JAPONIAISERIES

“A la place qui est la leur, les journalistes ont à réinterroger leur pratique: dans la situation historique présente, elle leur dicte de déplacer leur centre d’intérêt, de se mettre autant à l’écoute du peuple que des pouvoirs. L’information est là, dans les taudis de Caracas et dans les trains de banlieue parisienne, dans les grandes plaines américaines et dans les discothèques des petites villes de province. L’information ne gît pas seulement dans les réseaux cachés des oligarchies, mais au cœur palpitant de la société, le long du système nerveux de la vie, dans les humbles neurones de la conscience collective. C’est en portant plus d’attention à cette réalité que la presse échappera à l’ère du soupçon. »

Hervé Kempf

Salut les onigiri,

Déso d’avoir déserté le blog, j’étais en expédition au Japon (ne me jugez pas, je sais qu’entre ça et la Californie l’été dernier mon bilan carbone est des plus désastreux cette année).

La décision de me casser au pays du soleil levant m’est apparue des plus raisonnables malgré Fukushima quand, lors d’une conversation téléphonique avec renard-mère, celle-ci m’a répondu « du houmous » avec décontraction quand je lui ai demandé quel menu elle avait prévu pour le soir de noël. Du houmous sérieux. (comme vous ne vous en doutiez pas, je vis dans une famille de végétariens)

Le Japon, donc.

Bon alors j’aimerais bien vous pondre un article intello en mode CNRS mais sachez que je n’ai été marqué que par deux choses dans ce pays: les piscines municipales et les reniflements.

Commençons, si vous le voulez bien, par les piscines municipales (j’envisage de devenir blogueuse sport en plus de blogueuse mode. N’hésitez pas à m’envoyer du cadal sponso). Afin de resituer le contexte sachez qu’il y a de ça quelques mois & sous la pression du stade, j’ai enfin appris à nager le crawl. Autant vous dire que c’est un peu ma grosse fierté de 2015. Désormais je classe les gens en deux catégories: ceux qui nagent la brasse en bikini avec la tête hors de l’eau (cad moi il y a 6 mois) vs les détenteurs d’un maillot de bain moche une pièce qui nagent fièrement dans la ligne d’eau réservée au crawl où il n’y a que les mâles tatoués. Sérieux, je suis super fier de nager le crawl. J’ai l’impression de peser dans le savane game. Je me suis même acheté des lunettes de piscine dorées avec verres antibuée et protection UV pour fêter ça (call me truffe, I don’t care).

C’est dans cet état d’esprit résolument dénué de toute modestie que j’ai débarqué à la piscine olympique de Tokyo un froid matin de décembre, tout fier de « vivre comme les locaux et pas juste comme un imbécile de touriste ». Le bassin était divisé en quatre lignes d’eau: « high speed », « middle speed », « low speed » – et l’humiliant « walk » pour les pépés qui marchent dans l’eau. Confiant quant à mon tour de biceps, je saute joyeusement dans la ligne « middle speed » (ne me jugez pas). Or je n’ai même pas le temps de faire un aller-retour qu’un coup de sifflet retentit et un maitre nageur me notifie avec une politesse toute japonaise que ma place est dans le « low speed ». Humilié mais néanmoins coopératif, je me délocalise. Mais comme je suis un animal rancunier, j’entreprends de doubler méthodiquement mes camarades de ligne d’eau afin de prouver au monde entier que je subis une erreur judiciaire. Aussitôt je me fais siffler et le maitre nageur m’informe (sous les regards consternés de tout le bassin) que je suis un connard d’étranger qu’il est interdit de doubler.

Renardeau: 0 – Piscine olympique de Tokyo: 1

Comme je suis triste je décide de boire de l’eau mais même cette action m’est interdite car le maitre nageur (que j’ai très envie d’empailler) me dit que c’est interdit de mettre sa bouteille d’eau au bord du bassin à cause des risques de contamination bactérienne. Touch my contamination bactérienne, j’ai envie de lui dire, mais je me retiens parce qu’après tout on ne sait pas ce qui peut arriver (je rappelle que les japonais ont crucifié des missionnaires portugais quand ceux-ci ont tenté de coloniser l’archipel).

Du coup je ronge mon frein et alors même que je commence à retrouver une forme de tranquillité d’esprit une affreuse sirène de pompier retentit et tout le monde saute hors de l’eau. Nom de dieu je me dis, IL Y A UNE ATTAQUE TERRORISTE DANS LA PISCINE (ne me jugez pas bis). En fait non. C’est juste l’heure de la vérification de la pureté de l’eau. Pendant que mes camarades d’entrainement font moultes étirements & génuflexions pour garder le tempo, un gros pipeau muni d’un scaphandre et de palmes fait le tour du bassin en long, en large et en travers pour vérifier qu’aucune impureté ne flotte à la surface (j’avoue avoir prié à cet instant pour qu’aucun de mes poils pubiens ne soit exhumé hors de l’eau). Au bout de 10 minutes d’un surréalisme le plus total, le PH est déclaré conforme et tout le monde est autorisé à retourner barboter (suite à ça j’ai pris sur moi et me suis retenu de verser la moindre goutte d’urine, bien que faire pipi dans la piscine soit indéniablement un de mes plaisirs favoris dans la vie).

CE PAYS EST ZINZIN

Ensuite il y a eu le coup des radiateurs. Bon alors il faut savoir que les japonais et l’écologie, ça fait un peu 36 (et pas que à cause de la pêche à la baleine). Les mecs se grattent la rate puissance 10 000 de l’isolation de leurs appartements. ça fait que la plupart des immeubles sont construits avec des matériaux tout pourris et que tout le monde s’en fout car de toute de façon ils seront rasés et reconstruits dans 30 ans. Du coup, en hiver on se gèle les couilles. Les japonais ont trouvé une solution toute personnelle à ce problème: les radiateurs à gaz portatifs. Alors oui, je l’avoue, au début j’ai trouvé le radiateur à gaz portatif plutôt mignon (tellement design! je veux le même à la maison!). A la fin, j’avais envie de le MORDRE. Déjà le truc fait un bruit de tondeuse à gazon, donc si vous voulez vous endormir dans le calme, c’est mort. Ensuite il a une autonomie d’environ 3 heures et pas plus (après ce délai il émet une petite sonnerie énervante et se coupe. Officiellement pour éviter les accidents car le gaz c’est dangereux. Non-officiellement pour faire CHIER les renardeaux) ce qui fait que vous vous réveillerez forcément à 2h du mat avec les coussinets glacés.

Du coup bah j’ai chopé le Rhume.

OAH3Le soir du 31 décembre en plus (je ne sais pas vous mais moi je tombe toujours malade ce jour là?). Du coup alors qu’on était au restaurant j’ai dégainé mes feuilles de sopalin afin de me moucher dedans à grand bruit. J’étais en train de fourrer les résidus dans la manche de mon pull quand mon mâle a dégainé son argument « insulte culturelle ». J’ai frémi de terreur dans ma grotte parce que la dernière fois qu’il m’avait sorti ça, c’est quand j’avais pas réussi à manger mon udon avec des baguettes et que le serveur m’avait apporté une fourchette à la place. J’avais trouvé ça gentil de sa part mais selon le mâle c’était juste un acte méprisant face à mon incapacité à manger proprement. Bref, apparemment il est très malpoli au Japon de se moucher (surtout en présence de nourriture). Et de la même manière qu’il est de bon ton de slurper à grand bruit quand on mange quelque chose de délicieux, quand on est malade, on avale sa morve. En reniflant. Au début je trouvais ça un peu dégueulasse mais finalement j’ai fini par adopter cette habitude.

1459083_756223791070899_1174939471_n(mes collègues de travail sont ravis que je ne sois pas mort dans un accident d’avion)

sayonara

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7 commentaires
  1. aubepine a dit:

    Je découvre ton billet en dînant d’un sachet réchauffé de nouilles CHINOISES avec une fourchette et une grande cuillère et je ne vois pas où est le problème (la malbouffe peut-être?!). Franchement, manger des udon avec des baguettes, c’est comme décortiquer ses crevettes avec un couteau : du sadisme culinaire (et culturel).

    pour la piscine (publique) j’applaudis ton zèle athlétique. pour moi, un bassin n’a d’intérêt que si il est privé, qu’on peut buller sur son bord et barboter la brasse sur sa longueur. alors le crawl, c’est vraiment un truc de frimeurs, pfff…. 😉

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    • renardeau a dit:

      buller sur le bord de la piscine hinhin (je me moque mais au final j’ai fini par prendre le terme en affection ^^ mon coté canidé sans doute)

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  2. Bibiche a dit:

    Bon ben la prochaine fois tu resteras pour le houmous…

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  3. Caroline a dit:

    Génial! Je rentre aussi du Japon et je suis contente de voir que ce que je pensais de leur intérêt pour le réchauffement climatique est ici confirmé… Sinon, la piscine, j’aurais pas osé, ils me font trop peur avec leur obsession de la propreté (comme si le vrai risque aujourd’hui n’était pas le cancer et/ou les perturbateurs endocriniens…)

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    • renardeau a dit:

      Ha c’est marrant ca! On s’est peut-être croisés du coup – tu as posé tes coussinets dans quel coin?

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      • Caroline a dit:

        Ah oui! J’étais à Tokyo (+ alentours) et Kyoto (+ alentours)… Rien de très original, mais une première découverte qui m’a beaucoup plu (même si je ne me vois pas y vivre, ils me font peur…).

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