de savoir où sont ta maison et ton pays, toi qui à ton retour de voyage trouve ta chambre et ton lit prêts, qui as autour de toi les livres que tu aimes et les ustensiles auxquels tu es habitué. Regarde-les bien, ces déracinés, toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel point le hasard t’a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les bien, ces hommes entassés à l’arrière du bateau et va vers eux, parle-leur, car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation; et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue, ils aspirent inconsciemment une bouffée d’air de leur pays natal et leurs yeux s’éclairent et deviennent éloquents »

– Stefan Zweig

Salut les indigènes,

Aujourd’hui, nous allons parler de ce bouquin:

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Il y a des livres comme ça, qui font l’effet d’une bombe dans votre vie, avec un avant et un après. Et ensuite, on ne peut plus continuer comme si on ne savait pas. J’espère donc réussir à vous parler correctement des blancs, des juifs et nous pour vous donner envie de vous ruer dessus (pour info le machin coûte 9 euros et ne compte que 150 pages).

Commençons par situer l’animal. Houria Bouteldja c’est qui? C’est une personne un peu énervée du bulbe, occasionnellement munie d’un turban, qui s’est fait principalement connaître pour deux faits d’armes: a) la création du parti des indigènes de la république et b) moultes engueulades avec alain taisez-vous finkielkraut et ses acolytes (ces derniers lui reprochant son prétendu antisémitisme – argument qui s’apparente, si vous voulez mon avis sur la question, à un cas flagrant de fraude intellectuelle). Cependant et malgré un état d’esprit résolument grognon qui avait tout pour me plaire, je ne connaissais pas du tout Houria Bouteldja avant de tomber un peu par hasard sur une interview d’elle sur le site d’Hors-Série dans laquelle elle revient sur les points les plus « polémiques » de son dernier texte (tiens d’ailleurs je vous conseille chaudement cet entretien; comme dans tous les « dans le texte » judith bernard dissèque bien le fond du propos et pose toutes les questions nécessaires).

Alors je vous préviens tout de go: ce livre irritera les personnes consensuelles tendance gros susceptible qui atteignent le point godwin à la vitesse de l’éclair dès qu’on aborde des sujets un peu polémiques (type islam ou d’israël/palestine). Car c’est clairement un manifeste: il expose le point de vue de l’auteur, qui est donc, tranché et péremptoire. On est pas obligé d’être d’accord avec tout (c’est le principe de l’esprit critique) mais on se doit d’avoir l’honnêteté intellectuelle de se confronter à ces idées, précisément parce qu’elles nous sortent de notre zone de confort (or c’est souvent aux marges qu’on trouve matière à évoluer de la manière la plus intéressante).

Bon alors venons-en au contenu du truc. Le livre suit une architecture assez simple: première partie: les blancs; deuxième partie: les juifs; troisième partie: les indigènes (le « nous » du titre). Objectif: disséquer les griefs et les tords de chacunes des parties dans l’objectif de parvenir (peut-être) à une réconciliation historique: l’amour révolutionnaire.

« Pourquoi j’écris ce livre? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Je suis une criminelle, mais d’une sophistication extrême. Je n’ai pas de sang sur les mains. Ce serait trop vulgaire. Aucune justice au monde ne me traînera devant les tribunaux. Mon crime, je le sous-traite. Entre mon crime et moi, il y a la bombe. Je suis détentrice du feu nucléaire. Ma bombe menace le monde des métèques et protège mes intérêts. Entre mon crime et moi, il y a d’abord la distance géographique et puis la distance géopolitique. Mais il y a aussi les grandes instances internationales, l’ONU, le FMI, l’OTAN, les multinationales, le système bancaire. Entre mon crime et moi, il y a les instances nationales: la démocratie, L’État de droit, la République, les élections. Entre mon crime et moi, il y a les belles idées: les droits de l’homme, l’universalisme, la liberté, l’humanisme, la laïcité, la mémoire de la Shoah, le féminisme, le marxisme, le tiers-mondisme. Entre mon crime et moi, il y a le renouveau et les métamorphoses des grandes idées au cas où la « belle âme » viendrait à se périmer: le commerce équitable, l’écologie, le commerce bio. Entre mon crime et moi, il y a la sueur et le salaire de mon père, les allocations familiales, les congés, les droits syndicaux, les vacances scolaires, les colonies de vacances, l’eau chaude, le chauffage, les transports, mon passeport… Je suis séparée de ma victime – et de mon crime – par une distance infranchissable. Il arrive parfois que la distance entre mon crime et moi se rétrécisse. Des bombes explosent dans le métro. Des tours sont percutées par des avions et s’effondrent comme des châteaux de cartes. Les journalistes d’une célèbre rédaction sont décimés. Pourquoi j’écris ce livre? Parce que je partage l’angoisse de Gramci: « le vieux monde se meurt. le nouveau est long à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ».

Comme on l’aura compris, les premiers qui se prennent un coup de gourdin sur le crâne, c’est les blancs. Houria Bouteldja aimerait bien que les blancs arrêtent de chouiner en mode grosses victos de la vie et reconnaissent leurs privilèges ainsi que leur responsabilité historique dans le bordel qui règne actuellement dans le monde (violence économique, terrorisme, destruction de l’environnement). Et elle met en garde: si les blancs ne trouvent pas de solution à ce qui est « leur problème », la guerre civile sera inévitable.

Ensuite on passe aux juifs – et j’avoue que j’ai abordé ce chapitre le poil méfiant (j’avais peur de me faire sauter dessus par dieudonné par surprise). En fait, le chapitre m’a passionné. Déjà à cause d’une jolie citation tirée de je suis né de Georges Perec:

« Je ne sais pas précisément ce que c’est qu’être juif, ce que ça me fait d’être juif. C’est une évidence, si l’on veut, mais une évidence médiocre, une marque, mais une marque qui ne me rattache à rien de précis, à rien de concret: ce n’est pas un signe d’appartenance, ce n’est pas lié à une croyance, à une religion, à une pratique, à une culture, à un folklore, à une histoire, à un destin, à une langue. Ce serait plutôt une absence, une question, une mise en question, un flottement, une inquiétude: une certitude inquiète derrière laquelle se profile une autre certitude, abstraite, lourde, insupportable: celle d’avoir été désigné comme Juif »

Le chapitre offre plein de nouvelles clés d’analyse sur des thèmes ultra-connus: l’holocauste, la création de l’état d’israêl, le sionisme (j’étais parti pour tout développer mais comme cet article va encore faire 300 pages je me retiens. c’est mieux de lire à l’origine des sources de toute façon)

Troisième chapitre: les femmes indigènes. Je dirais que c’est le chapitre qui m’a le moins fait palpiter la rate (même s’il tape sur les féministes de canapé, ce qui est toujours agréable). Je l’ai regardé d’un œil bienveillant mais un peu de loin quand même parce que j’étais pas sûr d’être d’accord avec tout ce qui s’y disait. L’idée qui m’a le plus titillé (et avec laquelle je ne sais pas trop si je suis d’accord ou non):

« A la question « pourquoi n’avez-vous pas porté plainte », la victime noire d’un viol répond à l’interviewer, lui-même noir: « Je n’ai pas porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison ». […] Les hommes doivent apprendre à nous respecter et comprendre notre sacrifice comme nous comprenons la nécessité de les protéger ».

Dernier chapitre et conclusion: nous les indigènes, avec une invitation à accomplir la révolution. Révolution sur soi-mêmes, en retrouvant sa dignité. Révolution pour les autres – même pour les Blancs, les oppresseurs – en réussissant à passer au dessus de la haine et à leur offrir ce qui leur manque:

« Les Blancs savent bien que leur société est sèche. Ils se savent égoïstes et individualistes. Et ils en souffrent. Mais ils manquent d’imagination pour penser d’autres horizons. Parce qu’ils n’ont plus de mémoire. Ils ont oublié ce qu’ils étaient avant d’avoir été engloutis dans la modernité. Ils ne se souviennent plus du temps où ils étaient solidaires et où ils avaient encore des cultures, des chants, des langues régionales, des traditions. Nous, c’est un peu différent. Devant l’adversité, nous conservons cette mémoire. L’immigré transporte avec lui et conserve la mémoire des sociétés solidaires, où la conscience collective est forte et où chacun se sent responsable du groupe. Celle de résister à l’atomisation de la société, à l’individualisme forcené. Celle de protéger l’individu contre la vie nue, en lieu et place du « chacun pour soi »

Parce qu’en sourdine, tout le livre est traversé par la question de la prise du pouvoir politique. Et peut être que ça ne sera pas d’actualité en 2017 mais je mettrais mon coussinet au feu qu’on entendra parler du parti des indigènes de la république dans les années à venir (spoiler: et je crois bien que ça ne me dérangerait pas de voter pour eux – call me islamo gauchiste i don’t care)

allez bye

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