LISTE DE LIVRES VIOLENTS

Aujourd’hui, nous tenterons, à travers une bibliographie fournie, de répondre à la question suivante : comment changer le monde ? Faut-il user de la violence ou faut-il au contraire se foutre de tout et ricaner dans son coin ? (ouai je parle comme un prof de fac dégarni. Laissez-moi vivre okay)

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Pendant les vacances, en bon angoissé de la vie qui se respecte, j’ai essayé de suivre des règles strictes en matière de plan vigipirate afin d’éviter de périr dans un attentat pendant l’euro de foot. a) éviter le TGV b) éviter le métro c) éviter les mouvements de foule. C’est comme ça qu’un poisseux matin de juin, je me suis retrouvé dans un TER mettant 6h pour relier Paris à Lyon, en compagnie de Renard-bis. Parmi le tas de trucs que Renard-bis avait emporté avec lui (tampax extra larges, tabac à rouler, chaussures à la semelle décollée, paquet de chips), il y avait plusieurs tommes d’un manga japonais inconnu au bataillon : death note. Je me suis dit : quoi de mieux qu’un long voyage en train pour me goinfrer de lecture ? Et c’était parti.

L’histoire de death note est simple. Light Yagami, une tête d’ampoule un poil solitaire, trouve par hasard un carnet dans la rue. C’est le death note : un cahier qui tue les gens du moment qu’on y écrit leur nom. Au lieu de l’utiliser pour s’adonner à de viles vengeances de bac à sable (ce que je craignais en feuilletant les premières pages), Light décide qu’il va être un être noble et changer le monde. Il écrit donc le nom de quelques criminels connus, qui meurent aussitôt de crises cardiaques… conscient de son pouvoir, il entreprend alors d’épurer le monde du mal et de punir systématiquement par une mort subite tous ceux qui s’adonnent à des actes répréhensibles. Son objectif : que les gens, voyant le crime puni en direct, en viennent à s’autoréguler. Et ça fonctionne : peu à peu, la criminalité diminue au Japon… Alors ouai, on sait, c’est immoral de solutionner les problèmes par la peine de mort, hashtag badinter etc. Mais qui n’a jamais rêvé que les affreux qui nous gouvernent meurent, histoire de voir si ça serait pas mieux sans eux?

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« Violet Kahn était une de ces filles pulpeuses et précoces dotées dès l’adolescence d’une féminité explosive et trompeuse qui les avaient frustrées de maturité réelle. L’œil butait contre ce corps, ces seins, ces hanches et ces fesses tressautants – même l’œil bienveillant d’une sœur – et on se surprenait à fixer Violet, comme Marilyn Monroe, en pensant que derrière cette abondance de chair chaude et mammalienne, il y avait une personne – un être piégé et haletant. Si les yeux de Violet rencontraient les vôtres et s’y accrochaient, même fugitivement, vous saviez, et elle savait. Mais cela ne durait jamais. »

Autre lieu, autre époque, autre solution. Si vous en avez marre de vous faire siffler dans la rue et de vous faire pincer les fesses dans les transports en commun, pourquoi ne pas créer votre propre gang ? Un GANG DE FILLES ? Bah voilà, c’est l’histoire de Foxfire. Ça se passe dans les années 50 aux Etats-Unis. C’est Maddy qui raconte. Avec des copines du lycée, sous la direction de Legs Sadovsky, une grande perche casse-cou au physique intimidant, elles décident de mener des actions choc pour se venger de ceux qui leur ont fait du mal (surtout des hommes). Et de venir en aide aux plus démunis (chiots dans une animalerie, vieilles dames sans le sou, femmes enceintes célibataires). Bien sûr, ça finira mal (c’est toujours pareil quand on commence à se servir de la violence, ne vous faites pas d’illusions). Mais qui n’a jamais rêvé de dépouiller rouer de coups les vieux dégoutants qui offrent travail salarié dans leur usine contre massage de bite occasionnel à des jeunes filles sans le sou ?

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Bon je vous le dis tout de go : je ne suis qu’amour éternel pour le Lobe qui, sous les commentaires de la dernière liste de bouquins, m’a suggéré la lecture de Cavanna. C’est pas comme si je connaissais pas du tout Cavanna hein (au risque de me répéter, le Père, en bon lecteur de feu hara kiri, voue pour sa personne une admiration sans bornes). C’est juste que c’est gênant d’aimer les mêmes choses que ses parents, pas vrai ? Du coup Cavanna, je le tenais un peu à distance. Je me disais, c’est vrai qu’il a l’air rigolo, mais lui et moi, ça va pas coller à cause de ses blagues de fesse. Mais dans le fond je savais que ce n’était qu’une question de temps (la maturité de l’âge mûr ?) pour que je sois moi aussi un gros fan gluant.

Alors j’ai acheté les ritals et les russkoffs,  qui sont les deux premiers tommes de son autobiographie, et je les ai plus lâchés. Déjà, il y a eu un processus d’attachement bizarre. Pour une raison que j’ignore, je me sens tout à fait à mon aise dans les récits de vie qui se situent grosso merdo entre 1900 et 1950. Comme dans des grosses pantoufles bien confortables.  Genre l’enfance de Marcel Pagnol, d’Albert Camus… et maintenant de Cavanna. C’est étrange non ? Je sais pas si ça vous fait ça à vous aussi. Pour moi ces années-là sont limite plus « réelles » dans ma géographie mentale que ma propre enfance dans les années 2000. Mais le meilleur truc avec Cavanna, c’est qu’il grogne à peu près 24 heures sur 24 et ponctue la moitié de ses phrases par « tous des cons ». J’avoue que j’apprécie bien ça, et que ça me parait être une philosophie de vie des plus raisonnables :

« Sur la Marne, il y a aussi les pêcheurs. Des vieilles merdes qui louent un emplacement avec un piquet pour amarrer une barque plate, peinte en vert, aussi déprimante à voir qu’une pantoufle charentaise. Ils restent là, des plombes et des plombes, à guetter le bouchon, faut avoir de la purée de marrons à la place du cerveau. Et quand ils en sortent un, ces enfoirés, un gardon comme mon petit doigt, je me barre, je les fracasserais à coups de parpaing, je les balancerais à la baille, je sens la colère rouge qui monte. Pourriture de braves gens ! Ils te décrochent la bestiole, la gueule arrachée, la jettent dans le panier de zinc, et là, elle se tortillera bâillera étouffera pendant des heures, tout ça pour que des connards à bidoche grise, à bajoues et à mégot aient un peu de saine distraction au bon air ! J’ai essayé d’expliquer, une fois, à un jeune, donc moins con, que je croyais. Il m’a pris d’abord pour un dingue, puis pour une gonzesse, puis pour les deux à la fois… C’est quand même quelque chose, non ? Ils voient une rivière, belle, large, calme, pas trop de courant, des arbres autour, des fleurs, du soleil, un paradis. Ça devrait leur filer aussitôt l’envie de virer leurs loques et de plonger, quéquette au vent, dans cette extase, non ? Moi, en tout cas, c’est ça que ça me fait. Ces cons-là, non. Pensent seulement aux petites bêtes qui vivent là-dedans, pénardes, leurs vies de petites bêtes, et ne peuvent rien imaginer de plus excitant que de leur baiser la gueule avec leurs ruses et leur matériel, de les arracher hors de l’eau pour les laisser crever pendant des heures et les ramener, triomphants, à leur femelle, aussi grise, aussi moche qu’eux. Merde, crevez, affreux ! Vous salissez tout, vous chiez sur tout, vous changez tout en souffrance et en laideur, rien que pour vos petits plaisir merdeux de petits vieux qui se font chier. Ce monde n’est pas le vôtre, vous êtes des ratés, des brutes, des monstres, vous êtes pires que les vrais méchants : vous êtes les bons cons.

Je devrais pas m’énerver comme ça. »

(comme on le voit dans cet extrait, cette personne est végétarienne. Mais juste avant de mourir, son dernier souhait a été de boire une bière en mangeant du saucisson)

Un dernier truc qui m’a marqué. Dans les Russkoffs, Cavanna raconte pas mal d’évènements historiques ayant eu lieu pendant la seconde guerre mondiale : l’exode, le STO (il a été obligé d’aller travailler dans une usine de fabrication d’armes à Berlin), la débâcle allemande de la fin de la guerre. J’ai lu pas mal de livres sur cette période, et pourtant c’est la première fois que je lis un récit comme le sien. Il ne s’inscrit pas dans l’histoire avec un grand H : il ne choisit pas ses anecdotes de manière à ce qu’on sache d’avance qui sont les bons et les méchants (il égratigne tout le monde : les allemands bien sûr, mais aussi les français, les américains, les belges, les russes…). Il n’oriente pas son récit de manière à ce qu’on sache qui va gagner à la fin : on vit comme lui, au jour le jour, dans le flou. Et il n’insiste pas non plus lourdement sur les moments affreux ultra connus et documentés type bombardements, exécutions sommaires, antisémitisme ou viols de groupe. A la place, il raconte de manière très sincère, en n’oubliant rien, même les plus infimes trucs, ce qu’a été son quotidien et comment il s’est débrouillé avec tout ce qui arrivait. Avec plein de petits détails, sur ce qu’il mange, comment il s’habille, les expressions que les gens utilisent – que certains verront comme anecdotiques mais qui ont fait jouer à fond le processus d’identification chez moi (par exemple il raconte que dans son camp de travail, il y avait juste un gros wc pour tout le monde, qui consistait en une fosse rectangulaire remplie de caca, surmontée d’une unique planche. On s’accroupissait sur la planche pour faire caca. Un jour, alors qu’il laisse tomber une grosse crotte, il entend un gémissement étouffé en dessous : c’est le curé du camp qui a dû descendre dans la fosse chercher son portefeuille (qu’il avait perdu en baissant son pantalon), et qui vient de se recevoir ses excréments sur la tête…).

Je me demande souvent avec angoisse ce qu’il se passerait s’il y avait à nouveau la guerre, ou un évènement terrible qui ferait que le pays sombrerait dans le chaos le plus total. En lisant Cavanna je me suis rendu compte de ce à quoi ça ressemblerait, et son état d’esprit « ni collabo, ni résistant, juste anti-cons » m’a bizarrement réconforté. Je me suis aussi dit que si tout le monde était un peu anar comme lui on n’aurait pas tous ces problèmes.

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9 commentaires
  1. ouais a dit:

    Ouais!

    « Anti conards » et anars!

    Chaque jour est usant tant y à du boulot à beugler la connerie à des sourds qui vous demandent pourquoi vous aboyez.

    Bah!!!, allez sur fesseprout et tout le bazar, vivez votre vie et vos révoltes au rythme des alertes collectives des réseau, soyez Nutelli, Charla, Estronicois solidzaire. Ne pensez surtout pas par vous même, vous pourriez réfléchir à votre vie et au monde…

    En attendant les fumiers eux adorent les réseaux grand public. Plus la peine d errer dans les bas fonds des news group, avec les tarés pédophiles, les pirates…
    Les réseaux fesseproutiens sont bien plus dévastateurs et surfent sur la proutitude et le besoin de reconnaissance.

    L anarchie anti conards risque de disparaître avec les réseaux sociaux pseudo super cools et « pipeautement » ouverts au monde.

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  2. aubepine a dit:

    Le probleme de Cavanna c’est qu’il ressemble à Georges Mathieu et que GM etait royaliste… Ça me chagrine un peu cet air de parenté.
    Sinon, la pêche et la chasse (pas à courre) je trouve ça trop cool… Genre hyper méditatif: se lever aux aurores pour aller zoner en forêt en grand Sioux ou bien passer la journée planté devant un plan d’eau en faisant silence. Le probleme (toujours des problèmes, esprit contrariant), c’est l’hameçon, les balles, la gibecière..

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  3. --- a dit:

    Quelle référence pointue, aubépine !! Moi aussi je fantasme grave sur la chasse même si je n’ai jamais même été capable de relever les pièges à souris chez moi. Le lever aux aurores, le vocabulaire trop classe, les types virils avec des fusils (j’assume pleinement mon côté Lady Chatterley). Sinon c’est marrant, renardeau, car tu es la seconde personne intelligente (oui parce que dans ma tête la plupart de ses fans étaient des têtes de nœuds), à me parler de Cavanna en termes dithyrambiques et ce que tu en dis fait vraiment envie. Et moi aussi je me sens plus à l’aise dans les récits des années 1900-1960 à croire parfois que je suis née à la mauvaise époque. Mais ça a commencé tôt : à onze ans j’avais déjà lu et relu l’autobiographie de Robert Sabatier, et j’ai été très déçue en me faisant emmener à Montmartre par mes parents, de ne plus trouver de petits garçons qui jouaient aux billes ou aux barres dans les rues.

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  4. ---Marie a dit:

    Mon dernier commentaire est anonyme, mystère. J’espère que vous m’avez reconnue,
    signé : le gingembre masqué

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    • En fait tu as commenté avec ton blog secret de photos de rues parisiennes (qui maintenant n’est plus secret hinhin).

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      • Lobe a dit:

        beau blog d’ailleurs, chasse à courre du fugace.

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