FAUT-IL ÊTRE AMBITIEUX?

« L’appartement de renardbis a subi un dégât des eaux! Cause encore inconnue mais la fuite vient de l’étage supérieur et le plafond s’est effondré en partie. Je reste sur Paris pour le moment en attendant que tout soit réglé. Le futon est trempé et irrécupérable et l’assurance va devoir intervenir. J’ai vu mamie et la tante, elles vont bien! Bisous 🙂 »

« Je n’ai rien fouiné! En accord avec lui je devais l’aider à faire un peu le ménage et laver les housses! Si je n’étais pas passée, il y aurait eu une bien plus grande catastrophe! »

– SMS de renard-mère

Salut les culottes,

L’autre jour je me liquéfiais d’ennui au milieu de l’open space quand ma journée a été sauvée par cet article merveilleux de Pierre Barthélémy [interlude agressif : si vous n’êtes pas des lecteurs assidus du blog passeur de sciences vous n’êtes que de petits cacas séchés]. En gros pour ceux qui auront la flemme de cliquer sur le lien: des scientifiques qui n’avaient que ça à foutre de leur vie se sont amusés à étudier le comportement d’un groupe de fourmis sur une période de 3 semaines. Et figurez-vous qu’ils ont découvert que contrairement aux idées reçues à leur sujet, ces bestioles ne sont pas des stakhanovistes du travail:

« Sur les 225 insectes suivis, quatre grandes catégories sont apparues : celle des puéricultrices (34 fourmis), celle des ouvrières travaillant hors du nid (26), celle des généralistes faisant un peu de tout (62) et enfin celle des oisives (103 !) ne faisant rien de leur temps ou presque, quelle que fût la période du jour ou de la nuit où on les observait. […] Les fourmis oisives ayant moins d’interactions avec les autres, elles pourraient tout simplement ne pas être au courant que du travail les attend ou, plus subtil, faire en sorte… de l’éviter. »

Les plus chipoteurs d’entre vous souligneront avec indélicatesse que l’article ne précise pas comment les fourmis oisives arrivent à se maintenir en vie malgré le fait qu’elles ne déplacent pas le moindre coussinet pour participer au travail collectif du vivarium. J’ai envie de vous répondre : on s’en fout! Quel bel éloge de la glandouille!

Je ne sais pas vous mais moi je suis très anti-travail (j’attends avec impatience le jour où quelqu’un se présentera à la présidentielle avec pour slogan travailler moins pour gagner plus). Je ne comprends pas très bien le concept de « faire carrière » en fait (je trouve la perspective très ennuyeuse).

h1FACCE06

Le premier souci avec le travail, c’est que tout le monde nous répète à longueur de journée qu’il est CRUCIAL de faire quelque chose qui nous plait et nous correspond. ça, ça me rend franchement perplexe. Je ne nie pas les avantages évidents qu’il y a à faire un métier qui nous passionne mais j’aimerais bien qu’on m’explique comment il est mathématiquement possible que TOUT LE MONDE trouve chaussure à son pied (parce que jusqu’à preuve du contraire il y a plus de candidats pour le poste de maitre du monde que pour celui de dame pipi). (il y a un article de wait but why qui résume bien le problème: il est long donc je ne le développe pas ici mais il est vraiment intéressant donc je vous en recommande chaudement la lecture. Le titre: « why generation Y yuppies are unhappy? »)

Outre le manque de places dispo, le problème avec les métiers cool de la fesse, c’est aussi qu’ils se sont sacrément paupérisés ces dernières années. Prenez le journalisme par exemple: vous rêviez de faire de l’investigation pour aller récupérer avec vos petites dents les 600 milliards qui manquent à la France et vous vous retrouvez à écrire des brèves sur les bas de contention dans Femme Actuelle pour un salaire de misère (on parle souvent de « creative class » pour décrire ces boulots a priori intellectuellement intéressants mais aussi super mal payés et sans couverture sociale).

Donc comme dirait Marilyn Monroe: « une carrière, c’est fantastique, mais on ne peut pas se blottir contre elle la nuit quand on a froid » (surtout quand on est payé 400 euros par mois).

D’autant que selon mon humble avis ça n’a aucun sens de se casser le cul à essayer de décrocher un travail-passion si au final on a des horaires de travail impossibles. Genre dans ce lénifiant article du tout autant lénifiant Café Mode on apprend que Pierre Banchereau, 36 ans, a tout plaqué pour vivre de sa passion (être fleuriste)… et travailler entre 18 et 20h par jour. Mais que c’est pas grave car il adôre son métier (si vous êtes forts en calcul mental vous noterez que cette personne ne dispose en moyenne que de 5 heures par jour pour faire caca, dormir et gratter le dos de son chat. C’est pas beaucoup).

10407995_10153528222099610_2269427402747908367_nA la fin de ses mémoires, Simone de Beauvoir écrit:

« Je revois la haie de noisetiers que le vent bousculait et les promesses dont j’affolais mon cœur quand je contemplais cette mine d’or à mes pieds, toute une vie à vivre. Elles ont été tenues. Cependant, tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescente, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. »

Beaucoup de gens ont glosé sur ce passage mais si je peux me permettre mon humble analyse de renardeau, il me semble que Simone B a eu un coup de stress à la fin de sa vie car elle a réalisé qu’elle avait dilapidé son temps à trop travailler.

En Suède, à Göteborg, la municipalité a décidé de mettre en place des journées de travail de 6h. Je vous propose que tous ensemble, nous luttions afin que ce noble projet fasse des émules en France 😀

 

Publicités
7 commentaires
  1. kisscool a dit:

    je pleure Chantal Ackerman…ça n’a rien à voir je sais..

    J'aime

    • (je suis flétri de honte car ne sais pas qui est chantal du coup si tu veux me glisser sous le coussinet des films d’elle qu’il faut absolument voir je suis preneur)

      J'aime

  2. ouais a dit:

    Non!

    Mort au travail!

    Que la flemme soit la toute puissance!

    Et merde aux « conards » de l épanouissement par le boulot!

    J'aime

  3. bibiche a dit:

    excellent billet que je lis du bureau. J’ai choisi depuis longtemps : je ne suis pas ambitieuse. Mais je croyais encore qu’il fallait absolument finir par trouver le job qui nous éclate. Mais celui qui t’éclate en même temps la rate parce que tu y passes ta vie … Finalement non, je crois que tu m’as convaincue, je laisse tomber cette quête…
    Décidément je n’ai pas d’ambition …

    J'aime

    • renardeau a dit:

      tu as une portée de 3 marcassins: pour moi c’est un projet de vie très ambitieux 😀

      J'aime

      • bibiche a dit:

        Alors là tu vises dans le mil ! c’est ce dont je suis le plus fière et ce à quoi j’aimerais vraiment consacrer ma vie, oui ma vie. Mais le ministre des finances de la maison dit qu’il faut « travailler » (=gagner de l’argent par exemple) rapport à la retraite et toussa toussa.

        En fait … toute mon ambition passe par ma portée et ce que j’aimerais leur transmettre pour la vie ;-))

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :