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Archives Mensuelles: janvier 2016

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« Le responsable éditorial reçoit 3 à 5 propositions par jour, et tente de répondre à tout le monde. Depuis 2002 il a envoyé un nombre incalculable de mails venimeux, méchants et vindicatifs en réponse à des propositions de collaboration. Comment être sûr d’en recevoir à son tour ? On ne veut pas de sujets. On s’en fout des sujets. Les sujets qui suivent n’ont aucun intérêt : Mon voyage en Transibérien – Mon voyage en général – Le journal de bord du making-of des coulisses de mon voyage – Les musiciens du métro – Les catacombes – Les gens qui travaillent la nuit – Portrait sonore d’un objet – Un jeune artiste marocain entre tradition et modernité – Une association courageuse qui fait des marionnettes avec des taulards handicapés sans-papiers – Vous l’avez déjà fait en 2003 mais j’ai la flemme de chercher sur le site – Je connais très bien quelqu’un qui vous connaît, qui connaît la Présidente d’ARTE, qui connaît la vie – Je parle allemand et souhaite m’investir dans un projet de dimension européenne, etc. Je ne réponds plus à ce genre de courrier autrement que par un hurlement de bête blessée »

Comment se faire refuser un projet? signé le respo éditorial d’Arte Radio

Salut les saxophones,

Aujourd’hui, retour à la ligne éditoriale fondatrice de ce blog; à savoir: les listes de livres. Et quoi de mieux en cette période post-fêtes que de se pencher sur sa généalogie? Je ne sais pas vous mais moi j’adore les histoires familiales. (interroger renard grand-mère, par exemple, c’est plonger dans le monde merveilleux des années 60 entre deux parts de gratin de courgette (mais je vous raconterai une autre fois)).

Pour ceux qui se découvrent un tropisme pour les autobiographies familiales donc, voici 3 livres que j’ai beaucoup aimés:

200px-EverythingIsIlluminatedQuand j’ai commencé « tout est illuminé » de Jonathan Safran Foer, j’étais un peu sur les nerfs. Déjà, je rappelle que ce mec a écrit « faut-il manger les animaux? » qui est LE livre responsable de la reconversion au houmous de l’ensemble de ma portée. Ensuite, il me semblait que le bouquin avait un souci évident de traduction (je l’ai acheté d’occasion sur internet. je soupçonnais donc une contrefaçon des plus grossières). Pour vous donner une idée du style littéraire:

« Grand-père, dis-je, bougeant son bras pour l’éveiller. Grand-père, il est là ». Grand-père fit une rotation de sa tête de là à là. « Il est toujours à reposer », dis-je au héros, espérant que cela pourrait le faire moins dans la détresse. « Quel beau lilas », dit le héros. « Quoi? » demandai-je. « Je disais quel beau lilas ». « Qu’est-ce que cela veut dire, quel beau lilas? » « Que ça doit lui rendre service. Vous comprenez, lui être utile. » J’utilise cette expression américaine très souvent maintenant. J’ai dit à une fille dans une discothèque célèbre, « Quel beau lilas sont mes yeux quand j’observe ta poitrine sans égale. » J’ai perçu qu’elle percevait que j’étais une personne extra. Plus tard nous devînmes très charnels et elle renifla ses genoux et aussi mes genoux.

J’ai mis deux bons chapitres avant de piger que l’auteur n’était pas un sombre crétin illettré mais que tout ça frôlait le génie. Le livre est composé de 3 récits distincts. Il y a celui de Jonathan Safran Foer, venu en Ukraine démêler l’histoire de sa famille. Il y a celui d’Alex, son guide ukrainien qui est très fier de son américain approximatif tout droit tiré de google translate. Et enfin il y a les lettres qu’Alex envoie à Jonathan pour lui dire ce qu’il pense de son livre au fur et à mesure que celui-ci se construit (Alex signe toutes ses lettres par « ingénument » au lieu de « cordialement ». je trouve ça mignon). Bon bien sûr, comme Jonathan Safran Foer est un peu LE chouchou new yorkais du monde littéraire, un film a été tiré de cette histoire (avec Elijah Wood. c’est pourquoi je ne vous le conseillerai pas)

PerecJ’adore Georges Perec (et pas que à cause de son Poil fourni). Pour moi Georges, c’est un peu la France douillette, celle des rues parisiennes qui sentent bon le pain au chocolat au petit matin… Cela dit je n’étais pas très chafouin à l’idée de commencer la lecture de W car j’avais peur que ça soit un livre toc-toc et déprimant (je sortais de la lecture de « quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour? » qui m’avait apporté beaucoup de sérénité. je ne souhaitais pas briser cet équilibre). Au final c’est une lecture que je ne regrette pas du tout. Pour une raison que j’ignore je me suis beaucoup reconnu dans l’histoire (et non, je ne viens pas d’une famille d’immigrés juifs polonais).

« La découverte de la tombe de mon père m’a causé une sensation difficile à décrire: l’impression la plus tenace était celle d’une scène que j’étais en train de jouer: quinze ans plus tard, le fils vient se recueillir sur la tombe de son père; mais il y avait, sous le jeu, d’autres choses: l’étonnement de voir mon nom sur une tombe (car l’une des particularités de mon nom a longtemps été d’être unique: dans ma famille, personne d’autre ne s’appelait Perec), le sentiment ennuyeux d’accomplir quelque chose qu’il m’avait toujours fallu accomplir, qu’il m’aurait été impossible de ne jamais accomplir, mais dont je ne saurais jamais pourquoi je l’accomplissais, l’envie de dire quelque chose, ou de penser à quelque chose, un balancement confus entre une émotion incoercible à la limite du balbutiement et une indifférence à la limite du délibéré, et, en dessous, quelque chose comme une sérénité secrète liée à l’ancrage dans l’espace, à l’encrage sur la croix, de cette mort qui cessait enfin d’être abstraite, comme si la découverte de ce minuscule espace de terre clôturait enfin cette mort que je n’avais jamais apprise, jamais éprouvée, jamais connue ni reconnue. Je portais ce jour-là, pour la première fois, une paire de chaussures noires et un costume croisé sombre à fines rayures blanches. Je m’arrangeai pour ne plus jamais les remettre »

Même topo que « tout est illuminé »: deux textes se superposent; l’un, inventé, met en scène le double de Georges; l’autre, autobiographique, tente de raconter son histoire familiale avec le plus d’objectivité possible. C’est BEAU.

9782220040578Je vous préviens direct: hypocondriaques, abstenez-vous. Car Anne Ancelin Schützenberger n’est pas le genre de personne à vous dire que vos céphalées persistantes, c’est rien du tout. Non. Anne Ancelin Schützenberger va vous demander si par hasard il n’y a pas eu des pogroms dans votre famille et si la tête de vos ancêtres n’aurait pas fini plantée sur une pique?

Comme vous l’aurez compris, le postulat du livre (Anne Ancelin Schützenberger est un as de l’analyse psychogénéalogique), c’est que rien n’arrive par hasard et que les maladies ou accidents qui nous affectent ne sont parfois que les répétitions d’histoires familiales, de mécanismes de loyauté invisibles et d’injustices. Après, je ne suis pas un grand fan de ce genre d’explications à la mords-moi-le-Freud mais le livre est une succession d’histoires marrantes qui feront sans contexte de vous le clou de la soirée lors de dîners mondains (sans compter qu’il est un pamphlet intraitable en faveur de la divulgation de secrets familiaux, ce qui est très bien si vous voulez mon avis).

Et vous? Est-ce que vous avez lu des livres COOL ce mois-ci? (et est-ce que vos parents sont immigrés juifs polonais?)

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Bon alors je ne souhaite dénoncer personne mais sachez que quelqu’un a atterri ici en tapant « cul de vieilles au bois blog ».

J’espère ne pas vous décevoir.

Sinon ça va? La forme? Moi, si vous voulez savoir, je me gèle les couilles. Heureusement, il y a le wifi dans les toilettes. Et qui dit wifi dit LISTE DE LIENS whoop whoop

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1) hihi

2) Céleste Candido, naturopathe

(j’ai découvert cette fascinante personne en écoutant des podcasts sur France Culture) (ne me jugez pas)

3) la théorie de la Boîte, partie 1 et partie 2

parce que Maïa Mazaurette n’est pas QUE une personne insupportable (parfois elle écrit des trucs bien)

4) le compte twitter de Corse Tourisme

paix, amour et figatellu

Capture5) sociologie: expliquer, est-ce excuser?

ce lien vers cette émission d’arrêt sur images a deux inconvénients: a) il est payant b) il y a une nana d’osez le féminisme dans les invités (et comme on pourrait s’y attendre, elle ponctue toutes ses phrases de terrifiants « égalité FEMME homme »)

arrêt sur images fait des émissions vraiment cool depuis les attentats de novembre. je ne me situe pas du tout du coté des zinzins de l’espace qui estiment qu’en matière de djihadisme il n’y a rien à comprendre. ça m’aide de trouver des explications (et ça m’inquiète de voir les hommes politiques enfiler leur cape de super musclor et foncer droit dans le mur en klaxonant)

« La sociologie est l’un des savoirs, l’un des modes de problématisation du monde, qui produit le plus de résistances, d’oppositions, de traumatismes. La sociologie est violente parce qu’elle met en cause nos manières spontanées de penser, de nous rapporter à nous mêmes, aux autres. Ce qu’il y a de très important dans la sociologie, c’est qu’elle met en évidence l’existence de déterminations sociales, politiques, ethniques. Et par conséquent si l’on croit en l’idée de société, alors nous sommes tous virtuellement responsables de tout ce qui se passe dans le monde. Et c’est ça qui est traumatisant. Parce que si vous voyez un clochard dans la rue, si vous voyez quelqu’un qui va en prison, si vous voyez un djihadiste, vous savez que votre manière de vivre, votre manière d’avoir fait fonctionner le monde social, a, de fait, participé de la création du monde dont ces gens sont aussi des effets. La sociologie vous rappelle en permanence que tout ce qui se passe dans le monde est lié à nos manières d’être, à nos manières d’adhérer à des pouvoirs, de faire fonctionner de la violence chacun dans notre espace… par conséquent la sociologie vous empêche de vivre de façon innocente votre vie. Elle vous empêche de vous dire: « c’est pas de ma faute ». Et dès que la sociologie dit aux individus: « prenez en compte la manière dont votre vie produit des effets, conforte un système. Essayez toujours d’agir du point de vue d’un peu plus de justice, d’un peu plus d’émancipation », tout le monde est traumatisé parce qu’on passe notre temps à nous mentir nous mêmes, dénier la vérité, essayer de se mettre hors de cause »

BONUS pour aller plus loin: cet article de Danychou dans Rue89

allez bye

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“A la place qui est la leur, les journalistes ont à réinterroger leur pratique: dans la situation historique présente, elle leur dicte de déplacer leur centre d’intérêt, de se mettre autant à l’écoute du peuple que des pouvoirs. L’information est là, dans les taudis de Caracas et dans les trains de banlieue parisienne, dans les grandes plaines américaines et dans les discothèques des petites villes de province. L’information ne gît pas seulement dans les réseaux cachés des oligarchies, mais au cœur palpitant de la société, le long du système nerveux de la vie, dans les humbles neurones de la conscience collective. C’est en portant plus d’attention à cette réalité que la presse échappera à l’ère du soupçon. »

Hervé Kempf

Salut les onigiri,

Déso d’avoir déserté le blog, j’étais en expédition au Japon (ne me jugez pas, je sais qu’entre ça et la Californie l’été dernier mon bilan carbone est des plus désastreux cette année).

La décision de me casser au pays du soleil levant m’est apparue des plus raisonnables malgré Fukushima quand, lors d’une conversation téléphonique avec renard-mère, celle-ci m’a répondu « du houmous » avec décontraction quand je lui ai demandé quel menu elle avait prévu pour le soir de noël. Du houmous sérieux. (comme vous ne vous en doutiez pas, je vis dans une famille de végétariens)

Le Japon, donc.

Bon alors j’aimerais bien vous pondre un article intello en mode CNRS mais sachez que je n’ai été marqué que par deux choses dans ce pays: les piscines municipales et les reniflements.

Commençons, si vous le voulez bien, par les piscines municipales (j’envisage de devenir blogueuse sport en plus de blogueuse mode. N’hésitez pas à m’envoyer du cadal sponso). Afin de resituer le contexte sachez qu’il y a de ça quelques mois & sous la pression du stade, j’ai enfin appris à nager le crawl. Autant vous dire que c’est un peu ma grosse fierté de 2015. Désormais je classe les gens en deux catégories: ceux qui nagent la brasse en bikini avec la tête hors de l’eau (cad moi il y a 6 mois) vs les détenteurs d’un maillot de bain moche une pièce qui nagent fièrement dans la ligne d’eau réservée au crawl où il n’y a que les mâles tatoués. Sérieux, je suis super fier de nager le crawl. J’ai l’impression de peser dans le savane game. Je me suis même acheté des lunettes de piscine dorées avec verres antibuée et protection UV pour fêter ça (call me truffe, I don’t care).

C’est dans cet état d’esprit résolument dénué de toute modestie que j’ai débarqué à la piscine olympique de Tokyo un froid matin de décembre, tout fier de « vivre comme les locaux et pas juste comme un imbécile de touriste ». Le bassin était divisé en quatre lignes d’eau: « high speed », « middle speed », « low speed » – et l’humiliant « walk » pour les pépés qui marchent dans l’eau. Confiant quant à mon tour de biceps, je saute joyeusement dans la ligne « middle speed » (ne me jugez pas). Or je n’ai même pas le temps de faire un aller-retour qu’un coup de sifflet retentit et un maitre nageur me notifie avec une politesse toute japonaise que ma place est dans le « low speed ». Humilié mais néanmoins coopératif, je me délocalise. Mais comme je suis un animal rancunier, j’entreprends de doubler méthodiquement mes camarades de ligne d’eau afin de prouver au monde entier que je subis une erreur judiciaire. Aussitôt je me fais siffler et le maitre nageur m’informe (sous les regards consternés de tout le bassin) que je suis un connard d’étranger qu’il est interdit de doubler.

Renardeau: 0 – Piscine olympique de Tokyo: 1

Comme je suis triste je décide de boire de l’eau mais même cette action m’est interdite car le maitre nageur (que j’ai très envie d’empailler) me dit que c’est interdit de mettre sa bouteille d’eau au bord du bassin à cause des risques de contamination bactérienne. Touch my contamination bactérienne, j’ai envie de lui dire, mais je me retiens parce qu’après tout on ne sait pas ce qui peut arriver (je rappelle que les japonais ont crucifié des missionnaires portugais quand ceux-ci ont tenté de coloniser l’archipel).

Du coup je ronge mon frein et alors même que je commence à retrouver une forme de tranquillité d’esprit une affreuse sirène de pompier retentit et tout le monde saute hors de l’eau. Nom de dieu je me dis, IL Y A UNE ATTAQUE TERRORISTE DANS LA PISCINE (ne me jugez pas bis). En fait non. C’est juste l’heure de la vérification de la pureté de l’eau. Pendant que mes camarades d’entrainement font moultes étirements & génuflexions pour garder le tempo, un gros pipeau muni d’un scaphandre et de palmes fait le tour du bassin en long, en large et en travers pour vérifier qu’aucune impureté ne flotte à la surface (j’avoue avoir prié à cet instant pour qu’aucun de mes poils pubiens ne soit exhumé hors de l’eau). Au bout de 10 minutes d’un surréalisme le plus total, le PH est déclaré conforme et tout le monde est autorisé à retourner barboter (suite à ça j’ai pris sur moi et me suis retenu de verser la moindre goutte d’urine, bien que faire pipi dans la piscine soit indéniablement un de mes plaisirs favoris dans la vie).

CE PAYS EST ZINZIN

Ensuite il y a eu le coup des radiateurs. Bon alors il faut savoir que les japonais et l’écologie, ça fait un peu 36 (et pas que à cause de la pêche à la baleine). Les mecs se grattent la rate puissance 10 000 de l’isolation de leurs appartements. ça fait que la plupart des immeubles sont construits avec des matériaux tout pourris et que tout le monde s’en fout car de toute de façon ils seront rasés et reconstruits dans 30 ans. Du coup, en hiver on se gèle les couilles. Les japonais ont trouvé une solution toute personnelle à ce problème: les radiateurs à gaz portatifs. Alors oui, je l’avoue, au début j’ai trouvé le radiateur à gaz portatif plutôt mignon (tellement design! je veux le même à la maison!). A la fin, j’avais envie de le MORDRE. Déjà le truc fait un bruit de tondeuse à gazon, donc si vous voulez vous endormir dans le calme, c’est mort. Ensuite il a une autonomie d’environ 3 heures et pas plus (après ce délai il émet une petite sonnerie énervante et se coupe. Officiellement pour éviter les accidents car le gaz c’est dangereux. Non-officiellement pour faire CHIER les renardeaux) ce qui fait que vous vous réveillerez forcément à 2h du mat avec les coussinets glacés.

Du coup bah j’ai chopé le Rhume.

OAH3Le soir du 31 décembre en plus (je ne sais pas vous mais moi je tombe toujours malade ce jour là?). Du coup alors qu’on était au restaurant j’ai dégainé mes feuilles de sopalin afin de me moucher dedans à grand bruit. J’étais en train de fourrer les résidus dans la manche de mon pull quand mon mâle a dégainé son argument « insulte culturelle ». J’ai frémi de terreur dans ma grotte parce que la dernière fois qu’il m’avait sorti ça, c’est quand j’avais pas réussi à manger mon udon avec des baguettes et que le serveur m’avait apporté une fourchette à la place. J’avais trouvé ça gentil de sa part mais selon le mâle c’était juste un acte méprisant face à mon incapacité à manger proprement. Bref, apparemment il est très malpoli au Japon de se moucher (surtout en présence de nourriture). Et de la même manière qu’il est de bon ton de slurper à grand bruit quand on mange quelque chose de délicieux, quand on est malade, on avale sa morve. En reniflant. Au début je trouvais ça un peu dégueulasse mais finalement j’ai fini par adopter cette habitude.

1459083_756223791070899_1174939471_n(mes collègues de travail sont ravis que je ne sois pas mort dans un accident d’avion)

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