LES LIVRES A LIRE AU MOIS DE MARS

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Je suis frétillant tel le pou car c’est bientôt les vacances! Voici donc une liste de livres à lire sur son canapédouillet en se bâfrant de chocolat de Pâques.

lavc3a9ritc3a9coverCa faisait un petit moment que je tournais autour de ce livre sans me résoudre à l’acheter (pour tout vous avouer Joël Dicker m’angoissait).

Mais il se trouve que la vie est bien faite car figurez-vous qu’on m’a OFFERT ce livre ! (avec des chocolats de Pâques à l’intérieur) (je suis content).

[Petite parenthèse d’introduction : d’habitude je ne lis jamais de polars, pour les raisons suivantes : a) je déteste la violence (je ne suis que paix et amour etc.) b) j’ai des tendances monomaniaques et quand je lis un roman à suspense, même s’il est nul comme Game of Thrones je ne peux pas m’arrêter tant que je ne l’ai pas fini. C’est assez pénible car je suis tellement focalisé sur l’histoire que j’oublie mon entourage et les règles basiques d’hygiène (je lis compulsivement en slip sur le canapé, entouré de pots vides de beurre de cacahuètes et je mors mon mâle quand il s’approche…)]

Mais trêve de digressions, allons droit au but comme l’OM. Pourquoi la vérité sur l’affaire Harry Quebert est un livre qui mérite qu’on y fourre sa truffe ? C’est l’histoire de Marcus, jeune écrivain new yorkais qui vient de publier un livre à succès et qui se lamente sur sa vie car ouin il a pas d’idées pour son prochain bouquin. En parallèle sa mère (juive) le harcèle en continu, ce qui donne lieu à des petites conversations téléphoniques que certains qualifieront « d’humour facile » mais qui moi m’ont fait ricaner :

– Rentre à la maison. Je te ferai des bons hot-dogs et de la tarte aux pommes chaude avec une boule de glace vanille que tu pourras laisser fondre dessus.

– Maman, je peux me faire des hot-dogs tout seul si je veux.

– Ton père n’a plus droit aux hot-dogs,  figure-toi. C’est le docteur qui l’a dit. (J’entendis mon père gémir en arrière-fond qu’il y avait quand même droit de temps en temps, et ma mère qui lui répétait: « C’est fini les hot-dogs et toutes ces cochonneries. Le docteur dit que ça te bouche tout! ») Markie chéri? Papa dit que tu devrais faire un livre sur Quebert. Puisque tout le monde parle de Quebert, tout le monde parlera de ton livre. Pourquoi ne viens-tu plus diner chez nous, Markie? Ça fait si longtemps. Miam miam, de la bonne tarte aux pommes.

Car le mentor de Marcus, le grand écrivain Harry Quebert, est accusé d’avoir tué une fille de quinze ans – et Marcus se lance en quête de la vérité, persuadé que son ami est innocent. Le livre est GROS (800 pages) et tellement truffé de rebondissements qu’on est à la fois émerveillé par l’intelligence de l’auteur pour faire tenir tout ça en place, mais aussi énervé (vous savez quand vous appréciez bien un personnage et qu’en fait vous découvrez que c’est un gros sale?). Au niveau du style d’écriture c’est peut-être pas fifou (en tout cas au Masque et la Plume ils bramaient comme des renards sauvages à ce sujet) mais : who cares ? En plus en bonus entre les chapitres il y a des petites réflexions philosophiques sur le métier d’écrivain.

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J’AVOUE TOUT,  je suis un sale rat. Jusqu’ici j’avais refusé de poser mes coussinets sur les livres de Patrick Modiano car j’étais persuadé que c’était un écrivain déprimant que seuls les snobs parisiens portant des Clarks pouvaient apprécier. Il se trouve que j’avais TORD – et je m’en suis d’abord rendu compte en lisant son discours prix Nobel:

« Un écrivain – ou tout au moins un romancier – a souvent des rapports difficiles avec la parole. Et si l’on se rappelle cette distinction scolaire entre l’écrit et l’oral, un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral. Il a l’habitude de se taire et s’il veut se pénétrer d’une atmosphère, il doit se fondre dans la foule. Il écoute les conversations sans en avoir l’air, et s’il intervient dans celles-ci, c’est toujours pour poser quelques questions discrètes afin de mieux comprendre les femmes et les hommes qui l’entourent. Il a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits.

En définitive, à quelle distance exacte se tient un romancier? En marge de la vie pour la décrire, car si vous êtes plongé en elle– dans l’action – vous en avez une image confuse. Cet état second est le contraire du narcissisme car il suppose à la fois un oubli de soi-même et une très forte concentration, afin d’être réceptif au moindre détail. Cela suppose aussi une certaine solitude. Elle n’est pas un repli sur soi-même, mais elle permet d’atteindre à un degré d’attention et d’hyper-lucidité vis-à-vis du monde extérieur pour le transposer dans un roman. J’ai toujours cru que le poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales, – et cela à force de les observer avec une attention soutenue et de façon presque hypnotique. Sous leur regard, la vie courante finit par s’envelopper de mystère et par prendre une sorte de phosphorescence qu’elle n’avait pas à première vue mais qui était cachée en profondeur. C’est le rôle du poète et du romancier, et du peintre aussi, de dévoiler ce mystère et cette phosphorescence qui se trouvent au fond de chaque personne. »

Du coup comme je n’avais jamais rien lu de Patrick Modiano j’ai commencé par Rue des Boutiques Obscures qui est son livre le plus connu. C’était super chouette. Donc s’il y a des modianesques parmi vous n’hésitez pas à me dire en commentaire quel livre vous avez préféré, comme ça je pourrai poursuivre mon mea culpa avec d’autres lectures 😀

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« Au fond, dit Jourdan, si on s’emmerde c’est bien notre faute »

Bon alors là les ragondins, fini les pipoteries, rentrons dans le vif du sujet avec le meilleur livre du mois de mars. Au début la lecture de Jean Giono est un peu difficile je trouve. C’est pas que ce qu’il écrit est ennuyeux ou excessivement compliqué (coucou Kant): c’est juste que chaque phrase décrit si parfaitement les hommes, la nature et le sens de la vie qu’on met du temps à lire chaque mot pour être sûr de bien avoir tout absorbé (ce qui est plutôt bien parce que du coup le livre parait infini et il vous en reste toujours sous le coude pour les soirs où vous perdez foi en l’humanité).

C’est l’histoire d’un groupe de paysans provençaux qui ont une vie de labeur tristounette. Et puis un jour arrive Bobi, un type chouki avec des taches de rousseur qui va leur faire prendre conscience de la beauté et des plaisirs de la vie.

« L’homme, on a dit qu’il était fait  de cellules et de sang. Mais en réalité il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc mais composé d’images éparses comme les feuilles dans les branchages des arbres et à travers desquelles il faut que le vent passe pour que ça chante. Comment voulez-vous que le monde s’en serve s’il est comme une pierre? Regardez une pierre qui tombe dans l’eau. Elle troue. L’eau n’est pas blessée et la voilà qui fait son travail d’usure et de roulis. Il faut qu’à la fin elle gagne et la voilà au bout de sa course qui aplatit à petits coups de vagues la boue docile de ses alluvions. Regardez une branche d’arbre qui tombe dans l’eau. Soutenue par ses feuillages elle flotte, elle vogue, elle ne cesse jamais de regarder le soleil. A la fin de sa transformation elle est le germe, et des arbres et des buissons poussent de nouveau dans les sables. Je ne dis pas que la boue est morte. Je ne dis pas que la pierre est morte. Rien n’est mort. La mort n’existe pas. Mais, quand on est une chose dure et imperméable, quand il faut être roulé et brisé pour entrer dans la transformation, le tour de la roue est plus long. Il faut des milliards d’années pour soulever le fond des mers avec des millimètres de boue, refaire des montagnes de granit. Il ne faut que cent ans pour construire un châtaignier en dehors de la châtaigne et, quiconque a senti un jour de printemps sur les plateaux sauvages l’odeur amoureuse des fleurs de châtaignes comprendra combien ça compte de fleurir souvent. »

(bon après  je ne sais pas si c’est une lecture conseillée pour les marcassins influençables parce que ça donne envie d’être man vs wild…)

51C7zCqvqqL._SX324_BO1,204,203,200_(à ne pas confondre avec z’avez pas vu Mirza veux-tu venir ici etc.)

Car ça commence à bien faire d’écouter « Franck Ferrand, sur Europe 1, au cœur de l’histoire » et qu’il est grand temps d’apprendre enfin la date du traité de Yalta.

 

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9 commentaires
  1. Maud a dit:

    J’aime bien que tu mettes (trop bizarre y’a des fois où j’ai l’impression que je dois vouvoyer et d’autres où je trouve que ça fait débile, autant te dire que tant d’indécision ça court-circuite mes neurones) des passages ça donne envie pour les gros nuls de la lecture comme moi.
    Sinon je suis d’accord avec le coup des pots de beurre de cacahuète, ça C’EST MOI pour sur.
    Bon j’ai jamais lu Modiano non plus mais Solange a fait une vidéo où elle lit des passages de certains de ses ouvrages (si tu l’a pas déjà vue) : https://www.youtube.com/watch?v=tZwwxVFdpq0 étant donné que personnellement je ne serai pas d’une grande aide. Voilà. Commentaire inutile, mais merci pour les recommandations.

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    • (je suis encore le noble possesseur d’une carte 12-25 par conséquent je suis parfaitement tutoyable!)

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      • Maud a dit:

        AHAHAH Ca marche.

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  2. Caroline a dit:

    Je conseille Dora Bruder, de Modiano, et tous ses livres en fait, parce qu’il raconte toujours la même pérégrination dans Paris, la même nostalgie, ce sont les noms des rues qui changent, et c’est toujours aussi beau.

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  3. lagarde a dit:

    Pour le plaisir que procure le fait de lire trois belles phrases d’affilée, Albert Camus : « On aide plus un être humain en lui donnant de lui-même une image favorable qu’en le mettant sans cesse en face de ses défauts. Chaque être normalement s’efforce de ressembler à sa meilleure image. Peut s’étendre à la pédagogie, à l’histoire, à la philosophie, à la politique. »
    Rien que ça.

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  4. Marie a dit:

    Que des bons choix ! J’ai aussi mis du temps à lire Modiano et avouons le sur tous ses bouquins, y’a un peu de déchets aussi… Mais j’aime beaucoup Rue des boutiques obscures, Dora Bruder, et Voyage de Noces sans doute mon préféré.

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  5. bibiche a dit:

    Grrrrrrrrrrrrrrrrrrr je n’ai pas posté mon précédent commentaire !

    Bon je disais donc que pour une bonne référence en 800 pages tu peux aussi lire Le pont des soupirs de Richard Russo (c’est long comme il faut) je ne te raconte pas l’histoire parce que je ne sais pas bien le faire, mais c’est une bonne lecture.
    Ensuite, je disais Merci pour avoir reparlé de Jean Giono que j’aime de tout mon cœur. Que ma joie demeure sera mon prochain achat. En attendant je termine « Promenons-nous dans les bois », un livre succulent, drôle et bien renseigné comme j’aime, de Bill Bryson.
    Merci AUSSI pour ce sympathique dessin de Sempé (que j’aime aussi de tout mon cœur, vieille crotte).
    Sinon (#digression) Mirza c’est la chanson que la maîtresse de Fouiny leur a demandé d’apprendre par cœur … Franchement, en ce moment elle aurait pu s’inspirer de Julien Doré ou Catherine and the Queens … mais non.

    Et pour finir (j’ai envie de tout commenter ce matin !) : cette citation en tête de ton billet : « People focus on role models; it is more effective to find antimodels – people you don’t want to resemble when you grow up. » de Nassim Nicholas Taleb, m’inspire bien aussi. Je crois que par chance je n’ai pas fini de grandir, donc il y a encore des gens à qui je n’ai pas envie de ressembler (on s’en fou peut être mais …), cette perspective « d’évitement » me réjouit !

    Bonne journée et encore MERCI pour ce bon billet !

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    • Ha je note les idées de lecture 😀
      Et oui N. N. Taleb dit des trucs de derrière les fougères plutôt cools que je garde précieusement dans mon petit carnet de citations (tel que « Missing a train is only painful if you run after it! Likewise, not matching the idea of success others expect from you is only painful if that’s what you are seeking »).
      Et joyeuses pâques!

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      • bibiche a dit:

        les Pâques furent belles et joyeuses merci !

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