LISTE DE LIVRES EN VRAC

230412-17

« Vous devriez vous méfier de ce type, dis-je. Certains le considèrent comme un cul-de-sac pour l’évolution de l’espèce »

– Joseph Macé-Scaron, Ticket d’entrée

Bon si vous le voulez bien, reprenons le cours habituel des programmes. Et quoi de mieux pour le mois de Décembre (qui s’annonce tendax à souhait) qu’une liste de livres de derrière les fagots?

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« On n’avait qu’une pièce à la maison. Et une seule ampoule électrique. C’était là que mon frère ainé travaillait installé sur une sorte de caisse à mandarines. Ma mère était aux anges de voir son grand fils plongé dans les bouquins. Mais quand le paternel rentrait bourré, c’était terrible. Il piquait une colère noire. « Abruti! » hurlait-il. « Tu vas nous empêcher de dormir avec ta lumière. Arrête de passer ton temps à lire des trucs incompréhensibles, il est tard! » Alors ma mère prenait la grosse lampe carrée, tu sais, le genre qui sert de phare aux bicyclettes et qui marche avec deux piles. Elle prenait aussi des boulettes de riz au sel qu’elle avait préparées, et la voilà partie avec mon frère. Sans quitter le quartier, ils cherchaient un coin désert, jusque dans les faubourgs ou presque. Au début, je n’avais aucune idée de ce qu’ils allaient faire. Donc, une fois, je les ai suivis. J’ai vu mon frère, accroupi sous un lampadaire, qui lisait un livre. Et elle, derrière lui, qui dirigeait sur les pages le faisceau de sa fameuse lampe. De temps à autre, il avalait une bouchée de riz. En découvrant la scène, je suis resté sur le cul! Imagine ma mère, à l’éclairer comme ça. Quand j’y repense, je trouve que c’était une famille vraiment démente »

C’est le mâle qui m’a refilé ce bouquin (parce que selon lui je lis « trop de livres dépressants ») (je crois qu’il faisait allusion au « monde des mafias » de Jean-François Gayraud et à « terroristes: les 7 piliers de la déraison » de Marc Trévidic) (#sorrynotsorry).

J’avoue être assez partagé au sujet de Kitano. Comme je suis une lopette je déteste la violence; or les films de Kitano sont truffés de bagarres dans les toilettes avec du sang, des yakuzas et des gros pistolets qui font peur. Du coup en règle générale je brâme au visionnage tel Moundir dans Koh Lanta pourquoi être aussi corrompu putain éducation de merde aucun honneur aucune dignité etc. Le truc… c’est que Kitano a aussi fait l’été de Kikujiro. Et ce film est trop beau (tellement beau que c’est un de mes films préférés, désormais vous savez TOUT). Du coup, j’avais le coussinet plutôt complaisant en commençant la lecture de l’ouvrage sus-nommé, qui ma foi a été plutôt amusante. C’est une série de courts textes racontant l’enfance de Kitano, dans un style assez direct. ça a un petit côté marcel pagnol japonais. c’est plutôt cool quoi.

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Bon je vous le dis direct: j’ai détesté ce livre. Pourquoi vous en parler alors? Bah pour râler (parce que j’aime bien ça) et aussi parce que j’avais pas assez de livres pour les favoris du mois (hashtag ma vie de blogueuse mode est difficile).

Je l’avoue: je plaçais des attentes démesurées dans cette histoire (car je ne suis qu’un sale hippie, doublé d’une truffe). Cheryl Strayed est une grosse américaine bedonnante qui décide, à l’âge de 22 ans et suite à une vie de débauche (mariage + divorce + héroïne sur matelas crado + abandon de la fac + avortement + tendances nymphomaniaques), de se lancer toute seule à l’attaque du PCT – ou Pacific Crest Trail pour les intimes: un chemin de rando reliant le Mexique au Canada en passant par la côte ouest des États-Unis. A la lecture de cet humble récit j’ai réalisé que je n’avais, contre toute attente, aucune patience pour les histoires de drogue & rédemption. Je trouve ça juste con en fait. Je ne vois pas bien la différence, en terme d’inutilité dans la vie, entre se piquer les veines en compagnie de mecs bizarres et se taper 4 000 km de marche en solitaire parmi les serpents à sonnette. Surtout que Cheryl Strayed est juste le cliché de la personne stupide. Elle se lance dans la rando de manière tellement impréparée que même moi qui ne suis pas le roi de la frite en termes de survie en milieu hostile je ne pouvais m’empêcher de glapir à chaque page devant ses erreurs de débutante (randonner dans un désert sans eau, partir à l’attaque d’une montagne enneigée sans équipement, ETC. ETC.). Sans parler du fait que cette personne n’a aucun goût en matière de mâles:

« Salut », ai-je murmuré tout en cherchant en vain la ceinture de sécurité, coincée dans les plis de mon siège. J’ai examiné ses tatouages du coin de l’œil: sur un bras, il avait une boule hérissée de pics de métal au bout d’une chaine; sur l’autre, le torse nu d’une femme qui se pâmait de plaisir ou de douleur; et un mot latin que je ne comprenais pas en travers de la poitrine. Quand j’ai renoncé à attraper la ceinture, le husky s’est mis à me lécher le visage avec avidité, de sa langue douce et étonnamment fraiche. « Ce clébard a sacrément bon goût en matière de bonnes femmes », a commenté l’homme. « Il s’appelle Stevie Ray. Moi, c’est Spider. »

 » Tu veux m’épouser, chérie? » m’a proposé Spider, en effleurant ma cuisse nue du dos de la main. Sa bague en turquoise m’a griffé la peau. « Ignore-le », m’a conseillé Lou. « C’est rien qu’un vieil obsédé ». Elle a éclaté de rire et m’a lancé un regard dans le rétroviseur. « Moi aussi je suis une vieille obsédée », ai-je songé pendant que Stevie Ray me léchait le genou et que l’autre Stevie Ray entamait Pride and Joy d’une voix rauque. Je sentais battre le sang à l’endroit où Spider m’avait touchée. J’avais envie qu’il recommence tout en sachant que c’était ridicule. Une carte plastifiée ornée d’une croix pendait au rétroviseur, à côté d’un désodorisant en forme de sapin délavé. »

Suite à son voyage « initiatique » Cherl Strayed est devenue écrivain mondain et s’est mise à porter de grosses bagouzz et des robes moches en satin (comme vous vous en doutez je ne suis que mépris pour cette personne).

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Retour au calme avec Jean-François Sabouret, alias « le plus japonais des chercheurs français », selon la 4eme de couverture. Ce livre est juste parfait si vous en avez marre de ce monde barbare et que vous voulez reprendre foi en l’humanité. C’est une succession de repas douillets au creux de kotatsus (si vous ne savez pas quoi m’offrir pour Noël j’en veux un), de grand-mères japonaises délicieusement rétro, de bars de quartier peuplés de vieux habitués et de campagnes paisiblement enneigées (Jean-François Sabouret a vécu 30 ans au Japon (à Hokkaido et à Tokyo) où il a été correspondant pour France Inter et sociologue pour le CNRS. Nous rêvons tous d’avoir sa vie)

« J’ai toujours cherché à m’expliquer pourquoi je me sentais tellement à l’aise au Japon autour d’un comptoir de restaurant où se retrouvent des habitués. Peu à peu, une image m’est apparue, celle, maternelle, d’un mammifère donnant à manger à ses enfants, assis côte à côte. Faites-en l’expérience et prenez place dans un petit restaurant de province au Japon. Prêtez l’oreille au bruit des bouches affamées avalant bruyamment, signe de grand contentement, une soupe chaude de pâte de soja, ou une fondue aux poissons et aux légumes comme on les prépare dans le Nord du Japon, ou encore des soupes de ramen, de soba, de udon… Ce bruit, c’est bien celui des petits d’un mammifère qui tètent avec avidité le lait maternel. Il est du reste fortement recommandé, pour vous aussi, de produire du bruit en mangeant dans les restaurants populaires au Japon ».

/!\ BONUS /!\

chatons-violentsJ’ai fait preuve d’un courage à toute épreuve le week-end dernier car je suis allé au THÉÂTRE (hashtag je suis en terrasse hé ouai). Et plutôt deux fois qu’une (je suis aussi allé voir le tombeur de michel leeb mais si vous le voulez bien nous en reparlerons une autre fois). J’avais envie de voir chatons violents depuis que j’étais tombé sur une interview d’océane rosemarie dans laquelle elle expliquait qu’elle ambitionnait d’être un mélange de Dieudonné (sans la quenelle) et de Louis CK. Ce qui tombait bien car je trouve que les humoristes français sont en général trop politiquement corrects et que j’avais envie de voir un truc qui me fasse réfléchir et me bouscule un peu. Et c’est ce qui s’est produit. La cible du spectacle, c’est les BBB – les bons blancs bobos – et tout y passe: la laïcité, le racisme de gauche, l’homosexualité, les haies de bambou à Montreuil. Il y a eu plein de moments où je me suis senti directement visé (notamment dans la caricature du BBB qui se balade avec le hashtag « la guerre say MAL » cousu à la poitrine) et c’est ça qui était chouette: se rendre compte de son propre grotesque. Je vous le recommande CHAUDEMENT

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9 commentaires
  1. aubepine a dit:

    Quel tropisme pour le Japon!

    « Wild » pas lu… mais je me suis laissée entraîner par une copine au cinéma pour en voir l’adaptation il y a un an à peu près (je fais partie des nanas qui randonnent seules et j’adorerais pouvoir un jour dégager quelques mois pour me faire un grand sentier, genre Saint Jacques de Compostelle pour donner dans l’originalité).a priori, ça pouvait m’intéresser et j’espérais au moins voir de superbes paysages. au final, un film atroce, hyper calibré, avec des flash backs foireux en continu et des symboles bien lourdingues. Sur l’épisode du matos de rando, le film en fait des tonnes aussi mais ça m’a plutôt fait marrer.

    j’avais aussi regardé pour le spectacle d’océanerosemarie mais je m’étais ravisée parce que dans mon souvenir la place était à 40€, sans tarif réduit (je suis une habituée du théâtre public et de sa généreuse politique tarifaire). deuxième coup d’oeil après ton coup de pub, finalement il y a des « promos ». je vais réserver.

    En revanche…..
    …COMMENT as-tu pu aller voir « Le tombeur »? michel leeb + titre de la pièce + affiche (non mais l’affiche!!) = warning!!! ta crédibilité en a pris un sacré coup…

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    • LeGamin a dit:

      Je ne comprends pas votre dernier commentaire. En quoi aller voir une pièce populaire détériore-t-il votre crédibilité ? C’est un signe d’ouverture d’esprit d’être capable de rire d’une satire des « bons bobos blancs » tout comme de grands succès populaires. Car quoi que vous puissiez en penser, la pièce de Michel Leeb est un grand succès populaire, tout comme des dizaines d’autres pièces du théâtre de boulevard chaque année. Madame, la notion de culture ne se limite pas à la définition boboïsante-élitiste que certaines personnes comme vous veulent lui coller.

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      • Aubépine a dit:

        Cher enfant,
        Merci pour votre commentaire qui montre combien le concept de bobo, de sociologique et marketing pour désigner certains modes de consommation de la bourgeoisie, en est venu dans certaines bouches à devenir l’insulte toute trouvée pour dénigrer ceux qui ont des pratiques culturelle moins calibrées par le spectacle. Sont désormais bobo (avec la grimace), non les bourgeois, mais tous ceux qui lisent autre chose que du best seller, regardent des films en VO, des pièces de théâtre exigeantes ou des films d’auteur, consomment bio, refusent la télévision et même boivent des verres en terrasse à Paris.
        Vous n êtes pas sans ignorer non plus que le devenir insultant de ce terme dont vous vous gargarisez a été largement favorisé par certaines personnes médiatiques qui ce soir même trinquent avec gaieté à leur éclaitant score électoral. Vous faites leur jeu, même malgré vous.
        Je crois en effet que renardeau fait preuve d’ouverture d’esprit et d’autoderision, sinon je ne m’aventurerais pas si souvent sur ses plates bandes.
        D’où mon commentaire qui, s’il prend la forme d’une boutade, exprime aussi une part d’interrogation.
        Car cette pièce a beau être populaire (en même temps, vu le prix des places, où est le populaire?), elle semble avant tout mettre en œuvre les clichés les plus crasses pour le plus grand plaisir d’un public spécialement venu pour rire.
        L’affiche, toute en finesse, montre trois bimbos hyper sexualisées entre lesquels semble hésiter notre « tombeur »: moi, ça me désole.
        Si vous m’aviez lu, je disais que j avais envie d’aller voir le spectacle d’oceanerosemarie car j’aime rire et, mieux, j’aime quand le rire fait aussi réfléchir et bouger les lignes.
        À bon entendeur

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      • renardeau a dit:

        paix, amour et Jean-Marie Bigard…!

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  2. On s’est tapé Wild dans le même état d’esprit on dirait. Chiant à mourir le bouquin, j’ai du m’y reprendre à deux fois en un an, et je n’ai pas pu tenir plus de 150 pages (sur 500). Du coup j’ai vu le film. Et comme t’en parles pas, je me dis que tu l’as peut être pas vu, du coup je t’évites ça : c’est un peu plus bas sur l’échelle de la nullité, même combat…

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    • renardeau a dit:

      haaaa ça me rassure de ne pas être tout seul à avoir mal vécu cette lecture. pourtant la couverture avait l’air bien 😦

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  3. aubepine a dit:

    « Chatons violents » et deux bières plus tard, je reviens enthousiaste sur ton blog pour dire à mon tour que le spectacle d’oceanerosemarie est génial (mon pote avait davantage à redire, pour partie par esprit de contradiction, je pense). Merci de l’avoir recommandé!
    Et comme je ne te suis pas qu’à moitié, je me suis abonnée il y a quelques semaines à Hors-série.net (j’ai donc bien aimé aussi son entretien que j’ai regardé avant le spectacle, en enchaînant avec des vidéos de Louis CK sur youtube, qui est ouf lui aussi). Bref, beaucoup de découvertes en peu de temps grâce à ton blog, merci bis!

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    • renardeau a dit:

      haha cool que ça t’ait plu!
      pour louis ck, je ne veux pas pousser à la consommation mais sur son site internet c’est possible d’acheter les vidéos de ses anciens spectacles pour seulement 5 dollars (je ne l’ai pas encore fait, je me réserve ce petit plaisir solitaire pour un soir d’hiver où j’aurai besoin de réconfort et de frites ^^)
      ps: mes sexy commentaires ne s’affichent pas sur ton blog! (bug informatique?)

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  4. aubepine a dit:

    hello, je n’ai pas vu tes commentaires apparaître. j’ai appuyé sur 2-3 boutons depuis alors peut-être que ça devrait être bon à présent.

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