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Archives Mensuelles: avril 2017

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(ne me remerciez pas)

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Salut les sales,

Cette semaine franchement c’est n’importe quoi.

Par exemple, cet après-midi je suis allé prendre du chocolat dans la boite à chocolat (OUI je possède une boite dans laquelle je range mes chocolats. Ne me jugez pas merci). Et là mon mâle m’a dit « attention: tu fais le jeu du FN ».

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la boite à chocolat en question

Et il avait pas tord de me dire ça: cette remarque était en droite ligne avec la foire au boudin de la connerie qui a lieu depuis une semaine à la télé et sur les réseaux sociaux. C’est simple: si t’as le malheur de dire que le 7 mai, tu penses s’abstenir, tout le monde sort son gourdin pour te le taper sur le crâne parce que soit disant tu fais le jeu du FN (il faudrait qu’à un moment quand même les gens se rendent compte que ce qui fait le jeu du FN, c’est les gens qui votent FN, ainsi que les politiques économiques libérales et les blogs de mode. Personne d’autre ok).

Mais pourtant, malgré mon grugru instinctif au sujet de tous les appels au vote utile, plus les jours passent et plus je culpabilise à l’idée de voter blanc (exemples d’articles culpabilisants).

Du coup comme je suis quand même un citoyen modèle, j’ai décidé de lire les programmes de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron pour essayer d’avoir un avis un minimum objectif sur la question (spoiler: en fait je voulais me rassurer et me dire que le programme de Macron était pas si terrible que ça comparé à celui de Le Pen).

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le résultat de mon investigation: en direct live de mon bullet journal tavu

Conclusion: on a pas le cul sorti des ronces.

D’abord on observe (juste visuellement) que le programme du FN est beaucoup plus fourni que celui d’En Marche (tant du côté des points positifs que des points négatifs). Constat qui s’explique par une raison simple: le programme du FN comporte 144 propositions, quand le programme d’En Marche en comporte un peu moins de 100 (soit un tiers de moins).

Ce constat effectué, je me suis heurté à deux difficultés.

La première difficulté, c’est que j’avais pas assez de place dans la colonne « moins » pour noter tous les trucs du programme du FN avec lesquels j’étais pas d’accord. J’ai donc gardé seulement les points que j’estimais être « les pires » mais à la relecture, je ne sais pas si on saisit bien tout le potentiel caca de ce programme (la proposition la plus WTF étant sans conteste la numéro 15: « Mettre en place un plan de désarmement des banlieues concernées et de reprise en main par l’État des zones de non-droit. Cibler les 5 000 chefs de bandes délinquantes et criminelles identifiées par le ministère de l’Intérieur. Afin d’empêcher leur reconstitution, instaurer en complément de la peine pénale l’injonction civile d’éloignement« . J’en connais qui vont se prendre des matraques dans le cul à minuit alors qu’ils avaient rien demandé et qu’ils dormaient tranquilles dans leur lit).

Mais la seconde difficulté, c’est que j’arrivais pas non plus à trouver suffisamment de trucs biens dans le programme de Macron pour remplir la colonne des « plus ». Parce que entre les selfies de groupes de gens qui ont l’air hyper contents d’être en marche et les propositions complètements creuses écrites en rose fluo, il y avait quand même pas grand chose, dans son programme. J’ai dû me creuser la tête pendant une bonne demie-heure pour parvenir à trouver les quatre minuscules points que j’ai mis dans la colonne des points positifs (sachant que le 50% de bio dans les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise, c’est pas la grosse révolution non plus…).

Je suis alors allé trouver mon mâle (alias le gros abstentionniste du groupe) pour lui amener le résultat de mon enquête ficelé entre mes dents. En mode « ok le programme de Manu est complètement creux et vide mais lui au moins ne va pas nous mettre de matraque dans le cul ». Le mâle a jeté un regard méprisant à mon bullet journal et a lâché un lapidaire:

-« T’as pas marqué ce que Macron a dit, au sujet des retraites. »

Qué retraites? Je suis allé revérifier, il a quasiment rien mis à ce sujet dans son programme, hormis « nous mettrons fin aux injustices de notre système de retraites » et « nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau des pensions« . C’est là que je me dois de vous livrer une information importante sur la Vie (avis au plus jeunes d’entre vous): si quelqu’un vous annonce qu’il ne va pas faire un truc, méfiez-vous, en général ça sent le pâté. Du coup que dit vraiment Macron au sujet des retraites? Sous l’anodine phrase « nous mettrons fin aux injustices de notre système de retraites« , ce qu’il  veut en fait, c’est passer à un système de retraites par points. Système nettement moins bisounours que prévu, comme le souligne cet article du Monde:

Emmanuel Macron précise par ailleurs qu’il maintiendrait l’âge légal de la retraite à 62 ans et le montant des pensions, mais cette promesse est toute relative. Elle serait sans doute vraie sur son éventuel quinquennat, puisque la réforme mettrait « environ dix ans » à entrer en œuvre. En revanche, une fois effective, le montant des retraites pourrait varier. Dans un régime par points, le montant des retraites n’est pas garanti (comme il l’est actuellement) puisqu’il varie en fonction de la « valeur du point » dans le système classique, ou du « coefficient de conversion » dans le système de comptes notionnels. En 2010, le Conseil d’orientation des retraites avait simulé un passage à la retraite par points mais avait souligné la difficulté à en évaluer les effets sur les pensions, qui dépendent notamment de la définition du coefficient. En outre, le calcul du coefficient de conversion inciterait globalement à travailler plus longtemps: il prend en compte l’âge de départ : plus une personne décide de prendre sa retraite tard, plus sa pension est élevée. Il prend aussi en compte l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient l’assuré. Maintenir un niveau fixe de pension si l’espérance de vie augmente supposerait donc de retarder l’âge de départ à la retraite.

Et TOUT dans son putain de programme est comme ça. L’exemple le plus connu étant celui de l’assurance chômage, qui sera étendue (selon le programme) même aux gens qui démissionnent MAIS qui interdira à un chômeur (selon les réponses données par Macron quand les journalistes le poussent sur le sujet) de refuser plus de deux offres d’emplois sous peine de perdre ses droits.

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On en revient donc au même point que lors de l’élection de Trump vs Hillary. On nous demande de choisir entre un programme ouvertement caca et un programme un peu moins caca, mais qui a la désagréable habitude de se parer des habits du bien pour forcer les gens à voter pour lui.

Et vous savez quoi? ça me fait chier. Je sais pas ce que je ferai le 7 mai du coup (si vous pensiez que j’allais vous dire quoi faire, vous l’avez dans le cul). Mais je vous laisse avec cette vidéo de François top chouchou Ruffin, qui me semble être la seule personne à dire des trucs intelligents en ce moment (merguez et cool citation de Gramsci incluses):

Salut les insoumis,

En ce moment, je suis très content:

a) Jean-Luc est en hausse dans les sondages;

b) je vis désormais dans un terrier équipé de la bibliothèque la plus coolos de la terre:

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le livre de cuisine c’est pour faire genre je suis un cordon bleu, en vrai je sais faire cuire que des pâtes

Pour fêter l’amélioration présente et peut-être future de mes conditions de vie, j’ai lu Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.

Michel-Houllebecq

coucou Michel

Bon alors ce livre a été une révélation, et ce dès le premier chapitre (ce fameux premier chapitre où le héros, bourré, s’affale derrière un canapé lors d’une fête organisée par son travail et écoute, ennuyé, les conversations débiles des « deux boudins du service » en pestant intérieurement contre le féminisme). En effet j’ai découvert que, comme Michel, j’étais un gros macho. J’ai passé une bonne partie de la lecture a ricaner bêtement et à surligner des passages, tels que:

« Catherine Lechardoy était à ses côtés. De temps en temps elle acquiesçait d’un: « Oui, ça c’est important ». Elle avait du rouge sur sa bouche et du bleu sur ses yeux. Sa jupe atteignait la moitié de ses cuisses, et ses collants étaient noirs. Je me suis dit subitement qu’elle devait acheter des culottes, peut-être même des strings; le brouhaha dans la pièce devint légèrement plus vif. Je l’imaginai aux Galeries Lafayette, choisissant un string brésilien en dentelle écarlate; je me sentis envahi par un mouvement de compassion douloureuse ».

Il y a aussi tout un tas de passages très rigolos sur l’absurdité du travail salarié:

« Dans l’après-midi, je devais voir le chef du service « Études informatiques ». Je ne sais vraiment pas pourquoi. Moi, en tout cas, je n’avais rien à lui dire. J’ai attendu pendant une heure et demie dans un bureau vide, légèrement obscur. Je n’avais pas vraiment envie d’allumer, en partie par peur de signaler ma présence ».

Mais le top grugru d’Extension du domaine de la lutte, c’est évidemment la critique que fait le livre du libéralisme – ou comment le libéralisme a les mêmes effets délétères sur l’économie que sur les relations humaines. C’est un truc auquel je pense souvent et que la plupart des membres de mon entourage ne comprend pas, du coup j’étais assez content de trouver ENFIN quelqu’un sur la même longueur d’onde (même si la personne en question sent un peu le moisi et n’a plus de dents à cause de son hygiène de vie déplorable).

Il y a de ça quelques années était sorti un sondage qui tentait de relier convictions politiques et pratiques sexuelles. Les résultats étaient assez étonnants. On y apprenait que les électeurs du FN et du Front de gauche, qui pourtant défendaient une approche très « régulatrice » de l’économie (protectionnisme, régulation de la finance, mise en place de normes accrues pour préserver les salariés ou l’environnement etc.) étaient également les plus « libéraux » dans leur vie sexuelle (plus grande tolérance à l’infidélité, nombre plus important de partenaires sexuels au cours de la vie, etc). Je trouve ça hyper bizarre, ce manque de cohérence. Comment peut-on dénoncer les méfaits du libéralisme dans la sphère économique sans se rendre compte que les effets sont les mêmes sur les relations de couple ou la sexualité? Ou pour le dire autrement: comment peut-on encore se dire « de gauche » quand on chope sur Tinder, alors que cette application n’est rien d’autre qu’un supermarché du sexe? (c’est le moment où vous allez sortir votre gourdin pour me l’écraser sur la tête si vous avez eu plus de trois partenaires sexuels dans toute votre vie, dont un trouvé sur Tinder. Mais je m’en fous car j’ai le crâne dur).

« Véronique appartenait, comme nous tous, à une génération sacrifiée. Elle avait certainement été capable d’amour; elle aurait souhaité en être encore capable, je lui rends ce témoignage; mais cela n’était plus possible. Phénomène rare, artificiel et tardif, l’amour ne peut s’épanouir que dans des conditions mentales spéciales, rarement réunies, en tout points opposées à la liberté de mœurs qui caractérise l’époque moderne. Véronique avait connu trop de discothèques et d’amants; un tel mode de vie appauvrit l’être humain, lui infligeant des dommages parfois graves et toujours irréversibles. L’amour comme innocence et comme capacité d’illusion, comme aptitude à résumer l’ensemble de l’autre sexe à un seul être aimé, résiste rarement à une année de vagabondage sexuel, jamais à deux. En réalité, les expériences sexuelles successives accumulées au cours de l’adolescence minent et détruisent rapidement toute possibilité de projection d’ordre sentimental et romanesque; progressivement, et en fait assez vite, on devient aussi capable d’amour qu’un vieux torchon. Et on mène ensuite, évidemment, une vie de torchon ».

Cet article était sponsorisé par l’association « tous en burka & mort au travail ».

Allez bye