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Archives Mensuelles: juin 2015

Thats_all_folks.svgSalut les slips de bain,

Bon c’est bientôt les vacances à renardland, donc il n’y aura plus de borborygmes de ma part sur la blogosphère pendant une période indéterminée (j’espère que vous profiterez de ce répit pour réviser votre solfège).

En vrai je ne sais pas trop quand je reviendrai rôder sur ces plates-bandes, car tenir un blog, ça implique de passer encore plus de temps que d’habitude sur internet et que c’est chiant. En ce moment je réfléchis beaucoup à l’usage que je fais de mon ordinateur. Je suis clairement en plein dans des mécanismes d’addiction (comme beaucoup de gens) et ça m’embête. Je n’arrive pas à me réguler et je passe un temps fou sur internet, un peu comme ce que décrit Mona Chollet dans Chez soi – une odyssée de l’espace domestique:

« Les heures passées en ligne tendent à aplanir, à uniformiser le temps. Les journées où je n’ai pas réussi à m’arracher assez tôt à l’écran me paraissent plus courtes, comme si on me les avait volées. Je n’ai plus cette impression, quand vient le moment de ressortir dans le monde, d’avoir été ailleurs, retranchée, inatteignable. Internet rend plus rare cette impression de dépaysement réparateur et enrichissant que les casaniers éprouvent dans leur propre intérieur.

Vivre à la campagne, où le monde naturel, plus présent, offre des stimulations sensorielles plus fortes et plus nombreuses, où l’espace est plus généreux, le rythme moins trépidant, aide certainement à résister à l’attraction du trou noir. En ville, c’est plus difficile. Certains jours, cependant, miracle : je réussis à m’arracher à la fascination de l’écran et à réoccuper le reste de l’appartement, en mettant une distance impressionnante entre l’ordinateur et moi – genre un mètre et demi (je peux difficilement faire mieux : je suis parisienne). Je m’installe sur le lit avec un livre ou un magazine. Mais voilà : au bout de vingt minutes, l’envie me démange d’aller sur Internet.

Il faut se rendre à l’évidence : je peux bien refermer sur moi toutes les portes que je veux, désormais, je ne suis plus jamais seule. J’ai muté. J’ai dans la tête un tumulte infernal. Mon cerveau est ouvert à tous les vents. Il ressemble à un poste de radio qui changerait de fréquence toutes les deux minutes. Ma pensée saute sans cesse du coq à l’âne ; ce qui, je le sais bien, est le propre de la pensée, mais pas à ce point. Je continue d’éprouver un besoin impérieux de solitude, et d’apprécier ces moments, mais ce n’est plus la même qualité de solitude. Je ne retrouverai jamais l’intégrité mentale, la paix et la concentration des heures de lecture dans la bibliothèque de mon enfance ou sur le canapé de mon adolescence. Comme le dit si bien une image diffusée par l’écrivain Douglas Coupland: « Mon cerveau d’avant Internet me manque » (« I miss my pre-Internet brain »). Je suis plus anxieuse, plus impatiente.

Rien d’étonnant si les stages de méditation connaissent un tel succès. Est-il encore possible, dans ces conditions, de préserver, ou de retrouver, sa sérénité et ses capacités de concentration ? En tout cas, la connexion permanente aura eu pour autre effet notable de rendre caducs tous les conseils subtils que des générations d’écrivains se sont échinées à rédiger à l’intention de ceux qui voulaient embrasser la même carrière qu’eux. Elle a réduit l’abondante littérature produite sur ce sujet à deux mots : COUPEZ. INTERNET. Si vous y parvenez, le Goncourt ou le Pulitzer ne devraient plus être qu’une formalité. Au lieu de leur demander, comme ils avaient coutume de le faire, à quels rituels ils ont recours pour favoriser l’inspiration, les journalistes demandent désormais aux auteurs comment ils s’y prennent pour déjouer cette machination de Satan. Philippe Jaenada raconte que, au cours de la rédaction de son dernier roman, il employait les grands moyens : « J’enlevais le fil qui reliait mon ordinateur à mon modem et j’allais le mettre sous l’oreiller à côté de ma femme qui dormait. » Bret Easton Ellis, pour sa part, déclare qu’il n’arrive tout simplement plus à écrire.

Devoir concilier sa boulimie d’information et son besoin de concentration : il y a de quoi se rendre fou ».

Jusqu’ici je ménageais la chèvre et le chou en me disant que boarf oui je passais beaucoup de temps tel un mollusque devant un écran mais que c’était pour la bonne cause: il y a tant de choses intéressantes à découvrir, ça serait trop dommage de passer à côté de connaissances cruciales en coupant le fil.

Mais dans le fond, même sans être le Pierre Rabhi du groupe, on sait tous que c’est faux. La vraie vie, celle qu’on sera heureux d’avoir vécue quand il sera temps de se dire au revoir, réside dans la déconnexion (comme dans ce docu quand à partir de 25 min 30 ils parlent de cornes et de bouses de vache).

Il y a cet article de the minimalists qui me titille depuis un certain temps et qui implique de ne plus avoir internet à la maiz. Je crois que je  vais m’employer à réaliser cet objectif.

❤ SALUT ❤

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– « Pourquoi avoir entarté pour la huitième fois celui qui semble être votre ennemi de toujours, Bernard-Henri Lévy? »

– « Il restera toujours pour nous la tête à tarte par excellence. C’est l’incarnation du pouvoir dans toute son horreur et nous avons le poil particulièrement hérissé par son arrogance nombrilesque. Il se prend tragiquement au sérieux, est de plus en plus influent et absolument antipathique. Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de chauffeurs de taxi et de barmen que nous avons rencontrés qui nous ont dit : “Il nous a pris de haut.” Nous luttons contre cette personnification méprisante du pouvoir. »

Interview de Noël gloup gloup Godin

Salut les étrons,

Aujourd’hui, sport.

Récemment, j’ai acquis un cardiofréquencemètre. Alors ouai je vous entends d’ici à ricaner dans vos grottes, mais j’ai envie de vous dire, IL ÉTAIT TEMPS. Car avant l’achat de cet appareil technologique, je me fourvoyais totalement sur ma condition physique (pour vous situer l’étendue du déni, depuis que j’ai gravi le Cormet de Roselend à la force de mon mollet je suis persuadé être le Laurent Jalabert du groupe).

Samedi dernier, donc, après avoir passé 1h30 à comprendre comment cette putain de montre fonctionne que fait la police pourquoi les notices d’utilisation sont elles aussi peu utilisateur-friendly je me suis lancé, à savoir que j’ai quitté la position horizontale afin de descendre les escaliers.

Le cardiofréquencemètre a indiqué, dans sa grande mansuétude, une fréquence cardiaque de 110 battements par minutes, que j’ai chassée d’une revers de main par un désinvolte « il est neuf il lui faut un petit temps d’adaptation c’est connu que les premières mesures sont toujours fantaisistes ».

Puis, muni de mon legging Adadas troué, je me suis élancé dans la forêt, la cuisse triomphante, pour une course de 10 minutes pétantes visant à mesurer ma VO2 max.

Le cardiofréquencemètre est monté direct à 180 battements par minute – et nous n’avions alors pas parcouru le dixième du parcours. Rage, humiliation, désespoir (ricanements du mâle). Je me console un peu en piaillant à qui ne veut pas l’entendre que la fréquence cardiaque maximale est inégale selon les espèces (plus le mammifère est gros et plus son cœur bat lentement; prenez la baleine par exemple: sa fréquence cardiaque plafonne seulement à 20 battements par minute. et moi je suis un petit renardeau). Mais c’était sans compter l’après course, à savoir la mesure du temps de récupération, qui a été tellement longue qu’on a eu le temps de se nettoyer tous les coussinets le temps que ça redescende à un rythme normal.

Cette expérience m’a non seulement fait comprendre la nécessité de commencer d’urgence les fractionnés, mais fait également méditer sur la vie, la mort, les blogueuses mode et Didier Deschamps.

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En ce moment dans les sous-bois rugit un débat stupide portant sur la tendance « healthy ». Avec d’un coté du ring les végétariens marathoniens, adeptes de graines de chia et de photomontages culpabilisants a base de soutifs de sport Nike – de l’autre les féministes 2.0 qui brament que faire du sport et manger sainement, c’est proner l’anorexie et MEME le génocide des juifs (n’ayons pas peur des nuances).

Je sais pas vous, mais moi ça me donne des envies de facepalm. Parce que le sport à la vérité c’est quoi? Revenons aux bases les gars, revenons aux bases, c’est a dire a Didier Deschamps. Dans ce docu à partir de 1:09:09 (je ne suis que nostalgie et amour ❤ ), on voit l’équipe de France de foot 98 faire un footing dans les fougeres. Que nous apprend cette séquence?

  1. tout le monde court et personne n’a échappé au truc sous prétexte qu’il avait mieux a faire sur internet
  2. personne ne chaloupe de la fesse au rythme de Beyonce, ambiance « who run the world? girls! »
  3. personne ne porte de chaussettes montantes FLUO a 315 euros
  4. personne ne boit de vitaminwater
  5. (et bien sur personne ne s’est maquillé avec une palette « spéciale glands »)

Concluons avec ce compte rendu de course hallucinant trouvé sur le blog de Ma Fine Bouche:

« Une fois que je passe l’arche, j’essaie de dépasser les coureuses devant moi pour me caler sur mon rythme de 4’30 par kilomètre. J’ai cru que toutes ces femmes s’étaient passées le mot pour m’empêcher d’avancer. Entre celles qui téléphonaient à leurs copines, celles qui s’arrêtaient pour prendre des selfies, celles qui marchaient tranquillement, je dois avouer que je n’avais jamais vu ça sur une course ! Quel que soit le niveau ou l’objectif de chacun, une course officielle est faite pour être courue, enfin je crois. Je suis peut-être trop pragmatique, mais j’ai halluciné. J’ai passé les deux premiers kilomètres à slalomer en essayer de ne bousculer personne et ce ne fut pas chose aisée ».

(rendez-nous les claques sur les fesses d’Aimé Jacquet!)

Bon sur ce je vous laisse avec une photo issue du très chouette projet photographique de Kate T. Parker intitulé « strong is the new pretty », dans laquelle on voit des gamines courir dans la boue avec un naturel qui rappelle des époques révolues (avant les smartphones).

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PS: cette information n’a aucun rapport avec rien mais les bouts de coquilles d’œuf avalés crus donnent l’appendicite. #SachezLe

« Qu’y a-t-il de vraiment important dans une journée ? Quelles sont les heures, les minutes, les secondes, qui ont une importance ? Et quel est le temps perdu, celui qui ne sert à rien, qu’on ne retrouvera pas ? Cela n’a pas besoin d’être forcément nécessaire, spectaculaire, inouï. Jouer avec un chat, oui, ça c’est important, préparer à dîner pour des personnes qu’on aime, lire des histoires à des enfants, penser à son amoureuse, se demander où elle est, ce qu’elle fait, envoyer des mots doux, même des mots ridicules, idiots, écrire une petite chose pour faire rire un ami, travailler quand on aime son travail, s’appliquer, faire au mieux, jouer aux cartes (canasta ou tarot, pas poker, pas d’argent), regarder un bon film, écouter un bon disque, lire une belle chose, évidemment, belle et intelligente, voir une belle pièce, belle et intelligente, qui nous élève, jouir et faire jouir, faire un bon feu, se battre, être en colère, boire un cognac, regarder une image, un tableau… »

Diastème, toutes les choses importantes sont bleues

93a20e40fce17ce4975101aa5b8806ecSalut les crotales,

Ouai je sais ça fait deux articles à la suite parlant de littérature et vous préféreriez que je vous ponde des articles sur le caca mais ce mois-ci j’ai lu des trucs biens alors je me suis dit que j’allais partager ça avec vous (je me sens so blogueuse mode en écrivant ça, j’ai l’impression de faire un haul… émotion & clarinettes).

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« JE SUIS PANIQUE DE DEVENIR STERILE A CAUSE DE LA PILULE DU LENDEMAIN QUE J AI PRIS 4 FOIS MERCI D ME REPONDRE JE SUIS EN DETRESSE »

« Bonjour, j’aurais une question quant aux hymens dits « élastiques »… Est-il normal d’avoir toujours un hymen quasi intact même après plusieurs rapports sexuels? Est-ce ce que l’on appelle un hymen élastique? Se déchirera-t-il un jour? Merci d’avance, j’espère que vous serez en mesure de répondre à ma question (ou plutôt à mon inquiétude….) »

Bon alors il s’avère que la gynécologie, c’est un peu ma passion – et dieu sait que le sujet est vaste entre les mycoses et les pilules vade retro satanas de 3e génération. C’est pourquoi je ne suis que joie & excitation depuis que j’ai découvert le site de Martin Winckler, et que j’ai lu ce livre.

Bon alors c’est l’histoire de Jean Atwood, brillante major de promo, qui se destine à la chirurgie et qui pour valider ses études de médecine doit passer 6 mois dans un service de gynécologie généraliste, et que du coup elle est pas contente car c’est pas assez bling bling pour elle (un peu comme si vous rêviez de faire un stage au Louvre et qu’à la place vous vous retrouviez au musée de la charentaise). Ce qui est cool dans ce livre, ce n’est pas l’intrigue (qui est cousue de fil blanc), mais les ANECDOTES. Par exemple je ne savais pas qu’il existait des stérilets qu’on pouvait garder pendant douze ans. Ou que c’était possible de tomber enceinte même sans avoir oublié sa pilule (ça peut arriver que l’ovulation ne soit pas bloquée si on a moins de 25 ans et qu’on prend une pilule mini-dosée). Ou que la meilleure position pour accoucher, c’est en chien de fusil et pas forcément les pattes en l’air dans des étriers (bien sûr je dis ça mais je n’ai jamais accouché;  je suppose que quand ça arrivera la meilleure position consistera certainement à mordre les sages-femmes à quatre-pattes). Et puis je ne suis pas un animal facilement impressionnable mais il y a pas mal de passages assez glaçants sur l’avortement ou autres, qui ont fait que j’étais à deux doigts de verser une larme (à ne pas lire en période d’ovulation donc).

Sur une note plus joyeuse mais toujours dans le même thème, je vous mets une vidéo TED qui m’a fait beaucoup rire récemment hinhin.

32129413_7047943Je ne sais pas trop si j’ai aimé ce livre ou pas mais en tout cas j’y ai pensé longtemps après l’avoir terminé, ce qui est plutôt bon signe. C’est le récit autobiographique de l’enfance et de la jeunesse de la comédienne Darina Al-Joundi au Liban. Il y a des passages super glaucus dans le genre sexe, drogues & guerre civile, mais il y a aussi pas mal de moments poétiques et drôles, comme ce passage sur la religion:

« A 16 heures au moment de me rendre à la chapelle pour mon cours de catéchisme, sœur Marie-Thérèse m’a arrêtée:
– « Tu vas où comme ça? »
– « Au catéchisme, ma sœur! »
– « Tu es quoi? »
Je n’ai pas compris. Je ne m’étais jamais posé la question, mes parents non plus. Je suis restée interdite. La sœur était sur les nerfs. J’ai répondu:
– « Je ne sais pas, ma sœur. »
Elle était surprise, même entièrement déroutée par ma réponse:
– « Comment tu ne sais pas ce que tu es? Tes parents ne t’ont rien dit? »
– « Dit quoi, ma sœur? »
– « D’où tu étais. »
Mon visage s’est illuminé, je commençais à comprendre:
– « Si, je suis de Beyrouth. »
– « Je ne parle pas de ça, ils ont bien dû te dire à quelle Église tu appartenais. »
J’ai fait signe que non de la tête. Elle a eu pitié de moi.
– « Ils sont morts? Ils sont sourds-muets? »
– « Non, ma sœur, ils parlent, ils sont vivants. »
A ce moment, j’ai compris que j’étais vraiment un hiéroglyphe aux yeux de la bonne sœur qui s’est mise à crier:
– « Comment tu ne sais pas, tu es au Liban, chacun sait d’où il vient, à quelle communauté il appartient, nous en avons dix-sept dans notre pays, est-ce que tu es arménienne, grecque orthodoxe, grecque catholique, syriaque, maronite, même les chats connaissent la confession des maisons où ils sont, même un chien sait au flair s’il est tenu en laisse par un Grec catholique ou un Grec orthodoxe. Dis-moi, d’où vient ton père? »
– « Il vient de Syrie, ma sœur. »
Elle a serré sa croix au creux de sa main, avant de poursuivre l’interrogatoire:
– « Et ta mère, elle vient d’où? »
– « De Beyrouth-Est. »
Elle a souri:
– « Et tes grands-parents, ils sont d’où? »
– « De Ghandouriyeh, ma sœur. »
Elle a embrassé sa croix en murmurant « Doux Jésus, une musulmane ». Elle m’a pris par le col de ma petite robe blanche:
– « Allez, suis-moi, va jouer dans la cour avec les autres. Tu n’as pas droit au catéchisme. Tu es musulmane. »
Et moi, plongée dans ce gouffre auquel je ne comprenais rien, je me suis accrochée à sa robe:
– « Je vous en prie, sœur Marie-Thérèse, ne me privez pas de catéchisme, j’avale toutes les hosties à moi seule, je connais par cœur toutes les histoires, j’aime la messe, ne me chassez pas. »
J’ai vu dans son regard bleu un sentiment de pitié. Elle m’a caressé les cheveux en me posant la question avec une voix très douce:
– « Pourquoi tu aimes tant le catéchisme, mon enfant? »
Dans un élan de vérité rare, j’ai répondu:
– « Pour l’histoire de la pute, j’adore les histoires de putes. »
Elle a embrassé sa croix en marmonnant « Seigneur, on ne les changera jamais » avant de me crier au visage:
– « Allez ouste! »
J’ai rarement ressenti si fort l’injustice. J’ai attendu la fin de la messe. Pour me venger, je me suis glissée dans la chapelle. Je suis montée sur une chaise et j’ai fait pipi dans le bénitier. La porte s’est ouverte d’un coup. Sœur Emmanuelle m’a surprise, la culotte baissée, la robe relevée. Elle m’a bouché les tympans avec de la Vache qui rit avant de m’enfermer dans la cellule des rats. J’y ai passé des heures. Seulement cette fois-ci je n’ai pas attendu l’arrivée de Jésus-Christ. »

tumblr_m6sw0q0MNW1rabqoco1_500Ce livre de bobo parisien est un peu comme un pastille magique qui vous redonne foi en la civilisation quand vous rentrez du travail et que personne n’a eu la bonne idée de vous préparer à manger. C’est une série de courtes nouvelles (pas plus de deux ou trois pages à chaque fois) dans lesquelles l’auteur décrit les choses qu’il aime dans la vie. Pour moi qui suis amateur de listes, de trucs old school et d’écossage de petits pois, ce livre est une MERVEILLE.

Bon alors j’ai corné tellement de pages que je ne sais où donner de la truffe mais pour vous donner un petit aperçu:

« Le croissant du trottoir

On s’est réveillé le premier. Avec une prudence de guetteur indien on s’est habillé, faufilé de pièce en pièce. On a ouvert et refermé la porte de l’entrée avec une méticulosité d’horloger. Voilà. On est dehors, dans le bleu du matin ourlé de rose: un mariage de mauvais goût s’il n’y avait le froid pour tout purifier. On souffle un nuage de fumée à chaque expiration: on existe, libre et léger sur le trottoir du petit matin. Tant mieux si la boulangerie est un peu loin. Kerouac mains dans les poches, on a tout devancé: chaque pas est une fête. C’est du temps pur, cette maraude que l’on chipe au jour quand tous les autres dorment.

Presque tous. Là-bas, il faut bien sûr la lumière chaude de la boulangerie – c’est du néon, en fait, mais l’idée de chaleur lui donne un reflet d’ambre. Il faut ce qu’il faut de buée sur la vitre quand on s’approche, et l’enjouement de ce bonjour que la boulangère réserve aux seuls premiers clients – complicité de l’aube.

– Cinq croissants, une baguette moulée pas trop cuite!

Le boulanger en maillot de corps fariné se montre au fond de la boutique, et vous salue comme on salue les braves à l’heure du combat.

On se retrouve dans la rue. On le sent bien: la marche du retour ne sera pas la même. Le trottoir est moins libre, un peu embourgeoisé par cette baguette coincée sous un coude, par ce paquet de croissants tenu de l’autre main. Mais on prend un croissant dans le sac. La pâte est tiède, presque molle. Cette petite gourmandise dans le froid, tout en marchant: c’est comme si le matin d’hiver se faisait croissant de l’intérieur, comme si l’on devenait soi-même four, maison, refuge. On avance plus doucement, tout imprégné de blond pour traverser le bleu, le gris, le rose qui s’éteint. Le jour commence, le meilleur est déjà pris. »

Sur ce, j’espère que vous avez profité comme il se doit des nombreux ponts de mai pour faire l’école buissonnière et vous vernir les griffes en prévision de l’été qui s’annonce!