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Archives Mensuelles: septembre 2015

Salut²,

Je tenais à vous dire: je passe une semaine AFFREUSE au travail. On m’a forcé à faire acte de présence à un séminaire, et entre deux powerpoint ronflants j’assiste à ce genre de conversation:

RENARDEAU, ennuyé mais néanmoins sociable: « elles sont cool les toilettes hein? »

JEAN-MICHEL GRUGRU, regardant son iphone: « … »

RENARDEAU, enhardi: « le truc le plus COOL c’est le miroir de 2 mètres de haut en face de la cuvette des wc. Super pratique pour se regarder en train de faire caca »

JEAN-MICHEL GRUGRU, nrv car n’arrivant pas à débloquer le prochain niveau de Candy Crush: « … »

RENARDEAU, mélancolique: « mais bon la paix ne règne pas toujours dans ce lieu idyllique. Par exemple hier j’ai entendu quelqu’un TÉLÉPHONER dans le box à côté de moi »

JEAN-MICHEL GRUGRU, implacable: « c’était moi. »

Bon. Du coup si vous aussi vous vous faites chier au travail, je vous ai préparé une petite liste de derrière les fagots de trucs à voir sur internet cette semaine:

1) LE COMPTE TWITTER D’ABDELKARTER

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2) UN ARTICLE TRÈS « ON A PAS LE CUL SORTI DES RONCES » AU SUJET DE L’AFGHANISTAN

3) LES VIDÉOS DE YOGA D’ARIANE – SOURIRE DE DAUPHIN

4) LES RATONS-LAVEURS SONT AGRESSIFS CET AUTOMNE

5) LA CITATION DU JOUR

FLORENCE
J’ai connu un paysan qui avait élevé un petit renard. Il l’avait nourri au biberon, avec bonté, avec tendresse… et alors, ce renard ne le quittait jamais, et même il dormait sur son lit. Un jour il a voulu en prendre un autre et il a mis un piège. C’était un grand piège avec des mâchoires solides et des dents aiguës qui entraient les unes dans les autres… Il a bien su le tendre et, un soir, il a pris une belle renarde, une renarde longue et rousse qui rongeait sa cuisse pour se délivrer. Quand il a vu de loin qu’elle était prise, il a été tout fier de son adresse et il est venu en courant. Il savait qu’elle était blessée, mais elle était couchée sur sa blessure et on ne voyait pas le sang. Elle restait immobile et muette, et toute pleine de son mal. Il s’est approché d’elle, cet imbécile, et il s’est penché pour lui mettre un collier. Elle l’a mordu à la gorge, il a saigné toute la nuit. Au matin il est mort sur elle, mais elle était morte sous lui. Vois-tu, lorsqu’on pose des pièges, on ne prend que des bêtes féroces.

DOMINIQUE
Mais alors, comment faut-il faire, si l’on aime d’amour une bête féroce ?

FLORENCE
Il n’y a pas de bêtes féroces : ce sont les pièges qui les font.

– Marcel Pagnol, la prière aux étoiles

 

 

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Salut les tarentules de prairie,

C’est la rentrée des classes, et qui dit retour en cours dit tentatives de sociabilisation & lectures obligatoires. C’est éprouvant. Du coup comme je sais que vous rêvez tous en secret de devenir des femmes à barbe pour dire fuck à la société voici une sélection d’ouvrages qui vous aideront à atteindre vos objectifs:

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Je vous préviens tout de suite: ce roman fait indéniablement partie de mon top 10 des meilleurs livres de tous les temps, donc il est probable que je ne sois pas très objectif.

Déjà, ce livre est truffé de citations – et comme vous avez pu le constater, les citations, c’est ma passion. ATTENTION cependant: la plupart des références sont inventées, donc si vous êtes du genre névrosé anal peut être que cette lecture n’est pas pour vous.

Le personnage principal, c’est Bleue, qui vit seule avec son père, un prof à d’université pénible & attachant qui a deux passions dans la vie: les femmes et la Révolution. Il passe son temps à lui faire des petits laïus sur la vie (comment la vivre?) et se lance dans des monologues hystériques qui donnent l’impression qu’il veut éviter toute vraie conversation sérieuse avec sa fille:

– Papa?
– Oui?
Sans savoir pourquoi, je fus tout à coup incapable de parler.
« Ne me dis pas que tu t’es fait tatouer « j’ai vécu l’enfer » sur la poitrine », dit-il.
– Non.
– Tu as un piercing?
– Non.
– Tu veux entrer dans une secte. Une troupe d’intégristes qui pratique la polygamie et se fait appeler L’Angoisse du Mâle.
– Non.
– Tu es lesbienne et tu veux ma bénédiction avant de demander en mariage une coach de hockey sur gazon.
– Non, papa.
– Dieu merci. Les amours saphiques, quoi qu’aussi naturelles et anciennes que les océans, sont hélas toujours considérées par l’Amérique profonde comme une mode, au même titre que ces régimes à base de melon ou les tailleurs-pantalons. Tu ne te faciliterais pas la vie. M’avoir comme père n’est déjà pas un cadeau, il serait d’autant plus ardu de te charger d’un second fardeau.
– Papa, je t’aime. »

L’histoire, racontée par Bleue à la première personne, est le récit de sa dernière année de lycée et de son intégration dans un groupe d’amis un peu spécial. Je ne vous raconte pas le pitch, ça vous gâcherait tout le plaisir de la lecture. Mais si vous cherchez un livre qui serait à la fois une histoire d’amour, un polar et un roman d’apprentissage alors celui-ci est fait pour vous (en bonus Bleue est un introverti de compétition et ses descriptions sarcastiques & factuelles du monde qui l’entoure sont délicieuses).

bovaryNom d’un rat je crois que c’est le livre que j’ai le plus détesté de ma vie (mais ça n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le lire – c’est comme les brocolis: c’est objectivement un légume dégueulasse mais il faut finir son assiette).

Bon alors Gustave Flaubert. Je ne vous fais pas l’affront de vous le présenter: tout le monde s’est tapé l’éducation sentimentale à un moment ou à un autre de sa scolarité. C’est d’ailleurs comme ça que vous avez dû remarquer que tous les personnages des romans de Flaubert sont des mollusques. Et Madame Bovary, c’est LE mollusque de compétition.

Elle me fait penser à une blogueuse mode en fait. C’est clair que si Emma Bovary vivait au XXIe siècle, elle aurait une chaine youtube lifestyle & maquillage à sa gloire (sur laquelle elle ferait croire à sa horde de fans énamourés que sa vie n’est que luxe calme et volupté alors qu’en vrai elle méprise son mari car il est comptable chez Leroy-Merlin et qu’il gagne à peine assez d’argent pour lui payer des Loubout. Et puis ses enfants lui feraient honte parce qu’ils seraient moches). Elle resterait à la maiz toute la journée et alimenterait son fil instagram de selfies de sa personne et de citations tumblr à la con…

Bref; ce livre est affreux mais sa lecture est indispensable car il vous montrera exactement ce qu’il ne faut pas faire si on ne veut pas se contenter de rêver sa vie, mais la vivre pour de vrai.

king-kong-theorie-146761Je l’avoue, Virginie Despentes pour moi c’est une sorte de dieu grec. Surtout parce que ses livres sont truffés de gros mots, ce qui est très décontractant après une sale journée de travail. Et aussi parce que je suis impressionnée par son intelligence. Entre deux « je vous encule tous » ses textes sont truffés de fulgurances de ce genre:

« Je préfère ceux qui n’y arrivent pas pour la bonne et simple raison que je n’y arrive pas très bien, moi-même. Et que dans l’ensemble l’humour et l’inventivité se situent plutôt de notre côté. Quand on n’a pas ce qu’il faut pour se la péter, on est souvent plus créatifs. Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. Je m’en tape de mettre la gaule à des hommes qui ne me font pas rêver. Il ne m’est jamais paru flagrant que les filles séduisantes s’éclataient tant que ça. Je me suis toujours sentie moche, je m’en accommode d’autant mieux que ça m’a sauvée d’une vie de merde à me coltiner des mecs gentils qui ne m’auraient jamais emmenée plus loin que la ligne bleue des Vosges ».

(avouez que ça claquerait de répondre ça à votre chef quand il vous fait remarquer que ce matin vous êtes coiffée comme un dessous de bras)

Les thèmes abordés dans King Kong Theory (le viol, la prostitution, la pornographie) font un peu désordre comme sujets de conversation lors du brunch dominical et il est vrai que suite à cette lecture on a envie de brâmer des choses incohérentes telles que « donnez-nous le droit de risquer d’être violées » (mais de grâce, gardez votre calme)

hell-68830Bon je l’avoue ce livre c’est clairement un plaisir coupable, un peu comme quand on mâchouille 4 malabars d’un coup alors que c’est interdit car on vient de se faire poser un appareil dentaire.

Déjà, il est notoire que Lolita Pille est une personne insupportable, comme en atteste sa notice wikipédia:

« Durant son adolescence, elle fréquente assidûment, tout comme les héroïnes de ses deux premiers romans, la jeunesse dorée (les nappies) et les boîtes de nuits. Après l’obtention en 2001 de son baccalauréat littéraire, elle étudie deux mois en faculté de droit à Assas puis abandonne. La lecture de 99 francs (auquel elle fait référence dans Hell) de Frédéric Beigbeder lui redonne le goût de l’écriture »

Ressentir le désir de se lancer dans l’écriture suite à la lecture de 99 francs… j’avoue que ça me paraît exotique (moi suite à la lecture de ce livre j’avais plutôt envie de partir ramasser des olives en basse provence). Et puis la couverture du bouquin quoi.

Cependant, malgré le fait que toutes les conditions étaient réunies pour être un bon gros navet des familles, figurez-vous que j’adorais ce livre quand j’avais seize ans (j’ai même pleuré à la fin car je suis une truffe). Pourtant l’univers de l’héroïne était l’exact opposé du mien (boites de nuit, vie sexuelle débridée, parents pleins aux as, consommation excessive de cocaïne). Comment expliquer cette fascination pour un tel mode de vie? (on me souffle à l’oreille que Mona Chollet a la réponse):

Article du Monde Diplomatique au sujet de la série Gossip Girl

« Bien que le téléspectateur appartienne, dans l’écrasante majorité des cas, aux classes sociales que ces personnages vomissent, la série l’amène à se prendre d’affection pour ces gosses de riches odieux. […] D’abord révulsé, [le spectateur] se laissera peu à peu amollir, sinon séduire, au fur et à mesure que les portes s’ouvriront devant lui. Il finira par trouver un certain charme à ce monde où « les draps sentent bon », tandis que la découverte de leurs blessures intimes lui révélera la touchante humanité que dissimulent ces jeunes snobs.

[…] Non seulement la série produit de la docilité sociale en substituant l’envie et la fascination à l’hostilité légitime que pourraient susciter ses jeunes héros, mais elle propage dans l’univers de la consommation des mots d’ordre impliquant des dépenses exorbitantes. Une blogueuse américaine, mère d’une adolescente, s’inquiète de cette stimulation effrénée de la pulsion d’achat : « A mon époque, on aimait déjà les marques, mais on parlait d’une paire de jeans à 70 dollars ; aujourd’hui, c’est plutôt d’un sac à 700 dollars. Que se passera-t-il quand ces jeunes vivront dans le monde réel et dépenseront tout leur salaire en chaussures ? Je crois qu’une telle série, loin d’être un simple conte de fées, leur prépare d’immenses déconvenues »

le-deuxieme-sexe-2Grand classique mais sur lequel il faut quand même s’attarder deux minutes car souvent quand on parle de ce bouquin on se contente juste de balancer un petit « on ne nait pas femme, on le devient hihi » et hop couche-couche panier.

Déjà pour info le deuxième sexe, ce n’est pas un livre mais DEUX. Le premier tome est un peu chiant (je sais que les puristes vont hurler dans leurs grottes à la lecture de cette phrase) mais le deuxième, intitulé « l’expérience vécue », est une pure merveille. La chose est découpée en quatorze chapitres; chaque chapitre abordant un moment particulier de la vie des femmes (l’enfant, la jeune fille, la mère, la femme narcissique, etc). Pour étayer son propos, Momone se base sur des vrais témoignages ou alors sur l’analyse du comportement de personnages de romans. On pourrait se dire: c’est daté! (le livre est sorti en 1949). Mais que nenni (être une femme libérée c’est pas si facile même en 2015).

Ce qui est marrant, c’est qu’on associe toujours le féminisme à la lutte contre la domination masculine. Mais Simone de Beauvoir ne dit pas que ça:

« Les femmes se forgent à elles-mêmes les chaînes dont l’homme ne souhaite pas les charger »

(je vous propose de méditer là-dessus jusqu’à la semaine prochaine)

« L’ancien officier de marine dit à son épouse, enseignante de 50 ans : « Où est-ce que t’as garé la bagnole ? », mais aussi : « Vous êtes belle. » Ses propres parents se vouvoyaient –contrairement à ceux de Madame -, et lui-même leur disait « vous ». Mais au-delà de la reproduction sociale, Michel revendique une « marque d’affection, de considération et d’estime ». « Cela montre des égards, je l’utilise quand je veux être gentil », poursuit-il. Ce qui ne les empêche pas d’avoir aussi recours au « vous » pour « s’engueuler gentiment ». « Vous m’emmerdez à la fin ! » lâche-t-il parfois »

– article d’investigation du Figaro Madame au sujet de la pratique du vouvoiement chez les français

Salut les trous noirs,

Une nouvelle année scolaire commence et qui dit mois de septembre dit résolutions à la con. La mienne: apprendre le japonais (ne ricanez pas dans vos grottes, ça aurait pu être pire. Le FINLANDAIS par exemple).

Pour être tout à fait honnête, je ne me suis pas lancé dans ce noble projet par quête désintéressée de la Connaissance mais pour une raison bien plus triviale: conquérir l’admiration de mon mâle et échapper à la corvée de vaisselle du dimanche soir.

Comme je suis une blogueuse mode dévouée, je me suis dit que j’allais partager mes techniques d’apprentissage avec vous.

Bon alors en gros pour faire simple, les japonais ont trois alphabets (juste pour faire chier le peuple):

  • katakana: l’alphabet des débiles, qui a été inventé pour retranscrire les mots étrangers (tels que « bière » ou « cocorico »). J’ai renoncé à poser ne serait-ce que l’ombre d’un coussinet là-dessus car il me semble que le ratio bénéfice / temps d’apprentissage est nul (et aussi parce que je suis paresseux).
  • kanji: l’alphabet noble (tellement noble que les japonais eux-mêmes ne le maitrisent pas à 100% sauf thèse de littérature médiévale) (il existe des milliers de caractères). J’avoue être un peu angoissé par les kanjis. a) parce que je suis nul en dessin b) parce que se lancer dans leur apprentissage, c’est prendre le risque de devenir un peu toc toc (comme ces gens qui s’amusent à mémoriser toutes les décimales de pi)
  • hiragana: cet alphabet a été inventé pour aider les femelles à apprendre à lire quand celles-ci ont été autorisées à aller à l’école. Parce que les kanjis, say compliqué quand même. Cela dit, si vous pensez comme moi faire le malin en n’apprenant que les hiragana, vous n’irez pas bien loin dans la vie (car le japonais « quotidien » est un mélange des trois écritures).

(je sais que vous êtes tous en train de ronfler face à cet article)

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Je me souviens que quand j’avais treize ans, j’avais demandé à mes géniteurs un dictionnaire russe pour Noël (je voulais apprendre cette langue car j’avais un crush pour Alexei Yagudin…). Ce noble projet était tombé à l’eau car j’avais réalisé en ouvrant le dictionnaire en question que TOUT était écrit en alphabet cyrillique (et je n’ai aucune patience pour les alphabets cyrilliques). Du coup pour le japonais je me suis dit, cool Raoul pas d’embrouille et j’ai attaqué servilement l’étape un, à savoir: l’apprentissage des hiragana.

/!\ ASTUCE DE BLOGUEUSE MODE /!\

Comment mémoriser ces idiomes barbares & exotiques sachant que « loin du français je meurs », céline, etc? Grâce à la méthode « gros sale »! qui consiste à associer à chaque caractère une image de votre cru.

Par exemple « chi » s’écrit . On dirait une grosse fesse de quelqu’un qui chie.

« Su » (), c’est un type saoul qui ne tient pas bien debout et a un gros ventre (gorgé de bière). Son alterégo c’est « mu » (): type saoul gorge de bière allongé dans le canap qui regarde la télé.

Après il y a les caractères poétiques. Comme « nu » qui s’écrit: . Or « chien » en japonais se dit « inu » (hé ouai comme le shiba inu, le chien de Catherine Deneuve). Vous ne trouvez pas que ressemble à un chien? (avec sa queue enroulée).

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Dans le même état d’esprit animalier il y a « ne » () qui fait invariablement penser à « neko » (chat). Et figurez-vous que si on colle avec (= « tsu » comme la vague du tsunami hinhin) on obtient RENARD!!! Kitsune = きつね.

Bref, je m’amuse bien (ça me permet d’oublier que l’été est déjà fini et que je n’ai même pas eu le temps de bronzer assez pour avoir la marque de la culotte).

Je vous laisse avec une vidéo du village des renards (kitsune mura) qui malheureusement se trouve dans la province de Fukushima 😦