LES LIVRES DU MOIS DE JANVIER

Salut les poux lumineux,

Les vacances de Noël sont finies et nous rentrons dans le mois le plus déprimant de l’année, à savoir le mois de Janvier. Pour vous remonter le moral, je vous ai concocté une liste de livres à lire de derrière les fagots (je sais que c’est vos articles pref sur ce blog). Garanti 100 % top chouchou (sauf le dernier pour lequel j’ai de petites réticences mais je vous expliquerai pourquoi).

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« Je déambulais dans les rues désertes, je montais puis descendais des escaliers. J’ai alors croisé une vieille qui promenait un chien minuscule. Ce petit chien portait un manteau molletonné, mais il tremblait de froid. Il tremblait encore plus fort quand il s’est accroupi pour faire ses besoins. Je me suis arrêté pour l’observer. Pendant que la petite merde sortait, tout le petit corps frémissait, comme parcouru par un courant électrique. Quand la petite merde est finalement sortie, le tremblement s’est apaisé et le chien s’est mis à gratter le sol avec ses petites pattes. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Cette petite merde, me suis-je dit, a suffi à faire trembler ce chien. La vieille m’a lancé un regard sévère, probablement parce qu’elle m’avait entendu rire. Je me suis senti mal à l’aise, mais c’était vraiment comique. J’ai pensé alors à ce qui arriverait au chien le jour où la petite merde ne sortirait plus. Je l’ai imaginé dans une petite chaise roulante. Puis je me suis dit que je devrais quand même contrôler ma consommation d’alcool et laisser les bourbons tranquilles pour quelque temps. »

J’avais acheté ce bouquin sur un coup de tête car je partais en vacances au bord du lac de Côme (comme George Clooney) et que j’aime bien faire mon touriste bobo, à savoir, lire des bouquins en rapport avec l’endroit où je voyage.

Et alors, je vous le dis tout net, ce livre est fantastique. Je pense qu’il se classe sans problème dans le top 10 de l’année (merci de ne pas faire remarquer que l’année vient de commencer). Le narrateur, c’est l’auteur lui-même, Srdjan Valjarević. Alors que son pays natal (la Serbie) est enlisé en pleine guerre des Balkans, il obtient plus ou moins sur un malentendu une bourse de la part de la fondation Rockefeller pour résider pendant un mois dans une villa d’intellectuels au bord du lac de Côme et y écrire un bouquin. A l’intérieur de la villa, l’ambiance est exactement comme on pourrait se l’imaginer : il y a de bons vins, de la nourriture délicieuse, les draps sont moelleux ET les autres résidents sont insupportables (dans le genre « nous sommes l’élite de l’élite de l’élite, prout et clarinette »). Srdjan Valjarević décide alors de faire ce que nous aurions tous fait à sa place, à savoir, ne rien glander et profiter de la vie. Bon alors il a pas non plus rien glandé parce qu’au final il a écrit ce bouquin. Mais ça sonne plus comme une provocation qu’autre chose (et c’est ça qui est rigolo). Le livre est divisé en 30 chapitres : à chaque fois Srdjan y décrit sa journée, et à chaque fois il se passe à peu près la même chose :

  • il fait des grasses mat
  • il s’habille de manière moche, avec un pull en laine vert troué par les mites
  • il va marcher dans les collines qui surplombent le lac et observe les oiseaux, les couleurs, la lumière
  • il grogne contre les autres pensionnaires, qui sont vieux, riches et pénibles et tente par tous les moyens de fuir les obligations sociales
  • il se bourre la gueule
  • il essaye de pincer les fesses d’Alda, la serveuse du bar local

(toute ressemblance avec un certain renard au chômage est bien sûr totalement fortuite)

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« Je proposai d’acheter cent places pour un des concerts symphoniques de Rochester. Nous choisirions un concert de musique particulièrement douce. Trois heures avant le concert, aux cent Noirs qui auraient les tickets pour s’y rendre, on servirait un dîner : des haricots – rien d’autre – qu’ils auraient à ingurgiter en grandes quantités. Ils se rendraient alors au concert et on devine la suite. Imaginez un peu le tableau quand l’action commencerait. Le concert serait terminé avant même le premier mouvement ! (Il y a du Freud là-dedans, mais après tout!). Analysons cette tactique à la lumière des concepts que nous avons déjà mentionnés. La confusion provoquée sortirait entièrement du cadre de l’expérience de la « bonne «  société qui s’attendait au truc classique : réunions de masse, manifestations de rues, confrontations, marches. Même en imaginant le pire, ils n’auraient jamais pensé qu’on pût s’attaquer à leur joyau culturel, leur fameux orchestre symphonique. Deuxièmement, l’ensemble de l’action ridiculiserait la loi et il n’en existera jamais qui interdise les fonctions naturelles. Ici vous aurez un mélange de bruits, mais aussi d’odeurs, qu’on pourrait appeler des bombes puantes naturelles. Les bombes puantes habituelles sont illégales et peuvent faire arrêter immédiatement leur utilisateur, mais rien ici ne permettrait à la police ou aux huissiers ou à quiconque de réagir. La police se trouverait complètement paralysée. Les gens se mettraient à raconter l’histoire du concert et tous ceux qui l’apprendraient éclateraient de rire. Cet incident ferait apparaître l’orchestre symphonique sous un jour ridicule. Les pouvoirs publics n’auraient aucun recours pour réagir devant cette situation ou empêcher qu’une attaque de ce genre ne se reproduise. Que pourraient-ils faire ? Exiger que les gens ne mangent pas de haricots avant d’aller au concert ? Ordonner aux gens de se retenir pendant toute la durée du concert, même si c’est urgent ? Faire une déclaration publique aux termes de laquelle les concerts ne peuvent pas être interrompus par des dégagements d’odeurs corporelles ? Une déclaration de cette nature signifierait, à l’avenir, la ruine du festival. Imaginez un peu la tension dans la salle de concert au moment de l’ouverture ! Imaginez le sentiment du chef d’orchestre au moment de lever sa baguette ! Cette opération aurait aussi, à coup sûr, des retombées le matin suivant au petit déjeuner. Les femmes de cadres, à qui le festival apporte l’une de leurs principales fonctions sociales, accrocheraient leurs maris (cadres supérieurs ou jeunes cadres) en leur disant : « John, nous n’allons tout de même pas laisser ces gens-là ruiner notre festival. Je ne sais pas ce qu’ils veulent, mais quoi que ce puisse être, il faut absolument faire quelque chose pour empêcher qu’un tel scandale ne se reproduise. »

Pendant les vacances de Noël j’ai lu le journal Fakir pour la première fois de ma vie et c’était vachement bien. Pour les gens de droite du groupe qui ont encore rien suivi parce qu’ils étaient trop occupés à attendre la prochaine vente privée sur internet, Fakir c’est le canard fondé à Amiens par François Ruffin, le mec qui a fait le film « merci patron » (qui a ensuite été plus ou moins à l’origine de nuit debout). J’aime bien ce que fait Fakir parce qu’ils poursuivent deux objectifs :

  • sortir les gens de l’indifférence
  • montrer qu’il est possible d’agir localement (on a pas besoin d’avoir toute la France derrière soi pour faire changer les choses à son échelle)

Ce livre, « l’art de la guérilla sociale », tombait donc à pic. Assez court (140 pages), il se propose de vulgariser les thèses de Saul Alinsky, qui était un militant américain des années soixante, et qui a gagné plein de combats locaux à son époque en utilisant je cite « le rire comme arme, la ruse à la place de la force et le pragmatisme roublard ». Et franchement c’est hyper bien. Pour tout ceux qui comme moi sont un peu rétifs au militantisme « traditionnel » à base de saucisses grillées dans la rues et slogans de la CGT hurlés au microphone, ce livre vous ouvrira plein de perspectives nouvelles. Le parfait petit manuel pour faire chier, en somme (et 100 % garanti histoires de prout).

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(PS : pour ceux qui cherchent une idée de cadeau de naissance qui déchire sa race, Fakir propose un abonnement à vie pour la somme de 180 euros) (franchement si c’est le prix à payer pour être moins con, bah c’est pas si cher que ça)

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Pour rentrer en France pour les vacances de Noël, mon avion a eu la masse de retard et je me suis retrouvé à court de livres. L’inquiétude était palpable (on sait tous qu’un renard qui s’ennuie est un renard pénible), mais heureusement je suis miraculeusement tombé, au point presse du coin, sur ce bouquin de Mike Horn et c’était SUPAIR (j’ai aussi acheté « le liseur du 06h27 » et ce livre était une grosse daube. Je vous en parle même pas tellement c’était neuneu).

J’adore les histoires d’aventure. Sûrement parce que je suis l’animal le plus trouillard de la terre et que ma passion, dans la vie, c’est de vivre tout un tas de dangers par procuration, enroulé dans ma couette au coin du feu. Dans ce livre, Mike Horn fait chier sa femelle et tout son entourage décide de partir faire le tour du monde à pied, en vélo et en bateau, en s’imposant de rester dans une bande de quarante kilomètres autour de l’équateur. Je vous mets une carte pour que vous voyiez mieux à quoi ressemble son itinéraire :

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Bon alors c’est pas de la grande littérature, mais ça se lit vite et bien et en bonus vous emmagasinerez tout un tas de « survival tips » hyper utiles si tout à coup la civilisation s’effondrait.

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Je vous le dis tout net : j’avais de grands espoirs pour ce livre. Déjà à cause du titre : on aurait dit qu’il était fait pour moi. Ensuite à cause du pitch : un homme, déjà au chômage, se fait expulser de son appartement et décide de vivre dans sa voiture. Volontairement désœuvré, il arpente les rues de Paris à la recherche de signes d’une révolution à venir – signes qui vont se manifester sous la forme de tags bizarres sur les murs. Sur le papier tout y est : la critique du travail salarié, l’émergence d’un mouvement révolutionnaire type nuit debout qui inclurait les plus pauvres et pas seulement les gros bobos, etc. Sauf que passé les premiers chapitres, enthousiasmants, ça part en couille. Pour vous le dire simplement : je me suis mis à ne rien comprendre de ce qui écrivait l’auteur. Alors soit c’est vraiment de la poésie et je suis trop con pour saisir, soit à un moment Yannick Haenel s’est relâché le coussinet et a arrêté de tenir les fils de son intrigue (on ne sait pas). Par exemple si quelqu’un a une explication au sujet du passage suivant, qu’il n’hésite pas à se manifester dans les commentaires : « Privé de destin, le monde ne vaut pas mieux qu’une algue ou un tesson. C’est pourquoi la moindre occasion de déranger son ordre est si bouleversante: ceux qui se faufilent entre la fuite et le refuge ont deviné que la présence n’est qu’un exil, que rien d’autre n’existe que cet exil où les animaux, en effet, nous précèdent.« 

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7 commentaires
  1. Tango a dit:

    Fakir et L’art de la guerilla sociale me tentent bien! Merci pour la recommandation.
    Dans Le Monde du 11 janvier, il y avait un petit dossier sur Jean-Claude Michéa. Je crois que je n’ai jamais rien lu de lui, à part peut-être des articles dans Le Monde diplomatique mais je ne suis pas sûre. Tu as lu un de ses bouquins? Les journalistes rapportent que plusieurs penseurs de gauche (dont Lordon, je crois) dénoncent son côté populiste et conservateur, ce qui me fait hésiter.
    De Y. Haenel, j’ai lu Jan Karski il y a quelques années et, je ne saurais pas dire pourquoi, quelque chose m’a gênée dans ce livre (en général, je ne vois pourtant pas d’objection à ce que la littérature et la fiction s’emparent de faits historiques, y compris celui-là, mais peut-être que dans le cas de ce roman, ce n’était pas très réussi? Je devrais peut-être le relire pour mieux déterminer mon malaise mais j’avoue que, depuis lors, je n’ai plus très envie de lire du Haenel…) Et moi non plus je ne comprends rien à la phrase de lui que tu cites!

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    • renardeau a dit:

      Je connaissais pas ce Jean-Claude mais il a l’air grave coolos:
      « Participant depuis de nombreuses années à l’entraînement d’adolescents, il a publié un livre sur le football, tout à la fois éloge de ce sport populaire par excellence, et critique de l’industrie footballistique » (c’est tiré tout droit de sa page wikipédia)
      Je vais aller le renifler du coup, merci pour la bonne piste!

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  2. Yonrogg a dit:

    Ouais à l action locale et à la consommation militante!

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      • Ouais a dit:

        Quand je dis que je me fous des blogs et de mes textes on ne me croit pas. Ben voilà.
        C est gentil d être scandalisée!:)

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